Laurent de Hedervara. (Chassin
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à eulz sur la Dunoe, aussi avant que les gallees pourroient aller; et leur dist la renommee de grant perte que le grant Turcq avoit fait en la precedente battaille.
Lors les seigneurs Hongrois prindrent journée de respondre sur la credence des dites letres; et, depuis, fut le dit messire Pietre Vast à leurs consaulz, par plusieurs fois, entre lesquelz ilz lui demandèrent, se iîz faisoient exercite par terre, quele sceureté ilz auroient du dit cappitaine qu’il deust estre audevant d’eulz sur la Dunoe avec ses gallees. Ausquelz messire Pietre respondy : « J’ay yey son secrétaire avec moy, quy a des blans scellez sur luy, où nous metterons les promesses teles que vous vouliez qu’il face , moyennant qu’elles soient licites et raisonnables : et vous aussi nous baillerez sceureté de quel nombre de gens d’armes vous metterez ensamble , et le tempz, et le lieu où vous trouverez l’un l’autre. » Sur toutes lesquels choses prindrent jour d’avis, adfin d’avoir deliberation de ce qu’ilz auroient à faire. Sy interroguerent les chevalliers Hongrois, que le dit messire Pietre Yast avoit ramenez; lesquelz leur firent grant foy tout ce que le dit messire Pietre disoit estre véritable. Si tindrent sur ce conseil privé, et puis, deliberation eue, remanderent le dit messire Pietre, auquel ilz dirent qu’ilz voulloient avoir le sellé dudit capittaine de Bourguoigne que, en dedens la my aoust, il seroit, atout viii gallees, montant contremont la riviere de Dunoue, et venroit à la ville de Nycopoly, laquele sied en Vulguarye; et c’est la ville où l’Empereur Sigismond d’Àllemaigne et le duc Jehan de Bourguoigne tenoient le siégé, quant ilz eurent la doulloureuse journée contre
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les turcqz1; disant au dit messire Pietre qu’ilz bailleroient leur scellé au dit capittaine, parquoy ilz lui promettroient d’estre, au dit jour, devant la dite ville, atout vin ou xm combatans ; priant au dit messire Pietre Vast que, en retournant, il voulsist aller devers le seigneur de la Vallaquye, et le inviter à faire puissante armee , pour estre au dit terme devant la dite ville. Et si lui requirent qu’il voulsist aller jusques en Constantinoble , et faire tant qu’il peust eslever ung seigneur turcq qui avoit nom Saoussy % fils à faisné frere du Turcq nommé Morathbay.
Le dit messire Pietre Vast, doncques, bailla les sellez des dis seigneurs de Hongrye, et, à son retour, parla au seigneur de la Vallaquye, lequel luy promist, moyennant que le dit capittaine de Bourguoigne voulsist demourer, avec ses gallees, à Brilago jusques ad ce seullement qu’ilz auroient recoeilli leurs bledz, il feroit le plus grant amas de gens qu’il porroit , et se trouveroit au jour nommé, par terre, avecques ceulz de
t. La bataille de Nicopoli, donnée le 18 septembre 1396.
2. Pour bien faire comprendre l’erreur que commet ici Wavrin , et qu’il reproduira quelques pages plus loin, mais en l’amoindrissant, il est nécessaire d’établir d’abord la série chronologique des monarques ottomans depuis Amurat T" jusqu’à Amurat II. Ces empereurs se succédèrent, de père en fils, dans l’ordre suivant : Amurat Ier (1360-1369), Bajazet Ier (1389-1403), Mahomet Ier (1413-1421), Amurat II.
Saoudji ou Sawedji, fils aîné d’Amurat Ier, ayant levé l’étendard de la révolte contre son père, fut vaincu, puis décapité après qu’on lui eût crevé les yeux. (Chalcojjdile, 22-25; IIammer, I, 255-256, 413. )Ce malheureux prince laissa un fils que Clialcondile (206) nomme « Thaut, fils de Sauz, qui fut fils d’Amurat premier, » et de Hammer (II, 335) « David, fils de Sawedji. » C’est le seigneur turc mentionné par Wavrin. Il était fils du frère aîné de l’aïeul d «Amurat II. C’est dans ce sens qu’il faut rectifier le passage de notre chroniqueur.
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llongrye. Mais, premiers, il voulloit parler au dit capittainede Bourguoigne; et, pour ce qu’il estoit loingz de luy, promist d’envoyer son filz à Brilago, devers le dit capittaine, comme il fist depuis. Et le dit messire Pietre dist lors au seigneur de la Vallaquye qu’il le convenoit aller en Constantinoble devers l’empereur quérir Soussy, le seigneur deïurquye, et, avec ce, v ou vi gallees; mais, s’il se voulloit trouver à quatre ou chincq lieues prez de Brilago, et envoier chevaulz au dit capittaine, il se faisait fort de , h son retour, le mener vers luy.
Teles nouvelles raporta messire Pietre Vast à son cappitaine ; dont lui et tous ceulz de sa compaignie furent moult joyeux , disant que tout ce que promis avoit en son nom il l’aveuoit, et l’adcompliroit, au Dieu plaisir, sans quelque faulte. Sicques, pour toutes les promesses et traitiés dessusdis adeomplir , le seigneur de Wavrin escripvi prestement devers le cardinal de Venise tout ce que le dit messire Pietre avoit besongné en Hongrye et en la Vallaquie, par la maniéré que j’ay dit : le requérant, au nom de Dieu, qu’il luy voulsist entretenir la promesse que faite lui avoit au partir, et venir en la Dunoue, atout autant de gallees qu’il pourroit finer. Sy rescripvy à messire Gauvain Quieret, qu’il avoit laissié mallade à Perre, et auz aultres, qu’ilz venissent, atout leurs gallees, devers luy. Au dit port de Brilago avoit une petite nave, quy avoit aporté marchandise de Constantinoble et y retournoit , en laquele entra messire Pietre Vast pour aller en Constantinoble, devers l’empereur : auquel le cappitaine charga de ramener une bombardelle qui estoit sur la grant nave , avec les pierres et pouldres à ycelles servans.
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Lequel messire Pietre Vast besongna en tout telement, que le cardinal vint, atout trois gallees, en la Dunoue; mais, pour ce que messire Geffroy de Thoisy estoit retourné devers le duc de Eourguoigne , il ne trouva que deux gallees et celle que le cappitaine avoit illec laissié avec messire Gauvain Quieret, quy estoit aussy retourné devers le dit duc, et toutes trois les ramena avec luy. Aussi fist il le seigneur turcq, luy xxxe, avec ladite bombarde, pierres et pouldres : et arriva à Brilago vin ou x jours avant le cardinal et les autres gallees. Et, incontinent luy venu, le filz du seigneur de la Vallaquie envoya devers son pere quérir chevaulz : puis luy et messire Pietre menèrent le cappitaine devers ledit seigneur de la Vallaquie, environ la fin de Jullet an mil imc xlv; et, là, avec ceulz de Hongrie, ilz conclurrent de leurs besongnes. Et prornist le dit seigneur de la Vallaquie au capittaine luy donner assez bledz et chars pour ses gens , parce qu’ilz avoient tenu le pays paisible durant la moisson , que les turcqz n’y avoient pas couru. Et conclurent ensamble que, quant toutes les gallees seroient venues , il yroit par terre, et les gallees par eaue, assaillir une ville, qu’on appeloit Triest1, qui, autresfois, avoit esté prinse et ruynee des Vallaques, et n’y avoit gueres de muraille entière; mais fort estoit remaisonnee et repeuplee : si estoit ung passage quy grandement grevoit au pays de la Vallaquie. Et prornist. ledit seigneur des Vallaques que, pour conduire les gallees parmy la riviere , il bailleroit quarante ou chinquante bateaux , appelez manocques, qui sont d’une pieche, comme ung
i . Silistri, qu’on a aussi appelée Dsistra.
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nocq aux pourceaulz, longz etestrois, etbeaucop Vallaques dedens, en l'un plus, en l’autre moins. Et aprez que ledit seigneur de Wavrin eut besongnié en la maniéré dite au seigneur delà Vallaquye, il en voia ledit messire Pietre Vast, de rechief, en Hongrye, adfm des Hongres advanchier ; disant que les gailees estoient desja toutes prestes entrées en la riviere pour monter contremont, certiffiant que le seigneur de la Vallaquie les adcompaigneroit à grant armee. Et pour ce que le dit messire Pierre Vast avoit promis à Saoussi, le seigneur turcq , qu’il ne le livrerait en autruy mains que auz seigneurs de Hongrye, le capittaine îuy bailla une gallee pour soy et ses gens ; sur laquele ledit turcq mist une gallieuse baniere rouge, atout ung gros pommeau doré , et , par dessus , vi lambeaux tous vermaux, ventelans au vent; et ainsv 1 emmena messire Pietre Vast en Hongrye. Et dedens deux jours aprez qu’il fut party, vindrent le cardinal, messire Régnault de Confide et Jacot de Thoisy 1 , atout cliincq gailees , lesqueles , joinctes avec les trois du capittaines, furent viii, autant qu’il en avoit promis.
Incontinent que le cardinal fut arrivé , alla devers luy le seigneur de Wavrin; et, entre leurs devises, luy racompta la conclusion qu’il avoit prinse avec ledit seigneur delà Vallaquye, lequel renvoia son filz a brilago devers nos seigneurs, atout v ou vi notables hommes, pour les entretenir en leurs bons propos. Et si vint
1 . Jacot de Thoisy, gouverneur de vaisseaux et galères du duc de Bourgogne : c’est ainsi qu’il est qualifié sur l’état des officiers et domestiques de ce prince. (La Barre, II, 205.)
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illec aussi, en ce tempore, ung messagier de Hongrye quy leur noncba que le vaivode amassoit le plus de gens d’armes qu’il povoit; mais il ne seroit pas devant Nycopoly qu’il ne feust la Nostre Dame en septembre; et pour ce, nos seigneurs, avec le filz de la Vallaquye, conclurent d’aller assaillir les villes et forteresses qu’ilz trouveroient, depuis là où ilz estoient jusques à Nycopoly : c’est à scavoir la ville de Triest , Tousturcain *, Georgye1 2 3 et Rossico* : et que le seigneur de la Vallaquye yroit par terre, costoiant la riviere et les gallees, atout sa puissance, pour leur donner secours et vittaille. Et prindrent certain jour à estre devant la ville de Triest pour l’assaillir, laquelle ville seoit en Bulgarye, sur la costiere de la Grece. Mais les turcqz , qui avoient leurs espyes en la Vallaquye, sceurent ycelle conclusion de faire, comme cy aprez porrez oyr.
Le cardinal et le seigneur de Wavrin firent doncques bien adoubler leurs gallees et mettre à point; et, pour ce que les Hongres avoient ralongié le jour jusques aprez la Nostre Dame septembre , ilz ne partirent de Brilago tant que lendemain aprez la my aoust, et misrent grant tempz à monter amont le courant de la riviere jusques à Triest; car il y avoit bien trois cens milles , quy vallent environ cent bonnes lieues francoises.
En ce voyage, sou ventes fois, le seigneur de la Vallaquie, atout sa puissance par terre , venoit sur la rive