Mandes
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sent le feu estaindre , et lui rendre la place saulve et entière.
Le seigneur delà Vallaquie, qui fort desiroit sa place saulve, sans estre bruslee , prinst , pour sceureté de cesle chose, le dit soubachin avec trente des meilleurs Turcqz en bostage ; puis vint devers messire Régnault de Confide, quy faisoit fort tvrer contre ceuz qui voulloient estaindre le feu : si luy dist que, pour Dieu, on laissast le traire et lanchier; car les Turcqz s’estoient à lui rendus, saulfz leurs biens et vyes, dequoy il avoit desja recbeu le soubachin du chastel et xxx Turcqz en hostage. Disant plusieurs fois : « Pour Dieu, laissiés le feu estaindre, adfin que ma forteresse ne soit pas bruslee ; car c’est la plus forte quy soit sur la Dunoue, et quy plus puelt grever à tous les crestiens de pardecha, ycelle estant es mains des Turcqz. » Car quant les Turcqz vuellent courre en la X allaquie ou en la Transilvane, ilz passent eulz et leurs clievaulz en ceste isle ycy, et, par le pont du chastel quy est sur le bras de la riviere qui entre en la Vallaquie , vont courre tout le pays et remainent par là ce qu’ilz ont concquesté. Sicque les Vallaques, quant ilz les poursievent, adfin de rescourre leurs biens, ne leur pevent nul mal faire pour le dit chastel ; mais quant les Turcqz passoient oultre parmy la riviere, tousjours les rataindoient les Vallaques et frapoient en la queue, en tuant et prendant beaucoup d’iceulz prisonniers. Adont messire Régnault de Confide, voiant en quel estât la besongne estoit, dist au Vallaque : « Allez devers messeigneurs le cardinal et de Wavrin pour scavoir de ce leur voullenté , et puis le me faites ^cavoir ; car selon ycelle me voeii gouverner. »
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Lors le seigneur de la Vallaquye frappa le cheval des esporons : si courut hastivement devers le cardinal, auquel il conta la chose en tele maniéré comme fait avoit à messire Régnault de Confide, disant, oultre, au cardinal : « Se je puis r’avoir ma place entière, laquele mon pere fist faire, les femmes de la Vallaquye, atout leurs queneulles, sont assez souffisantes pour reconcquerir la Grece. » Mais il sembloit bien à ceulz qui l oioient, qu’il ne avoit cure qu’il deist, moiennant que r’avoir peust sa forteresse saine et entière ; car il disoit ancores qu’il n’y avoit pierre au dit chastel quy n’eust cousté à son dit pere une pierre de sel, quy se prent en roches, ou pays de Vallaquye, comme on fait par dechales cailleaux es quarrieres.
Adont le cardinal envoia devers le seigneur de Wavrin, lequel estoit griefment mallade, et avoit comme tous ses membres faillis, réservé la langue : nonobstant laquele chose, fut moult joyeuz quant il oy parler de la rendition de la place. Si dist que le plaisir du cardinal estoit le sien. Et, ainsi, le dit cardinal commanda que le feu fust estaint, et la place rendue au seigneur de la Vallaquye, quy en fut moult joyeuz. Et quant le feu fut estaint, les turcqz vuiderent le chastel, atout leurs chevaulz et bagages. Car, par le traité qu’ilz avoient au dit Vallacque, il les devoit mettre saulvement, euîz et leurs biens, oultre la riviere de Dunoue, ou pays de Bolgarye. Pourquoy le seigneur de la Vallaquie requist au cardinal qu’il leur voulsist donner saulfconduit , lequel incontinent luy ottroya.
Ce tçmpz pendant, le filz du seigneur de la Vallaquie alla devers le seigneur de Wavrin, auquel, aprez
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qu’il l’eut salué, il fist dire, par ung truceman , qu’il avoit en son courage une entreprinse contre les turcqz : et, s’il luy voulloit promettre de le non accuser, il luy declarroit son secré ; laquele chose le seigneur de Wavrin luy jura libéralement. Et adont le truceman, instruit par le filz de la Yallaquye, dist en tele maniéré : « Mon pere m’a envoie quérir vers luy, et m’a dit que, se je ne le venge du soubachin de ce chastel de la Georgye, qu’il me renoye et ne me tient pas pour son filz; car c’est celluy qui le trahy, et qui, soubz le saulfconduit du Turcq, le fist aller devers le dit Turcq, puis l’emmena prisonnier au chastel de Gallipoly, où il le tint longue espace enferré des deux jambes h Or est il ainsy que luy et ses sarrazins se sont maintenant rendus à mon pere, leurs vyes et biens saulfz, et les doit on mettre ou pays de Vulgarye sceurement; et je m’en vois, atout deux mille Vallaques, à deux lyeues d’ycy, passer la riviere, si metterai embusches sur les chemins : sicques, quant ilz cuideront aller à Nycopoly, je seray audevent d’eulz, si les metteray tous à mort. » Aquoy le dit seigneur de W avrin ne respondy mot, ne mal, ne bien. Sy se party le dit filz de la Yallaquye, pour aller faire son ernprinse. Et, dedens deux ou trois heures aprez, le cardinal envoia le saulfconduit qu’il avoit seelle pour les turcqz devers le seigneur de Wavrin, adfin qu’il y pendist aussi son seel : et il respondy qu il ne lui apartenoit pas seeller avec le cardinal, pourveu qu il estoit cliief de toute l’armee; mais tel saulfconduit que fait avoit, promettoit que lui et ses gens le entretenroient .
i. Vov. ci-dessus, page 14, note 4.
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de laquele responce le cardinal fut bien conlent. Si fut ledit saulfconduit delivre auz turcqz, avec les bateaulz pour passer la riviere.
Quant doncques les turcqz se veyrent ainsi despechiés, ilz dessellerent, tout premièrement, leurs cbevaulz, si misrent leurs selles dedens ung petit bateau qui avoit esté prins devant le dit chasteau ; puis atacherent tous leurs cbevaulz queue à queue, et le premier cbeval atacberent au dit batel qui alloit à rymes ; en laquele maniéré ilz passèrent la riviere. Si sambloit bien, à veoir les cbevaulz, qu’ilz eussent acoustumé de faire ainsi souvent. Et en autres bateaulz manocques entrèrent les Turcqz, avec toutes leurs bagues; mais, au passer devant les gallees, regardèrent les crestiens d’un félon et très maulvais courage ; si portèrent les arcqz tendus, la flesclie en la main et les targes au col, en monstrant samblance que, se on leur disoit riens, ilz estoient pretz à combattre ; et en ceste maniéré passèrent la dite riviere de la Dunoue. Si entrèrent ou pays de Vulgarie.
LesTurcqz, doncques, passez oultre l’eaue , montèrent sur les cbevaulz pour exploitier leur oirre 1 ; mais ilz n’eurent gueres clieminé, quant le dit filz de la Vallaquie les sourprinst par son embuscliement, et les mist tous à mort; et mesmes le soubacbin quy avoit traliy son pere, comme dessus est dit, lui fut amené tout vif, auquel, aprez qu’il luy eut la trahison recitée, luy trencha la teste de sa propre main. Et sitost que les Vallaques eurent prins toutes les despouilles des diz Turcqz, ilz les arrengerent tous nudz sur le rivage de