‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 12 sur 128 · Voy. ci-dessus, l, 330, note · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, l, 330, note

2. Le Soudan Dyakmak, plus connu sous le nom arabe de Melik- Adhaher, monta sur le trône en 1442. ( Note communiquée par M. Dubcu. v .)

[1443] SIXIÈME PARTIE, LIVRE 1", ix

Grant Maistre des Templiers de Rodes1 remuer oit instamment audit Pere saint son ayde, en quencques possible luy seroit. Pourquoy nostre saint Pere rescripvi au dit capittaine de Bourguoigne une lettre de credence, sur unes autres lettres qu’il avoit chargié au cardinal de Therewane lui rescripre, laquele lettre du cardinal contenoit que nostre saint Pere desiroit, s’il estoit à lui possible, quant son armee serroit preste, qu il tyrast tout droit en Rodes au secours de la très crestienne cité, et que la sienne armee, avec celle des Vénitiens, serroient assez puissantes pour garderie destroit. Icelluy capittaine de Bourguoigne parla de ceste matière au duc de Venise, pour ce qu’il avoit grant désir et voullenté d’aller secourir Rodes ; mais ledit duc luy respondy que, pour riens, ne souffriroit que les gallees qu’il prestoit au duc de Bourguoigne allassent contre le Soubdan , car il avait juré bonne paix avec lui : disant aussy que tous les grans marchans, avec grosses richesses de Venise, estoient en Surie, parquoy ilz recepvroient ung grant dommage infîny. Si fut conseiilié de rescripre au cardinal de Therewane la charge qu’il avoit du duc, json seigneur, d’armer quatre gallees à Venise et d’illecq tyrer tout droit en Constantinoble, en soy présentant à l’empereur de par ledit duc, et que ceste charge il n’oseroit muer ou transgresser; mais que très voullentiers rescriproit à messire Régnault de Confide et à Geffroy de Thoisy qu’ilz se tyrasent, atout leurs trois gallees et la galliote, celle partie devers Rodes, et que de ce, pour Dieu,

i. Jean Bonper de Lastic, 34" grand maître à Rhodes, nommé en 1437, mort le 19 mai 1454. (Vii.lfjveuve-Bargemojvt, 191 198.)

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nostre saint Pere voulsist estre content. Et, adont, ycellui capittaine, par aulcuns vaisseaulz quy s’en alloient à Corso1 et à Modan2, rescripvi au dit messire Régnault de Confîde et Geffroy de Thoisy ce que nostre saint pere le Pape lui avoit mandé et rescript, et la responce qu’il luy avoit faite ; et que, pour Dieu, le plus tost qu’ilz pourroient ilz tyrassent devers la cité de Rode au secours d’ycelle : lesquelz, incontinent qu’ilz oyrentces nouvelles, furent moult joyeulz, et, par especial,le chevallier de POrdre. Si se penerent d’acomplirle commandement de leur capittaine par si grantdilligence, qu’ilz vindrent en Rodes avant que l’armee du Soubdan y peust estre arrivée, laquele gisoit à l’ancre à ung port prez de Rodes, à lx milles devant une forteresse nommee Chasteau Rouge, qu’il avoit desja prins et rué jus. Sicque, quant nos crestiens furent arrivez au port de Rodes, le Grant Maistre et ceulz de la religion en furent moult joyeulz : et envoia le Grant Maistre vers eulz des plus notables chevalliers de l’Ordre, pour les bienvingnier; si les fist advertir qu’il y avoit deux ou trois gallees de Castelans, quy estoient au roy d’Arragon, et plusieurs autres navires et sauldoiiers de diverses nations, lesquelz demandoient au Grant Maistre si grans guages que merveilles : pourquoy il sambloit audit Grant Maistre, et auz religieux, que l’excessive grandeur des sauldees qu’ilz demandoient estoit par paour qu’ilz avoient, car ils scavoient bien que le dit Grant Maistre ne leur pourroit furnir si grant pecune ; si leur sambloit que ce moien, à scavoir deffaulte de sauldees, s’en pourroient aller de là licitement, à

J. Corfou. — 2. Modon

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leur honneur, en laissant la dite cité. Pourquoy les Bourguignons eurent ensamble advis et conclusion avec les seigneurs de Rodes, que le Grant Maistre envoieroit quérir tous les capittaines estrangiers, et, en leur présence, recepveroit yceulz envoiez de par le duc de Bourguoigne1 ; et ainsi en fut fait.

Quant, doncques, les Bourguignons furent venus devant le Grant Maistre, ilz se présentèrent à luy eulz et leurs gallees, et il les recheupt moult honnourablernent, ou nom dudit duc, au secours de la cité ; et dirent illec, en audience, que, nonobstant qu’il y eust illec aulcuns estrangiers demandans sauldees, si n’en voulloient ilz nulles; et se aulcuns, par lascbeté de courage, demandassent guaiges excessifz, adfin de par ce quérir moyen de la ville et cité habandonner à leur honneur, et quant ores aulcuns le habandonneroient, si estoient ilz assez puissans pour, au Dieu plaisir, la tenir contre tous les mal voeillans.

Celle maniéré de presentacion encoraga grandement les cappitaines estrangiers; parquoy ilz s’acor-

L Philippe, duc de Bourgogne, dit Jean Germain, évêque de Chalon, qui, par devocion et affin d'estre participant de la publication du saint évangile , à la requeste de l’empereur de Constantinoble envoya, l’an mil cccc xim, sesgalees et capitaines, le seigneur de Wauvrin et messire Jolfroy de Toisy, chevaliers ; ou quel voyage tindrent longtemps le passaige de Gallypoli contre le Turcli, et par leur bon ayde fut puissamment levé le siégé que avoit fait mettre l’an mil cccc xlv (sic) le Soudan de Babyloine devant la cité de Roddes, et fut toute l’isle saulvee, et rompue l’armee du dit Soudan, et son admirai rebouté honteusement, et par les dessus dites visitée toute la riviere de la Dynoue, la Bulgarie, la Tlirace et jusques à la grande Arménie, et dommaigez fort les ennemis de la foy crestienne, et par lui ont esté edifîees les églises de Nostre Dame du mont Syon, de la cité de Bethleem. » (Bibl. imp., Mss.,n° 6745; Histoire touchant la faulsetè delà loy sarrazaine , liv. III, part, v, cil. vi.J

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derent, au mieulz qu’ilz peurent, avec le Grant Maistre, lequel fist tant que, raisonnablement, dévoient bien estre contentz, parquoy ilz demourerent en la cité. Mais ceulz de Bourguoigne se partirent lendemain bien matin, et tyrerent vers Chasteau Rouge, où ilz trouvèrent toute Farmee du Soubdan, où ilz reparoient leur artillerie sur terre, estant leurs navires dedens le havre ; lesqueles gallees Bourguignotes, estans esparses un peu arriéré Tune de l’autre, pour le trait des Sarrazins, la longueur d’un ject de canon gecterent l’ancre à l’advantage, tournant les poupes de leurs gallees vers l’armee de leurs annemis, et de deux canons que chascune gallee a en poupe, ja soit il que autres en y eust paraulz; car toutes les cambres des canons servoient aussi bien à l’un comme à l’autre, sique des dis canons qu’ilz avoient es poupes ilz tyroient es vaisseaulz des Sarrazins aussi dru comme on tirroit d’un arballestre, dont ilz portèrent grant dommage ou dit navire de leurs annemis, tant auz gens comme auz vaisseaulz où les pierres povoient clieoir. Mais le capittaine des mescreans fist partir de son ost vm gallees pour ycelles aller combatre : parquoy ilz furent contrains de lever les ancres et retourner en Rodes, où ilz reportèrent certaines nouvelles de l’armee du Soubdan. Pourquoy le Grant Maistre, et tous les capitaines qui dedens Rodes [estoient], partirent la ville par quartiers, baillant à chascun sa portion en saine garde, comme il sembla facille et expédient selon la faculté de tous.

Lendemain, les Sarrazins arrivèrent en l’isle de Rodes : si vindrent affuster leurs gros engiens et bombardes devant la ville, où ilz furent bonne espace, et

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commencèrent fort à batre la muraille de leurs gros canons. Et avoient sur le terroy Molle, vers Saint Nicollay, auprez du Mandraccjue, affusté plusieurs gros engiens, en intention de destruire le navire quy estoit au port de Rodes, ouquel lieu estoient ces engiens, gardez par ung grant nombre de Sarrazins : et , à la vérité, se remede on n’y eust mis, le navire eust esté pery. Mais le grant maistre de l’Ordre, avec les confrères de la religion et tous les capittaines de layans, eurent conseil ensamble que on feroit une saillye sur eulz , regardant que yceulz gardiens des engiens ne povoient estre secourus des autres Sarrazins de l’ost. Si lut conclu que Geffroy de Tlioisy etmessire Régnault de Confide yroient garder ycellui passage, et une grande compaignie d’autres gens furent ordonnez d’aller concquerre les engiens affustez sur le dit Molle.

Lors nos crestiens saillirent hors de la cité, pour adcomplir chascun sa charge ; et les Sarrazins de l’ost vindrent avant, en grant nombre, pour secourir leurs bombardes ; mais, au passage, ilz trouvèrent ceulz quy y estoient ordonnez quy, à force d’armes et main à main, se combalirent alencontre d’eulx, et plusieurs fois les rebouterent : et si bien fut gardé ycellui passage, que nos crestiens guaignerent ces bombardes et les menèrent dedans la ville. Au débat et garde duquel passage fut fait chevallier le seigneur de la Hamaide ‘, et aussi fut messire Geffroy de Tlioisy. Mais

1 Jacques, seigneur de La Hamaide, était au nombre des seigneurs qui furent présentés, à Mons , au duc Charles de Bourgogne, lorsque ce prince prit, en 1467, possession du Hainaut. ( Mémoires du seigneur de Haynin , 104.) Il est porté sur le rôle de payement, dans le compte rendu par Guilbert de Rupe, argentier du duc de Bourgogne, du

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le commandeur d’Amposte, qui avoit esté ordonné à grant compaignie de gens pour secourir les crestiens quy en auraient mestier, à scavoir ou ceulz qui estoient commis à garderie passage ou à l’artillerie concquerre , quant il parcheut amener lesdites artilleries dedens la ville, il entra avecques, habandonnant sa garde, dont ceulz qui gardoient le passage ne furent pas confortez : pourquoy, tousjours en combatarit et recullant, à moult grant paine recullerent dedens la dite ville. A laquele retraite fut prins ung très vaillant gentil bomrne, nommé Pierre de Moroges1, quy estoit navrez; mais, par force de combatre, il fut rescous; si y fut aussi navrez ung très vaillant chevallier de Rodes, nommé Saint Vincent. Des Sarrazins y eut beaucop de mors et navrez, et des crestiens petit nombre.

Quant, doncques, les crestiens furent rentrez, à victore, dedens la ville et cité de Rodes, ils menèrent ensamble grant joye, en rendant loenge à Nostre Seigneur de la belle grâce que fait leur avoit d’avoir concquis

1er janvier au 31 décembre 1468, ainsi qu'il suit : a Pour le fait de la guerre , à Jacques, seigneur de la Hamaïde, chevalier, 951iv. d (Barante, Histoire des ducs de Bourgogne , édit, de M. Gachard, II, 705-706.) Il figure, dès 1472, comme chambellan de Charles, duc de Bourgogne, sur un état de la Maison de ce prince. ( Bibl . imp., mss., n° 8430 a, fol. 7 verso.) Saint-Remy (VII, 474) mentionne un Jacques de la Hamaïde qui assistait, en 1435, au traité d’Arras : peut-être bien est-ce le même personnage.

1. Pierre de Moroges figure en qualité d’écuyer dans une montre faite à Beauvais le 31 août 1417. [Bibl, imp., mss., Cabinet des titres , fonds de La Villevieille, Monstres de 1358 à 1439, tom. IV, au 6 septembre 1417). 11 était neveu de Geoffroy de Thoisy, et mourut à Trébisonde des suites de sa blessure. (Voy. Pièces justificatives , n° I.) La pièce à laquelle nous renvoyons contient une narration du siège de Bliodes qui, pour le récit des faits, est assez conforme à celle de Wavrin.

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les bombardes et gros canons des annemis de la foy, dont si durement les grevoient. Mais, d'autrepart, les Sarrazins furent grandement troublez de la perte que fait aboient, tant de gens comme d’artillerie : concurrent, pour eulz vengier, d’assaillir la ville lendemain. Pour lequel assault ils firent coeillier toutes foeilles des vingnes de là environ, et en faire grans saquiés pour les fossez emplir : puis vindrent à l’ assault, menant grant bruit de liuys et de tambours. Au commenchier lequel assault, leur capittaine, quy alloit au front devant, fut féru d’une cullevrine parmy le corpz et abatu mort droit sur le bort des fossez : parquoy aux Sarrazins failly dutout le corage. Si prindrent ledit corpz mort et remportèrent avec eulz, en se retraiant de l’assault : et toute celle nuit rechargèrent leur artillerie dedens leurs vaisseaulz, sans faire noise, ains le plus coyement qu’ilz peurent ; et le lendemain firent voille. Si s’en retournèrent au pays de Surye, dont ilz estoient venus.

Or vous lairons de l’armee des crestiens qui estoient en Rodes, et parlerons de l’armee de nostre saint Pere, que le Cardinal de Venise, son nepveu % conduisoit, et aussi de l’armee du duc de Bourguoigne, que avoit à conduire le seigneur de Wavrin, son lieutenant, et de celle des Vénitiens, que gouvernoit messire Pierre Leuridan. Lequel cardinal et messire Pierre Leui idan, pour ce que leurs gallees estoient premières prestes que celles dudit seigneur de Wavrin, ilz partirent du port de Venise le xxne jour de juil-

1 . François Condelmare, dit le Cardinal de Venise, vénitien, neveu du pape Eugène IV, fut créé cardinal-prêtre, du titre de saint Clément, le 19 septembre 1131. Mort le S septembre 1453 (Mokéhi, IV, 29.)

CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1444]

let , l’an mil quatre cens xliii et le seigneur de Wavrin environ la fin dudit mois; et tant naga qu’il vint à Thenedon 1 2, un port de mer là où jadis les princes de Grece, lesquelz alloient assegier Troyes, prindrent terre. Et quant ledit seigneur de Wavrin sceut que c’estoit le mesme port où les Gréez avoient arrivé, il demanda à aulcuns, quy scavoient ces marches, se le lieu où la grant cité de Troyes avoit esté scituee estoit gueres loingz de là ; lesquelz luy dirent qu’il ne povoit passer oultre le destroit sans transverser devant le port de Dardanelle, quy jadis avoit esté le havre principal de la grande cité Troyenne, là où les Gréez estoient descendus. Adont messire Pietre Vas et messire Gauvain Quieret, quy estoient à ceste interrogation, pour ce que le seigneur de Wavrin avoit très grant désir que, se à celluy port on trouvoit les turcqz, de descendre à terre et d’avoir à faire à eulz, ilz luy loerent que la première descendue qu’il feroit feust audit port de Dardanele, au cas qu’on veist estre la descente employée et convenable.

Or, doneques, le second jour aprez qu’ilz furent entrez au port de Thenedon, ilz eurent bon vent; si se misrent à point pour passer le destroit quy va à Constantinoble, et tant nagèrent qu’ilz arrivèrent au dit port de Dardanele, auquel ilz ancrèrent : et là veyrent venir plusieurs turcqz, tant à pié comme à cheval ; si commanda lé seigneur de Wavrin qu’on tyrast les gallees prez du rivage, pour prendre terre. Mais, à cause d’un tampz noir et obscur quy s’eslevoit, avec

1. Il faudrait lire , probablement, XLIIII. Voy. , ci-après, p. 64, note 1 .

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