‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 46 sur 128 · septembre · texte numérisé non relu

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[1445] SIXIÈME PARTIE, LIVRE I«, xvni. 157

passer: et, quant tous furent oultre, ilz se misrent en belle ordonnance de battaille, et quant ainsi furent mis à point aleucontredes Turcqz leurs annemis, qui bien estoient demye lieue francoise ensus d’eulz,îe Yaivode de Hongrye, environ luy xne de cheval, bien montez, se mist à cbevaulchier entre deux les baüailies, pour veoir et regarder quele maniéré les Turcqz tenoient , et comment ilz se vouldroient maintenir. Lesquelz lurcqz, voians les Hongres et Vallaques, avec les crestiens des gallees, prestz et apareiiliés pour les venir combattre, tout doulcement , sans quelque effroy, prindrent a tourner le dos et eulz retraire en leur pays. Et lors, cuidans que les crestiens les deussent. poursievir, ilz ardoient et brusloient tout devant eulz ou ilz passoient , vivres et villages. Sicques, quant le vaivode de Hongrie eut bien aparcheu la fachon de faire desdis Turcqz, il s’en retourna devers ses gens et leur commanda qu'ilz repassaissent la riviere, car il veoit bien qu’ilz ne feroient riens. Puis vint devers le cardinal et le seigneur de Wavrin, ausquelz il dist :

« Je tieng bien avoir acquité mon seel et ma promesse, et aussi déclaré le capittaine general du duc de Bourguoigne bien quitte de son convenant. Nous sommes passez oultre la riviere de la Danoue, et nous offert à battaille contre les furcqz, lesquelz s’en vont en bruslant tous les vivres au devant de nous , cuidans que les deussions suyr, laquele chose ne nous est pas possible de faire ; car je n’ay nulz vivres ycy aprez moy pour plus hault de deux jours : et je les congnoy bien telz que, se je les poursievoie, tousjours fuiraient devant moy, adfm de me tyrer parfond en leur pays, et moy enclorre à leur advantage , telement que je ne

CROMCQUES D’ENGLETERRE. [1445]

m’en scauroie retraire, sinon au grant péril et dommage. Il me souvient comment l’annee passée, à la battaille de Yarne , nous perdismes noslre roy, avec grant plenté de seignourie et de peuple de Hongrye, duquel royaulme, noblesse et peuple j’ay maintenant la charge; si ne les voeil pas mettre en hazart; car, se j’estoye rué jus, le royaulme seroit perdu. Et est nécessité de combattre les Turcqz soubtillement et malicieusement, quy les voelt vaincre ; car ilz sont gens cauteleux. » Quant le cardinal et le seigneur de Wavrin oyrent teles nouvelles , ilz furent bien esbabis , et demandèrent au vaivode de Hongrye qu’il lui sambloit de ce que ilz avoient à faire, et s’il n’y avoit point au dessus de la riviere quelque bonne ville où ilz, et leurs gallees, peussent sceurement séjourner jusques au printemps. A quoy il leur respondy que nennil , et qu’il n’y avoit ville ne chastel où leurs gallees peussent estre saulvement que, quant la riviere seroit engellee, les Turcqz, à grant puissance, ne les venissent ardoir; et que desja la saint Remy estoit passée1, si aproucboit la saison que, coustumierement, la riviere se engelloit. Si les admonnestoit qu’ilz s’en retournassent le plutost qu’ilz pourroient ; car, comme il disoit, ce serroit bien venu s’ilz povoient estre hors d’ycelle riviere avant qu’elle se engellast ; car on en veoit dès maintenant l’aparence aux rives.

Àdont , lesdis cardinal et seigneur de Wavrin , quy ne scavoient mettre bonnement conseil en eulz, prindrent congié aux seigneurs de Hongrye et de la Vallaquye, courouchiés et doullentz de ce qu’ilz n’avoient

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