L’Archipel
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grès, de la nature d’ycelle riviere, et se par ladite Dunoue on porroit aller en Hongrye; lesquelz dirent que non , mais on yroit bien j usques à Licocosme 1 ou à Brilago2, et, de là, on porroit sceurement envoyer, par terre, en Hongrye. Sy prinst illec conclusion ledit seigneur de Wavrin , avec les Hongres et avec ses chevalliers et gentilz hommes , qu’il enterroit en la Mer Majour, et yroit cerchier tous les chasteaulz de la frontière, à scavoir s’il trouveroit nulles certaines nouvelles du dit roy de Hongrye ; et mesme jusques au chastel de Licocosme, quy appartenoit au seigneur de la Vallaquie; et si ramenroit les chevalliers et gentilz hommes crestiens, quy prins avoient esté à la battaille, jusques là, à ses dépens. Et se le roy n’estoit point trouvé, et autres nouvelles venissentde luy,demort ou de vye, il envoieroitmessire Pietre Vastz et son secrétaire, maistre Robert Lobain, avec eulz, en rescripvant lettres au dit roy, s’il estoit vif, et auz seigneurs Je Hongrye, qu’ilz se voulsissent armer à puissance, et repasser la Dunoue , venant en Grece ceste saison ; et qu’il se joinderoit avec eulz atout vu ou viii gallees , aussi avant qu’elles pourroient aller sur la dite riviere.
Aprez ladite conclusion ainsi prinse, le dit seigneur de Wavrin alla devers le cardinal, auquel il déclara ce qu’il a voit conclu de faire : ce que le cardinal luy loa grandement , disant que se Hongres se rassambloientà puissance, que on luy nunchast, et il yroit.
1. Licostomo, Licosteno ou Lycostoma des cartes du moyen âge ; aujourd’hui détruit; vers Kilia.
2. Drimago, Drinago ou Drinego des cartes du moyen âge; Bulago sur celle de Fra-Mauro ; Dinogetia des anciens; aujourd’hui Isaktcha.
90 CROMICQUES D’ENGLETERRE. [1444]
1116. Comment le seigneur de Wavrin assambla son conseil
pour avoir deliberation comment il enterroit en la Mer
Majour, pour entrer en la Dunoue. XV.
Adont s’en retourna le seigneur de Wavrin moult joyeux, en son logis, de ce que le cardinal luy avoit loé son emprinse. Si manda lendemain venir vers luy les chevalliers et gentilz hommes de sa compaignie, patrons et maistres maronniers, auxquelz tous ensemble il dist qu’il avoit voullenté d’entrer en la Mer Majour, et mener avec luy les chevalliers et gentilz hommes Hongrois quy avoient esté prins à la precedente battaille, et, à l’inslance d’iceulz, aller par tous les chasteaulx crestiens quy seoient sur la dite Mer Majour , du costé de la Grece, pour enquérir et scavoir se on ne porroit, en nulle fachon , trouver le roy de Hongrye. Et, oultre, estoit son intencion d’entrer en la riviere de Dunoue et aller jusques au chastel de Lycocosme, quy sciet en la Vallaquye , adfin d’avoir certaines nouvelles de ce quy se fait en Hongrye, et là mettre à terre seure les dis chevalliers et escuyers Hongrois ; etd’illec envoyer messire Pietre Vaast, en ambaxade, devers les grans seigneurs de Hongrye, adfin de les inciter à eulz préparer auz armes puissamment, pour retourner en Grece; et eulz signifier que, en cas que, ce feroienl, le cardinal de Venise et le seigneur de Wavrin se joinderoient avec eulz.
Quant tous eurent oye l’oppinion du capittaine, et furent adcertenez que le cardinal luy avoit loé de ce faire, tous s’acorderent de bonne voullenté à aller avec luy. Sy fut illec ordonné auz patrons, cormnittres et maronniers, de mettre en point les gallees, et à Jehan Bayart, trésorier de l’armee, d’acheter vitailles
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et toutes choses necessaires, es dites gallees, au furnir le voyage.
Alors estoit tempz de Quaresme: si dirent les patrons et maronniers qu’il n’estoit point possible, devant Pasques, les gallees estre prestes. Si fut loé et conseillé au dit seigneur de Wavrin d’atendre les festes de Pasques passées ; car autrement, pour bien faire, licitement n’y povoit procéder : à quoy il s’acorda voullentiers. Et , vin jours devant la sollempnité de Pasques , le dit seigneur de Wavrin assambla de rechief ses chevalliers et escuyers, patrons et maronniers : si leur dist que, pour tant que tel nombre de gallees crestiennes allassent ensamble, jamais les turcqz ne les venroient envahir ou combattre ; pourquoy il estoit délibéré que lui et messire Pietre Vast ne prenderoient rien que deux gallees pour entrer en la Mer Majour, pource qu’il luy sambloit que quant les turcqz scauroient qu’il n’y aroit que deux gallees costoiant la Grece , ilz les venroient plus legierement combatre que à plus grant nombre ; et messire Geffroy de Thoisi, avec luy messire Régnault de Confide, atout trois gallees aussy, enterroient en la Mer Majour, et yroient costoier la bende de la Turquie, devers Trapesonde h Si s’en yroient ainsi cerchant l’un d’un costé, l’autre d’aultre, toute ladite Mer Majour, jusques à la mer de la Thane 1 2, et leur sambloit, par ce moyen, que se les turcqz avoient jamais voullenté de les combattre par mer, à cesle fois ilz le monstreroient sur l’une des deux costieres, c’est à scavoir de