‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 63 sur 128 · Huiseuz, oisif · texte numérisé non relu

Huiseuz, oisif

CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1459]

donnant à entendre que le duc d’Yorc se mettoit sus pour le sourprendre; et, à moult grant puissance, s’en vindrent logier à Northanton.

Quant le duc d’Yorc fut de ces choses adverty comment le roy estoit auz champz aîencontre de luy, il se tyra vers la marche de Galles , adcompaignié du conte de Salbery et du conte de la Marche1, son filz, et tous leurs gens d’armes, où ilz conclurrent d’atendre le conte de Warewic ; lequel, aprez qu’il fut prest lui et les siens, jusques à deux cens lances et imcz archiers, se misrent en mer et vindrent arriver ou pays de Kent , où il eut grant foison de gens du pays quy se joindirent avec luy : puis clievaulcha tant qu’il arriva à Excestre, devers lequel se tyra le duc d’Yorc, atout son arrnee, sitost qu’il sceut sa venue-, se faisant, à l’aborder, très grant chiere. Sv eurent ensamble pluiseurs consaulz , regardans comment le duc estoit en personne auz champz 2, et que maulvaisement povoient combattre sans touchier à sa personne. Si conclurrent d’envoier devers le Conseil du roy pour lui remonstrer que ilz ne voulloient point de guerre aîencontre de leur souverain seigneur , mais pryoient et requeroient de estre oys en leurs deffences, comme paravant l’avoient desja requis, ce qu’on leur avoit refusé : demandant à quel cause ilz ne povoient estre oys devant le roy. Et, pour ceste ambaxade faire, mandèrent ung notable docteur de l’Ordre des freres mineurs, auquel ilz ordonnèrent faire ung venerable *

1. Fils aîné du duc d’York. Devint roi d’Angleterre sous le nom d’Édouard IV.

2. Var. : a Que le roy estoit en personne aux cliamps. v (Mss., fonas Sorbonne j n" 432.)

[1459] SIXIÈME PARTIE, LIVRE III, xiv.

sermon devant le peuple , remonstrant comment ce cpi ilz faisoient estoit pour le bien du pays, des marchans et de la chose publicque du royaulme d’Engleterre. Et,adfin que le peuple feust plus content de ce croire , yceulz seigneurs recheurent leur sacrement sur cest estât ; et de ce rescriprent au roy en retenant la copie , adfin que on ne leur peust imposer avoir escript autre chose que vérité. Pour iesqueles lettres porter furent esleus trois bourgois, lesquelz se partirent de la ville d’Excestre; et tant chevaulcherent qu’ilz arrivèrent à Nortbanton , ou quel lieu arrivez , ilz requirent de parler au roy. Si leur fut demandé dont ilz venoient; et ilz respondirent qu’ilz estoient envoiez de par le duc d’Yorc pour parler au roy. Adont, vint l’evesque d’Excestre1 2, confesseur du roy3, lequel demanda ans dis bourgois qu’ilz queroient. Et ilz dirent que envoiez estoient de par le duc d’Yorc et le conte de Warewic pour parler au roy, et qu’ilz aportoient lettres, iesqueles requeroient avoir response. A quoy l’evesque respondy que le roy n’estoitmie en point de parler à lui4 ; mais, se ilz luy voulloient baillier les lettres , que il leur feroit avoir responce. Les bourgois les lui baillèrent et

1. Les lettres sont datées du 10 octobre 1459. (Daniel, I, 419.)

2. George Nevill, créé évêque d’Exeter le 25 novembre 1455, occupa ce siège pendant dix années. Nommé chancelier le 25 juillet 1460, il passa à l’évêché d’York en 1464. Mort le S juin 1476. (Godwin, 413, 693.)

3. Le confesseur de Henri VI était John Stambury, évêque de Hereford (1453-1474.) 11 exhorta les soldats, à la bataille de Northampton, (10 juillet 1460) à faire la plus grande résistance. Il y fut fait prisonnier et confiné dans le château de Warwick. Mort en 1474. (Godwin, 492.)

4. Var : « De parler à eulz . »(Mss., n°91 , Fonds Saint-Germain français .)

il les porta au Conseil , non pas au roy, lequel n’en sceut oncques riens. Puis, quant ces lettres furent visitées par les annemis desdis seigneurs d’Yorc et de Warewic, ilz firent dire auz bourgois, pour toutes responces , que le roy se trouveroit lendemain auz champz. Et, ainsi, Fevesque issy de la chambre de conseil, disant auz bourgois qu’ilz retournassent dire à ceulz quy les envoioient que le roy mesmes leur bailleroit leur responce. Sicque, atant, s’en retournèrent les bourgois devers leducd’Yorc,où estoit présent le conte de Warewic, où ilz racontèrent la responce que leur avoit fait Fevesque d’Excestre, dont ilz fuient fort mal contens ; car ilz veoient bien que grans maulz en venroient. Mais, non obstant ce, le duc d’Yorc, comme prince hardi, ordonna que lendemain au matin chascun se tyrast auz champz , comme on fist, et se tyrerent devers Ludello1 II,, cuidans trouver la compaignie du roy desemparee ; mais non firent , car tousjours se tindrent ensamble, tant qu’ilz vinrent en battaille l’un devant l’autre; que, lors, monseigneur de Warewic ordonna ses battailles : c’est à scavoir Andrieu Trolo à mener l’avangarde, pour ce qu’il se fioit plus en lui qu’en nul autre. Lequel Andrieu avoit eu nouvelles par ung message secret du duc de Sombresset , moult bien enlanguagié, qui lui remonstra comment il venoit mener guerre alencontre du roy, son souverain seigneur ; disant, aussi, le roy avoir fait publier parrny son ost que tous ceulz qui estaient adherens à sa partie adverse, voullans retourner pour

1. Le 13 oelobre ils arrivèrent à Ludeford, près de Ludlow (Carte,

II, 755), dans le Shropsliire, à 142 milles de Londres.

[1459] SIXIÈME PARTIE, LIVRE III, xiv-xv. 195

venir servir le roy, il leur pardonroit tout, et donroit grans sauldees , et leur feroit moult de biens. Alors ledit Andrieu Trolot secrètement s’en alla devers tous ceulz de la garnison de Callaix, et telement les enhorta qu’il les tyra de sa partye, tant que tous ensamble vindrent devers le conte deWarewic et luy dirent qu’ilz ne voulloient point combattre alencontre du roy, leur seigneur souverain : et incontinent se tournèrent de l’autre partye, sans ce que nulz les peust retenir.

1177. Comment le duc d’Yorc et ceulz de sa partye furent rebouttez et mis en grant desroy. Xy

Quant le conte de Warewic vey que ses gens l’avoient ainsi habandonné, il fut moult esbahy, et non sans cause; si demanda à son pere, et au duc d’Yorc qu il estoit de faire. Ilz regardèrent un pou l’un l’autre puis dist le conte de Salsbery que pour le mieulz leur sambloit bon de faire reculler leurs gens en ung village quy estoit deiiieie eulz. Si advint que, en recullant, le dit Andrieu Trolo et ceulz de sa routte furent les premiers quy fourrèrent sur eulz. Et là eut une moult grant desconfiture, car les deux freres1 monseigneur de Warewic y furent prins : et le duc d’Yorc, avec luy son filz, conte de Rotelant2, se saulverent vers le Norlli ; si se tyrerent en Yrlande. Et le conte de Warewic emmena son pere et le conte de la Marche

1. John et Thomas. C’est après la bataille de Blore-Heath, donnée le

23 septembre 1459, qu’ils furent faits prisonniers comme ils se sauvaient; mais ils ne restèrent pas longtemps privés de leur liberté (Dugdale I 303.) ’ ’

2. Edmund, comte de Rutland, tué peu de temps après, à la bataille de Wakefield, le 30 décembre 1460. (Dugdaee, II, 461.)

190 CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1459]

au pays de Galles, où le conte de Warewic acheta ung vaisseî, par le moyen d’un gentil homme, maistre Denain1 appelé, laquele cousta noz xx nobles, puis louèrent quatre maronniers pour les conduire, faisant maniéré qu’ilz voulloient aller à Bristo; mais, quant ilz furent montez sur l’eaue, monseigneur de Warewic demanda au maistre maronnier et aux autres se ilz scavoient le chemin devers le West. A quoy ilz respondirent que non, ne le cours de celle mer ils ne scavoient, car oncques n’y avoient esté : dont toute la compaignie des seigneurs s’esbahy. Lors le conte de Warewic, voiant son pere et tous les autres ainsi effraer, il leur dist pour resconforter que, au plaisir de Dieu et de monseigneur Saint George , il les menroit bien à port de salut. Et, défait, semist en pourpoint; si se tyra vers le tymon, puis fist drescliier le voille, ou quel le vent se boutta telement qu’iïz arrivèrent en l’isle Garneuse2, où ilz atendirent le vent. Tant que Dieu leur donna grâce de parvenir à Callaix3; mais, anchois qu’ilz y parvenissent, eurent de moult fort tempz.

Aprez la desconfiture de Ludello , l’armee du roy s'espardy es pays au duc dWorc, et gasterent fort son pays : aussi firent ilz cellui du conte de Warewic et de son pere, pillant et robant toutes les maisons à eulz apartenans. Sy donna le roy Henry plusieurs offices es terres des dis seigneurs, et fut ordonné, de par le roy, le duc de Sombresset estre capittaine de Cal-

1 . John Dynant ou Dynham, créé baron sous le règne d’Édouard IV. Mort vers 1501 ou 1502. (Dugd ale, I, 514-515.)

Page 1