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LA GROSSE CAISSE

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HONNIE des mélomanes qui la jugent bruyante et peu distinguée (pure calomnie) rarement utilisée dans l'accompagnement des mélodies de Claude- Achille Debussy, la grosse caisse jouit — heureuse compensation — des sympathies populaires.

Cet instrument décisif, constituant, dans la phrase musicale, le point, on le

porte fièrement — sur la hanche.

La grosse caisse joue dans l'orchestre le même rôle que M. Jaurès dans une assemblée parlementaire ; elle propage inconsciemment un tumulte impersonnel et sans intérêt propre. Comme Jaurès encore, elle fut sentimentale à ses heures.

C'est elle qui, scandant de ses dynamiques 6om;h .'.. . boum!... les marches guerrières, indique à nos braves troupiers le moment précis où il convient de porter vivement la jambe gauche en avant, sous peine d'aller passer celle à Thomas.

Or, écoutez-cec) :

Durant la campagne du Tonkin, un régiment de zouaves, après plusieurs jours de marches forcées, fut surpris par des Pavillons aussi noirs que les houilles de l'ingénieur Taupin. Exténués, brûlés de fièvre, bedons creux et bidons vides (ils auraient bien voulu boire jusqu'à plus zouave !), nos soldats, un instant, hésitèrent. C'est alors que le valeureux colonel de Trois-Étoiles (nous le désignons sous ce pseudonyme parcequ'il est devenu divisionnaire) eut une inspiration vraiment sublime. Droit sur ses étriers, le sabre haut, il cria d'une voix vibrante: « Allons, mes enfants, sauvons la caisse! ». A cet appel suprême, les zouaves bondirent comme des lions, et la défaite imminente se changea en une de ces victoires si brillantes que Clio, muse de l'Histoire, ne peut les contempler qu'avec des lunettes bleues.

Par cette anecdote (d'ailleurs inventée de toutes pièces), on voit les ardentes sympathies que nos soldats français professent pour la grosse caisse. Elle n'exerce pas un moindre prestige sur la population civile ; les forains qui s'en servent pour attirer la foule durant que le bonisseur annonce (à l'extérieur) la « jeune personne », savent bien quelles puissantes affinités existent entre la grosse caisse et le tiroircaisse ; le remplissage de celui-ci est assuré par les résonnements de celle-là, plus encore que par les raisonnements des pitres. C'est elle qui préserve de la faillite lutteurs, dompteurs et phénomènes ambulants ; bref, c'est grâce à elle que la « banque » ne saute pas. On ne peut nier sans mauvaise foi cette évidente vérité, quand même on n'y comprendrait ni quoi ni caisse.

La grosse caisse est une aduste virago, Du mangeur de ferraille épouse légitime ; Mais elle a pour amant le trombone Septime, Noir d'avoir vu le jour aux rives du Congo.

Tous deux frappant, soufflant à tire-larigot, Attroupent par leur bruit le public simplissime, Et, quoique pour entrer on paie un seul décime, La recette, à minuit, forme un joli magot.

Alors, quinquets éteints et close la baraque, Le mari, qu'un excès de vieux clous estomaque, Prend une dame-jeanne et s'imbibe d'alcool.

11 s'écroule, pressant en ses bras la bombonne ; Et, gorgée elle aussi (mais d'amour) jusqu'au col, La grosse caisse meurt dans un coup du trombone.

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