‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 27 sur 128 · Roustchouk · texte numérisé non relu

Roustchouk

[1445] SIXIÈME PARTIE, LIVRE Pr, xvi. 105

de l’eaue parlera nos seigneurs cresliens; tant que, une fois, il leur dist qu’ilz gectassent leurs ancres , car ilz aprochoient la ville deTriest, et que lendemain partans de là, serroient devant la ville en deux heures. Sy ancrèrent et s’assemblèrent à conseil pour scavoir se lendemain on assauldroit la ville; auquel conseil furent appelez tous les capittaines et patrons des gallees, aussi furent les seigneurs Vallaques quy leur estoient baillïés pour les conduire ; sicque, quant la chose fut bien debatue entr’eulz, la conclusion fut tele que, à la pryere et requeste du cardinal , pour ce qu’il n’avoit que trois gallees, le seigneur de Wavrin porteroit la baniere de l’Eglise (et luy bailla ledit cardinal tous ses gens), et messire Régnault de Confide porteroit la baniere du duc de Bourguoigne; si se partiroit le dit seigneur de Wavrin une heure devant le cardinal pour ce qu’il feroit l’avangarde, et solliciteroit les Vallacques, pour ce qu’il avoit congnoissance à eulz. Si leur fut fait scavoir comment heure estoil prinse à vi du matin, lendemain, d’assaillir la ville.

Ainsi comme il fut devisé du partement, il en fut fait : si vint ledit seigneur de Wavrin devant Triest à solleil levant, et trouva les Vallaques quy, desja, se logoient sur le bort de la riviere en tentes et pavillons, desquelz aulcuns vindrent prestement devers le seigneur de Wavrin, demander où estoit le cardinal; quy leur respondy que tantost venroit, en monstrant les voilles des gallees quy venoient; et que, incontinent luy venu , il estoit délibéré qu’on commenceroit l’assault.

Ceulz de la ville ne faisoient quelque samblant de guerre ou d’avoir paour , ne ilz ne tyroient de ca-

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lions ou autre Irait. Sy veyrent , tost aprez , ledit seigneur de Wavrin et les Valiaques, aux gallees du cardinal caller le voille , dont Valiaques furent esbaliis : si demandèrent que ce povoit estre qu’ilz ne venoient avant. A quoy le capittaine respondy qu’il ne scavoit, et que ce estoit contre la conclusion d’entr’eulz prinse, et par grant couroux leur dist : « Quant on fait ung prestre chief de guerre, il n’en pourroit pas bien venir. » Si conclurent ensamble que on envoieroit la barque de la gallee devers ledit cardinal , à scavoir pourquoy il se tardoit. Si veoient tousjours la barque aller, laquele, quant elle fut arrivée à la gallee, quy prez estoit loingz de là une lieue francoise , ilz veyrent ung homme qu’on sacquoit contremont le mast d’ycelle, les mains lyees derrière son dos : et, pour ce que c’est une justice qui se fait communément es gallees sur les malfaiteurs , le capittaine dist auz Vallaques : « Esgardez ; le cardinal fait justice de ses gens, quant on doit assaillir ceste ville ». Si estoient les dis capittaine et Valiaques tant couroucbiés qu’ilz nescavoient que dire : car aprochoit neuf heures, que le solleil estoit ja chault et ardant ; parquoy ce leur seroit chose nuysable de donner assault par tel clialleur ; et ce dont ancores plus se troubloient, estoit qu’ilz ne veoient point retourner la barque.

Tant regardèrent, doncques, les gallees, qu’ilz les parcheurent faire voille pour venir avant, à laquele heure ledit capittaine manechoit fort ceulz de la barque, qu’il avoit illec envoiez, pour cause que tant demouroient. Et quant le dit cardinal vint, il passa devant la gallee du seigneur de Wavrin, ouquel regardant, coramencba à rire ; mais le dit de Wavrin luy monstra visage

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félon et couroucliié. Si entra prestement en une barque, aucuns seigneurs Vallaques avec luy, et quant il aprocba la gallee du cardinal, il crya en haut : « Monseigneur, est il bien heure d’assaillir la ville ? » Et le cardinal, en sourriant, respondy : « Je vous diray autres nouvelles. » Puis, prestement qu’ilz furent entrez en sa gallee, leur dist : « Dieu nous a veu, et ne veult pas que nous soions ancores péris ; car les vaisseaulz des Yallacques , nommez manocques , entrèrent à ce matin en une petite riviere : si prindrent ung turcq qui peschoit et ramenèrent; lequel a esté interroguié et jehiné , qui a congneu et dit qu’il y a bien xxxm chevaulz de turcqz dedens la ville de Triest , et que tous les soubachins du pays de Volgarye1 y sont assemblez ; disant qu’il veult morir de la plus dolloureuse mort qu’il est possible , ou cas qu’il ne soit vérité. » Et fist amener ledit turcq devant les Vallaques, quy le interroguerent , et il leur nomma tous les Soubachins quy estoient en la dite ville.

Adont les turcqz, quy aparcheurent qu’on ne les assauldroit point et que aucunement ilz estoient descouvers de leur embusche, commencèrent à gecter de canons et serpentines; mais, par la grâce de Dieu, milles des gallees ne furent atamtes , ausqueles fut force d’eslongier et aller plus avant ancrer. Si fut conclu que chascun s’en yroit disner, et ne se adventurroit on pas d’assaillir si on n’oioit autres nouvelles. Mais les turcqz de dedens la ville firent une faulsete ; car ilz boutterent le feu à ung des deboutz d’ycelle ,

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