‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 36 sur 128 · Remprosne, raillerie , dérision, blâme · texte numérisé non relu

Remprosne, raillerie , dérision, blâme

CRONICQUES D’ÊNGLETERRE. [1445J

ce que j en scaroie dire. » Et le cardinal respondy : « Or, beau sire, se vous estiés légat de nostre Saint Pere , comme je suy, et je feusse capittaine de Bourguoigne, comme vous estes, quele chose en conclurriés vous de faire ? » — « Je yroie , dist le seigneur de Wavrin, visiter ledit cliastel et y faire tout le mieulz que je porroie , veu que ces seigneurs Vallaques dient que c’est une place quy moult griefve les crestiens. Tantost nous aurons fait ou faillv, atendu la puissance des Vallaques quy sont vim hommes et deux grosses bombardes , et j’en ay aussi une moult bonne , qui est grant chose : si dient qu’ilz ne sont que environ trois cens Turcz layans, dedens la place, je la desire bien à veoir. » — « Adont, dist le cardinal, ce soit ou nom de Dieu qui nous guide ! Allons y, et partons dès maintenant, car nous n’avons cy que faire. »

Ceste conclusion prinse, chascun s’en retyra en sa gallee : et les Vallaques, quy avoient abatu et miné deux pans du mur de cbastel Turquant, se retrayrent en leurs manocques ; puis les gallees, quy avoient bon vent, firent voille.

1118. Comment les crestiens se partirent de devant chastel Turquant pour aller assegier le chastel de la Jeorgie- XVII.

Ap^ez ce que le cardinal , le seigneur de Wavrin et les Vallaques se furent partis de chastel Turquant , le second jour ilz arrivèrent en l’isle de la Jeorgie, où il soulloit avoir ung très puissant et fort chastel, quarré de quatre grans pans de murs, et au coing de chascun pan, y avoit une très grosse tour toute quarree, dont la moindre estoit plus grande et plus forte que celle

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du cliasteau Turquant, et samblablement garitees et bacicollee de bois. Et si avoit, envers la riviere , deux petis pans de murs qui partoient du chastel en venant jusques à la dite riviere; et, auz boutz d’iceulz, y avoit aussi deux tours pareillement bacicollees comme les autres.

Quant tous furent les crestiens descendus à terre , tantbien ceulz des gallees quelesVallaques,les Turcqz, qui estoient oudit chastel environ trois cens, saillirent dehors, en très bon convenant, sur le quartier des Vallaques, où ilz en blecherent plusieurs de venue ; mais, en fin, ilz furent rudement reboutez par les dis Vallaques dedens leur forteresse.

Le seigneur de Wavrin et ceulz de ses gallees eurent advis et conseil ensamble, comment ilzporroient assaillir et aprocliier ledit chastel. Si leur advint qu’ilz trouvèrent en celle isle plusieurs petis cliarriotz à quatre roes ; parquoy ilz s’adviserent de faire grandes cloies de gros bois , îesqueles ils mettoient sur les dis charriotz, atachiës de grosses fourches de bois ; et si y avoit autour d’iceulz charriots aussi autres cloies pendans, et là , en bouttant ces charriotz ainsi armez devant eulz, dequoy très bien taudez estoient, aprocberent lors la place jusques sur le bort des fossez. Et là, arballestriers , coulvriniers et archiers les deffendoient contre ceulz des guarites, qui jectoient pierres à fondes ; car, depuis que nos crestiens furent si prochains d’eulz, ne les po voient grever de leurs canons ou gros engins, pour ce que les tours et murailles n’estoient point perchiés par bas, ne n’avoientdeffence nulle que par hault. Le chastel fut doncques assegié d’un costé , des Vallaques, et de l’autre, de ceulx des gallees ; et là,

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le seigneur de Wavrin fist faire grans Irenquis et fossez derrière les charriotz qui les taudoient; puis envoia tous les canons des galiees pour yceulz affuster contre les bacicolles et barbacanes des tours et des murailles. Et, en ceste propre nuit, fist aussi deschargier la bombarde qui estoit en sa gallee, et sur ung esclan1 le fist, à force de gens , trainner devant le dit chastel ; mais pour la bombarde taudisier , il fist charpenter grans manteaulz de cloies. Si fust, ceste nuitié, tout apareillié pour gecter et besongnier lendemain, à l’aube du jour, disant auz canonniers qu’ilz jectassent entre la tour et la muraille, droit en lame.

Quant, doncques, le jour fut venu si cler qu on povoit prendre visee sur le cbastel, la dite bombarde commença son mestier •, de laquele lesboulles’ estoient de pierre de Brabant, legieres et tendres. Si frappa droit au lieu où le capittaine avoit commandé, entre la tour et la muraille : si s’espautra 2 3 la pierre en pouldre, rendant longue pieche moult grant furnmee, telement que, une espace, on ne vey tour ne muraille. Si cuida l’en que la dite pierre eust perchié tout oultre , pourquoy il y eut de nos gens grant huee; mais quant la pouldriere fut chute, on vey, entre la muraille et la tour, une grant fenture. Si pensoit on estre tout asseuré que ce euist este la pierre ; mais, a la vérité, non avoit. Ains estoit ainsi que la tour avoit prins son fondement1’ quant elle fut faite, et avoit delaissié le pan du mur; car toutes les quatre tours

1. Esclan, sorte de petite voiture pour transporter les marchandises.

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