‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 30 sur 128 · Gâteaux · texte numérisé non relu

Gâteaux

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vous, et vous fait scavoir que vous estes ycy ancrez à deux mille prez du chastel Turquant. Sy vous prye que demain au matin vous soyez prest pour le assaillir avecq luy, qui a bien en sa compaignie vc Vallaques. »

Alors estoit solleil couchié; pourquoy le capittaine, voiant qu’il avoit illec esté plus de trois heures , et si ne veoit nulle aparence du cardinal, ne de ses gallees, avoit le ceur mal à son aise ; car l’heure estoit passée qu’il devoit estre venu , veu le bon vent qu’il avoit , quy ancores estoit fort monté depuis qu’il avoit ancré. Sy n’en scavoit que penser, ne que respondre auz Vallaques, ou oyl, ou nennil ; car il n’estoit pas certain quele adventure ou nécessité le cardinal povoit avoir de si longuement demourer. Toutesfois, il se conseilla auz gens de bien qu’il avoit en sa gallee , qui lui dirent : « Ces Vallaques ycy se offrent de, demain, avec vous assaillir ce chastel : se vous le refusez, il vous sera contourné à grant deshonneur et lascheté; supposé que le cardinal ne soit pas venu , il ne peult longuement demourer qu’il ne soit ycy ceste nuyt. » Le seigneur de Wavrin, doncques, espérant que ledit cardinal deust venir , sans lequel il ne voulloit riens ou peu faire, respondy auz Vallaques : « J’ay esperance que monseigneur le cardinal venra ancores annuit , et aussi mes autres gallees ; et demain au matin je seray prest. Envoiez devers mov quant vous volrez passer, si m’en vrai assaillir ledit chastel avec vous. »

Apre z ce que les Vallaques furent partis, et que la nuit obscurcy, le dit capittaine et tous ceulz de sa gallee estoient tristes et maris pour le cardinal et leurs autres gens, desquelz ilz n’oioient pas nouvelles; mais

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ilz ne scavoient mye de leur adventure fortuneuse , quy fut tele que je diray; car, quant le cardinal devoit partir pour tyrer apres eulz, sa gallee frappa en terre : si furent bien quatre heures empescliiés à le descliargier et rechargier, pour le r’ avoir jus de la terre ; et l’armee des turcqz, quy estoient à Triest, cuidoient que ce feust une tromperie qu’on leur feist, pour veoir se ilz sievroient point par terre les gallees qui estoient premiers partyes, et puis, tout à cop, les trois gallees retourneroient pour prendre la ville. Sy eurent les turcqz conseil ensamble de retourner en ycelle , et le garder celle nuit; quy fut la propre cause pourquoy le dit chastel Turquant fut prins, comme vous orez ; car se les Sarrazins eussent poursievy les deux premières gallees par terre jusques là, jamais on ne l’eust envahy; car le dit chastel seoit en Vulguarye du costé de la Grece , comme fait la ville de Triest.

Lecapittaine, doncques, fist toute celle nuit ceulz des gallees tenir en armes, faisant grant guet : lui mesmes dormy sur le tillas, tout arme, avec les autres; et lendemain , au point du jour, que les Vallaques , atout leurs manocques, passoient la riviere, ilz envoîerent devers le seigneur de Wavrin dire qu’il leur tenist sa promesse. Lequel, incontinent, fist sonner ses trompettes et lever les ancres pour sievyr les Vallaques, le plus tost qu’il peut; mais les Vallaques, quy s’estoient hastez pour descendre devant luy, quant ilz lurent a terre, les turcqz, qui estoient dedensle chastel environ cent et chinquante , les rebouterent jusques à leurs manocques. Mais le seigneur de Wavrin qui ses gens avoit préparez en grant point, vint atout ses deux gallees, et là, à force d’arballestres, cullevrines et ca-

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lions ? secourut les Yallaques telement qu’ilz se recoeillerent et descendirent en la maniéré sequente : c’est à scavoir, le seigneur de Wavrin bailla le penon du duc de Bourguoigne à ung très vaillant escuyer, nommé Dyeric de Vyane1, natif du pays de Hollande, et tous les arballestriers , culvriniers et canonniers sievoient ledit penon ; et la bannière du duc bailla à porter à ung chevallier de Henault, nommé le seigneur de Hoves ; laquele baniere sievoient les hommes d’armes et les compaignons de gallees , et le dit seigneur de Wavrin , tousjours joignant à la bannière. Si reboutterent, de la première venue, les turcqz tant raddement dedens leur basse court qu’ilz le prindrent d’assault. Ce chastel Turquant, séant sur la rive de la Dunoe, estoit de quatre pans de mur en quarrure , en tele maniéré que à chascune des trois quarres avoit une petite tour , et à la quatriesme quarre des dis pans de mur y avoit une grosse tour qnarree quy estoit massice bien de dix piedz de hault; et y montoient les turcqz par une montée de bois, quy estoit toute couverte de grandes plates plures de bois , ainsi qu’on les poille2 quant les arbres sont en seve; et il y avoit, par deseure, ung grant bacicol3 et

1. Jean de La Boverie, chevalier, dit leRuyte, seigneur de Viane en Flandre, était bourguemaître de la cité de Liège en 1482. [Recueil héraldique des bourguemaistres de la noble cité de Liège ; Bah ante , édit, de M. Gachard, II, 671, note S.) — « Dedans Montegny, qu’on appelle en TRiois Montenaken — en estoit capitaine monsieur Jehan del Bouverie, dict le Ruyt, qui estoit pour celle annee (1465) maistre de la cité de Liege, et avoit charge de la bannière principale. » (Haynin, 51-52.)

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