‹ Anches et embouchuresChapitre 6 sur 17 · LE TAMBOUR · texte numérisé non relu

LE TAMBOUR

I'ame des déserteurs pleure dans les tambours », a dit Georges Rodenbach. Et Fernand Mazade affirme qu'on entend « Battre dans les tambours l'aile ^ de la victoire ». 11 faut donc croire qu'à l'intérieur de ces instruments il se passe des choses aussi diverses que mystérieuses. C'est peut-être à cause de cela qu'ils ont inspiré tant de poètes, y compris Léon Dierx, leur prince.

Dans les provinces, le tambour partage, avec saint Antoine de Padoue, le privilège de retrouver les objets perdus.

J'ai connu naguère un hautbois Qui « faisait » le tambour de ville, Provoquant des chiens les abois.

J'ai connu naguère un hautbois :

Même qu'il s'appelait Dubois Et s'affirmait d'humeur civile.

J'ai connu naguère un hautbois Qui « faisait » le tambour de ville.

Les trilles de son instrument D'un objet annonçaient la perte.

11 appelait un « roulement »

Les trilles de son instrument Et publiait subtilement :

« Rapporter ça chez Mam' Berthe ».

Les trilles de son instrument D'un objet annonçait la perte,

Pour être également tambour Son fils apprenait la crécelle, Et lui disait avec amour :

« Pour être également tambour « Et pour te succéder un jour, (( Je me'fiche en nage l'aisselle ».

Pour être également tambour Son fils apprenait la crécelle.

Après ces quelques triolets, il est peut-être utile de divulguer que le tambour est le plus souvent fabriqué avec la peau d'un animal qui, même après sa mort, continue à faire l'âne pour avoir du son. Assez épateur, avec ses « flafla », on n'obtient néanmoins rien de lui qu'à coups de baguettes. Uni au clairon, il enfante, par un curieux phénomène d'obstétrique, des héros. Au reste (et Pylade donc ?) l'instrument des lapins — ce qui lui vaut l'antipathie des petites femmes.

On ne peut pas dire, du tambour, qu'il ne lui manque que la parole. Il n'hésite pas à s'en servir dans les circonstances très graves, si l'on en croit le curieux épisode du siège de Saragosse, où, selon le témoignage de François Coppée :

« Amen ! » dit un tambour en éclatant de rire ».

A la caserne, les personnes qui se servent de cet instrument pour réveiller les autres, ou pour leur rappeler de fastidieuses corvées, portent ce petit nom générique, pimpant et familier: la clique, — alors qu'au théâtre, l'ensemble des personnes qui essaient d'imiter le bruit du tambour en entrechoquant leurs paumes jusqu'à y faire venir des cloques, s'appelle la claque. Qu'en pense Michel Bréal ?

Page 1