‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 37 sur 128 · Fendement · texte numérisé non relu

Fendement

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estaient massiches plus de xxiiii piedz de hault. Les crestiens, doncques, cuidans la pierre avoir ce fait, rechargèrent de rechief et le firent gecter ou premier lieu; si fist pareille pouldriere que le cop devant; laquele passée, chascun disoit que, pour vray, la Tenture estoit beaucop plus grande que devant. Si recommença pareille liuee, qui alla jusques auz oreilles du seigneur de la Vallaquie, lequel demanda que c’estoit : eton luidist que la bombarde des galleesfaisoit merveilles, et que ancores dedens deux ou trois copz gectez elle auroit abatu une tour; pour lesquelles nouvelles il monta à cheval , si vint celle part adfin d’en veoir la maniéré. Et lors, comme celluy auquel ledit cbastel apartenoit (car son pere l’avoit faite faire, si avoit esté dedens plusieurs fois, et neantmoins ne s’estoit jamais aparcheu de la fenture), quant il lavey, fut mesmes d’opinion que ce eust voirement fait la bombarde; pourquoy il prya qu’on le voulsist rechargier et faire gecter devant luy. Et, adont, le seigneur de Wavrin, pour ce qu’il estoit heure de disner et si n’avoit ancores mengié du jour, dist au seigneur de la Vallaquie : « Je metz la bombarde et les canonniers en vostre main, si la faites jecter à vostre plaisance; car je m’en vois disner en ma gallee. » Et emmena avec luy messire Régnault de Confide mengier.

Tost aprez, le seigneur de la Vallaquie fist cbargier la dite bombarde et gecter à son bon plaisir. Aprez lequel cop, la pouldriere passée, la dite fenture lui sembla, aussy, plus large que paravant, et mesmes que la tour clinoit : pourquoy il fist rechargier de plus nelîes, et jecter ancores ung cop ; si luy sambloit que

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tousjours la fenture croissoit et que la tour clinoit de plus en plus.

AdonR messire Régnault de Confide, qui disnoit avec le seigneur de Wavrin, lui dist : « Ce Valiaque fera ycy si dru gecter nostre bombarde, qu elle 10mpera : il fustbesoingd’y envoier, adfin qu’on le laissast refroidir et quelle ne gectast plus jusques à ce que vous venriez là. » Mais, avant que le messagier y peust oncques venir, le Vallaque le fist gecter, et rompirent deux cercles d’ycelle, quy tuerent deux galliotz, gens de bien et vaillans hommes, selon leur stille; lesquelz furent fort plains et condolus. Desqueles nouvelles, quant ilz le sceurent, les dis de Wavrin et Confide, ilz furent grandement courouchiés; mais le committre delà galleeleur dist [que], moyennant qu’il n’y eust que deux cercles rompus et que les deuves ne feussent pas adommagiés, il le remetteroit bien à point.

Tost aprez disner, s’en allèrent les dis de Wavrin et Confide veoir la bombarde; mais le seigneur de la Vallaquie s’en estoit ja repairié au quartier de son siégé, pour faire aussi gecter deux bombardes bien grosses qu’il avoit amenées. Mais elles n’avoient de chasse que trois quartiers, sans la chambre; sicques, quant la pierre y estoit mise, il en avoit bien la valleur de demy quartier dehors, et ne scavoient les canonniers assener le chastel, ains alloient tousjours les pierres par dessus.

Quant le committre de la gallee du seigneur de Wavrin fut venu à la bombarde, il la waroqua atout ung cable par le lieu où les cercles esloient rompus, puis en tyra on deux copz; mais, au deuzieme, rompirent autres deux cercles et une douve, si tua 1 un des ma-

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ronniera de la galiee, quy fut grant dommage : pourquoy, incontinent, le capittaine fist ycelle rencliargier sur l’esclan et retrainer en sa galiee.

Pendant le tempz qu’on retrainnoit la dite bombarde vers la galiee, les turcqz firent une saillie sur les Vallaques, quy gardoient leur artillerie : si en tuerent trois, et les autres s’enfuyrent. Et clauerent yceulz turcqz la meilleure des bombardes auz Vallaques; lesquelz, eulz qui estoient très grans gens, se recoeillerent et rebouterent les turcqz dedens la place. Mais, depuis, ung cordelier de la galiee, qui avoit demouré en Jherusalem, appelé frere Helye, desclaua la dite bombarde, sans le adommagier, qui est une moult belle science ; nonobstant laquele chose, par sa faulte, il en eut le bras rompu.

Voiant, doncques, le seigneur de Wavrin que les bombardes desVallaques ne faisoientnulmal audit chastel, il se trouva avec le dit seigneur de la Vallaquie et lui dist ainsi : « Par le moyen de nos bombardes nous ne concquesterons pas ce chastel ycy, et nous est impossible de cellui prendre se n’est par la maniéré que nous eusmes le chasteau Turquant; si me samble, pour ma part, expédient que cbascun face fagot z et porte autant de bois qu’il polra, qui soit gecté au radot du vent contre les murs et tours, autant hault que l’en polra, puis bouter le feu dedens pour faire la flamme saillir dedens la place. » Auquel conseil tous s’acorderent, les Vallaques et ceulz des gallees. Si fut prestement commandé à ung cbascun d’aporter autant de fagolz et autre bois que l’en porroit auprez delà muraille du dit chastel.

Adont le seigneur de Wavrin, qui avoit ung brach

duquel il ne se povoit aidier, d’un cop de pierre qu’il avoit recheuau cliastel Turquant, adfm qu’on ne murrnurast contre luy qu’il se feist plus mallade qu’il n’estoit, alla porter du bois, et ne voullut souffrir que les cyrurgiens y meissent quelconcque emplastre autant qu’il fut devant le cliastel de la Géorgie, combien qu’il se sentist mallade : ancliois, par aller, venir et faire paine, le cuidoit tousjours desrompre*, mais, toutesfois, disoit bien que la froidure de la bruyne qu’il avait eu en se désarmant, devant le cliastel Turquant, estoit la cause principal de sa doulleur. Sicque à ceste heure, par traveil, la dolleur de deux doitz mortifiez en la palme de sa main lui frapa au ceur; parquoy il fut remené par messire Régnault de Confide en sa gallee, moult malade. Si manda quérir les pliisitiens et cyrurgiens : lesquelz, quant ilz l’eurent bien visité, dirent qu’ils ne besongneroient riens entour luy jusques à lendemain au matin qu’ilz auroient veu son eurine. Si prya, lors, ledit seigneur de Wavrin à messire Régnault de Confide qu’il voulsist estre son lieutenant, et il commanderoit à tous ceulz de ses gallees qu’ilz obéissent à luy comme à soy mes» mes : et ainsi fut fait. Lequel messire Régnault s’en acquita comme vaillant chevalier, en l’absence de son capittaine; lequel, ceste nuit, fut terriblement mallade : et luy prinst une goutte saillant par toutes les joinctures de son corpz, et tous ses doitz de la main dextre lui cbeyrent en sa paulme, les jambes et les bracz lui racrucifierent; si n’eut tantost membre dont il se peust aidier, et ne faisoit tousjours que cryer, de la grant doulleur qu’il sentoit. Et les pliisitiens et cyrurgiens de la gallee du cardinal, quy estoient notables

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docteurs en phizieque et cyrurgie, le interroguerent dont il pensoit que ce luy povoit venir ; à quoy il leur dist que ce avoit esté devant cliastel Turquant, de la pierre, challeur, sueur, refroidement et bruyne, par la maniéré que dit a esté cy dessus.

Quant ce vint au matin, les medechins lui asseyrent de grans ventôses sur les espaulles, au bouge du dos et au bout de l’esquine. Si coppoient atout rasoirs la char, et tyroient atout les ventôses le sang, lequel ilz pesoient sur une ballance, pour scavoir qualités onches ilz en tyroient; et pourtant principalement le dis, que, quant ung capittaine ou chief de guerre se sent aulcunement blechié ou traveillié, qu’il ne le doit pas mettre en nonchalloir, ains y prendre garde assez, tempre que plus grans inconvénient ne s’en cause, quy puist grever à tout un peuple, armee ou pays.

Et, atant, vous lairaydu dit seigneur de Wavrin,quy estoit en grant enfermeté de malladie, et vous diray de messire Régnault de Confide et du seigneur de la Yallaquye, qui faisoient assambler bois et fagotz le plus qu’il estoit possible. Sy firent les gens d’armes bien leur devoir, et tant en amassèrent que saulvement s’en taudoient contre la deffence des turcqz. Et quant il sambla que assez en y avoit, il fut commande que toutfeustgecté es fossez, lesquelz n’estoientgueres profondz que d’environ quatre piedz, tant qu’ilz feussent plains, et puis gectast on le résidu contre le pan d’un mur et de une thour, le plus hault qu on porroit; mais cjuant tout fut gecté, et on vey que le bois ne attaignoit pas hault assez, il fut commande que cbascun, de rechief, en allast quérir, excepté les commis à faire Je guet.

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Les Turcqz, quy veyrent que l’en alloit ancores au bois pour rencrunquier plus liault sur celluy qui estoit contre leur muraille, non obstant les canons et cullevrines qui tir oient contre leurs murailles et guérites se vindrent habandonner à la mort, en avallant, atout cordes, mandes 1 plaines de feu sur le dit bois quy estoit mis contre leurs murailles, mais ce fut trop tard ; combien que, se ilz eussent gecté feu dès le commencement que on gectoit le bois contre la muraille, jamais la place n’eust esté prinse comme elle fut; car à, mesure qu’on y eust gecté le bois, il se feust bruslé , ars et consumé plus qu’on n’en y eust sceu aporter. Mais, par le dit feu qu’ilz avallerent es bantes 2, le feu s’esprinst si grant dedens le bois, que la flambe voila jusques auz guérites, lesqueles furent esprinses; parquoy le feu se advancha et sailly dedens le chastel et les tours quy estoient couvertes de bois, et s’advancba plus que les Turcqz ne voulloient : lesquelz, atout eaue qu’ilz alloient quérir à la posterne, faisoient grant dilligence du dit feu estaindre, et les cullevrinniers et arballestriers faisoient moult bien leur debvoir de deffendre.

Le soubachin, qui vey que la deffence de battaille ne leur vauldroit riens, et que, à la longue, ilz y demourroient et y serroient tous mors et prins, parlementa tant au seigneur de la Yallaquie qu’ilz se rendirent à luy leurs vyes saulves seullement, avec aulcun peu de biens qu’ilz avoient ou chastel ; et lui prya qu’il voulsist faire cesser le tyrer, adfin qu’ilz peus-

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