‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 107 sur 128 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

1247. Cy commence le Ve Livre, lequel contient en soy xlvii chapittres ; ou premier desquelz il fait mencion de la sollempnité et feste des noepces du roy Edouard d’Engleterre. Ghapittre I.

Quant le roy Edouard d’Engleterre entendy ce que luy disoient ceulz de son sang et conseil , comme il leur sambloit raisonnable à dire à leur souverain seigneur, il leur respondy qu’il voulloit avoir et auroit celle sans autre, car son plaisir estoit tel. Parquoy les seigneurs, oyans cette absolute responce, n’en osèrent plus parler du contraire. Si fut le mariage fait et promis comme en tel cas apartient , dont tout le commun et peuple d’Engleterre furent très mal contens ; mesmement les princes et seigneurs du royaulme n’en estoient riens joieulx.

Aprez les fyanchages 1 et les choses préparées selon l’oportunité du cas, le roy manda et fist scavoir auz prelatz , ducz, contes, barons et chevalliers du pays

1. Edouard épousa secrètement Élisabeth, le Ier mai 1161; le mariage fut déclaré publiquement le 29 septembre suivant, et le couronnement de la reine se fit le 26 mai 1465. (Carte, II, 770, 771.)

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que cliascun venist à la feste et sollempnité de ses noepces, dont les aulcuns y vindrent et les autres non, pour ce que dudit mariage ilz n’estoient pas contens : et mesmement le conte de Warewic se party de la court ; si emmena avec luy plusieurs gens de bien, dont le roy fut durement coujrouchié. Sy commencèrent lors les envies de regner à la court.

Quant le roy Edouard vey que le conte de Warewic s’esloit ainsi partis sans congié, et ancores avoit emmené avec lui, par son enhortement, la pluspart des gentilz hommes de la court et des grans seigneurs aussi, il dist, par grant couroucb, que une fois il lui en souvenroit. Nonobstant ce , le roy ne laissa pas qu’on ne feist grant chiere à ses noepces; si furent fais les aparaulz grans et sumptueux pour la feste sollempnisier ; la quele dura vm jours, où il eut fais de moult beaulz esbatemens de joustes, danses et bancquetz.

Dès lors commencèrent à triumpher le seigneur de Rivières, beau pere du roy, et son filz. Et avec ce, pour renforcbier la dite feste, fut illec fait le mariage de la fille du seigneur de Scalles au filz du seigneur de Rivières lequel prinst le nom de sa femme, et se fist, de là en avant, appeler seigneur de Scalles. Et si fist aussi le roy d’autres alyances des seurs1 2 de la royne, sa

1 . Antoine Widewille, marié à Elisabeth, fille unique de Thomas Scales, et veuve de Henri Bourchier. (Dugdale, III, 231.) Ce mariage était fait dès 1461. Voy. ci-dessus, p. 203, note 1.

2. La reine avait six sœurs, dont elle était l’aînée : 1° Marguerite , mariée à Thomas Fitz-Alan, comte d’Àrundel ; 2° Anne , mariée en premières noces à William Bourchier, fils de Henri, comte d’Essex ; en secondes, à Georges Grey, comte de Kent ; et en troisièmes, à sir Antony Wingfeld ; 3° Jacqueline, mariée à John, lord Strange de Knokyn . 4° Marie, mariée à William Herbert, comte de Huntington; 5° Catherine,

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femme, auz filz des grans seigneurs du roiaulme, dont l une fut mariee au filz 1 du seigneur de Habart, qui, depuis, fut conte de Pennebrocq. La seconde seur fut mariee au conte d’Arondel ; et la tierce, voire aprez larovne(car elles estoient quatre seurs), fut mariee au seigneur de Molins. Si fut ainsi la feste renforcliié de toutes pars , jà en y eust il assez qui l’eussent bien voulu autrement ; car aussi plusieurs grans meschiefz en advindrent depuis, comme cy aprez pourrez oyr.

Assez tost aprez ces ditz mariages fais et adcomplis, le seigneur de Rivières et ceulz qu’il voulloit advancliier estoient eslevez en haulz estas et offices ; car ycellui seigneur de Riviere fut fait connestable d’Engleterre, au lieu du conte d’Excestre 2 qui en fut demis : aussi fut il de la tresorrie d’Engleterre, lesquelz deux offices eut le dit seigneur de Rivières, lesquelz, avecques autres, il povoit baillier et donner à ceulz lesquelz il voulloit advanchier , par quoy les envies et haynes montèrent moult grandes entre les seigneurs de la

mariée en premières noces à Henri Stafford, duc de Buckingham ; en secondes, à Jospar de Hatfield, duc de Bedford, et en troisièmes, à Richard Wingfeld, chevalier de l’ordre de la Jarretière; et 6° une autre nommée M..., qui épousa sir John Bromley, écuyer. (Dugdale , III, 231.)

1. William Herbert n’eut le titre de comte de Pembrocke que le 27 mai 1468, décapité le 29 ou 30 juillet 1469. (Dugdale, III, 253-238.)

2. John Tipot , comte de Worcester. (Voy. ci-dessus, p. 297, note 1.) L’office de grand connétable d’Angleterre lui fut retiré le 24 août 1467 (Rymer, V, partie II, 145, 146.) Il était en possession du titre de trésorier d’Angleterre dès le 2 novembre 1462. (Ryiuer, V, partie II, 113.) Le 24 novembre 1464, Walter Blount, depuis lord Mountjov, fut nommé à cette fonction (Dugdale, I, 519), et l’occupait lorsque le roi a donna au comte de Rivers. (Carte, II, 772.)

court, de quoy murmures s’esleverent entre lesdis seigneurs, et mesmement s’en contentoit mal tout le peuple.

1248. De la discention qui s’esmeut entre le roy Edouard d’Engleterre, et le conte de Warewic, et le duc de Clarence, frere du roy, et de ce quy en advint. II.

Pendant le tempz que le roy Edouard d’Engleterre entendoit à faire alyances et mariages à son plaisir, avec nouveaulz officiers, le conte de Warewic, moult desplaisant du régime et gouvernement qu’il veoit à la court, et aussi de ce qu’il lui sambloit que ait roy ne souvenoit des grans services et plaisirs que, tout son tempz, lui et les siens luy avoient fais, et mesmement le conte de Salseberi, son pere, [avoit esté mort avecq le duc d’Yorcq,] si conqueroit et faisoit alyances partout où il povoit, comme celluy qui ne scavoit à quel fin la chose en pourroit venir ; car il veoit bien que le roy l’avoit prins en hayne, et qu’il estoit dutout ferme de advanchier et mettre en haut degré le dit seigneur de Rivières, son beau pere, et tous ses adlierens, en déboutant les grans seigneurs, et eulz ostant leurs estas : pour laquele chose il sambloit au conte de Warewic que le dit rengne ne povoit ainsi longuement durer que aulcun grant meschief, par quelque moyen, n’en advenist.

Non obstant ces choses par devant dites, qui sambloient causer maulvaise fin, si fut le pays depuis assez bonne espace en paix , et ne se osoient eslever les murmurans, pour la crainte du roy. Et y vint moult de belles ambaxades devers luy, tant du pappe de Romme, comme d’Escoce et de Dannemarclie; et

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aussy des ducz de Bourguoigne et de Bretaigne quy y envoierent par deux fois, dont la première que le dit duc de Bourguoigne y envoia 1 furent cliiefz en la légation les seigneurs de Lannoy 2, de Rabodengbes 3 et de la Bouliilerie 4 ; lesquelz eurent, au départir 5 du roy, de beaux dons, aprez qu’ilz y eurent séjourné vi sepmaines; durant lequel terme n’y fut ne comparut à la court le conte de Warewic, aussi ne furent beaucoup d’autres grans seigneurs. Lequel conte de Warewic veant que, comme il lui sambloit, on lui faisoit de grans rudesses, adfin de s’en vengier, trouva ses maniérés moult soubtilles d’atraire* à lui les freres du roy, en leur rernonstrant et faisant plusieurs promesses; et telement y persévéra qu’il

1. Le 10 décembre 1463, le roi d’Angleterre accordait un sauf-conduit à Jean, seigneur de Lannoy, et à cinquante personnes de sa suite. (Rymer, V, partie II, 119.)

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