LE VIOLON
Allons-y d'une villanelie :
Toutes ces dames, au salon, Qu'on a dépouillé de ses housses, Pâment devant le violon.
Aussi chevelu qu'Absalon, 11 stimule de ses secousses Toutes ces dames au salon.
Elles, — ma chère qu'il est long,
Et que ses œillades sont douces ! —
Pâment devant le violon.
Lui, bombé dans son pantalon.
Grise (chut, donc, Jeanne, tu tousses!)
Toutes ces dames au salon.
Et toutes, perdant leur aplomb.
Près d'éclater comme des gousses.
Pâment devant le violon.
Moites de la nuque au talon, Grisonnantes, brunes et rousses, Toutes ces dames, au salon, Pâment devant le violon.
Mais ça, c'est en somme un type de violon bien vieux jeu. II en est de plus modernistes. Témoin cette zingara :
Elle va partir, l'archet en l'air, toute prête à faire des traits, la petite tzigane pour cabinets particuliers de dames seules. Tuberculeuse au sens étymologique du mot (tuberculum, petite saillie), elle n'a rien d'une poitrinaire et ne sent pas le sapin, bien que son instrument participe de ce conifère. Claudine, qui n'a jamais pu supporter plus de deux secondes les Rigos pommadés et luisants, conducteurs des belles princesses au pays des Chimayres — tant de râles Taraient — Claudine consentirait à quelque exquise pâmoison en écoutant cette jeune violoniste Rigolotte qui se moque des airs du Vieux-Temps et semble consacrer toute sa ferveur d'artiste à l'exécution d'une valse lente perpétrée par le soifard Henry Maugis, verre d'alcool amoureux d'une étoile (Polaire).
Roi de l'orchestre, le violon gémit, erotique, sous l'archet frôleur, ou pleure sous des glissandos hystériques ; avec sa quatrième corde, il tâche à contrefaire la voix de la contrebasse, cette Jeanne Bloch des instruments à corde ; avec sa chanterelle, il miaule et trille sans discontinuer. Enfin, il a une belle âme (on n'est pas d'accord si elle est ou non immortelle); mais on ne lui connaît que huit positions. Pauvre bougre !
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