Proues , évidemment
] 46 CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1445]
la Vallaquye fist scavoir au cardinal et au seigneur de Wavrin que les nobles Hongrois venoient à grant puissance, quy estoient à moins de deux journées prez de là.
Le seigneur de Wavrin se trouva moult joyeulz , voiant qu’il estoit illec venus devant les Hongres , atendu que ja estoit le 1111e jour apres la Nostre Dame de septembre 1 ; et lendemain , aprez disner , arriva messire Pietre Vaast, quy avoit fait grant dilligence d’avoir amené les seigneurs de Hongrye en armes jusques là. Si alla tout premiers devers le seigneur de Wavrin, son capittaine, lequel de le veoir en tele destresse de mallad ie fut moult doullent, disant queceste malladie estoit venue mal à point ; car les seigneurs de Hongrye avoient en voullenté de le recepvoir et festoier moult honnourablement. Et lors , incontinent que messire Pietre Vaast eut raconté à son capittaine , au long , comment il avoit exploitié en Hongrye , il luy dist : « Messire , allez devers monseigneur le car- . dinal faire vostre dilligence : je me double qu’il ne sera mal content de ce que n’estes allés premièrement devers luy. )) Et lors, prestement, messire Pietre s’en alla devers le cardinal , qui lui fist très joyeuse chiere , en luy demandant quant venroient ces seigneurs de Hongrye; et messire Pietre respondy : « Dedens deux jours ilz seront ycy, au plus tard. »
Adont, aussy, le seigneur de la Vallaquye aller veoir le seigneur de Wavrin, faisant maniéré de grant desplaisance de sa malladie, en disant que ceste fortune lui estoit venue fort mal à point, et si en estoient les
J . La Nativité de la Vierge tombe le 8 septembre : c’était clone le 12.
[1445] SIXIÈME PARTIE, LIVRE Ier, xviii.
seigneurs de Hongrye , qui l’avoient oy dire , moult doullent; et puis luy dist : « Veez vous pas ceste tour grosse, assize devantNycopoly , que lesTurcqz tiennent, par laquele (qui est assouvye 1 sur mon pays) ilz me font chascun an grant dommage : sy vous prye que me voeilliés aidier tant qu’elle puist estre concquestee ou abatue. » À quoy le dit seigneur de Wavrin respondy : « Vous veez que je n’ay membre dont je me puisse aidier; allez devers monseigneur le cardinal, et je envoieray avec vous messire Pietre Vaast et messire Régnault de Confide, quy sont sages hommes et gens de guerre ; si concluez avec le cardinal et eulz par quele maniéré on le porra envahir et prendre. De mon corpz ne vous puis je aidier; mais de tout ce que j’ay, au sourplus, serez vous assistez. »
Lors s’en alla le seigneur de la Vallaquye devers le cardinal , avecques luy ces deux vaillans chevalliers messire Pietre Vaast et messire Régnault de Confide, lesquelz le dit seigneur de Wavrin y envoia en son nom. Si fut conclu entr’eulz que la tour serroit assegié tout à l’environ , comme par terre par les Vallaques , et des gallees par la riviere ; si feroient dilligence d’aprochier la dite tour au plus prez qu’ilz porroient.
Les Turcqz qui estoient dedens Nicopolv se doublèrent, et perclieurent que les crestiens voulloiënt assegier et combatre la tour; si misrent, par nuit, une petite galliote en l’eaue, bien armee de rimes, et mis-
1. Roquefort (I, 101) traduit ces mots « puissance assouvie » par « puissance absolue. » Si l’on pouvait accepter cette interprétation , la phrase de Wavrin signifierait : <c Qui est absolue sur mon pays, » qui le domine.
rent dedens vivres et artillerye. Geste nuit fist il grant bruyne, et, au point du jour, ladite galliote party de Nycopoly, laqueleestoit legiere, si sambloit qu’elle vollast sur l’eaue, et passast par devant les gallees. Celles qui le veyrent s’esleverent haslivement, et allèrent aprez ; mais elle se boutta dedens la posterne de la tour qui estoit sur l’eaue , et ceulz de la dite tour le deffendoient de trait et de pierres. Si fut nécessité à nos gallees quy alloient aprez, de retourner; mais il fut ordonné que l’une des gallees feroit le guet sur elle, adfin que, quant elle retourneroit, elle feust ruee jus.
La tour, doncques, fut assegié etaprochié de prez, jusques auz faulses brayes quy estoient àl’environ. Le seigneur de la Vallaquye, quiavoit amené ses bombardes, les fist gecterbien fortement contre la tour; mais elles n’y firent quelconcque dommage, sinon de froissier le comble, duquel elles abattirent la pluspart : et, tandis que les bombardes gectoient, le gouverneur du filz de la Vallaquye, qui estoit bien notable homme, eagié de bien quatre vingz ans , vint veoir le seigneur de Wavrin, et lui dist : « Il y a maintenant l ans , ou environ, que le roy deHongrye et le duc Jehan de Bourguoigne estoient à siégé devant ceste ville de Nycopoly que veez là , et à moins de trois lieues d’ycy est le lieu où fut la battaille1. Se vous poviés lever le chief, et venir à ceste fenestre, je vous monstreroie le lieu , et comme le siégé estoit. » Et lors ledit seigneur de Wavrin, envollepé en une robe de nuit, se fist porter à la frenestrelle ; si lui dist le gouverneur : « Veez là oii le roy de Hongrye et les Hongres se tenoient. Là