Le 3 de novembre. (Hammer
2. a Le Pas de Sncci. Ce passage, célèbre dans l’antiquité, et qui porte encore le nom de Porte-de-Trajan, offre deux défilés dont l’accès est également périlleux : l’un, situé à l’ouest et appelé Soulonderbend, ou défilé aqueux (le défilé de Succi d’Ammien), est fermé par la porte que Trajan y fit construire ; l’autre , appelé défilé d’Isladi ou Slatiza , du nom de la rivière qui coule vers le nord, est d’un accès tout aussi difficile. Mourad les avait fait barrer avec des blocs de rocher, ajoutant ainsi un nouvel obstacle à ceux qu’y apportait naturellement, dans cette mauvaise saison, le séjour des neiges et des glaces. Lorsque les Turcs aperçurent l’avant-garde d’Hunyade, ils firent couler pendant toute une nuit de l’eau sur le flanc des montagnes, en sorte que le lendemain, au point du jour, un mur de glace semblait interdire toute tentative à la cavalerie hongroise. Cependant les soldats d’Hunyade, encouragés par son exemple, s’avancèrent malgré tous les dangers; mais, arrivés devant la Porte-de-Trajan , ils la trouvèrent si bien barricadée qu’ils se virent
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toute recoucquise avant que le Turcq peust avoir rassamblé grant armee. Mais le dit Turcq, en fuyant et passant les montaignes, ordonna auz paysans qui demouroient sur les chemins, d’abattre le plus d’arbres qu’ilz pourroient sur les1 passages, en yceulz telement empeschant de boys et pierres, que les Hongres y passassent à grant paine; lesquelz se misrent en dilli» gence d’acomplirle commandement du Turcq à leur povoir.
Le légat, doncque, et le roy, avec toute T armee crestienne, s’acheminèrent pour passer les dites montaignes; mais les arbres, pierres et empescliemens que les turcqz avoient mis sur les chemins, leur empeschoient grandement le passage : sique, alors, dame fortune quy avoit esté amyable auz crestiens leur tourna le dos; car une grande froidure de vent et de gellee. s’aplicqua auz dites montaignes, esqueles chut tant de nesges, par l’espace de trois jours, que le légat, le roy et les seigneurs ne scavoient donner conseil ne remede de qu’ilz avoient à faire pour le mieulz, feust
obligés de rebrousser cliemin. Us se portèrent alors vers le défilé d’Isladi qui , par la nature même du sol , ne pouvait pas être aussi solidement fermé. Là s’engagea, le 24 décembre, entre les Turcs et les Hongrois un combat d’autant plus terrible que ces derniers avaient encore à lutter contre les avalanches et les masses de rochers ou de glace qui se détachaient incessamment de la crête des montagnes. L’issue du défilé fut enfin forcée, et les vainqueurs saluèrent des hauteurs de l’Hémus les riantes campagnes qui se déroulaient sous leurs yeux. Julien et les croisés , Vladislas et les Polonais, suivirent les traces d’Hunyade, et se réunirent à lui au delà du Balkan. L’armée chrétienne livra une nouvelle bataille aux troupes de Mourad, au pied du mont Cunobizza, dans les champs de Yalowaz. Ce fut la seule où Vladislas assista en personne avec son secrétaire Callimachus, qui a écrit l’histoire de cette époque comme témoin oculaire, et qui y fut blessé d’une flèche au doigt. Les Turcs furent encore battus. » ( Hammer, II, 299-300.)
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d’aller avant ou de retourner, gens et chevaulz; car ceulz quy n’estoient à couvert moroient de meschief et froidure. Les chemins estoient tous couvers de nesges, pourquoy, tout considéré, conclusion fut prinse enfin par le légat, le roy et les seigneurs de retourner 1 pour cause des dis empeschemens, et establirent gens de pié allans devant eulz pour les chemins tanter; mais si sagement n’en sceusrent ouvrer, que, avant eulz issus dudit dangier, n’en morussent plus de la moitié de leurs gens, et bien les trois pars de leurs chevaulz, et fut ainsi comme ung miracle de Dieu, de ceulz qui se sauvèrent. Si fut grant pitié, doulleur et dommage des crestiens qui là périrent en si grant destresse-, mais il en fault laissier le secré en Nostre Seigneur, quy avoit esprouvé leurs bonnes affections et voullentez, pour rémunération desqueles choses, il les voulloit herbregier en son paradis par tel martire. Le légat, le roy et ceulz quy se peurent saulver, revindrent à Bude, en Ilongrye, en estât de deux maniérés, l’une en joye et exultation de la belle victore eue contre les turcqz, et l’autre en pleurs de leurs amis quy estoient ainsi finez, par martyre des nesges et froidures. Et, aprez ce retour, tindrent le légat, le roy et les estas de ses pays entr’eulz de grans consaulz sur leurs affaires : si conclurrent, en fin, que le légat, cardinal de Saint Angele, se partyroit de la court du roy de Hongrye et s’en yroit prestement devers nostre saint pere le Pape, et, par tous les lieux où il passerait,
1 . Ils ne partirent néanmoins qu’après le combat du 24 décembre, sur lequel Wavrin ne donne aucun détail, et encore partirent-ils contre la •volonté a d’Hunyad et du despote Georges, qui s’opposèrent énergiquement au retour ; mais on ne les écouta pas. » (Chassin, 290, 292.)
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adnonclieroit les grans victores que lui et le dit roy avoient eu sur les turcqz ; mais il se tairoit des pertes que les crestiens avoient recheues montaignes, adnullant les parlers de ceulz qui en diroient aulcune chose.
1110. Comment le seigneur de Conté retourna de Romme et vintàDigon, en Bourguoigne, où iltrouvale ducPhelippe, auquel il présenta ses lettres de par nostre saint Pere. Et comment le duc ne voult riens délibérer lors, à cause de son ante, la ducesse de Bavière. IX.
Or vous lairons un peu le parler du bon roy de Hongrie et du notable légat, pour rentrer en la matière du duc Phelippe de Bourguoigne, quy, comme vous avez oy cy dessus, avoit envoie le seigneur de Conté à Romme devers nostre saint pere le Pape ; lequel estoit retourné de son voyage vers le dit duc, en la ville de Digon, en Bourguoigne; auquel duc il présenta, par escript, la responce de ses lettres envoiees au saint Pere, par lesqueles lettres de rescription nostre dit pere espirituel admonnestoit et requeroit le dit duc qu’il voulsist faire, par mer, la plus grant armée que il porroit, adfin de secourir la crestienneté et garder le destroit de Constantinoble ; en luy signifiant les grandes victores que Hongres avoient eues sur les dis turcqz, et mesmes luy adnonchoit nostre saint Pere qu’il estoit délibéré de, au printempz prochain ensievant, armer x gallees à Venisse, et avoient les Vénitiens aussi promis d’en armer x.
Alors le duc de Bourguoigne entendy bien toutes les choses dessus dites; mais il ne volut riens conclurre sur le fait de celle armee, à cause de ce que la ducesse
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de Bavière1, sa tante, dame vesve et anchienne, avoit esté plusieurs fois vers luypour lui donner à entendre et congnoistre comment le duc de Zuave2 lui avoit prins et usurpé la ducié de Luxembourg, cpiv estoit son vray et droiturier douaire, lequel duc de Zuave avoit envoié en la dite duchié de Luxembourg, et dedens la ville et chastel, le conte de Gliccj 3, à grande puissance. Pourquoy le dit duc de Bourguoigne, par plusieurs fois, par ses ambaxadeurs invita le duc de Zuave, et incita par diverses fâchons, de faire raison a sa dite ante ; dequoy il ne voullut rien tenir, ja luy eust le duc Phelippe mandé que, en cas de refus ou delay, il ayderoit sa dame ante à poursievir son droit de toute sa puissance, et la remetteroit par force d’armes en la dite ducié.
Le duc de Bourguoigne, doncques, voiant ledit duc de Zuave estre obstiné, assambla grant puissance de gens d’armes de ses pays, avec lesquelz il entra en la ducié de Luxembourg4, où il exploita telement qu’il concquistleditfort chastel, dedens lequel il entra atout son armee; mais le conte de Glicq se saulva, par soy avaller hors de layans par une corde : si s’enfuy en son pays, à petite compaignie : et , par tant, le bon
1. Élisabeth de Luxembourg, fille de Jean, duc de Gorlitz, mariée 1° à Antoine de Bourgogne, duc de Brabant, fils de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne; 2° à Jean de Bavière, dont elle devint veuve en 1425. Morte le 3 août 1451. ( Art de vérifier les dates , III, 124.)