‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 3)Chapitre 44 sur 129 · Chapitre 8S · texte numérisé non relu

Chapitre 8S

S. Le muniiscrit 8388 porte Luciiu.

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roy Edouard, estoit en vie et prisonnier ou cbastel de Corf; parquov toute la coninuuiaulté du royaulme d'Engleterre fut en moult grant douille et murmure , et en grant désir de scavoir se ce estoit vérité ou non ; car pas ne scavoient de certain conmient sire Rogier de 31ortemer, par son faulz pourclias, l'avoit fait murdrer traitreusement, aiosy comme dit a esté cy devant ; ains ciiidoient la piuspart des paisans qu'il fust ancoires vif en prison , car sa mort avoit esté sy secrète et si celée que nulz n'en scavoit la vérité , combien que aulcuns , tout secrètement , en murmuraissent, mais plainement n'en ozoit on parler.

314. Comment sire Emond de Wodestok fut décollé à Wincestre. LV.

En ce mesme temps, advind que messire Emond de Wodestok , conte de Kent, oncle du roy Edouard, passa la mer : sy s'en ala devers le pape Jehan XXII ' de ce non , qui le receupt en grant honneur. Ledit conte , entre aultres choses , conta au saint père comment Nostre Seigneur avoit fait et souvent faisoit pluiseurs beaux et evidens miracles pour l'amour de sire Thomas de Lanclastre, et que pluiseurs gens impotens de leurs menbres, en diverses manières, estoient venus à sa sépulture, lesquelz s'en estoient partis guéris, sanez et haitiés. Sy requist , moult humblement, au père saint que de sa grâce voulsist consentir que le corps dudit sire Thomas feust eslevé et mis en fiertre. A quoy le pape conlredist, et dénia la translation dudit saint Thomas jusques ad ce que, par le clergié

i . Momésur le trôiic papal en 131(); mort en tiiSi. (H. Nicolas, 210.)

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d'Engleterre, lui fut mieulx certifié et apparu la vérité de ceste chose. Quant le conte Emond vey que il ne povoit nullement fuier au pape , pour ceste fois , de la tianslation du corps dudit messire Thomas, il lui requist son conseil sur la délivrance de sire Edouard de Carnarenan , son frère , lequel , ung peu paravant , avoit esté déposé de sa royaulté ; car on disoit communément 5 parmi Engleterre , que il estoit ancoires en vie ; et le pape lui respondy : u Beau filz , il nous a esté dit que sire Edouard estoit mort ; mais puisque ainsy est qu'il est ancoires vivant, je vous commande, sur ma bénédiction , que de toute vostre puissance vous entremêlez à la délivrance de son corps. » Et lors, en toutes poursieultes touchans laditte querelle, il Tabsoubz de paine et de coulpe , adcompaignant en ceste grâce tous ceulx qui à conduire l'aideroient. Apres ces choses ainsy faittes , le conte de Kent prinst congié du pape , sy s'en retourna en Engleterre ; puis, lui illecq arrivé, tous ceulx de FOrdre des frères prescheurs vindrent vers lui, lesquelz lui certiffierent que sire Edouard , son frère , estoit ancoires vivant ou chastel de Corf, soubz la garde sire Thomas de Gournav- Le conte, moult joyeulz de ces nouvelles, s'en ala hastivement à privée maisnie. Sy ne s'aresta jusques qu'il vint ou chastel de Corf : sy s'acointa de Jehan Deverilles \ alors connestable dudit chastel , auquel il donna de moult riches dons, affin d'estre privez de lui ; sy requist, ung jour, le bon conte , audit messire Jehan, qu'il lui volsist dire de son seigneur et frère, monseigneur Edouard de Carnarenan , s'il estoit vi-

î. John Davorii! fut decapilé en 1330. (Barnes, 40, 52.)

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vant OU non ; et, se vif estoit, il lui prioit qu'il le peust veoir. Cestui Jehan estoit moult fier de ceur, et de baultain courage : sy respondy, et dist au conte que sire Edouard, son frère, estoit ancoires en bonne santé et soubz sa garde ; mais n'ozeroit à lui en faire veue , car il lui estoit deffendu, de par le jenne roy, la royne Ysaliel, sa mère, et sire Rogier de Mortemer, que il ne laissast veoir ne parler a nul homme du monde , sur paine de perdre la vye et estre déshérité à tousjours , lui et ses hoirs perpétuellement. Mais le desloyal traytre menloit faulsement , car il ne l'avoit pas en sa garde ; ains en a> oit esté mis dehors , et menés ou chastel de Bercler par ledit sire Thomas de Gournay, par le commandement de sire Rogier de Mortemer; où il fut piteusement murdry, comme plus amplement a esté dit cy dessus : mais ledit sire Emond , son frère , n'en scavoit ancoires rien ; pourquoy il escripvi une lettre seelee de son seel, laquelle il bailla audit Jehan Deverilles , en lui priant , moult amyablement , qu'il la Yolsisist baillier à son frère , sire Edouard ; lequel , comme mauvais traytre, la receupt en lui prometant que, sans arrester, feroit son message , et atant prinst cono:ié de lui ledit sire Emond , sv s'en ala en ses terres de Kent.

Quant ledit conte Emond fut parti de Corf, ledit Jehan s'en ala , au plus grant liaste qu'il polt , devers sire Rogier de Mortemer, auquel il bailla la lettre dudit conte , close et scellée soubz son seel. Quant ledit sire Rogier eult lecheue la lettre, il l'ouvri, puis lysy la teneur, dysant en telle manière : « Honneur, service , obéissance, avecq fraternelle amour. Très honnourable et redoublé seigneur et frère , je vous re-

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quiers humblement que prendés en vous bon confort, car, au plaisir de Nostre Seigneur, je ferai tant, que briefment vous serez délivré de la prison où vous estes. Sy sacliiés, très cliier sire , que j'ay de ma confedaration presques tous les plus grans d'Engleterre, bien conroyés d'armes et de chevaulx, avecq grans trésors sans nombre , en voulentez de pourc^hassier vostre juste querelle , et vous remettre en estât royal , comme estre soliés. Et ce que je vous escrips , moult m'ont ilz tous juré, sur saintes evangilles, tant prelatz, comme contes et barons. » Quant sire Rogier de Mortemer euU ieu et entendu la teneur de laditte lettre, le ceur lui enflamba d'ire et de mal talent contre ledit conte de Kent ; s'y s'en ala , hastivement , devers la royne Ysabel , et lui monstra la lettre du conte , faisant mention qu'il avoit vouienté de oster sire Edouard de Windesore de sa royaulté , et remettre son frère , sire Edouard de Carnarenan, en possession du royaulme, comme paravant avoit esté. Alors dist la royne : « Voire dya , sire Rogier, bonne vouienté doit estre réputée pour fait ; mais, se Dieu nous laisse vivre, nous y pourverons tellement que, en brief temps , serons bien vengiés de lui. » Puis, sans arrester, la royne Ysabel s'en ala devers le roy, son fiîz, où il estoit, au parlement de Wincestre , lequel se faisoit pour amender les diverses oppressions qui estoient entre son peuple. La royne, quant elle vint devers son filz, lui monstra la lettre signée de son oncle , le conte Emond , en lui priant, sur sa beneicbon , qu'il se voulsist vengier comme de son mortel ennemi. Et incessamment lui requist ( jue, sans delay, en presist pugnition : disant ancoires que, avecq ces maléfices, ledit conte estoit en

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voulenté de l'empoisonner. Et lors le roy, qui estoit jenoe, crey la royne sa mère : sy manda par ses lettres au conte Emond , son oncle , qu'il venist parler à lui à Wincestre, etc.

Quant le conte tint la lettre que le roy, son nepveu, lui envoyoit, il lisy la teneur, puis, sans arrester, monta à cheval et vint le plus tost qu'il polt à Wincestre; mais quant la royne sceut la venue du bon conte , elle fist tant devers le roy qu'il fut prins et menez devant Robert Hamill \ où estoit présent sire Rogier de Mortemer. Alors parla ledit Robert et dist : « Sire Emond, conte de Kent, sacliiés qu'il est venu à la congnoissance du roy Edouard , nostre sire, que vous estes son ennemi mortel et traître à son royaulme; car il est vérité que, par plusieurs fois, avez prins paiiiC et travail de mettre à délivrance Edouard de Carnarenan, vostre frère, nagueres roy d'Engleterre , lequel a este déposé j^ar le consentement de tous les liaultz barons du pais : laquelle chose est pour amenrir et usurper Testât du roy, nostre sire , et de son royaulme. » Adont le conte respondy : « Seigneur, vous poez dire vostre voullenté, mais oncques ceste chose ne pensay ne ne fuez conscentant de vouîloir nullement abaissier Testât du roy, ne de sa couronne, et de ce suis je prest à prouver le contraire. » Mais lors sire Rogier de Mortemer ataindy la lettre devant ditte, sy la monstra au conte et lui dist : « Sire Emond , ne congnoissiés vous point ceste lettre ? » et ledit conte , qui mye ne pensoit à la lettre qu'il avoit baillié à Jehan Deverillcs, veant

i. Robert Howel, officier do justice de la luaison du roi. (Rames, p. AO.)

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que ceste estoit scellée de son seel , cuidaiit que ce fust aulcune lettre qui en nulle manière ne le cliargast, sy dist au dit sire Rogier qu'il ne voulloit pas desdire que la lettre qu'il tenoit ne feust seellee de son seigne. « Sire Emond , dist adont sire Rogier, ainsi présentement orez la teneur ; )> et lors desploia la lettre , sy la lisy tout liault , mot après aultre, en la présence de tous les assistans.

Ceste lettre ainsy leute, sire Robert de Hamille dist ainsi : « Sire Emond, puis que vous avez cogneu que ceste lettre est scellée de vostre seel , laquelle contient comment vous avez empensé de mettre paine et diligence de vostre frère délivrer, nagairesroy d'Engleterre, adfin qu'il rcgnast et gouvernast son peuple comme par cy devant souloit faire, dont, se ainsy estoit que ceste chose feust advenue , ce seroit rabaissement pour nostre seigneur le roy, qui est à présent, que Dieu veuille garder de mal, doncques, pour ceste offense et pour vos démérites, la Court veult , et raison s'y assent, que vous recepvcs mort, et vos hoirs soient déshéritez à tousjours, saulve la grâce de nostre sire le roy. »

Alors le bon conte, oyant ceste doloreuse sentence, commença tendrement à larmoyer; et, en cest estât, fut remis en prison soubz bonne garde, pom' en estre asseuré jusqucs à lendemain, pour ce que le roy estoit assis à son disner : et , à ceste heure, sire Rogier de Mortemer vint vers la royne Ysabel, sy luy raconta comment le conte Emond estoit condempné à morir par droite loy, pour ce que lui mesme avoit confessé en plaine audience devant tous. « Sy me sambleroitbon, dist il, madame, (|u'on le mist h mort hastivement,

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sans le sceu iioslre seigneur le roy ; car s'il en estoit adverti, je fay doii])le qu'il ne le respistast et lui donnas! son pardon; laquelle chose, se ainsy advenoit , nous porroit tourner à grant dangier. »

Alors la royne prestement, sans aulke conseil que le dit sire Rogier, manda au bailli de Winceslre que tantost et sans delay, sur peine de perdre la vie, il feist décoller le dit sire I^^mond. Le bailli, ayant le commandement de la royne , fit le dit conte tirer hors de prison et le décoller par ung liomme qu'ils trouvèrent d'aventure, letjuel fut par eulx constraint de ce faire. Et ainsy, piteusement, fut mis à mort le bon conte Emond de Kent, dont ce fut grant dommage. Ce fut fait le cincfuiesme jour d'octobre \ le tierch an du règne du jeune roy Edouard, lequel, quant il fut ad\erti de la mort de son oncle , en démena moult grant dueil : sy le fist enterrer en l'église des frères mineurs de Wincestre, et là lui fist faire son service honnourablement , comme bien appartenoit à ung filz , frère et oncle du roy.

315. De la prlnse sire Rogier de Mortemer, conte de la Marche, et de sa mort, LVI.

En cellui temps dont nous parlons, messire Rogier de Mortemer, conte de la Marche, demenoit du tout , selon sa voullenté , le jeune roy Edouard et la royne sa mère , tellement que tout ce qu'il commandoit estoit ; car nul n' estoit sy ozé que d'aller au con-

\. Wavrin se trompe. Le roi ordonna, par ses lettres en date du 13 avril 1330 (Rymer, II , part. III, 43) , la publication de la mort de son oncle qui a\alt été exécuté le 19 mars précédent. Yoy. p. 49, note \.

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traire, pour la crainte que ciiascuii avoil de luv. Pourquoy il moula en sy grant orguel, que acivis lui estoil que en tout le royauîme d'Engleterre n'y avoit homme qui à lui se deust comparer. Moult orguelleux et convoiteux devint, et toujours se tenoit en la court de la royne , au plus près d'elle. Ses gens estoient, en son estatu de son liostel , à paraulz gages que ceulz du roy et de la royne. Il amassa moult grans trésors sans nombre , tant se tint privé de la royne , et démena sy grant estât et seigneurie, que tous les plus grans du royauîme a\ oient paour de faire chose qui lui despîeust. Sy advint ung jour que le roy et son Conseil estoient assamblez en ung privé lieu , où aucuns misrent en avant, par devant le roy, les grans desrisions et oultrages que faisoit le dit de Mortemer aurov et à sa couronne, et comment, par son conseil, traitreuzement le roi Edouard de Carnarenan avoit esté murdry au chastcl de Bercler : puis lui ramenturent la mort sire Emond , son oncle , et pluiseurs aulti-es maléfices qui estoient fais et per])etrés par le dit iMortemcr ; iescjuels, après ce conseil failli, vindrent au dit Mortemer en secret, lui dirent comment le roy et son Conseil estoient de jour en jour ensamble pour trouver la manière de le confondre et anéantir. Alors le dit sire Rogier, comme tout foursené, jura grans sermens, quoy qu'il deust advenir, que il se vengeroit d'eulz.

Ne demoura gueres de temps, après ces choses, que le roy Edouard , dame Phelippe , sa femme , dame Ysabel, mère du roy, et sire Rogier de Mortemer, qui ne faisoit semblant de ce que on lui avoit dit, \'indrent demourer une espace de temps l\ Northin-

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gliem. Sy advint que la reine Ysabel, par le conseil de Morlemer, prinst à soy les clefz des portes du cliastel, adfin que nulz ne peust entrer ne yssir, par nuit ne par jour, sans son commandement, mesmement le roy, ne nul de son Conseil. En ce temps, le dit Mortemer estoit moult couroucliiés et yrez alencontre des plus privés du roy, pour ce que ils l'avoyent encusé à lui de la mort sire Edouard de Carnarenan, son père. Sv prendrent conseil ensemble la royne Ysabel, l'archevesque de Lincoln', sire de Bereforî^, sire Hugue de Tronpetonne^ et aultres de leurs j^lus privez , pour trouver manière de deffaire ceulx oui le dit Mortemer avoient encusé ; de larfuelle chose ceulx du conseil du roy s'apperceurent tasitost. Sy viendrent tous ensemble, priveement, parler au roy, auquel ilz dirent et rapportèrent comment le dit sire Rogier de Mortemer avoit assamblé conseil en privé , pour trouver manière d'eulz destruire , pour ce que racusé l'avoient de ses maléfices : pour laquelle chose, moult hiunblement , requisrent au roy tous ensemble que , en l'honneur de Dieu, leur voLsist aidier à maintenir leur droit, et que à lencontre d'eulz ne se \olsist mal informer, pour chose qu'on lui deist f!U rapportast : ce que le roy liberallement leur accorda , dequoy ilz furent moult joyeulz. Et estoient messire Willame de Montagu \ sire Homfroy de Bohoun ^, messire Jehan de Neurville de Horneby " et pluiseurs

i . Henri Burwash, archevêque de Lincoln.

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