Coulauges-la- Vineuse
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en avoient jusques auz genoulz et les autres jusques deseure la chainture. Lors le conte de Salsebery, admonestant ses gens de bien faire en escriant : u Saint George ! » sa bannière devant luy, passa l'eaue et vint aborder à ses annemis. Et, d'autre part, sur costiere, vers le pont, le seigneur de Wilbic fist tant, que, atout sa bannière, il gaigna le pont; lequel il passa à force d'armes, tresperchant Escotz et François par poulsis de lances , de lialclies et d'espees. Si ne sceurent tant faire les deffendeurs de l'eaue que Anglois et Bourguignons, leurs annemis, ne les déboutassent dudit lieu ; mais, avant ce achevé, y eut maintes belles appartises darmes faites tant d'un costé comme de l'autre. Adonc, ceulz de la ville de Crèvent, c'est à scavoir le seigneur de Chaslelus et les autres de la garnyson , dont il estoit le chief, voyans leur secours si faitement besongnier, moult joyeulx et de grantcorage saillirent dehors; si s'en vindrent par derrière ferir contre leurs annemis, ja feussent ilz tant foibles et amatis de famine , que à grant paine se povoient ilz soustenir sur pies. Toutesfois, le grant désir et joye qu'ilz avoient d'eulz veoir ainsi estre secourus , desirans estre délivrez du présent dangier, leur rendy coraige ; parquoy se esvertuerent en eulz force et hardement, en tele manière que, de plaine venue, en escriant leurs cris, occirent et decoperent leurs annemis tant impétueusement , que hoiTeur estoit à regarder. Dequoy les dis annemis, se voians ainsi estre felonneusement assaillis de toutes pars, s'en effraierent grandement; car , à toute dilligence, Anglois et Bourguignons s'efforcoient de vaincre chascun son quartier. Adonc de toutes pars encouimencereut à combatre l'un contre l'autre ; mais.
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en conclusion, par la vigueur, force et vaillance des Ant^lois et Bourguignons, ainsi fraternelement conjoincte ensamble , ilz obtindrent la victore. Si furent les François et Escochois , à ceste heure , tournez en fuite, où il y eut pluiseurs mors et navrez, qui estoit pitoiable chose à veoir. En ceste battaille furent occis la plus part des Escochois, car ilz estoient au front devant, à scavoir environ nu", et le connestable d'Escoche prins par ung gentil -homme du seigneur de Chastelus ; et y eut ledit connestable ung oeil crevé : les autres Escochois se saulverent au mieulz qu'ilz peurent. Pareillement, de la compaignie des François, y furent prins prisonniers le conte de Yentadour, le seigneur de Gamaches \ quy aussi y perdy un oeil , Estienne de Famieres % et pluiseurs autres nobles hommes , jusques au nombre de trois à quatre cens : et des mors sur la place , messire Thomas Siccon ', AndrieuHambon, messire G uillammeHambon^ Jehan Pillet, capittaine Escochois. Ung bastard du roy, avec pluiseurs autres, furent aussi trouvez mors sur
1. Guillaume, seigneur de Gamaches, nommé grand-maîlre et souverain reformateur des eaux et forêts du royaume de France en 1 424 , exerçait encore cette charge en 1418 (Anselme, VIII, 690). Tuéau siège de Pontoise en 1441. ( Fie de Guillaume de Ganiache ^ p. 94.)
2. Estienne et Jean de Farsmeres, chevaliers escossois. (Monstrelet, V, chap. X.)
3. « Thomas de Seton, escuier du pays d'Escosse, reçoit, le 10 octobre 1419, de Jean Ragtiier, receveur des finances, la somme de 1146 liv. pour lui, ses estendars et trompettes, et la paye de 22 escuiers et de 92 arcliiers. » (Bibl. imp., Mss., Fonds Gaignières, n° 781, fol. 123.)
4. William Hamilton et son fils (Holinshed, II, 586). Cependant on voit figurer sur la liste des capitaines et chevaliers servant Charles VII au siège d'Orléans, un Guillaume Hamilton. [Le fait de l'advitaillement et secours sur les Anglois de la ville d'Orléans. Bib. Imp., Mss., Suppl. franc., n» 2342, fol. 79 verso.)
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l'une des hesles, jusques au nombre de douze cens ou environ.
Apres ceste victore , les Anglois et Bourguignons , bien garnis de prisonniers et de grans proyes , se rassamblerent : et là , les capittaines , en grant union ralyant leurs gens, entrèrent en la ville de Crèvent, regraciant le Créateur de leur belle victore, où ilz furent très joieusement reclieus des manans; et leurs gens se logèrent là entour, es logis des François. Toutesfois, ung capittaine Bourguignon , nommé Perrenet *, et aulcuns autres adventuriers , poursieuvyrent assez longuement leurs annemis , si en prindrent et occirent à largesse. Le lundy ensieuvant, aprez qu'ilz eurent regarny de nouvelles gens la ville de Crèvent, ilz prindrent congië l'un de l'autre, et s'en allèrent les Bourguignons en leurs propres lieux , et les contes de Salsebery, de Suffort et de Wilbicq retournèrent au siège devant Montaguillon , dont ilz s'estoient partis ,
1 . Perrenet Grasset , éculer, panetier de Philippe le Bon , capitaine général des pays de Nivernais, Donzois et de la Charité- sur-Loire (La Barre, II, 228). Voici ce que Wavrin ajoute (chap. 964), concernant ce personnage, au récit qu'il copie dans Monstrelet (V, chap. xm). a Fut sur les gens du roy Charles prinse la ville de la Charité sur Loire , par ung capittaine adventurier appelé Perrenot Grasset, tenant la partie de Bourgoigne, lequel, tant comme il vesqui , mena forte guerre au roy Charles plus que nul autre de son estât ; [car il estoit sage , prudent et de grant emprinse , hien se sachant conduire en tous estas. Et moj mesmes, acteur de ceste présente euvre , futz avec lui en pluiseurs courses et entreprinses, dont à son honneur il vint à chief. Ne oncques en son tempz ne fut reprins d'avoir faulsé son sauf conduit , ne son scelle ; ains tenoit realement ce qu'il promettoit. Si que , pour les nobles vertus quy en lui estoient , suis je constraint d'en autant dire]. » Il prit Montargis sur les PVançais en 1433 {^Hist. de Charles VU, 336). Il figure dans une montre pa sée à Dieppe, le 29 mars 1473 (Bib. inip., Mss., Fonds Gaignières , n»782*, fol. 251).
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OÙ ilz avoient laissié partye de leurs gens pour ledit siège garder. Et est vérité que le jour de ceste battaille*, le conte de Salsebery fist, de sa main, quatre vings nouveaulz chevalliers ou plus. Tantost aprez l'exploit de ceste battaille de Crevant, le conte de Suffort alla assegier le cbasteau de Coussy, qai se rendv à lui aprez certains jours ensieuvant , et d'illec s'en alla ou pays de Masconnois, où il mist en l'obéissance du roy Henry de France et d'Engleterre pluiseurs forteresses que y tenoient les François pour le roy : en laquelle chevaulcbié moy, acteur de ceste euvre, fuch tout au long. Et si envoia ledit conte assegier, par ung sien capittaine, nommé Classedas^, le fort cbastel de La Roche ; lequel se rendy par traitié tel que se , endedens ung jour qu'ilz prindrent , n'estoient secourus , ilz laisseroient les Ânglois dedens la place. Et par ainsi eurent trêves les assegiés des assegans , jusques au jour prins que ceulx du cbastel esperoient avoir secours.
En ce temps, le duc Phelippe de Bourgoigne, quy estoit [à] Dijon, fut adverty par ledit Glasscdas de l'apointement et traitié qu'il avoit avec ceulz du cbastel de La Rocbe ; à scavoir : que celluy qui se treuveroit plus fort, à ung certain jour ndmmé, devant la place en seroit et demourroit seigneur et
1 . Elle se donna à l'entrée du mois de juillet. (Monstrelet, V, chap, x.)
2. « Glacidaz demeura cappitaine des tours et de la bastille des ponz après la mort du conte de Salsebery » . La Pucelle ayant donné l'assaut à cette bastille (7 mai 1429) a ledit Glacidas et autres des gens de la place, quant ils veirent que eulx estoient prins, pour eulx saulver. Guidèrent recouvrer une des tours ; mais pour la presse qui fut très giande sur le pont , le pont rompit et fut ledit Glacidas et plusieurs autres noyez. » (Quicherat, IV, p. 8, 9 et 162 )
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maistre, et lui seroit délivrée la forteresse. Alors le duc de Bourgoigne , qui pour ce temps estoit tenu le plus cheyallereux prince du monde, oyant les nouvelles , et aussi c[u'il fut infourmé , par ledit capittaine Glassedas, comment renommée couroit que le duc de Bourbon * seroit au dit jour devant le chastel , à puissance , pour le deffendre et combattre Glassedas et ses aidans, si que, pour ce que c'estoit la cbose que plus desiroit le duc Pbelippe soy trouver en armes, assembla puissance de gens d'armes et de trait , et , pour donner ayde à Glassedas, en faveur de l'alyance qu'il avoit aux Ânglois , vint à Mascon , où il prépara ses besongnes : puis, quant il fut heure, s'en party ung matin , aprez boire , et s'en vint logier, atout son armée , en la plaine au desoubz dudit chastel de La Roche , où il se tint en belle ordonnance, atendant que le duc de Bourbon y venist pour lever le siège. Lequel, quant il oy dire que le duc de Bourgoingne y estoit en personne , luy ne homme de sa compaignie ne s'y admonstra : et y atendy, ledit duc, tout le jour en battaille , tant que l'heure fut passée , et que ceulz de la place s'en partirent, ung blancq baston en la main, rendus audit Glassedas pour et au nom du roy Henry de France et d'Engleterre.
Celle forteresse de La Roche ainsi rendue , le bon duc Pbelippe s'en retourna en son pays de Bourgoingne , où il séjourna jusques au mois de febvrier ensievant , et là fist les espousailles de sa seur ^ au
1. Charles I" du nom, duc de Bourbon. Mort le 4 décembre 14o6 (Anselme, I, 305).
2. Marguerite de Bourgogne. Morte le 2 février 1441 (Anselme, I, 239).
252 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1423]
comte de Richemont', quy longtempz paravant l'avoit fyancee , comme dit a esté cy dessus ^
969. Gomment les François assegerent Boham et comment ijz s'en partirent soubdainement. XVIII.
Cf. Monst., t. V, ch.xi.
Les Anglais qui étaient sur les marches du Laonnois , ayant été avertis, dit Wavrin , que les gens du conte de Toulouse [qui tenait le parti du roi Charles) s'assemblaient contre eux, prirent l'initiative et les repoussèrent jusque dans une forteresse , que Wavrin nomme , la forteresse de la Follye.
970. Comment le marissal de Bourgoigne fut trahis et prins par le capittaine de la Bussiere. XIX.
Cf. Monst., t. V, ch. XI.
A la prise, par Jean de Luxembourg, de la forteresse de Proisy, Wavrin ajoute celle de Nouvion^ en la conté de Guise, en Terrasse, ce dont ne parle point Monstrelet.
97 1 . Comment messire Jacques de Harcourt et messire Raoul Boutillier tindrent parlement. XX.
Cf. Monst., t. V, ch. xit,
972. Comment messire Jacques de Harcourt se party du Crotoy pour aller devers le roy Charles. XXI.
Cf. Monst., t. V, ch. xn.
973. Comment les Hennuyers furent eu grant effroy pour leur dame qui avoit espousé le duc de Brabant, et si estoit allée en Angleterre espouser le duc de Clocestre,
1. Artus de Bretagne, comte de Riclieniont, marie le 10 octobre 1423 à Marguerite de Bourgogne , veuve du duc de Guyenne , dauphin de Viennois. Créé connétable de France le 7 mars 1425. Succéda à sou neveu Pierre II au duché de Bretagne en 1457. Mort le 26 décembre 1458 (Anselme, I, 459;.
2. Wavrin, qui donne ce court récit d'après Monstrelet (V, chap. xi), a parlé de ce mariage dans son chapitre 951, qui est aussi entièrement pris dans Monstrelet.
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pour laquele adventure ilz doubtoient avoir guerre.
Cf. Monst., t. V, ch. xra.
974. Comment le duc de Bethfort, regeut, fist assegier Yvry la Chaussié quy se rendy par traitié, et de la prinse de Hem. XXIII.
Cf. Monst., t. V, ch. xm.
975. Comment le duc de Bethfort, régent, alla àMondidier et ordonna d'assegler la ville de Compiegne. XXIV.
Cf. Monst., t. V, ch. xin-xiv.
976. Comment le duc de Bethfort alla à Abbeville, atout grant puissance de gens d'armes, pour la rendition du Crotoy. XXV.
Cf. Monst., t. V, ch. xiv-xth.
977. Comment messùe Jehan de Luxembourg, adcompaignié de Picars et Anglois, alla assegier la ville et chastel de Guise. XXVI.
Cf. Monst., t. V, ch. xvii.
Au nombre des seigneurs qui accompagnèrent Jean de Luxembourg au siège de Guise , JMonstrelet a omis de mentionner le hastard d'Estamfort.
978. Comment le conte de Salsebery assega et conequist la ville de Sedune en Champaigne. XXVII.
Cf. Monst., t. V, ch. xvn.
979. Comment le duc de Bethfort assambla gTant puissance pour estre à la journée de la rendition du chastel d'Yvry*. XXVIII.
i. Au chapitre précédent, copié d'après Monstrelel (V, chap. xvn), il a été dit que le duc de Betfort assiégea la ville et le chastel d'Yvry, que la ville s'étant rendue, le chastel tint encore et que le capitaine promit de la rendre aux Anglais la nuit de l'Assomption Notre-Dame , en cas qu'ils ne fut pas secouru par le roi Charles.
254 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1424]
Or advint \ assez tost aprez que les Anglois furent partis de devant Yvry et qu'ilz eurent traitié à ceulz de la place , et prins liostages de la rendre au duc de Betlifort, pour laquelle sceureté baillèrent quatre gentiiz hommes les plus renommez de la garnison, [que] le duc de Betlifort, régent de France, qui estoit prince de moult grant virtu , sentant le jour approchier de ladite rendition , manda tous ses capittaines en la bonne ville de Rouen , ouquel lieu il estoit pour lors. Premièrement , et qui n'estoit mie à oublier, y vint le preu conte de Salsebery, le conte de Suffort , les seigneurs de Wilbic et des Scalles ', et plusieurs autres barons et chevaliers Anglois , avec aussi aulcuns chevaliers et escuiers de Norlhmandie, tant qu'ilz povoient estre en nombre bien xviii" hommes d'armes et vni™ archiers : lesquelz avec le régent se partirent de la ville de Rouen et de là entour, et tant cheutinerent qu'ilz vindrent à Evreux, ouquel lieu arriva le seigneur de Lilladam venant de son siège de Nelle , qu'il tenoit en ce tempz, lequel il laissa bien garny ; et pareillement Jehan de Noefchastel , seigneur de Montagu ^, Bourguignon, messire Thiljaut de Montagu*, son filz bastard, et autres nobles hommes, y vindrent à belle compaignie , de laquele venue fut le duc de Bethfort moult joyeux, et ce fut raison ; car tous estoient chevalliers de grant recommandation. Là, séjourna le
1 . On retrouve parfois dans ce chapitre et le suivant, quelques fragments du récit de Monstrelet (V, chap. xix).