Le 29 août
2. Escais, que nous ne trouvons dans aucun glossaire, semble signifier ici bardeaux, petites ardoises de bois. Roquefort cite Descaier, couper, fendre, scier.
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commencèrent à esprendre la dite couverture et lesbarbacanes ; pourquoy tous les crestiens commencèrent à cryer : « Noe ! » Et lors le capittaine, ses gens entour de luy, entre lesquelz estoit le committre de sa gallee, ung moult vaillant homme, s’en allèrent tenir devant la montée de la tour, pour veoir se les turs ne sauldroient jamais par la montée, comme ilz firent ; car, quant le feu les commença de oppresser, ilz s’en vindrent desverouillier l’huis de la tour; et sambloit bien, a oyr le ton des veraulz, que les turcqz eussent grant liaste d’issir. Et quant l’huis de la tour fut ouvert, le soubachin, vestu d’une robe drap damas vermeil, à ung collet de janne abattu sur les espaulles, marcha tout asseureement dehors , en regardant les crestiens de félon visage; et lors, tout de froit sang, sans mot sonner, prinst les deux pans de devant sa robe, si les boutta en sa chainture, et sacqua l’espee; puis vint saillant jus des degrez, et cuida venir fraper le seigneur de AVavrin sur la teste ; mais le comiltre de sa gallee, quy derrière lui estoit, s’advancha, et d’une guisarme qu’il tenoit à deux mains fery le turcq sur son col, si l’abatty sur le pavé, et incontinent fut tué ; par quoy tous les turcqz de la tour furent, tantost, tous mors ou prins.
Or advint une grande malheureté entre les crestiens, dont il y avoit de plusieurs nations; si s’entrebatirent pour les prisonniers , dequoy ledit seigneur de Wavrin eut beaucop à faire à les départir, contenter et appaisier ; car, quant il vey que a férir de l’espee à tous costez ne les povoit desparpeillier a sa voullenté, il escrya en hault qu’on tuast tous les turcqz prisonniers (ce que firent voullentiers ceulz
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qui nulz n’en avoient), et que pas n’estoient à les prendre. Si les luoient es mains de ceulz quy les tenoient ; mais ancores de recliief, aprez les dis turcqz prisonniers tuezy recommencèrent leur débat pour la despouille , en tyrant les robes des turcqz l’un contre l’autre, si emportoit chascun sa piecbe ; et puis pour les espees ou fauchons, dont les ungz avoient les allemelles et les autres les fourreaux, l’autre ung arcq et l’autre une trousse.
Le seigneur de Wavrin estoit moult troublé et courouchié de veoir tele noise entre les crestiens, à quoy il ne povoit pas remedier ainsi qu’il eust voullu ; mais, enfin , le débat se cessa quant il n’y eut plus que prendre ; car chascun s’en estoit allé, atout ce qu’il povoit avoir, feust en gallee ou en manocque, A ceste heure estoit le solleil couchié , si faisoit grant bruyne sur la riviere ; et, lors, vint le seigneur des Vallaques devers le seigneur de Wavrin, quy fort se complaignoit de ceulz des gallees , quy avoient desrobé et despouillié ses gens de leur gaing. Et le capittaine lui respondy que, pareillement, se complaindoient ses gens des Vallaques, cuidant eschaper pour ce dire, et s’en aller en sa gallee reposer et rafreschir de sa lasse et sueurs ; mais Hongres et Vallaques, qui sont gens de grans languages, le tenoient en parolles, combien que, entandis, le dit capittaine se faisoit desarmer, parquoy il scentv grant froit quant son harnas fut osté. Si se doubta bien de ce quy depuis lui en advint, et dist auz Vallaques : « Il fait brun : se les turcqz venoient, ilz prenderoient nous, nos gallees et artillerie. R’allez en vos manocques , je m’en revoy en ma gallee ; et demain, faisons raison l’un à l’autre de nos gens. » Aprez
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laquele parolle, il se party d’eulz : si s’en entra en sa chambre tte, dedens la gallee , où il se despouilla à moult grant paine, pour la sueur , et se fist essuer au mieulz qu’il peult. Puis se revesty de nouveaulz draps : et, ce fait, en une robe de martres chainte, monta sur le lillas de la gallee, avec luy les mires, cyrurgiens et fulsiens. Si s’en alla visiter les mallades , navrez et blechiés ; lesquelz il fist mettre à point devant luy ; car il avoit bien, de ses deux gallees, de xxx à hommes blechiés; mais des gentilz hommes de son hostel n’avoit nulz navrez que Dyeric de Vyanne , quy avoit porte ce jour le penon du duc de Bourguoigne : cestuy avoit la jambe perchié d’une flesche. Aprez laquele dilligence faite , s’en allèrent soupper de telz biens que Dieu leur avoit prestez. Car il n’y avoit es gallees autre pourveance que wasteaulz qu’ilz avoient fais la journée devant , et à boire que vin aigre, ou eaue ; car leurs bons vins estoient faillis et tournez à aigreur par le long séjour que fait avoient sur l’eaue.
Le feu qui lors estoit dedens la tour et dehors, à veoir par nuit en l’espesseur de la bruyne , sambloit estre ung seul charbon, si rouges estoient les murailles : etdisoient les compagnons de Pycardie que, pour une nuit Saint Jehan, ilz n’avoient jamais veu plus beau feu.
Ceste nuit, fist le capittaine ancrer ses gallees loingz de la terre plus d’un gect d’archier, faisant faire la nuit très grant guet, et tout homme dormir en armes; et luy mesmes, tout armé , dormy en la poupe de la gallee. Mais, ceste nuit, oy le guet grans crys et plours dollereuz envers le chastel ; si ne povoient scavoir que c’estoit, par l’oscurité de la nuit bruyneuse; et lorsqu’il fut adjourné, on choisi plusieurs
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Turcqz quy baisoient les corps des morts, et lamentoient sur yceulx; et, lorsque le jour fut grant , ilz apercheurent, sur la montaigne et en la plaine de la valee, grant multitude de Turs couchiés, tenans chascun son cheval par la bride : laquele chose le guet nuncha au dit seigneur de Wavrin, quy, incontinent, se leva; et, quant il les vey et leurs enseignes, il congneut bien que c’estoient ceulz de Triest. Si fist incontinent' affuster ses canons contre eulz, et tout à ung cop descliargier sur eulz, dont ilz furent bien resveilliés. Si commencèrent incontinent à fuyr par dessus la montaigne, pour eulz mettre à saulveté. Aulcuns Vallaques descendirent à terre, où ilz trouvèrent plusieurs greniers soubsterrins, et je vous en diray la maniéré. Es pays par delà, ilz font grans fosses en terre, comme cysternes, où ilz bouttent bledz, avaines et toutes maniérés de grains ; et puis coeuvrent les trous des fosses de grans pierres. Et la matinée dont la nuit il avoit fait si grant bruyne, la terre de dessus les fosses n’estoit pas mouillié; par lequel signe furent trouvez tous les greniers en terre qui estoient ou village de chasteau Turquant, où il avoit bledz, febves et poiz, qui vindrent bien à point auz gallees ; si s’en furnirent tous, et sambla à chascun une manne descendue du ciel.
Tantost aprez solleil levant, monseigneur le cardinal , Régnault de Confide et les autres gallees arrivèrent ; si monstroit le cardinal maniéré qu’il estoit moult troublé de ce que le chastel avoit esté guaignié sans lui, et, au passer qu’il fist devant la gallee du seigneur de Wavrin, il le salua ; mais il luy tourna le dos, dont le dit seigneur de Wavrin fut moult esbaliy que ce povoit estre, et quy le mouvoit de non avoir
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respondu à sa sallutacion : et s’en alla ledit cardinal ancrer loingz du seigneur de Wavrin ; si manda prestement messire Régnault de Confide. Et quant le seigneur de Wavrin vey messire Régnault aller devers le cardinal, il entra en sa barque, avec luy les patrons de ses gallees, si y alla aussi : et quant il fut monté sur la gallee du cardinal et le [eut] salué, le cardinal luy dist que fait lui avoit une grande trahison , laquele il nuncheroit à nostre saint pere le Pape et à tous les princes crestiens ; si manecha les deux patrons du seigneur de Wavrin, qu’il avoit illec amenez avec lui, et leur dist fellonneusement : «Vous estes cause de la trahison, je le nuncheray au duc et à la seignourye de Venise. » Adont le sire de Wavrin , moult esbahy de ceste maniéré, dist au cardinal, en soy humiliant devers luy : « Monseigneur, voeilliés moy déclarer en quele maniéré vous dites que j’aye fait trahison , et prestement je vous y responderai. » Et le cardinal luy dist que c’estoit en ce qu’il avoit venu concquester et prendre le chastel Turquant, sans son sceu ou congie. A quoy le seigneur de Wavrin , en soy excusant, respondy que, quant il party de luy, il ne scavoit riens à parler du dit chastel , et n’estoit point allé devant en intencion d’assaillir sans luy, et que ce qu’il en avoit fait fut à l’entreprinse des Valiaques, lesquelz lui avoient requis secours et ayde , et qui premiers estoient descendus à terre, lesquelz les turqz avoient desja reboutez quant il y sourvint. Parquoi il lui fut chose convenable et necessaire de secourir les dis Valiaques à poursievir leur entreprinse, et que, en ce, il n’avoit commis quelque faulte ou trahison : et s il estoit nulz voullant maintenir qu’il feust oncques
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relé1 oublasmé de trahison, il voulloit prouver le contraire de son corpz contre le sien , moiennant qu’il feust noble homme. A quoy le cardinal replicqua qu’il estoit prestre, si ne povoit ne volloit en champ combattre : et le seigneur de Wavrin respondy que 1’ofïre qu’il faisoit n’estoit pas pour sa personne ; mais quant ores il luy plairoit ce faire scavoir au Pappe et à tous les princes crestiens, il en auroit plus d’honneur que de blasme. « Et ce que j’ay fait, se bien y pensez, est plus à vostre loenge, quy estes mon chief, que à la mienne. » Quant le cardinal eut oy ainsi le seigneur de Wavrin parler, il atempra aulcunement son yre , en parlant toutesfois tousjours un peu sur gorge; mais le dit sire de Wavrin ne le fist pas longue, anchois prinst tantost congié. Si s’en repaira en sa gallee , où le vint veoir messire Régnault de Confide, auquel il dit, par maniéré de complainte : <c Avez vous pas oy les injurieuses parolles que le cardinal m’a dit? Vous estes à mon très redoublé seigneur le duc de Bourguoigne, recepvant ses gages ; si suis vostre capittaine : et de vostre parolle n’avez nullement conforté la mienne, ce que déviés faire ; parquoy je suppose vous avoir pareil couroux contre moy que le cardinal. » Et messire Régnault respondy : « Je n’eusse sceu autre chose dire que ce que avez respondu. Le cardinal, et nous tous, sommes courouchiés de ce que n’avons esté à la dite prinse. » Et, adont, le capittaine demanda : « Quy a meu le cardinal et vous que incontinent ne venistes aprez moy,’ ainsi comme il estoit conclu à mon partement ? » Et il luy en conta la vérité ;