Drinokani
[1436] CINQUIÈME PARTIE, LIVRE V, xxxvn. 30T
pour le garder; et, ce fait, cheYaulcliasmes aprez les Anglois, cuidans trouver aulcuiie adventure en la queue de l'ost. Mais le duc de Clocestre et ses capittaiiies cheminèrent par si bonne ordonnance , que nul dommage ne lui peusmes porter : pourquoy nous, voians ceste manière de faire, retournasmes en nostre dite garnison de Gravelingues dont nous estiemes partis, sans autre chose faire dont on doie tenir compte. Et le duc de Clocestre s'en alla, tout ardant et exillant devant luy, par feu et par fer, les villes et villages où il passoit, pour aller à Bailleul. Et quant il y vint, il se loga à l'abaye Saint Anthonne, et ses gens,' où mieulz peurent, parmy la ville, laquele ilz ardirent, pillèrent et destruisirent toute ; mais on ne meffist rien à ladite abaye de monseigneur Saint Anthonne , où ledit duc s'estoit logié ; puis, quant ilz furent rafreschis , et que tout fut destruit à Bailleul et là environ , ilz se partyrent et s'en allèrent tyrant vers Poupringhe', ardant et exillant, comme dessus, tout ce qu'ilz povoient aconsievir ou rencontrer.
Quant les Anglois vindrent à Poupringue, ilz se logèrent dedens la ville, laquele ilz pilleretit , ardirent et destruisirent; puis, au partir de là, aprez qu'ilz eurent eslevé de grant butin et bons prisonniers , prindrent leur chemin vers la ville de Saint Omer, et faisoient partout 011 ilz pass(Ment si grans et horribles feux, que le duc Phelippe de Bourgoigne, quy estoit à Lille, les povoit plainement veoir, el mesmement oioit les pleurs, plains et cris pitoiables que faisoit le peuple fugitif du pays de Flandres, quy
i . Poperi ligues.
308 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [I43GJ
venoient à Lille à refuge vers leur prince; lequel pour 1 heure, jà en eust il granl pitié, n'y pouvoit mettre aulcun remède, combien qu'il eust fait publier parmy ses pays que toutes manières de gens d'armes venissent devers luy. Mais ilz ne furent mie sitost appreslez et venus pour destourber au duc de Clocestre de parfurnir son emprinse, lequel, ainsi comme ^ous oez, ardant et exillant le pays de Flandres, s'en alla logier devant la \ille de Saint Orner, en l'abaye de Blendecque et son ost tout au loncg de celle petite rivierette quy là court; car tnojy acteur de ceste présente euvre , quy lors m'estoie partis de Gravelingbues la nuit Nostre Dame septembre, et venu à Saint Omer, vey le logement , et trouvai le seigneur de Saveuses qui, celluy jour, estoit sailly hors de Saint Omer pour escarmucbier les Anglois ; lesquelz n'eslongerent gueres leurs logis, sinon auîcuns arcbiers , trois ou quatre , quy y furent occis par les gens dudit seigneur de Saveuses. Sy estoit, pour lors, messire Jehan de Croy dedens le chastel d'Anjues, où il estoit venus de la ville d'Ardre, auquel lieu il se tenoit en garnison, pour encquerre etscavoir quel train yceulz x^nglois volroient tenir, et aussi [>our veoir se aulcuns se desrouleroient ou partiroient , par quelque advcnture, de leur compaignie, adfm que s'il y eust auicuncment veu son advanlage, il i'eust peu i)rendre à la perte et confusion des Anglois , lesquelz de tout son povoir il desiroit. grandement à grever. Mais ledit duc de Clocestre et ses capiltaines se gouvernèrent et conduirenl si sagement, qu'on ne les scavoit par quel moyen souprendre, ainchois se gardoient si diUigam nient de tous perilz que ilz en acqueroient honneur et loenge.
[143GJ CINQUIÈME Pv^RTIE, LIVRK V, xxxvii. 30i)
Lendemain, qui fut le jour de Nostre (Dame?), Ires matin se desloga de devant Saint Omer le duc de Clocestre , aussi fist toute son armée , moult sagement, pour doubte des aguetz ou eml)uscbes de ses annemis, lesquelz il scavoit estre bien en voullenh' de le nuyre à leur povoir. Si prindrent le cliemin vers Callaix , où ilz parvindrent à peu de perle (ju'il eust faite en celluy voyage. Mais sacbiez que tout ce qu'ilz trouvèrent, en allant, tenant la })artye de Bourgoigne, ils misrent à destruction et ruyne. Et quant ilz parvindrent à Callaix ^ ledit duc de Clocestre y fui recbeu à grant joye et leesse des bourgois, manans et liabittans de la ville : puis, aprez qu'il se fut illec reposé et rafrescby aulcuns jours, atout le gaaing et proyes que luy et ses gens avoient concquis sur le pays de Flandres, excepté les prisonniers qu'il laissa à Callaix, s'en retourna en Engleterre atout son armée. Si donna congié à toutes manières de gens d'armes de soy retraire cbascun en son bostel ; et luy de sa personne, atout son estât, s'en alla à Londres devers le jenne roy Henry, son nepveu, quy Irez bonnourablement le recbeut et grandement le lionnoura et festoia. Aussi firent, cbascun endroit soy, tous les princes et seigneurs de la court royalle, ausquelz il raconta la plus-, part de ses adventures ; le record desqueles donna Ires grant soullas et plaisir auz escoutans. Lesqiieles cboses il n'est besoing de reciter, comme elles soient cy dessus aulcunement escriptes et déclarées. Si lairons, alant, dudit duc de Clocestre, pour trailier aultres matières en cest endroit escbeans '.
1. La fin de ce chapitre est eiupniutee à MoiislnU l (VI, elia}). ccix-ccx. ]
1^10 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1436-38]
1074- Comment le conte d'Autele, escochois , mist à mort son nepveu le roy d'Escoche, où il estoit couchié eu son lit. XXXVIII.
Cf. Monst., t. VI, cil. ccxi.
1075. Comment pluiseurs capittaines du roy Charles de France volrent faire emprinse sur la ville de Rouen.
Cf. Monst., t. VI, ch. ccxii. Monstrelet omet de dire que le village de Ris, à quatre lieues de Rouen, tenait à la furest de Lyons.
1076. Comment le roy de France convoca pluiseurs gens de guerre à venir vers luy à Gyon sur Loirre pour reconcquerre pluiseurs villes que tenoient les Anglois ses adversaires. XL.
Cf. Monst., t. VI, ch. ccxv.
1077. Comment les Anglois misrent le siège devant Fescamps, en Northmandie, et le prindrent par continuation de siège. XLI.
Cf. Monst , t. VI, ch. ccxvii-ccxix.
1078. Comment le seigneur d'Auxi , messire Florimont de Brimeu, et ung chevallier de Rodes, allèrent assegier le Crotoy. XLII.
Cf. Monst., t. VI, ch. ccxxi.
^Vavrin ajoute que le seif^ncur de Chamr fut commis à la garde de la \^lle d'Hesdin.
1079. Comment le seigneur de Thalbot, messire Thomas Quirel, et autres capittaines Anglois, misrent siège devant Longueville. XLIIl.
Cf. Monst., t. VI, ch. ccxxvrn.
1080. Comment les villes et chasteaulz de Montargis et Chevreuses furent mis en l'obéissance du roy (Charles de l'Vance par ses gens. XLIV.
Cf Monst., I. VI, ch. ccxxx-ccxxxi.
[1438] CINQUIÈME PARTIE, LIVRE V, xxxviii-xlv. :M i
1081. Gomment, en ce meismes tampz, le conte d'Eu retourna d'Engleterre en France , où il avoit esté prisonnier depuis Van mil quatre cens et quinze. XLV. Cf. Monst., t. VI, ch. ccxxxii.
Cy prent fin le V* livre, et s'ensieult le VI' el darrenier de ce volume.
312 CRONICQUES D'ENGLEïERRE. [1438-40J