Bulgarie
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et faisoient courir, à gratis cris, les femmes et enfaiis hors de la ville. Et les Vallacjues dirent que c’estoit bien la maniéré des turcqz d’en faire ainsi , pour attraire les crestiens d’assaillir la ville; nonobstant iaquele chose ilz se retrayrent en leurs tentes pour aller disner, et aussi allèrent ceulz des gallees prendre leur repas. Et, entandis que ilz se dignoient, sailly de la ville un turcq a cheval, tout rouge vestu, atout une courte lance et ung petit penon , lequel courut plusieurs fois sur le rivage de la dite riviere ; et, tost aprez luy, saillirent bien trois ou quatre cens, atout une baniere rouge, quy se commencèrent à pourmener sur les rivages et plaines d’entour la ville. Aprez, sailly de la dite ville une grande baniere vermeille, à un pommeau d’or par dessus, atout vi lambeaux , toute pareille a celle du seigneur turcq Saoussy ; puis assirent plusieurs autres enseignes. Sy disoient les Vallaques, a leur exstimation, qu’ilz povoient voirement bien estre de xxv à xxxm clievaulz turcqz, selon le dit du sarrasin prisonnier.
Adont, le turcq Saoussy, quy estoit en sa gallee, \oyant saillir les enseignes hors de la ville, pour ce que bien les congneut, prya de parler au seigneur de Wavrin, comme il fist prestement, et luy dist : « Je congnois bien les soubacliins et capittaines des turcqz qui cy sont. Il me samble, se je povoie parler à eulz, que je les convertiroie a moy. » Au quel le seigneur de Wavrin respondy que, de sa part, estoit assez content; mais il estoit de nécessité d’en advertir monseigneur le cardinal, auquel, incontinent, le dit seigneur de Wavrin alla conter ceste nouvelle, dont il lut moult joyeux. Et luy dist: a Je vous prye, trouvez
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maniéré de le faire parler à eulz. » Pourquoy, prestement, le dit seigneur de Wavrin s’en retourna devers le dit Saoussy, où il manda messire Régnault de Confîde, quy conseilla qu’on feist bien mettre à point les rimes des gallees, et que le seigneur de Wavrin et luy allassent avecq le turcq. Puis fut demandé par nos seigneurs, audit Saoussy, comment l’en trouverait maniéré d’avoir sceureté pour pallementer. A quoy il respondy qu’il en feroitbien. Si fist, incontinent, lever sur une lance une baniere blance : laquele aparcheue, les turcqz en firent lever une autre ; et quant Saoussy l’aparcheut, il dist : « Allons hardyement, nous avons sceureté. »
Lors les gallees à la ryme se tvrerent vers la terre, au trait d’un archier prez des turcqz : sicque tous les turcqz, qui se tenoient en quatre ou en chincq batailles , se vindrent tous rengier sur la riviere, leur grant baniere et les soubachins alencontre de la gallee du capittaine; puis, incontinent, le dit Saoussy vesty une robe de drap d’or bleu. Si monta hault sur lebancq, atout ung chapel de turcq blancq, et un cercle d’or sur la teste, ouquel estât le povoient bien veoir tous les turcqz, entour lui bien xxx turcqz tous archiers. Et, lors, commanda le dit Saoussy que la barque feust mise en l’eaue pour aller querre ceulz quy seroient députez au parlementer, dedens laquele entrèrent nu turcqz des plus notables, quy, prestement, s’en vindrent arrester devant le dit Saoussi , lequel leur dist en languaige turquois hault, et cier aus dis turcqz : « Allez aces soubachins, qu’il nomma tous par leurs propres noms, et leur dites que je suy le seigneur Saoussy, filz de l’aisné frere au pere Moratb-
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bay *, et me apartient, par raison, l’empire de Turquie. Sy leur prye qu’ilz me voeillent recongnoistre pour seigneur, en leur disant que je prometz à eulz faire plus de bien que ne fist oncques Moratbay, lequel ilz ont tenu à seigneur en mon absence, et se1 2, pardonneray à tous quancques ilz meffirent oncques à monseigneur mon pere et à moy. » Et lors, prestement, la barque auz rimes s’en alla vers les turcqz ; mais ainsi comme ilz s’en alloient , messire Régnault de Confide escrya au seigneur de Wavrin : « Monseigneur le capittaine, veez vous pas ce que je voy ?;> — « Je ne scay, respondy le capittaine, se vous ne le dites. » — « Je voy, distil, ces ribaux turcqz qui aportent des canons, et les affustent contre nous. » Si luy demanda le capittaine que chose il luy sambloit sur ce bon de faire: « Vous avez quatre canons en vostre gallee et moy autant en la mienne; faisons les aussi affuster contre celle bataille des turcqz, et se ilz gectent contre nous, que le feu soit tout prest pour gecter contre eulz, ilz auront le moitié pyeur.
Quant la barque fut à demy gect de pierre prez de terre, elle s’arresta : et là, le serviteur du dit Saoussy exposa auz dessusdis soubachins ce que son maistre luy avoitcbargié; laquele légation finee, ilz se tyrerent à part, où ilz furent bien le quart d’une heure en conseil. Puisvindrent sur la rive de la Dunoue; etdistl’un des soubachins auz messagiers du dit Saoussy, si hault qu’il le povoit bien oyr : « Retournez à vostre maistre,