‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 3)Chapitre 113 sur 129 · Piseux · texte numérisé non relu

Piseux

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il se délibéra avec ses gens et jura Saint George de non jamais séjourner ou arrester jusques à ce qu'il auroit combalu ses annemis, s'ilz ne le fuyoient villainement, et fist prestement publier, à son de trompe, que chascun se deslogast et disposast pour le sievir; puis, ordonna au seigneur de Lilladam et au seigneur de Montagu, que, eulz et leurs gens, s'en retournassent à leur siège de Nelle, dont de par le roy Henry ijz estoient les chiefz , et qu'il avoit pour obvier auz emprinses des François , à ceste beure , gens assez ; si se povoit bien déporter d'eulz. Au commandement du régent obeyrent les seigneurs dessus nommez , à scavoir Lilladam et Montagu : ce fut raison , combien que mieidz amassent demourer d'emprez luy pour l'acompaignier à la bataille, jà eussent j^z grant besoing et cause très legitisme de retourner à leur dit siège de Nelle. Si prindrent congié du dit duc régent et s'en allèrent à grant regret de la compaignie ; mais le seigneur de Montagu y laissa messire Thybault de INeuf Cliastel, son filz bastard, cbevallier moult recommandé , de la demeure duquel fut le régent assez joyeulz. Et lors, aprez sa messe oye et qu'il eut beu ung cop , fist sonner la trompette du deslogement ; si monta à cheval luy et ceulz de sa compaignie, quy estoit belle, grande et fort à craindre; car c'estoient tous gens d'eslite. Si se party de ceste ville d'Evreux et se mist auz cbampz , en prenant le droit chemin vers Verneul, par ung merquedy, xvi" jour d'aoust*, et là, en chevauchant , fist aux seigneurs et capittaines

1. La bataille se donna , selon Monstrelct (V, chap. xix) , un jeudi 17 août 1424.

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d'entoiir luy pluiseurs belles exhortacions et remonstrances , en les admonnestant du bien faire , aians souvenance que pour le service du rov, leur souverain seigneur, avoient delaissié pays, terres, pères, mères, femmes et enfans; et que à juste et leale cause ilz se combatissent liardiement ; car France estoit leur vray héritage , lequel leur occupoit et empeschoit Charles de Vallois, à présent soy disant roy de France. Si se passa ce jour en teles ou samblables exhortacions ; si se logèrent , ce jour, de bonne heure, adfin de mieulz avoir espace de leurs besongnes aprester pour atendre l'adventure de la battaile désirée. Si se disposèrent de leurs consciences comme tous ce soir et le malin , selon la coustume^de faire auz Anglois quant ilz atendent terme d'entrer en battaille; car, de leur propre nature, ilz sont très devotz, devant boire especialement.

Lendemain doncques, quant il fut heure, le duc de Bethfort, régent, se mist auz champz en moult belle ordonnance, et tant chevaulcha qu'il eut passé les bois auprez de Verneul ; et quant il se trouva en la plaine, il choisy la ville et toute la puissance des François rengiés et mis en ordonnance de battaille , quv estoit moult belle chose à veoir; car, sans faulte, mof^ acteur de ces te euvre^ n'avoie jamais veu plus belle compaignie, ne où il eust autant de noblesse comme il avoit là, ne mieulz ordonnée, ou monstrant greigneur samblant ou voullenté de soy combattre. Je vey l'assamblee d'Azincourt, ou beaucop avoit plus de princes et de gens, et aussi celle de Crèvent, quv fui une très belle besongne; mais, pour certain,

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celle de Verneul fut dutout plus à redoubler et la mieulz combatue. •

Or doncques , pour rentrer en nostre matière , le duc de Betbfort et ses princes , voians leur annemis quy là de pie coy les atendoient, tous ordonnez en une battailie, ilz chevaulch&rent un pou avant; puis, quant ilz furent assez près, au samblant des conducteurs de la besongne , il fut commandé de par monseigneur le régent, sur paine de mort, que chascun meist pie à terre , et que tous archiei s feussent garnis de peucbons aguisiés pour mettre devant eulz , selon la mode Angloise, quant ce venroit à l'aborder et combattre. Lequel commandement fut adcomply ainsy que ordonné estoit. Puis fut publié, de par le roy de France et d'Engleterre, que tous les cbevaulz feussent acouplez et liez ensamble , et les pages et variez dessus; et le charroy un peu sur costiere, nonobstant qu'il n'en y eust gueres , fors ceulz quy estoient c-liargiés de vivres et aulcun peu d'artillerie. Si furent ordonnez , pour garder les bagues et cbevaulz , deux mille arcbiers, adfin que par derrière leur battailie ne feust envaliye ne mise en aucun desroy : puis, aprez ces ordonnances ainsi faites , les Anglois , en gectant ung liault cry , commencèrent de marcbier et aller avant en bonne ordonnance , les arcbiers sur les deux besles. Et, d'autre part, les François advertis dès le soir devant que lendemain ilz seroient combatus, quant le jour fut venu et qu'ilz sceurent à la vérité que les Anglois les aprocboient, îesquelz de loingz , pour la pouklriere des gens et cbevaulz, ils apercbeurent , et aussi par leurs espies et cbevaulclieurs qu'ilz avoient sur les cbampz en furent ad-

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certenez , tantost et sans delay se misrent en ordonnance de combatre, sans faire avant garde ne arrière garde ; mais tous ensamble se misrent en une grosse bataille , fors que ilz ordonnèrent certain nombre de gens à cheval , dont la plus part estoient Lombars , et les autres Gascons; desquelz estoient les guides et conducteurs le borgne Caquetant messire Tyande de Villeperche^ et aulcuns autres capittaines gascons, comme la Hyre', Potlion^ et autres; et ce, pour ferir par derrière dedens leurs annemis, ou au travers ou autrement, ainsi comme à leur plus grant advantage leur pourroient porter dommage ; et le sourplus tout de pie se rengerent, comme dist est, en une

1. a L'an précèdent (1423), dit Berry (370), estoient arrivez en France, messire Theaude de Valpergue , messire Borne Caqueren,... lesquels luy ammenerent ( au roi Charles VII ) , de par le duc de Milan , six cent lances et mille hommes à pied ». Ce dernier, nommé le Borgne Caucun, par Monstrelet (IV, chap. cclix), aurait assisté, cependant, en 1421, au siège de Meaux.

2. Theaude de Valleperge , préside au traité d'Arras en 1435, en qualité d'ambassadeur de Charles VII (Jean Chartier, 70). Il était bailly de Lyon dès 1442 (Id., 421) ; conseiller et chambellan du roi, bailli de Maçon , sénéchal de Lyon , ordonné garde de la ville et château de Severac , dans la sénéchaussée de Rhodes , par lettres patentes données à Bourges le 18 novembre 1447 (Bib. imp., Mss., Fonds Gaignières , n° 771, toi. 107). Guy de Blanchefort le remplaçait, comme bailh de Maçon et sénéchal de Lyon, le 3 janvier 1458 [Id., ib., fol. 132). Il est désigné dans une montre, faite à Bayonnele21 septembre 1460, comme commandant les hommes d'armes qui composaient cette montre ( Bib. imp,, Mss., montres de 1400-1469, t. V^, Cabinet des titres).

3. Etienne de Vignole, seigneur dé Montmorillon, connu sous le nom de La Hire , écuyer d'écurie du roy (Anselme, I, 491). « La Hire, qui moult avoit esté travaillé en icelui voyage, et qui desja esloit homme assez âgé , alla de vie à trespas au chastel de Montauban » , 1442 ( Monstrelet, VII, chap. ccLxvi).

4. Jean, dit Poton , de Xaintrailles, créé grand maître d'écurie du roi, le 27 juillet 1429, et maréchal de France en 1454. Mort le 7 octobre 1461 (Anselme, Vil, 92),

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seiille compaignie. Si commencèrent moult fièrement à marchier alencontre de leurs annemis, les lances baissiés; laquele contenance voyans les Anglois, moult vigoreusement leur coururent sus. A l'assambler y eut grant noise et grant huée , avecques bruit tumultueux des trompettes et clarons. Les ungz cryoient : « Saint Denis ! » et les autres : « Saint George ! » Si estoit la buée tant horrible, qu'il n'estoit homme, tant feust hardy ou asseuré , quy ne doubtast la mort. Hz encommencerent à fraper de haces et poulser de lances; puis misrent les mains auz espees , dont ilz s'entredonnerent de grans copz et mortelz horions. Les arclîiers d'Engleterre, et les escotz, quy avec les François estoient , encommencerent de traire les ungs alencontre des autres sy cruelement, que horreur estoit à les regarder; car ilz amenoient la mort à ceulz qu ilz ataingnoient de plain cop. Aprez le trait, les partyes moult furieusement abordèrent ensamble main à main, laquele battaille fut par ung joedy xviii" jour d'aoust*, ainsi comme à deux heures aprez midy commenchant. Mais sachiés que , avant l'abordement, furent fais maintz chevalliers nouveaulz, tant d'un costé comme d'autre, lesquelz vaillamment s'esprouverent ce jour. Mainte prinse et mainte rescousse y furent faites, et maintes gouttes de sang espandues, quy estoit grant horreur et pitié inreparable de ainsy veoir crestiennelé destruire l'un l'autre; car, durant ceste pitoiable et mortele battaille, miséricorde n'y avoit lieu, tant heoient les parties l'un l'autre. Le sang des mors estendus sur terre , et des navrez , couroit

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