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LA MANDOLINE

Depuis que le duc son mari Est au loin parti pour la guerre, Dona Linda ne quitte guère Le balcon de jasmins fleuri.

Ce soir, en le parc assombri Mais que parfois la lune éclaire, Un mandoliniste accélère Son libidineux pot-pourri.

Dans la pénombre intermittente, Linda, lascive et palpitante, Du joueur contemple les mains.

Et, soudain folle, elle s'incline.

Délirant parmi les jasmins :

« Je veux être une mandoline. »

Annie Samzun (') comprendra ce souhait. Le comprendront aussi les mânes du chantre des Têtes Galantes immortalisées par les dièses verlainiens de Gabriel Fauré, grâce à qui nul chanteur de salon n'ignore que, napolitaine encore qu'espagnole,

...la mandoline jase

Parmi des frissons de lune...

Elle a pour aïeul le luth, instrument désuet que seuls des bardes retardataires emploient encore, au début de leurs poèmes, pour accompagner une invocation à la

(j) La solitaire de Claudine s'en va. (Note de Tediteur.)

Muse qui sert, en même temps, d'avertissement au lecteur. (Ce pourquoi on l'a nommé luth pour l'avis). De sa mère la guitare, qui vaut mieux que jamais, elle a pris l'habitude de se faire pincer et le goût des sentimentalités nocturnes. Saint-Saëns qui s'y connaît (comme s'il en avait dix), affirme que « guitares et mandolines ont des sons qui font aimer» ; les gondoliers de Venezia la Bella (à la longue un peu... bateaux, tout de même !) les étudiants de SaJarate, pardon, de Salamanque, et les chanteurs des cours partagent cette opinion autorisée.

Défiez-vous des pages florentins qui, dans des décors le plus souvent vénitiens, la plume au chapeau, l'escarcelle vide, nous attendent au coin du quai ; gare à la fâcheuse serenata, vous aurez du mal à y Coppée (soit dit en... Passant!) Fuyez, laissez aux metteurs en pages ces inquiétants éphèbes de qui la musique n'est qu'un prétexte à vous faire chanter et qui, mensongèrement, soutiendront avoir perdu,

— tandis qu'ils s'appliquaient à vous divertir, une petite pièce de cinquante centimes

— à seule fin de vous soutirer quelques louis :

— « Tu peux te gratter! » Telle est la seule réponse qu'il convient d'opposer aux réclamations de ces guitaristes.

Un de mes amis qui, par un beau soir parthénopéen, s'était attendri sur la déchirante sincérité d'un « Addio Napoli ! » doucereusement râlé par un émigrant en partance, jeta d'un geste large sa bourse au mandoliniste; il fut assez décontenancé de retrouver, huit jours plus tard, à la même place, le même instrumentiste en proie à la même émotion. A son dix-septième passage dans la cité où le Vésuve fume (et parfois crache), mon jobard d'ami constata que la nostalgie de son protégé n'avait rien perdu de sa violence — et fit une gueule !

Le nommé Mangeot, directeur du Monde Musical, durant les séjours forcés qu'il fait à l'asile Sainte-Anne, mandolinise fréquemment, entre deux douches, une transcription de sa façon : La dernière ((pincée» de Weber.

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