‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 4)Chapitre 68 sur 128 · I . Charles, comte de Charolais, fils de Philippe le Bon · texte numérisé non relu

I . Charles, comte de Charolais, fils de Philippe le Bon

216 CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1460]

pour le bien du roiaulme et de tous les marchans, ilz leveroient armee, il appela son pere et le conte de la Marche, ausquelz il remonstra comment il les convenoit mettre sur mer et entrer en pays; car il ne doubtoit pas qu'ilz n’eussent de bons amis : lesquelz lui respondirent qu’ilz estoient bien contens de tout ce qu’il feroit, et estoient pretz de vivre et morir avec luy pour entretenir en estât le roiaulme d’Èngleterre.

Aprez toutes ces conclusions ainsi prinses par le conte de Warewic, il, sachant ses navires estre prestes et bien armees comme à son emprinse apartenoit, fist habillier et armer tous ses gens d’armes, puis se partirent de Callaix bien nm combatans soubz la conduite des dis contes. Si fut illec laissié la dame de Warewic *, avec elle la femme de son filz , en la garde de ceulz de Callaix, laquele ville il avoit pourveue de bons gouverneurs. Et tant nagèrent, ou nom de Dieu et de Saint George, qu’ilz arrivèrent à Zandvich, dont ceulz du pays furent moult joyeulz. Et là vindrent les nobles du pays de Kent devers le conte de la Marche, disans : « Nous voulions vivre et morir avec vous. » Lequel conte de la Marche, voiant la bonne voullenté de ceulz de ce pays , il demanda à son cousin de Warewic comment il se conduiroit : et luy respondy qu’il parleroit à eulz pour scavoir leurs courages; car ilz avoient mestier d’eulz conduire bien sagement contre nos annemis.

1. Il faudrait lire, sans doute, la darne de Salisbury , mère du comte de Warwick. Le ms. fonds Sorbonne, n° 432, porte : « Sy laissa le conte de Warwicq madame sa mcre en la garde de ceulz de Calais, »

[1460] SIXIÈME PARTIE, LIVRE III, xxi-xxii. 217

1184. Comment tous les princes et seigneurs, et leurs gens d’armes, passèrent parmy Londres. XXII.

Aprez ce que le conte de Warewic se fut devisé au conte de la Marche , il parla à ceulz du pays de Kent, ausquelz il remonstra les maulz qui estoient advenus ou royaulme depuis que ceulz quy de présent avoient le gouvernement du roy y estoient, et les pertes qu’ilz avoient eu depuis un peu de tempz en France : « Et nous meismes avons perdu et perdons journelement : si sommes chassies hors du pays pour avoir voullu remonstrer au roy les pertes et grans dommages que avons fait ou royaulme de France, et aussi que ce présent royalme va à perdition. Et, par ainsi, nous avons voullu et encores voulions, à l’ayde de nos bons amis, tant faire que le dit royalme soit remis en l ’estât où nos predicesseurs Font tenu et gardé par cy devant : et, pour tant, vous pryons à tous que nous aydiés à remettre le pays en paix et en union , non obstant que à la personne du roy ne voulions que bien ; ains le querons bien garder et préserver alencontre de tous ceulz qui sont desloiaulz à la couronne. »

Aprez ce que le conte de Warewic eut parlé à l’archevesque de Cantorbie 1 et auz nobles du pays de Kent, ilz se partirent tous de Zandvich , à grant puissance de gens qui journelement lui croissoient. Si marchèrent avant jusques à Rocestre qu’ilz guaignerent, et, quant ilz eurent passé la riviere, se logèrent à ung village appelé Dorceffort : et lors qu’ilz furent

1. Thomas Bourchier, ci-devant évêque d’Ely (voy. p. 180, note 3), passa, le 22 avril 1454, à l’évêché de Cantorbéry, où il siégea jusqu’à sa mort.

CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1460]

tous logiés, les princes et les seigneurs se misrent ensamble, avec eulz l’archevesque de Cantorbie, l’evesque de Rocestre1, l’evesque de Lyons2, et tous les autres nobles ensievant; et, là, conclurrent qu’ilz envoieroient devers l’evesque de Londres3, le Maisre et les seigneurs de la ville, pour scavoir d’eulz se ilz les souffriroient passer par leur ville , eulz et leur gens ; et, aussi, pour eulz remonstrer comment ilz venoient tous pour le bien du roy et roiaulme d’Engleterre : laquele matière pronuncha l’evesque d’Elv, auquel la commission fut baillié par les chiefz de ceste armee.

Cest evesque, doncques, aiant. la dite charge, luy qui estoit ung notable prélat et sage, quant il vint prez de la cité, en ung lieu appelé Sutwer4, decha la riviere de Tbamise, il y trouva grant foison de gens d’armes, lesquelz estoient au seigneur de Scalles, quy gardoient le passage, desquelz ilz fut arresté , et luy demandèrent de par qui il venoit. A quoy il respondy qu’il estoit envoié de par le conte de la Marche, pour parler au Maisre de Londres et aux manans de la ville ; lesquelz gens d’armes prindrent l’evesque et le menèrent devant le seigneur de Scalles, estant dedens la tour de Londres, où il se tenoitpour ce qu’il n’avoitpas grant fyance au commun de la ville. Lequel evesque, soy trouvant devant le seigneur de Scalles, se doubtoit

1 . John Lowe, évêque de Rochester, de 1444 à 1467, époque de sa mort. (Godwin, 535.)

2. Le ms. 432, fonds Sorbonne, porte : « l’evesque d 'Els. » William Gray;évéque d’Élyde 1454 au 4 août 1478, époque de sa mort. (Godwin, 268-269.)

3. Thomas Kemp, créé évêque de Londres le 8 février 1449, siégea jusqu’à sa mort, arrivée le 28 mars 1489. (Godwin, 189.)

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