Wavrin "veut dire sa petite-fille , Marie de Bourgogne
2. Jeanne de Bourbon, mariée, le 12 octobre 1467, à Jean de Chalon, seigneur d’Argueil , depuis prince d’Orange. (Anselme , VIII , 423 ; Lenglet, II, 190.)
3. Olivier de La Marche (336) entre dans les plus grands détails sur
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1283. Comment le duc Charles de Bourguoigne renouvella la feste de l’Ordre de la Thoison d’or, tout pareillement que son pere l’avoit maintenue, qui l’avoit en son tempz establye1. XXXVII.
Le vil®, vin6 et ixe jours du mois de may, an dessus dit, en la ville de Bruges, le duc de Bourguoigne Charles fist et renouvella la feste de l’Ordre de la Thoison d’or que son feu pere , le bon duc Phelippe , eut en son tempz establie 2 et ordonnée en toute tele et samblable maniéré comme devant; à laquele feste furent semons et adjournez estre les chevalliers du dit Ordre, quy estoient xxiiii en nombre ; qui tous y vindrent en personne , ou procureurs pour eulz, sinon le conte d’Estampes et de Nevers 3, lequel par ung herault renvoia au duc le collier de sa Thoison d’or.
Quant vint à la messe, que tous les confrères du
cette cérémonie. Voir aussi, à ce sujet, Excerpta historica , p. 223, et les Mémoires du seigneur de Haynin, I, 106.
1. Le récit de cette fête aurait dû être placé, par notre chroniqueur , avant les noces du duc, qui avaient été célébrées le mois précédent.
2. Cet Ordre fut institué lors du mariage de Philippe le Bon, en 1429. Les chapitres se tenaient toujours le 8 mai; voir à ce sujet Le Fèvre de Saint-Remy (VIII, 331), roi d’armes de cet Ordre. Mais dans le chapitre tenu à Gand en 144 S, il fut a déclaré, ordonné et statué que la convencion et feste de l’Ordre de la Toison d’or, qui jusques alors s’estoit tenus au terme de la Sainct Andrieu, des lors en avant se feroit et tiendroit au second jour de may, et de trois ans en trois ans. » ( Bibl ., imp., Mss., fonds Baluze , n° 9673°, fol. cxxn verso.)
3. Jean de Bourgogne, comte de Nevers, de Réthel, d’Étampes, etc. (Voyez tome I, p. 336, note 1.) « Le comte de Nevers , qui soloit estre de l’Ordre, icellui par aucunes lettres de semonce qui luy avoient esté envoyées de par le chapitre de venir respondre à plusieurs grands et infamieux articles, avoit jà paravant renvoyé son collier, et ce, par un officier d’armes et ung clerc, assez irrévéramment. » (Chastellaüv, 431.)
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dit Ordre de la Thoison se trouvèrent ensamble, ou leurs procureurs, en l’eglise Nostre Dame du dit lieu de Bruges, en la place où dévoient estre mises les armes du conte de Nevers, l’en y mist la place toute noire, en laquele avoit escript, de lettres d’or : a Le conte de Nevers, adjourné par lettres patentes de très hault et très excellent prince , mon très redoubté seigneur, monseigneur le duc, seellees du seel de son Ordre de la Thoison d’or, à comparoir en présent chapittre pour y respondre de son honneur, touchant cas de sortilège, en abusant des sains sacremens de sainte Eglise, ne s’est présenté ne comparu, anchois a fait deffault. Et pour eschiever le procès et l’ordre de privation à faire contre luy, il renvoia le collier : et pour ce a esté déclaré estre hors du dit Ordre, et non appelé à l’offrande. »
Les seigneurs de Croy et de Chimay, freres x, et le seigneur de Lannoy®, leur nepveu, cjuy estoient du dit Ordre, vindrent pour estre à la feste, aprez qu’ilz eurent esté adjournez, et furent aulcuns jours à Bruges, à scavoir jusques au samedy nuit de ladite feste ; et allèrent jusques au chapitre, ouquel neantmoins ilz ne comparurent point, pour ce qu’ilz ne se voulloient submettre ad ce que le duc voulloit: pourquoy, ce jour mesmes, se partyrent de là et s’en retournèrent en leurs lieux , sans estre à la feste , et reportèrent leurs colliers ; mais leurs procureurs allèrent à l’offrande, par cause que les seigneurs de l’Ordre ne povoient ,
1, Antoine, seigneur de Croy (voyez tome I, p. 30-i, note 1), et Jean de Croy, depuis comte de Chimay (voyez tome I, p. 3ÛJ, note 3.)
2. Jean, seigneur de Lannoy. (Voyez ci-dessus, p. 312, note 2.) Il était fils de Jeanne de Croy, sœur d’Antoine et de Jean. (Anselme, V, 637.)
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pour les gratis affaires du duc, faire leurs procès; mais leur fut baillié jour à comparoir devant yceulz seigneurs de l’Ordre, ou mois d’aoust prochain ensievant.
Aprez la feste passée , furent donnez pluiseurs colliers de laThoison, vacans par ceulx quy estoient trespassez, entre lesquelz en eut ung Jacques de Bourbon ‘, que luy porta le duc mesmes en sa personne , lequel Jacques estoit son cousin germain, filz de sa tante, ducesse de Bourbon, et gisoit pour ceste heure mallade en ladite ville de Bruges, dont il morut le xxne jour dudit mois de may, dequoy le duc fist très grant duel, car il estoit fort en sa grâce, si n’avoit d’eage que xxn ans. Son corps fut ouvert, dedens lequel fut trouvé sang foitié : ce qu’on disoit qu’il avoit acquis par fourfaiture d’avoir trop joué à la paulme. Au dit Jacques de Bourbon fist faire le duc son service trois jowrs aprez, où estoient bien trois cens torses, et tous ceulx qui les portoient vestus de noir. Auquel service estoient presens les ambaxadeurs de France quy venoient à la journée de Cambray, et de là vindrent à Bruges , où estoit le duc, devers luy l’ambaxade de Bretaigne, et si estoit le connestable de France1 2, avecques autres
1 . ce La nuit du 22 au 23 may mourut, en la ville de Bruges, monseigneur Jacques de Bourbon, nouveau chevalier de la Toison, fils de feu monseigneur Charles, duc de Bourbon, et de Mme Agnès de Bourgogne. y> (Lenglet, II, 191.)
2. Le roi envoya le connétable vers le duc de Bourgogne au a mois de may l’an soixante-lmict. Cestui comte de Sainct-Pul, connestable de France, vint et arriva à Bruges, entra par la porte de Saincte-Croix, vint fendant tout le travers de la ville et parmi le droit ventre du beau rnarcliié, à six trompettes sonnons devant ly et tous leurs blasons ; fist porter l’espée devant ly tout ainsi comme le prince du pays, et en multitude de chevaliers et de nobles gens, six pages darrière ly ; et à grand
CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1468]
pluiseurs ambaxades de divers princes et pays. Et là furent aussi donnez les colliers de la Thoison d’or à
sieute fît tout retentir de son bruit, et hommes et femmes corrir par les carrefours pour en veoir l’affaire ; car estoit cas de nouvelleté, ce leur sembloit, le plus que jamès véissent. Si en sourdit grand murmure et estrange manière de parler, entre diverses gens, qui à dur le portoient et qui le cognoissoient de fons et de lait, et le savoient estre subgect nuement et serviteur du prince du pays ; par quoy tant plus se indignoient contre ly à cause de ceste arrogance monstrée, et laquelle ne lui appartenoit, ce disoient. Tontes-fois, ledict connestable n’accontant ne à parole 11e à murmure, ne à bien pris ne à mal pris, tousjours fendant les rues en son arroy, vint descendre en son logis envers la porte du Dam, menant grand chière et degois de sa fîère entreprise, non jamès monstrée par aultre. Et en effect jamès n’avoit esté veu aussi qu’homme y fist le samblable. Si en furent en l’instant portées les nouvelles au duc, qui durement s’en esmerveilloit ; et de fait, de felle cuer tout animé, s’en indigna contre ly et le porta à très aigre. Et comme, par avant, il avoit fort désiré sa venue et de le veoir, maintenant, quand il oyt conter cest orgueil et ceste arrogance mal assise, le contempna en son ayr, et tourna son cuer envers ly en toute froidesse, jurant Sainct-George qu’il lui remonstreroit son oultrage. Et combien que ledict connestable pensoit à venir le lendemain devers le duc lui faire la révérence, toutesfois le duc lui signifia et lui fit dire qu’il ne venist pas, car ne lui seroit pas bien venu. Et de fait le lessa sincq jours et sincq nuicts qu’oncques ne le voult veoir, ne que l’aultre aussi n’y osa venir ; car savoit le courroux que le duc avoit contre lui. Nientmoins, à ceulx qui l’allèrent veoir, comme le seigneur de la Roce, le seigneur d’Aymeries, et aultres, il s’excusa et para gracieusement ; et remonstra par points et par articles, que faire le pooit et devoit par tout le royaulme de F rance : mesmes en la ville de Paris, le roy y estant dedens, si le pooit-il faire, et l’avoict faict; par quoy en Bruges, qui estoit du royaume, il le pooit faire aussi, comme connestable de France ; et n’estoit point cely honneur à ly comme conte de Sainct-Pol, mès comme souverain officier de la coronne. Et ainsi, par belles remonstrances qui furent rapportées au duc par les ungs et par les autres, le duc enfin se lessa approchier, et se mitiga, jà-soit ce qu’en leur convenir ensemble, le duc ne se pot oncques contenir qu’il n’en parlast fièrement audict connestable. Et disoient aulcuns qu’oncquer il ne l’eust osé faire ne penser du temps de l’aultre duc, s’il eust vescu. Aultres disoient que si eust, et qu’il l’eust aussi bien peu de l’ung comme l’aultre ; mès il l’eust lessié par révérence de son hault glorieux
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messire Jacques de Saint Pol1, frere du connestable, et à messire Phelippes de Creveceur , seigneur des Coerdes \
1284. D une grant assamblee de gens d’armes que le roy de Fiance fist entour Compiengne. Comment le duc assambla son armee. Puis parle du traitie des seigneurs de Chimay et Chievrain envers le duc. XXXVIII.
En ce tempz, environ la fin du mois de juing, le roy de France vint en la ville de Compiengne, où il se tint tout le mois de jullet et jiisques en la fin d’aust, assamblant illec gens d armes, lesquelz en grant nombre il faisoit tenir sur la riviere d'Oise, sans passer oultre vers le pays du duc de Bourguoigne et sans luy porter dommage. Lequel duc , sachant ces nouvelles, assambla aussi de sa part, hastivement, le plus de gens de guerre qu’il peut , lesquelz il fist tenir sur la riviere de Somme vers Saint Quentin. Et lors se tenoit le conte de Saint Pol, connestable de France, en son chastel de Boliaing, qui sied sur la frontière de Henault et de Cambresis.
Le xmie jour d aoust, vint le duc de Bourguoigne à
nom et. règne. Toutes-fois, fust qu’il le pust ou non, le peuple estoit tellement esmeu en Bruges en cestui cas de nouvelleté, que ce fut mille contre ung qu’il n’en advint des grands meschiefs et des dangiers en sa personne, tant que le hardement n’estoit point en ly, que d’en partir en la manière comme il estoit venu. Mès faingni cl’aller en pèlerinage à Herdenbourg; en privée simple maisnie; et fist trousser trompettes et blasons en malles, et s’en alla à l’emblee. » (Chastellain, 458-459.)
1. Jacques de Luxembourg, seigneur de Richebourg. Mort le 20 août 1487. (Anselme, lit, 726.)
2. Philippe de Crèvecœur, seigneur des Cordes ou Desquerdes. Mort le 22 avril 1494. (Molinet, V, 1.)
CRONICQUES DENGLETERRE. [1468]
Quesnoy le Conte , ouquel lien alla le connestable devers luy; lequel conte de Saint Pol avoit jà pluiseurs fois esté à Compiegne devers le roy, adfin de trouver quelque bon moyen d’acord d’entre ces deux partyes, le roy et le duc ; sicque l’en disoit communément qu’il le trouveroit. Et le xxvie jour dudit mois d’aoust, au matin, vindrent au Quesnoy devers le duc le seigneur de Chimay et le seigneur de Cbievrain1 2, son fdz aisné, où le duc leur pardonna son mautalent, et les recheut en sa bonne grâce, à leur humble supplication et priere. Si lui promisrent foy et hommage de toutes les terres qu’ilz tenoient de luy, et le servir de corpz et de biens contre tout homme ; et le baisèrent en la bouche : puis prinst le duc le seigneur de Chimay par la main, si se devisa à lui longuement de bon samblant.
Environ ung mois par avant, s’estoit trouvé le seigneur de Lannoy devers le duc, où il avoit obtenu sa bonne grâce. Si luy avoit fait hommage de ses terres, et pareilles promesses de le servir contre tout homme.
Le seigneur de Crov fut aussi au Quesnoy; mais il n’eut point sapaix pour celle fois, parce qu’il ne se pas acorda mie à ce qu’on voulloit qu’il veinst faire.
Ledit xxvie jour d’aoust, se party le duc de Quesnoy, et s’en alla au giste à Peronne, en Vermendois, pour atendre illec son armee ; et le roy sejournoit à Compiengne, ses gens d’armes entour de luy. Entre lesqueles choses, Jehan, duc de Callabres, avoit esté devers
1. Philippe de Croy, baron de Quievrain. Mort le 8 septembre 1482. (Anselme, V, 653.)
2. Jean d’Anjou, duc de Calabre, fils de Réné, roi de Sicile. Mort à Barcelone, le dimanche 16 décembre 1470. (Çurita, IV, 178 recto.)
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le roy, puis s’estoit trait en Bretaigne devers monseigneur Charles de Vallois, frere du roy, pour taster s’il les porroit mettre d acord. Le duc de Bourguoigne estant à Peronne, List faire un parcq, et layans toute son armee enclorre, qui paravant estoit esparse, là entour, en divers lieux, qui estoit nombrée à xxxni combattans, et bien milie charriotz et charrettes cbargiés d’artillerie; mais le duc avoit fait cryersur la hart que nulz n’empresist riens sur les terres du roy; lequel, de sa part, avoit bien autant de gens ou plus, telement que tout le pays, d’un costé et d’aultre de la riviere d Oise, [estoit mengé et pillé chacun de ceulz de son parti mesmes, et non des aultres].
1285. De la prinse de l’evesque de Lyege. Comment le traitié fut fait à Peronne entre le roy de France et le duc de Bourguoigne ; et d’unes lettres que le roy envoia es bonnes villes de son roiaulmeb XXXIX.
Endementiers que ces deux armees, ainsy prochaines l’une de l’autre, sejournoient illec, les Lyegois esperans que le roy et le duc auroient battaille ensamble, dontilz donnoient desja en leurs corages la victoreau roy, sicque, persévérant en leur oultrecuidance et en l’aguillon hayneuz et mortel qu’ilz avoient audit duc, commencèrent à fortiffier la cité de Lyege, où ils ap- , pelerent venir tous maulvaiz garnemens quy en avoient esté debouttez et qui se tenoieut espaves par le pays, où ilz povoient le mieulz : lesquelz, depuis qu’ilz se
\ . Le second paragraphe de ce chapitre est imprimé dans les Mémoires de Philippe de Comines (III, 17 et 18), édit, de Lenglet-Dufresnoy.
CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1468]
trouvèrent layans, se prindrent à esmouvoir le peuple, telement que, le xe jour d’octobre, ilz envoiserent, comme tout le commun, à issir de la cité, tant qu’ilz furent ung grant nombre aiant tous maulvaise voullenté. Si s’en allèrent droit à Tongres, où ilz trouvèrent leur evesque, adcompaignié du seigneur de Humbercourt *, avec plusieurs autres seigneurs et gens de guerre, tant de ceulz que il avoit cueillis en Brabant et en Henaut, comme d’aulcuns que le duc Charles y avoit envoiez, soy tousjours doubtant de la rébellion desdis Lyegois; lesqueîz, adont, par faulte de guet, entrèrent si soubdainement dedens Tongres, qu’ilz y prindrent leur evesque, ledit seigneur de Humbercourt et autres, ausquelz ilz occirent plusieurs de leurs gens et pillèrent la ville. Puis, ce fait, s’en retournèrent en leur cité, où ilz emmenerent leur evesque prisonnier avec plusieurs autres, mais ilz laissèrent aller le seigneur de Humbercourt sur sa foy.
Tandis que ces choses se faisoient ainsi que dit est, et que le roy se tenoit adez sur la riviere d’Oise, et le duc de Bourguoigne sur la riviere de Somme , où ilz furent jusques en octobre, le duc de Bretaigne prinst traitié1 2 avec leroy, Dieu scet quel : et lors aussi, parmy la paine et diligence du conte de Saint Pol et du cardinal d’Angiers3, qui de par le roy furent plusieurs
1 . Guy de Brimeu, seigneur de Humbercourt. Décapité le 3 avril 1476, v. s. (Anselme, VIII, 67.)
Le traité d’Ancenis, passé le 10 septembre 1468 entre le roi et le duc de Bretagne. Ratifié par ces deux princes le 18 du même mois. (Morice, Mémoires , III, 188.)
3. Jean Balue, nommé à l’évêché d’Évreux, en 1464, puis à celui d’Angers, obtint, 1467, le chapeau de cardinal. Mort au mois d’octobre 1491. (Dreux de Radier, Bibl. historique du Poitou , I, 417 et suiv.)
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fois envoiez devers le duc à Peronne, le traitié se fist entr’eulz et telement, que, pour ce plus asseurer, le roy se party de Noyon à privée maisnie, pour venir à Peronne ,' où le duc estoit. Si mena avec luy l’archevesque de Lyon1 et le duc de Bourbon2, son frere; et aussi y estoient le cardinal d’Angiers, le conte de Saint Pol et aulcuns autres ; auquel roy le duc envoia deux cens lances pour le conduire, et luy mesmes en personne alla à son encontre, et luy fist reverence, tele comme il devoit; mais le roy ne voult le laissier descendre de son cheval, puis entrèrent dedensla ville de Peronne3, le roy tenant sa main sur l’espaulle du duc. Et ce fut le xe jour d’octobre , où le duc le recheut moult honnourablement; car le roy monstroit au duc, lors, grant signe d’amour, et luy faisoit tant d’honneur que merveilles; et fmablement quant vint le xme jour dudit mois d’octobre, le roy et le duc jurèrent la paixensamble sur une partye de la sainte vraye croix4,
1. Charles II, duc de Bourbon, cardinal du Saint-Siège, archevêque et comte de Lyon. Mort le 13 septembre 1488. (Anselme, I, 306.)
2. Jean II, duc de Bourbon et d’Auvergne. Mort le 1er avril 1488. (Anselme, I, 311.)
3. Le 9 octobre.... (Lenglet, II, 192). Voir plusieurs pièces concernant cette entrée, dans Commynes , III, 226 à 236.
4. Le traité porte la date du 14 octobre. 11 est rapporté par Lenglet (III, 22). Wawrin ne parle pas de la scène orageuse qui eut lieu entre le roi et le duc de Bourgogne avant la prestation du serment sur la sainte croix. On peut en voir les détails dans Commynes (I, 74), et Olivier de La Marche (532). Nous y ajoutons la lettre suivante, que nous ne croyons pas avoir été encore publiée :
k Monsieur Duplessiz, je me recommande à vous tant comme je puis. J’ayreceu voz lettres, et, en effect, touchant ce que m'escripviezque feisse envers le roy, qu’il ne vous mandast point venir devers luy, je lui dis, arsoir, ces parolles à son retraict, et n'y avoit presens que M. de Craon,
CRONICQUES D’ENGLETERRE. [J 468]
que le roy portoit sur luy ; laquele relicque fut au roy Charlemaine. Et dist le roy Loys, en faisant le serment d’entretenir la dite paix, qu’il le faisoit sur ceste xraye croix , en laquele nostre seigneur Jhesuscrist souffry mort et passion , que le roy Charlemaine avoit conquise en son tempz , sur laquele oncques roy ne fist serment qu’il ne tenist, ou, s’il se parjuroit, qu’il ne l’en mesvenist. Mais, pour ce que ce traitié fait à Peronne est assez commun en plusieurs lieux , je m’en passeray atant, et aussi j’en ay intencion de parler cy aprez , au plaisir de Dieu. Non obslant laquele chose, je voeil faire mention de la teneur d’unes lettres que
Jehan d’Aunay, Navarrot et le barbier : « Sire, monsieur Duplessiz m’a « envoyé ung homme et m’a rescript comment il avoit entendu que vous « en alu z au Liege, dont il est en la plus grant perplexité que fut oncques « povre homme. Toutesfoys, sire, il ne vous vouldroit faillir de corps « ne de biens, et dit que, si vous en avez nécessairement à besongner, et « deust il mourir, si viendra il; mais il scet de vray que s’il vient que « il est mort, et pour ce, Sire, si vostre bon plaisir estoit qu’il vous alast « actendre à Meaulx ou à Paris, il le feroit très voulentiers : et s’il vous « plaisoit luy donner quelque charge, il le feroit très diliigemment. » Le roy fut bien content de vous, et dit qu’il veoit bien que s’il vous mandoit, cpie vous vendriez, et fust-il au bout du monde ; mais que s’il vous mandoit, vous mourriez de paour en chemyn :et, pour ce, que vous le alissiez actendre à Paris ou à Meaulx, où mieulx vous sembleroit, et que incontinent que sarez qu’il sera à Meaulx, se vous n’y estes, que y venez.
« Des nouvelles de par de ça, je vous asseure que, jusques vendredi environ dix heures, le roy faisoit très piteuse cliiere et avoit grant paour d’estre arresté, et si avoit toute sa compagnie ; car monseigneur de Bourgongne vint environ neuf heures du matin devers luy, et luy dist queill’avoit trompé, et qu’il l’avoit amusé là : et, cependant, avoit fait tuer monseigneur du Liege et ses gens, et que incontinent qu’il partiroit pour aler au Liege, ses gens estoient tous prestz pour luy donner à la queue. Le roy respondit saigement, sans s’effroyer, et luy dist que non avoit, et que pour riens il ne le vouldroit avoir fait faire; et que s’il le vouloit bien asseurer en jurant la paix finalle, qu’il iroit en personne
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le roy Loys envoia parmy les bonnes villes de son royaulme, adfin que, pour ycelle paix, ilz rendissent à Dieu grâces etloenges, en faisant processions, Testes et sollempnitez, ainsi que le duc l’avoit fait faire à Peronne, le propre jour qu’elle fut jurée, comme dit est, desqueles lettres la teneur s’ensieult. « Cbiers et bien amez, vouspovez avoir sceu que, depuis certain tempz en cha,parolIes ont esté tenues entre nos gens et ceulz du conseil de nostre frere de Bourguoigne, pour parvenir à apointement des differens quy estoient entre nous et luy, et telement y a esté procédé, que, pour en prendre aulcune bonne conclusion, sommes venusjus-
à l’encontre des Liegeoys, pour luy donner à congnoistre qu il n’estoit pas ainsi que on luy avoil rapporté. Monseigneur de Bourgongne 1 accorda très voulentiers, et fut la paix juree, d une part et d autre, sur lÆ vraye croix : et, sur ce point, s’en vont au Licge ; mais je cuyde que avant qu’il soit troys ou quatre jours, que on aura nouvelle qu ilz s en sont fuiz, car ilz ne sont pas puissans pour actendre 1 armée que monseigneur de Bourgongne a jà dedans ledit pays. Et, ce fait, s en retournera le roy par Nostre Dame de Liesse, et de là à Meaulz . et vous asseure que, touchant sa personne, il n’y a nul danger; car, s il s en voulcit venir, il le pourroit faire à toute heure. Sa garde arrive aujourd uy devers luy. Pour ce que l’armée du roy est tousjours eniiere, monseigneur de Bourgongne douhte que on luy veille faire quelque estrange tours; et, à cesle cause, m’envoye devers ujxmsieur le grant maistre pour faiie deppartir les gens d’armes : et croy que s ilz estoient deppaitiz que le roy s’en viendroit. Ilz partent aujourd’uy de Bapaumes, et s en vont à Cambray et de là au Quesnoy, où ilz ourront toutes nouvelles ; et suis d’oppinion que le roy n’yra plus avant et s en retournera. Je n ay point baillé voz lettres au roy, pour ce qu’il n’en estoit nul besoing. Et sur ce point, je vousdis à Dieu, auquel je prie, monsieur Duplessiz, mon amy, qu’il vous doint tout ce que votre cueur desire, sans qu’il s’en puisse rien faillir. Escript à Roye, le XVIe d’octobre (1468).
a Cely qui.... ( déchiré )
« J. de T » .... (déchire).
(Bill, imp ., Mss fonds Gaignières, n° 2893, fol. 166 y)
384 CRONICQUES D’ENGLETERRE, [1461]
ques en la ville de Peronne , ouquel lieu , aprez plusieurs parlemens qui ont esté entre nous et nostre dit frere , est telement besongnié que aujourd’huy, grâces au Créateur, avons, nous et nostre dit frere, es mains du cardinal d’Angiers, presens aulcuns seigneurs de nostre sang, prélats et autres personnes notables en grant nombre , tant de nostre partye que de nostre dit frere , juré paix final bien et sob lempnelement, sur la vraye croix , et promis ayder, deffendre et secourir l’un l’autre , à perpétuité et à jamais; et, avec ce, avons juré es mains l’un de l’autre, sur la dite vraye croix , le traitié d’Arras, sur les censures et constraintes en ycellui contenues, et autres quy concordialement ont esté advisees , pardurablement pour demourer en grant confidence de paix et amistié ; et incontinent ce fait , nostre dit frere de Bourguoigne a ordonné, en rendant grâces et loenges à Dieu, nostre créateur, faire par les églises en son pays, et desjà en ceste ville, en grant sollempnité , celebrer processions et loenges de communaultez1. Et pour ce que nostre dit frere a eu nouvelles que les Liegois ont prins leur evesque, son cousin et le nostre , à quoy il est délibéré remedier par toutes les fâchons à luy possibles, il nous a supplié et requis, en laveur dudit evesque, nostre prochain parent , lequel en son bon droit sommes tenus de secourir, que nostre plaisir si feust d’aller jusques es marches de Eyege prochaines d’icy : ce que lui avons acordé2. Et
1 . Var. : « Et desja a fait faire en cette ville, à grant solemnité, processions et louanges par tout son peuple et communaulté. » ( Bill . imp., Mss., fonds Dupuj , n° 724.)
2. Le seigneur de Haynin dit dans ses Mémoires (I, 137) que : « La
[4 4G8] SIXIÈME PARTIE, LIVRE V, xxxix-xl
menons en nostre compagnie clés gens de nostre ordonnance , desqnelz nostre cousin le connestable à la charge , en esperance de brief retourner, moyennant l’ayde de Dieu. Et pour ce que les choses sont au bien de nous et de tous nos subgetz, nous vous en rescripvons présentement, pour ce que sommes certains que de ce serrez bien joyeulz, et adfin que en fachiés pareille sollempnité qu’en a fait nostre dit frere et cousin. Donné à Peronne, ce xime jour d’octobre mil quatre cens lxviii. Ainsi signé : Loys, Meurin. »
1286. D’une comete qui fut veue vers le pays de Lyege ; puis dist comment la cite de Lyege fut destruite et mise en ruyne par le duc de Bourguoigne. XL.
Au tempz dont nous parlons, fut veue une estoille comete1 au ciel, ayant queue par aparance de la longueur d’une lance, flamboyant comme une chandeille pâlie, en la partye de septentrion prez d’occident, laquele tendoit droit au pays de Lyege, là où le roy de France et le duc de Bourguoigne estoient jà allez, comme je dirai tantost. De laquele comete disoient les clercz qu’elle signifioit la mort d’aulcun grant prince ou destrution de quelque pays, si comme il en advint
volonté du roy feust telle qu’il voloit venir en Liege avecq le duc, comme aussy il fit, voulant déclairer que les Liégeois avoyent tort de le renommer en leur faict, combien qu’on sçavoit bien les choses passées d’entre le roy et les Liégeois. Car au faictz des princes il ne faut presser de si prez : c’est assez d’entendre leurs faictz et prendre de bonne part leurs excusences ou déchargés , moyennant que l’on soyt tousjours à sa garde. »
1. Ce qui concerne cette apparition est imprimé dans les Mémoires de Philippe de Comines (III, 84, édit, de Lenglet-Dufresnoy). On peut voir la description de cette comète clans Chastellain (474). ii 25
386 CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1468]
en Lyege tantost aprez ; car, le xvie jour dudit mois d’octobre an lxviii, se partyrent de Peronne le roy de France, atout une partye de son ordonnance, et le duc de Bourguoigne1, atoute son armee grande et redoutable, pour aller au dit pays de Lyege, ouquel estoient jà entrez grant noblesse de Bourguoigne, en la compaignie de messire Plielippes de Savoie , conte de Bresse2, frere au duc de Savoie3, jusques au nombre de xiii ou xiiiicz lances4, et avoit le roy commande aller avec lui, en ce voyage de Lyege, sa grant garde et la petite garde d’hommes d’armes et d’archiers, promptement.
En tyrant vers Lyege, le roy voult faire ung pelrinage à Nostre Dame de Haulz, où il alla à simple estât, tandis que le connestable menoit ses gens d’armes avec le duc; puis son pelrinage adcomply, se retyra en la brigade; mais avant qu’ilz parvenissent au pays de Lyege , les Bourguignons avoient jà reprins et pillié Tongres et autres places. L’armee du duc de Bourguoigne entree ou dit pays de Lyege , tous les Lyegois se monstrerent obeissans à luy, eulzdu tout excusant sur ceulz de la cité quy avoient recommencié la guerre; c’est à scavoir ceulz de Saintron, de Huy, de Tuin, de Tongres et de plusieurs autres places, que le duc ne
1. Ils partirent de Péronne le quinze, et allèrent coucher à Cambray le 17. (Lenglet, II, 192.)
2. Philippe de Savoie, comte de Baugé, seigneur de Bresse. Monté sur le trône ducal en 1496. Mort le 7 novembre 1497. ( Guicheson, II, 164-173.)
3. Amédée IX. Mort la veille de Pâques 1472. (Guichenon, II, 122, 130.)
4. Le Mss. fonds Dupuy, n° 724, ajoute « et povoient estre de IX à X mille chevaulx. »
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voult que on leur feist quelconcque grief. Si se tyra toute Farmee devant la cité, et furent assegiés de toutes pars ceulz de layans, quy avoient réparé leurs portes, tours et murailles, et partout grandement fortiffié. Lequel siégé fut mis le xxvie jour d’octobre, et les premiers trois jours ceulz de dedens saillirent toutes les nuitz par divers lieux , bouttant les feux parmy Fost ; en quoy ilz Firent grant dommage1 et y tuerent plusieurs personnes. En especial, l’une des nuits, par faute de guet, ilz vindrent jusques au quartier du duc, où ilz occirent Jacques de Launoy, seigneur de Willerval2 3, et deux escuiiers de Fescuirie du duc; lequel ilz eussent tué en son logis, sans remede, se ne feussent ses arcliiers de corpz, avec tous ceulz de dedens. Si n’estoientpas plus de vu àvmcz3 hommes Lyegois, lesquelz portoient la croix saint Andrieu , comme les gens du duc, et cryoient : « Bourguoigne ! Bourguoigne ! » En vérité, se ilz eussent sceu le cry de la nuit, ilz eussent
1 . Voyez le curieux récit qu’en fait Commvnes (I, 185-187). Voici ce qu’en dit le seigneur de Haynin (140) : cc Feust le roy et monseigneur le
duc logé à la Haute-Brassine . Les hostes du duc de Bourgoigne et
du roy estantz logez à la porte de Sainete-Waubourg ès faubourgs, firent un veu de sortir de la cité et venir tuer chacun son boste, à sçavoir le roy et le duc, ou ilz mourroyent en la paine; et de faict, sortirent avecq quelques compagnons asseurez, et parvindrent jusques au logis du roy, et jusques à la cuisine du duc, où ils trouvèrent la lavandière nommée l’Abbesse, et la navrèrent très-fort, et aucuns hommes aussi ; et eut ung desdictz Liégeois desjà monté sur le logis de mondict seigneur le duc, et alors ilz furent veuz et commencea la noise, et y en eut quatorze tuez : les autres se sauvèrent. Le sieur de Gapanes eut les accoustes celle nuiet ; mais oncques ny luy, ny ses gens n’apperceurent riens de leur venue, à la saillie qu’ilz avoyent faiete. x>
2. Jacques de Lannoy, seigneur de Villerval, mort sans postérité. (Anselme, VIII, 77.)
3. Sept à VIII'* hommes, selon le manuscrit ci-dessus mentionné.
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fait un bien grant meschief; mais enfin ilz furent durement rebouttez, et en y eut plusieurs occis. En laquele nuit propre, ilz tuerent1 aussi plusieurs notables personnes [de la garde du roy] ; mais ilz furent pareillement très ruddement rebouttez par les archiers du roy, qui s’i portèrent vaillamment, et aussi flst le roy mesmes.
Le duc de Bourguoigne, pensant au dommage qu’il âvoit reclieu celle nuit , et au très grant péril ou il avoit esté par ces Lyegois, se délibéra, du consentement du roy, d’assaillir la ville lendemain au matin , qui estoit dimence , penultisme jour «d’octobre ; en laquele cité ilz estoient, selon renommee, de mi à vcz hommes d’armes, sans ceulz du commun quy y estoient en très grant nombre. Et disoit on que l’archevesque de Coullongne2 et le viel duc de Gueldres3 avoient envoiez grans gens ausdis Lyegois, pour les ayder à deffendre leur cité.
Or, doncques, ce dimence le duc fist mettre tous ses gens en bonne ordonnance , pour envahir la cité de tous costez. Si commença Bassault moult dur et terrible; mais aulcuns Lyegois quy se furent mis dedens le vingnes de la cité assaillirent si vivement une compaignie d’archiers Bourguignons, qu’ilz les misrent en desroy, et firent fuyr bien demy trait d’arc ; mais les
1. Var. : a En la propre tente du roy, qui estoit là près, tuerent en celle nuit plusieurs, etc. t> ( Bïb . imp., Ms s fonds Dupuy, n°724.)
2. Robert de Bavière, comte Palatin. Elu archevêque de Cologne le 30 mars 1463. Mort en prison, en 1480. ( Art de vérifier les dates, III, 279.)
3. Arnould d’Egrnont, duc de Gueldres. Mort le 24 février 1473. [Art
de vérifier les dates, III, 183.)
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hommes d’armes qui sievoient ces archiers, pour assaillir à ce costé , rabusquerent telement'les dis archiers qu’ilz les ralyerent en bonne voullenté : le duc mesmes en batty aulcuns et tua deux ou trois, pour donner crainte aux autres. Il fut commune renommee que le seigneur de Ravestain1 et le seigneur de Bievres, messire Jehan de Reubempré2, commencèrent l’assault, et lors fut la cité envahie de toutes pars, si terriblement, que, au chief de demve heure, ceulz de layans, en très grant nombre, se tyrerent ensamble, prindrent leurs femmes et enfans , et de leurs biens autant que porter en povoient en celle tempeste, si habandonnerent la cité et se trayrent ou pays de Francimont, dedens les bois, qui là font le commencement de la forest d’Ardenne, qui est moult grande. Et ceulz demourans en la cité de Lyege se deffendirent le mieulz qu’ilz peurent, et disoit on lors que les femmes résistèrent plus vaillamment que les hommes ; mais enfin, par quelque resistence, ne purent porter le faix , ains fut la cité prinse par force. Si y entrèrent, de toutes pars , François et Bourguignons, dedens la cité qui fut à ceste fois toute courue et pillyé.
À l’entrer en celle cité de Lyege , le roy fist au duc si grant honneur qu’il porta l’enseigne Bourguignonne, c’est à scavoir la croix Saint Andrieu , et si la fist porter à tous ceulz de sa partye, que envis, que voullenliers3.