Péra
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quy se loga sur le rivage du destroit, au dessoubz du chastel neuf, vers la Mer Majour, en une tente toute vermeille. Sy descendirent des montaignes, aprez , bien y ou vicz camelz, tous couvers de rouge , quy, comme on sceut depuis, portoient métal, dont, la nuytié prochaine, furent jectez canons et bombardes, dont au matin herserent fors nos gallees. Et si s’apercheurent tantost nos gens que les turcqz passoient es barques qu’ilz avoienteues des genevois : pourquoy ilz levèrent leurs ancres et allèrent au devant d’yceulx, en coppant chemin ; mais, incontinent que les gallees les aprochoient, ilz se retraioient ans rivages du costé de la Turquye, ou de la Grece, là où les turcqz les recoeilloient et deffendoient de leurs engiens à pouldre et aultre trait, où ilz povoient advenir. Et les gallees, qui estoient peu puissantes pour les combattre en terre, s’en retournoient à l’ancre, pour ce que tenir ne povoient sur rymes, pour la radeur dePeaue. Et lors, incontinent que les turcqz veoient leurs ancres gectez , ilz recommenclioient leurs passages, et tousjours ceulz des gallees levoient leurs ancres et alloient alencontre ; mais, pour ceulz qui gardoient les rivages, ne leur povoient faire nul mal.
Or advint que, droit à jour fàillant, ung grant orage et tempeste, venant de la Mer Majour, s’esleva avec le courant de l’eau , qui descendoit de la dite mer ; telement que les gallees n’avoient pas puissance, à rymes, de monter amont l’eaue pour lesannemis aprocliier : telement qu’en celle nuit passèrent beaucop de turcqz qui alloient monter, au dessus du courant, esdites barques , lequel courant les portoit au rivage de la Grece. Geste fortune et tempeste de vent, comme se
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ce feust chose diabolique , estoit si forte que à grant paine se povoient les gallees contenir à l’ancre : pourquoy, quant les turcqz veyrent ainsi fortune estre pour eulz, ilz le reputoient à fast de leurs dieux. Si s’en vindrent afuster leurs bombardes et canons à chascun costé du rivage , dont ilz dommagerent grandement les dites gallees : si furent aulcunes perchiés et trauees, et aulcuns hommes mors et affoliez.
L’empereur de Constantinoble avoit envoie deux gallees, qui se tenoient derrière les gallees de Bourguoigne et de Hongrye. Comme se ce feust miracle, les pierres d’engiens[passoient]par deseure celles de Bourgoigne; si battoient celles de l’empereur et dommageoient plus que nulles des autres. LeTurcq fist affuster une grosse bombarde contre les gallees, portant pierre de bien quarante polz de tour : laquelle gecta trois copz joignant les gallees, dont ceulx de dedens eurent grant freeur ; mais , par l’ayde de Dieu , au me cop elle rompy, sans oncques porter dommage à nul crestien. Et, se eust ataint une gallee à plain cop, ellel’eust envoie au fons de l’eaue, par la fortune dutempz, la radeur du courant et l’ayde du Deable,
Les turcqz, donc, passèrent en deux jours et deux nuitz , ce qu’ilz n’eussent fait jamais , se les gallees eussent peu monter contremont le courant de 1 eaue, en quinze : et, entandis que nosdites gallees se contenoient à force d’ancre , vint ung turcq sur la dicque de la mer, quy leva ung petit penon blancq au bout de sa lance, qui, à leur usage, signifie sceureté, et voulloir parler à aulcun. Sy fut le seigneur de Wavrin conseillié d’en lever ung pareil dedens sa gallee , et lors le dit turcq vint sceurement parler a luy, par une
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naisselle , et luy clist en ceste maniéré : « Le roy de Hongrye et les Hongres ont parjuré et faiilsé leur loy. Moratbay va à bataille contre eulz. » Et, en frapant de sa droite main sur la manche de son espee, dist : « Mais, par ceste espee, nous vainquirons la bataille : » etatant se party.
Ainsi doncques , comme vous oez , passèrent les payens de Turquye en Grece ; et, au vray dire, il n’est point possible que gallees gardent le destroit, se elles n’ont l’un des deux rivages de leur partye.
1114. Gomment, aprez ce que le Turcq eut passé les destrois, il s’en alla séjourner à Andernopoly, en atendant le roy de Hongrye et sa puissance. XIII.
Le Turcq, doncques, et sa puissance, ainsi passez, comme dit est, tant au dessoubz de Gallipoly comme panny le destroit contre Chasteau neuf, alla alencontre du roy de Hongrye, emmenant avec lui tout le peuple de Grece, tant crestiens comme sarrazins, quy estoient tous gens non armez, et de petit fait, ce disoient ceulz qui les avoient veus. Mais le roy de Hongrye n’eut pas son armee sitost preste comme il cuidoit , et si ne fut mye sa puissance aussi si grande qu’il esperoit, à cause que l’empereur Fredrik d’Allemaigne guerroioit fort les Hongres , pour ce que , comme dit a esté cy dessus , ilz avoient esleu, pour eulz gouverner, le vaillant roy Lancelot de Poullane ; lequel empereur avoit en sa garde et gouvernement le vray roi de Hongrye, lequel il n’avoit point voullu délivrer auz seigneurs de son pays, quant requis l’en avoient. Si ne passa point ledit roy de Hongrye la Dunoue qu’il ne fut la fin du mois d octobre , et, ancores, ne fut pas sa puissance fort
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grande , pour ce qu’il lui convint laissier garnisons alencontre des Alemans ; pourquoy il n’avoit en sa compaignie, tant Hongres comme Poullans et Vallacques, que environ vmm hommes; et pourtant le grant Turcq séjourna longue espace en Andernopoly pour assambler son peuple. Et le roy de Hongrye, quy estoit entrez en Grece, venoit selon la Mer Majour, concquerant villes et chasteaulz, jusques à ung port appelé Varne1, là où, le temps passé, avoit ’eu ville et chasteau; lequel est ung très beau port de la Mer Majour; mais il n’y avoit pour ce tempz autre habitacion que anchiennes murailles , et là vint le Turcq alencontre de luy, à toute sa puissance.
En celle première nuit, que le roy de Hongrye et les siens se logèrent au dit lieu de Yarne , ils veyrent grans feux sur les montaignes en plusieurs lieux : si demanda le roy que ce povoit estre ; et il luy fut dit , par aulcuns crestiens gréez , que ce povoient estre les paysans qui boutoient les feux es secques herbes, pour avoir les nouvelles au printemps. Mais Johannes Hoignacq, vaivode de Hongrye, dist au roy : « Sire, ne me creez jamais se ce ne sont les turcqz qui viennent à bataille contre vous. » Puis monta à cheval, et erra celle part pour en scavoir la vérité ; si alla tant qu’il
1. Warna. « La forteresse de Warna est située sur les bords septentrionaux d’un golfe formé par deux caps qui se projettent dans la mer; le cap au nord de la ville, qui est une pente du Balkan, est couvert d’un bourg appelé Macropolis (ville longue) ; et sur le promontoire du côté du midi s’élève Galata ou Kalliacré, à cinq mille pas de Warna ; des marais s’étendaient sur tout l’espace compris entre cette dernière ville et
Galata. C’est là que campait l’armée hongroise.... Mourad avait assis
son camp à quatre mille pas de celui des Hongrois. » (Hammer, II, 309, 310.)
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oy piaillement les tambours : et, ce fait, s’en retourna dire au cardinal et au roy qu’ilz feussent asseurez que c’estoient turcqz, et que lendemain au matin ilz auroient la bataille. Pourquoy lesdis roy et cardinal signifièrent parmy l’ost que tous bons crestiens se volsissent confesser et adreschier de leurs consciences , et que lendemain au matin les autelz seroient couvers et préparez pour chanter messes et administrer à cliascun son créateur, quy recepvoir le vouldroit.
Ainsi, doncques, comme il fut dit il en fut fait : puis, quant les messes furent dites , cliascun s’arma et mist en point pour combattre. Et les avantcoureurs du roy, qui estoient montez contrement les montaignes pour aprendre du convenant des Turcqz et veoir quant ilz vendroient , si en revindrent aulcuns devers le roy, qui lui dirent qu ilz ne veoient nulle apparence que le Turcq volsist partir de son lieu; pourquoy le roy de Hongrye voulloit conclurre de transmonter lesdites montaignes et aller yceulz Sarrasins envahir. Mais aulcuns estoient d’oppinion que le roy les atendist là, sur quoy ilz eurent grant deliberation de conseil , à scavoir lequel seroit meilleur ; mais conseil porta que le roy les atenderoit là , car Varne est en une vallee b Si ne povoit ledit Turcq descendre les
1. « L’un des côtés de la vallée de Varna était ouvert : Hunyadi le ferma à l’aide de palissades et de chariots amoncelés. L’autre côté avait pour défense naturelle un marais bordé de rochers à pic. Hunyadi y appuya cinq banderies hongroises. A droite, du côté de la petite ville de Varna , à l’extrémité de la plaine, un corps de cavalerie, sous les ordres de Franco Ban et de l’évêque d’Eger, se tint prêt à repousser l’attaque principale, qui se dirigerait, sans doute, sur ce point découvert. Au centre, se posèrent le roi, Julien Césarini et les croisés : Wladislas était entouré de cinquante cavaliers, tous de haut rang, et, à sa droite, Etienne Bathori
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montaignes, pouryceulz venir combattre, quepard’estrois passages et ,especialement, par ung grant chemin ferré par où les chariotz , en tempz passé , amenoient on emmenoient les marchandises du port. Et pour ce que leroy avoit nouvelles de ses coureurs que ancores n’estoit nulle apparition de battaille devers les turcqz, il commanda que on beust cbascun ung cop, et man~ gast de ce qu’on avoit; car jà estoit l’heure de midy, la nuit de saint Martin d’yver 1 : et, environ deux heures aprez, revindrent autres chevaulcheurs du roy, lesquelz luy raporterent, pour vérité, que le Turcq le venoit combatre , atout trois escades , l’une à cheval et les autres à pyé. Pourquoy le roy fut conseillié d’en faire aussi pareillement trois, dont le vaivode de Hongrye, qui, depuis, eut à nom le Blancq chevallier, eut 1 avantgarde, et fut commis à garder ce grant chemin qui venoit des dites montaignes au port, lequel fîst incontinent trebuschier pierres et buissons ens ou chemin. Le roy et le cardinal faisoient la seconde
portait la royale bannière de saint Georges. Non loin, derrière, près des retranchements, l’évëque de Varad commandait une réserve de Hongrois, rangés sous l’étendard de saint Ladislas, et près de lui Laslto Robnitz dirigeait une faible division polonaise. Quant à Jean de Hunyad, il ne s’attribua aucun poste déterminé; sa place était partout, au fort du danger.
<t Les Turcs s’échelonnèrent à l’extrémité opposée de la vallée, et sur les collines qui lui composent un amphithéâtre : l’aile droite suivait la direction du beglerbeg de Roumélie , Thura-Khan ; l’aile gauche , celle de Karadscha, beglerbeg d’Anatolie. Au milieu, un large fossé, une énorme barricade ; sur cette barricade resplendissait à la pointe d’une lance, fixée sur l’Évangile, la copie du traité violé. Derrière, Amurath avec la formidable infanterie des janissaires , des rangées de chameaux, des amas de bagages, le camp. » (Chassin, 320, 321.]