François Foscari, élu doge en 1423, Mort en
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dites que l’empereur me prestera; mais, pour ce que j’entens que les Vénitiens ont foison gallees, et qu’ilz sont plus prochains de moy faire plaisir, soit en prest ou en achat, je armeray les quatre gallees à Venisse. Et, ainsi, ce sont vu gallees, une gallyace, ung grant nave et une cravelle que vous direz à l’empereur de Constantinoble que j’envoieray, bien armee et bien en point, au secours de lui et de la crestienneté ; et pour ycelle armee conduire j’ay ordonné le seigneur de Wavrin, ycy présent, mon lieutenant et capitaine general sur ledit navire esmetes de Grece et de Levant *, et ay délibéré vous délivrer certaines lettres que j’ay
1 . M. le baron de Lafons de Melicocq, dont l’obligeance égale l’ardeur avec laquelle il poursuit ses investigations historiques dans nos diverses archives départementales, a bien voulu mettre à notre disposition plusieurs extraits de comptes de recettes du duché de Bourgogne , qui ont trait à l’expédition conduite par le seigneur de Wavrin. Les voici, classées par ordre chronologique :
I. — (17 avrill444.) « A messire Walleran, seigneur de Wavrin, etmessire Pietre Varsque, chevaliers et chambellans de m. d. s., xiiclx salus, dexi/vm gros : c’est assavoir à m. d. s. de Wavrin pour convertir en la dépense de lui, xxxne de personnes et autant de chevaulx, pour aller de la ville de Bruges à Venize, et d’illec en certaine armee que m. d. s. a, nagaires envoyé par mer au secours delà chrestienté, et ce, pour rx jours entiers commencans le xviiic jour d’avril, l’an milini0 xliiii, apres Pasques.etfinissans continuelement ensieuvans, qu’il peut vacquier tant en alant audit Venize comme en séjournant illec et attendant le partement du navire de la dicte armee, qui, au pris de demy salut que m. d. s. lui a tauxé et ordonné avoir par jour, pour homme et cheval, val. ixc lx salus.» ( Archlv . gen. du Nord , Compte de la recepte gen. du duc de Bourgogne , fol. lxxii recto).
H- — (19 avril 1444.) « A messire Walleran, seigneur de Wavrin, de Lillers et de Malannoy, chevalier, conseiller, chambellan de m. d. s. le duc, la somme de vint mille ducas d’or, du pris de chinquante trois gros, monnoye de Flandres, la piece, qui lui a esté baillee en deux lettres de change de Bernait de Portenaire et de Bernart de Camby,
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escript à l’empereur, lesqueles vous luy porterez de par nous. »
Alors ycellui ambaxadeur, très content de la responce au dit duc de Bourguoigne, prinst congié de lui ; mais, à son partement, le duc luy donna de moult beaulz et riches dons ; parquoy il s’en alla merveilleusement lyes, aprez qu’il eut prins congié aussi au seigneur de Wavrin. Puis s’exploita telement, et par si grant dilligence, qu’il parvint en Constantinoble, où il raconta à l’empereur ce qu’il avoit fait et besongnié, dont il et ses princes furent moult joyeulz et resconfortez.
marclians flourentins residens à Bruges, pour recevoir en lieu de Venize la dicte somme et la délivrer à Jehan Bayart, commis par m. d. s. à tenir le compte de la despence de certaine armee par lui nagaires envoyée par mer au secours de la crestienté ; de laquelle armee le dit seigneur de Wavrin estoit capitaine general, comme il appert plus ad plain par mandement de m. d. s. de Wavrin. Fet le xixe jour d’avril mil xiiic xliiii. »(Fol. iic. l. recto.)
III. — (5 mars 1147.) « A mon seigneur de Wavrin, conseiller et chambelllan de m. d. s. le duc, la somme de cent quatre vingt six ducas, du pris de cinquante gros , monnoye de Flandres, la piece, que m. d. s., par ses lettres données à Bruxelles le ve jour de mars mil iiiic xlvii, lui a ordonné estre baillee et délivrée par ledit receveur general; laquelle somme il avoit prestee à messire Pietre Vasque, aussi chevalier et chambellan de m. d. s., du temps que le dit seigneur de Wavrin conduisoil le fait de l’armee par mer contre les Turcs, pour secourir le dit messire Pietre en ses affaires et l’entretenir en la dicte armee, comme plus à plain est contenu es dictes lettres^ par lesquelles m. d. s. veult et ordonne la dicte somme de cnn“ vi ducas estre allouée es comptes et rabbatue de la recepte du dit receveur general. » (Fol. cxm verso — exim recto.)
IV. — (14S4.) ce A messire Walleran, seigneur de Wavrin, de Lillers et de Malannoy, chevalier, conseiller et chambellan de m. d. s., la somme de unze cens soixante deux ducas demy quart, du pris de xlviii gros, monnoye de Flandres, piece, à lui deue pour la reste et par-
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1108. Comment le grant Turcq, aprez ce qu’il eut esté desconfy , s’en retourna fuiant jusques en la cité de Andernopoly. VII.
Le Turcq, doncques, voiant que la fortune de labattaille luy estoit ainsy tournée au contraire, et que nullement ne lui estoit possible povoir, ce jour, recouvrer sa perte, prinst la fuite : aussi firent tous ceulz quy eschaper peurent, et se saulverent en la cité de Andrenopoly en Grece. Lequel Turcq fist grant duel et grant plainte ; car, à la vérité, il avoit perdu tous les plus
fait des gaiges tant de sa personne comme des gens par lui menez en Parmee mise sus par ni. d. s., en Pannee mil cccc xliii, alencontre des mescreans , de laquelle le d. s. de Wavrin estoit lieutenant de m. d. s. et capitaine general, et dont ilz ont esté mis en debte en la dicte Chambre des comptes à Lille par le compte ylec rendu par Jehan Bayart, commis de par ycelui seigneur à tenir le compte de la dite armee, fol. xxvn, et ce, déduit et rabatu le droit appartenant à m. d. s., à cause des gaiges et butins qui se sont fais durans ycelle armee, ainsi que par extrait de la dicte chambre appert. Pour ce, par mandement de m. d. s., donné le xve jour de décembre imc cinquante, et quitance du dit seigneur de Wavrin, avec le dit extrait, xic lxii ducas demy quart, etc. » (Fol. ixXï xvii verso. Compte de 1433-54.)
V. — (1454.) « Au dit seigneur de Wavrin, la somme de huit cens vint ducas, du dit pris de xnviri gros, etc., laquele m. d. s. a ordonné lui estre baillee et délivrée comptant, c'est assavoir m° lx ducas, pour quarante jours à lui tauxés par ycelui seigneur , pour la vacation de iniX3L ix jours qu’il fut, lui xvm® de personnes, apres son retour de 1 armee, dont mencion est faite en l’article cy dessus , à estre aie du lieu de Venize, par l’advis d’un légat apostolique, par devers nostre saint pere le Pappe , et deslà par devers m. d. s., es marches de par deçà.
« Item , la somme de nu0 ducas, tant pour restitucion de la somme de iio ducas, du dit pris, dont il fist faire finances au dit lieu de Venise sur aucuns ses joyaulz pour employer et convertir es affaires de la dicte armee, comme pour le fait et change d’iceulz nc ducas, et lx ducas pour lui aucunement recompenser de la perte qu’il a eue en la vendicion de certaine sa vaisselle d’argent, qu’il lui convint faire pour le fait de la
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grans et meilleurs de son armee. Puis, le plus hastivement qu’il oncques polt, repassa le bracz Saint George : sy s’en alla en Turquie et ou pays de la Natolie, où il tint plusieurs consaulz avec les sages de la marche, pour adviser par quel maniéré il pourroit recouvrer les très grans pertes qu’il avoit faites : car il confessoit que les Hongres et les Vallaques, joingz ensamble, estoient une grant puissance et que, pour battaille, faisoient durement à cremir. Et là luy aporta le conseil de tous ceulz qu’il avoit assamblé qu’il envoiast ou
dicte armée : pour toutes ces parties, par mandement de m. d. s., donné le xvie jour de décembre mic cinquante, et quitance du dit seigneur de Wavrin, vin0 xx ducas, etc. » [Ibid., fol. ixXï xvni recto et verso.)
VI. — (1461.) « A messire Waleran, seigneur de Wavrin, chevalier, conseiller et chambellan de m. d. s., la somme de mil ducas de cinquante gros, monnoye de Flandres, piece, laquelle ycellui seigneur lui a, de sa grâce, ordonnée prandre et avoir de lui, pour une fois, en cinq années par égalé porcion, commencans le premier jour d’octobre mil mi° lxii, pour et en recompensacion de ce que, environ a quinze ans, à son retour du voyage de Constantinoble, ouquel il avoit esté envoié et commis de par m. d. s. cappitaine general de son armee, qu’il envoya alors sur mer à lencontre des Turcqz et infidèles, pour remparer et arondir la grant nave d’icellui seigneur, qui estoit ou port de Constantinoble, devant Pere, en voye de perdicion,le dit seigneur de Wavrin et Jehan Bayart, receveur des deniers de la dicte armee, furent constrains de faire finance jusques à la somme de mil ducas, et, pour ycelle trouver, misrent et exposèrent en gaige, entre autres choses, es mains d’un marchant genevois, nommé Augustin Lazza, une longue robe d’orfaverie traynnant, fourree de fines martres, une journade en maniéré de jaquectes, aussi d’orfaverie, et plusieurs autres parties d’argent, pesans ensamble cinquante mars d’argent, ou plus. Et, pour délivrer et despeschier lesdictes parties avec la dicte nave, m, d. s. eust des lors fait délivrer à ung nommé Olivier Maroufle certaine grant somme de deniers ; mais, néantmoins, quelque poursuite qu’il en ait faicte devers ycellui Olivier, ne ailleurs, ycelles baghes et parties d’argent sont demourees perdues et mises en non chaloir. Ci M. ducas, de l gros, vallant xnc n. de xn gros. » (fol. ii° xlix recto et verso.)
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chastel de Nicopoly ‘quérir le seigneur de la Vallaquie, lequel il tenoit emferré en ses prisons, comme il fist. Auquel, quant il fut venu, dist qu’il voulloit avoir bonne paix et acord avec luy ; et se lors luy voulloit jurer et promettre que jamais luy ne nulz de ses subjetz ne luy feroient guerre, il luy jureroit et prometteroit de le renvoier quitte et delivre saulvement en son pays, en le asseurant, par ses lettres, que jamais de sa vye guerre ne luy feroit : et, mesmement, se jamais avoit à faire contre qui que feust en fait de guerre, il l’aideroit et secourroit à ses despens. C’est à scavoir ledit seigneur de la Vallaquie, qu’il avoit desja bien tenu prisonnier moult chetivement l’espace de quatre ans2, où il avait souffert mainte doulleur et angoisse, ne il n’en contendoit jamais à escnaper, sinon par mort : et ainsi, moult joyeux en ceur de ceste ouverture, il acorda au grant Turcq tout ce dont il le requeroit ; et aussi le grantTurcq, pour luy complaire, jura et fist escripre lettres de lui entretenir tout ce qu’il luy avoit promis. Et, par ces moyens, le grant Turcq renvoia le seigneur de la Vallaquie saulvement en son pays, où il fut grandement recheu, honnourablement et joieusement, comme cellui qui de son peuple estoit moult amé ; mais quant ses hommes sceurent la fachon de son traitié, par lequel lui ne eulz ne povoient jamais de sa vye faire guerre au grant Turcq, les aulcuns en furent moult joyeulz et les autres très doullentz ; c’est à scavoir les jeunes gens quy, de coustume, voullentiers se excercitent en armes, et anchiens et paisibles ne quierent que repos.
G Gallipoli. — 2. Voy. ci-dessus, page 14, note 4.
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Or vous lairay à parler du seigneur de la Vallaquie tant que il sera heure d’y retourner, et vous diray de ceulz que le cardinal légat et le roy de Hongrie avoient envoyez à Romme, devers nostre saint Pere, et à Venisse, quy estoient retournez en Hongrye : lesquelz raporterent nouvelles comment le Pape se deliberoit de faire grant armee par mer, aussi faisoient semblablement l’empereur de Constantinoble, le duc de Bourguoigne et les Vénitiens, pour envoyer garder le destroit de Rommenie, qu’on appelé le bras Saint George. Ce raport fut fait, selon la parolle de nostre saint Pere, aus dis légat et roy de Hongrie, ou mois d’apvril, l’an mil imc et xliii *, de queles nouvelles oyr furent moult consoliez.
1109. Comment nostre saint pere le Pape, le roy de Hongrye et les Vénitiens estoient délibérez de secourir et faire ayde à la crestienneté. VIII.
Le légat, doncques, et le roy des Hongres, quy fait avoient grans dilligences, depuis la battaille, d’encquerir en quele maniéré le grant turcq Moratbay se maintenoit , et qu’il faisoit, si eurent tantost nouvelles comment il a voit delivre le seigneur de laValaquye et faisoit grans mandemens parmy ses pays, et requeroit ayde et comfort à tous seigneurs intideles, ses voisins, et leur faisoit scavoir qu’il avoit bonne paix et union avec le seigneur de la Vallaquie et tous ses subgetz Vallaques; parquoyil avoit intencion que, en dedens la fin d’aoust, il enterroit ou pays de Hongrye, adfin de soy vengier des injures que faites luy
1 , Fin de l’année.
avoient, et sur yceulz Hongres recouvrer les interestzet dommages quepareulz il avoit nouvellement recheuz.
Les dites nouvelles venues au cardinal de Saint Angele, légat papal, et au nouvel roy de Hongrye, ilz assamblerent les trois estas du pays, avec lescjuelz ilz tindrent ung grant conseil sur ce qu’ilz avoient à faire touchant les dites nouvelles cy dessus recitees : et porta lors conseil que le roy devoit faire plus grant amas de gens d’armes que oncques mais, tant en Poullane, comme en Hongrie, en la Vallaquie et ailleurs, en aultres lieux crestiens de ses seignouries et allyances, et, quant il scentiroit que le Turcq auroit passé les montaignes , qu’il allast alencontre de lui atout sa puissance, et ne le souffrist pas entrer en ses pays.
A ce conseil s’acorda le roy, et, selon ycelluy, envoia par toute Hongrye, Poullane et la Vallaquye, et mesmement en Bebaigne, pour y recouvrer de secours d’aulcuns ses amis, dont il en luy vint plusieurs. Mais quant on adrescha au seigneur des Vallaques pour requérir son ayde, il s’excusa, en mandant auz roy et légat que bonnement il ne povoit ce faire, veu les grans sermens qu’il avoit fais au grant Turcq de non jamais se armer alencontre de luy, et que, au contracte de ce, il estoit eschapé du dangier de mort et de la prison. Aprez ceste responce eue, le cardinal de Saint Angele, légat de nostre saint pere le Pape, y renvoya pour le dispenser et absouldre des dis sermens et promesses par luy faites au dit Turcq ; mais riens n’y vailly, dont les dis légat et roy de Hongrye furent très mal contens.
Le roy, doncques, non obstant ce, tint son armee preste pour, quant il orroit la venue du Turcq, aller au devant de luy. Sy se passèrent ainsi les mois d’aoust
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et septembre : et, en la fin d’octobre, il oyt nouvelles que le Turcq estoit à Philopopoly, pour passer les montaignes. Fourquoy les dis legatet roy marchèrent avant, atout leur grant ost, devers les Sarrazins : et tant allèrent les deux puissances l’une contre l’autre, que les turcqz eurent passé les montaignes, et s’estoient logiés en la plaine au dessoubz, à une lieue près desquelz estoit logié le roi de Hongrye, en tentes et pavillons, et mesmement, de son eorpz, en la grant tente qu’il avoit guaignié sur le grand Turcq, en l’annee precedente. Puis fist le roy venir Hongrye, son lierault d’armes : sv luy dist que, préparé en tel estât comme il apartenoit à son office, allast de par luy devers le grant Turcq luy nunchier la battaille à lendemain; lequel s’en‘cuida excuser, disant que les Turcqz ne uzoient point d’officiers d’armes, et mesmes qu’il ne scavoit point le languaige , parquoy on le tueroit cent fois avant qu’il peust parvenir jusques au grant Turcq, se tant faire on le povoit. Adont le roy luy dist : « 11 convient que tu y voises : j’ay esperance en Dieu qu’il te conduira. » Sicque, en grant paour et redoubt, ycelluy roy d’armes, habitué comme lierault , monta à cheval adfin de obeyr à son seigneur, en adcomplissant et rnetant à euvre ce qu’il lui avoit commandé et ordonné. Mais il n’eut point chevaucliié la moitié du chemin, quant il encontra plusieurs turcqz , albanois et esclavons renoiez, lesquelz le prindrent, et, pour ce que le language d’Esclavonye etde Hongrye s’entresemblent aucunement, les esclavons lui demandèrent où il alloit et qu’il queroit. A quoy il respondy que il estoit officier d’armes au roy de Hongrye, lequel l’envoioit devers le grant Turcq luy faire ung message; si leur requeroit
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que devant luy ilz le voulsissent adreschier : et yceulz prestement le menèrent devers le grantTurcq, auquel, aprez les salus et reverence, il exposa la charge qu’il avoit de son maistre. Et quant le Turcq l’eut bien entendu, il luy respondy que, pour voulloir son dit maistre combatre, s’estoit il de son pays party et passé les montaignes, et que à lendemain le roy son seigneur feust tout asseuré d’avoir la dittebattaille.
Alors le roy d’armes, aiant eu celle responce, s’en retourna devers les légat et roy de Hongrye, saulvement, faire son raport, en leur certiffiant, de par le Turcq, que lendemain il venroit vers eulz en arroy de combattre ; laquele chose, incontinent, les légat et roy de Hongrye firent scavoir auz princes , seigneurs et capittaines de leur ost, eulz enhortant qu’en la nuitié sequente chascun se volsist confesser et ordonner de sa consience ; et que, à l’aube du jour, le légat chanteroit messe en la grant tente, et puis, quant tous serroient mis ou rengiés en battaille, il leur donrait absolution generalle. Et ainsi chascun se confessa et ordonna, selon son estât; le cardinal chanta la messe et, quant ilz furent en battaille, leur donna plaine absolution de tous leurs pechiés , dequoy force et hardement leur creurent à moitié : si estoient plus joyeulz que par avant et très desirans d’eulz trouver en besongne alencontre de leurs adversaires.
Le grant Turcq avoit fait trois eschelles de battailles; et aussi en fist le roy, pareillement, trois. Le légat flst dreschier la croix, et porter devant lui : et le roy fist desploier ses banieres et marchier ses battailles, au nom de Jhesucrist, contre le Turcq. Si abordèrent l’un à l’autre et combatirent longuement, que on n’en
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scavoit à quy donner la victore : mais les crestiens s’y portèrent tant vaillamment, par l’ayde de nostre seigneur Jhesucrist, que, ja feussent ilz petit nombre au regard des turcqz, toutesfois les tournèrent ilz à desconfiture, et s’enfuyle grand Turcq en ses montaignes ; lequel ensievyrent tous ceulz quy porrent eschaper vifz de la battaille. Si fut fait raport, par chevalliers notables, qu’en ycelle hescousse morurent plus de xxxm sarrasins, sans les prisonniers. Laquele battaille fut ou mois de novembre1, an mil imc xliii, dont les crestiens eurent grant joye de la belle victore que Dieu leur avoit donnée, car ilz guaignerent beaucop.
Lendemain, le cardinal chanta de recliief la messe, et fut commandé que chascun regraciast Nostre Seigneur de la bonne fortune : et, aprez, le roy eut conseil avec sa baronnie que le jour sequent il se metteroit au chemin pour passer les montaignes, en poursievant sa victore, et ne faisoient nulle doubte que, se ilz passoient les destrois2, que la Grece ne feust