‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 13 sur 128 · Ténédos · texte numérisé non relu

Ténédos

[1444] SIXIÈME PARTIE, LIVRE Ier, ix. 61

ung grant vent quy monta, les patrons et marronniers conseillèrent de non aprocher le rivage; car se fortune de tempz s’eslevoit, comme il estoit aparant, les gallees se fraperoient en terre et seroient perdues. Si failly boutter les barges des gallees en mer, et ainsy descendre à terre à plusieurs fois. Ce jour, messire Gauvin Quierel porta le penon du duc de Bourguoigne ; si fut commendé à chascun soy tenir prez du dit penon, en bonne ordonnance. En la galleedu seigneur de Wavrin avoit ung gentil homme vénitien, nommé messire Cristofle, parent au duc de Venise ; lequel duc avoit pryé au dit seigneur de Wavrin qu’il le voulsist mener en sa gallee jusques en Constantinoble. Sy requist ledit messire Cristofle au seigneur de Wavrin qu’il peust descendre à terre avec les autres, en lui priant qu’il le voulsist faire chevallier, comme il fist. Et quant tous les députez eurent prins terre, les turcqz, quy estoient à pié, s’advancerent à donner l’escarmouche et tyrer de leurs arcz contre nos crestiens. Sy ordonna on x archiers et vi culvriniers à main, et x ou xii compaignons de gallees, ausquelz estoit ordonné de non passer l’un devant l’autre; mais ung archier anglois, gentilhomme, quy estoit à messire Pietre Vasse et voulloit monstrer devant tous les autres, sans tenir son ordonnance, marcha devant les autres archiers; lesquelz, soy voullans monstrer vaillans comme lui, se commencèrent à haster, adfin d’y estre aussitost comme cestuy, en délaissant l’ordonnance qu’il leur estoit ordonné tenir. Et lors les turcqz, quy les vevrent venir sans arroy, firent samblant de fuyr, et tous les archiers et autres compaignons à les poursievir, tant que, lors, ung soubachin

G2 CRONICOUES D’ENGLETERRE. [1444]

des turcqz, qui estoit de cheval, sur la costiere des pietons, adcompaignié de xvi ou xx chevaulz, copperent le chemin entre les archiers crestiens, qui chassoient les turcqz de pié, et ceulz quy gardoient le penon, où estoit mesmes ledit seigneur de Wavrin, qui avoit fait le dessus homme messire Cristofle Cocq chevallier, lesquels marchèrent legierement pour secourir leurs gens : et se portèrent si bien les dis archiers et compaignons de gallees, au grant et haslif secours qu’ilz eurent, que force fut auz turcqz, tant de cheval comme de pié, prendre la fuite. Mais sur la place demourerent mors deux turcqz et deux compagnons de gallees vénitiens, lesquelz n’estoient point armez, sinon de pavaix; et, comme il fut sceu depuis, y eut plusieurs turcqz navrez. Aussi y eut bien xxx de nos archiers blechiés, et leurs jacques faulsez du dit trait turquois; mais ilz concquesterent v lances des turcqz qui estoient à cheval, qui n’estoient gueres longues ne grosses, et avoient les fers bien meschans.

Atant se retrahirent les turcqz, et les crestiens rentrèrent en leurs gallees. Si eurent, lendemain, bon vent et partirent du port Dardanele, singlant telement que au niic jour arrivèrent à Gallipoly, où estoient l’armea. de nostre saint Pere et des Vénitiens, en ung port nommé Lapso *, devant la dite ville de Gallipoly, sur le rivage et terre de la Turquie; lesquelz, quant ilz veyrent venir le seigneur de Wavrin atout les gallees à rymes, vindrent audevant de luy et s’entrefirent moult grant chiere. Et là le cardinal, quy estoit fort malade de fiebvres, conclud avec le dit seigneur de

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