Voy. ci-dessus, p„ 187, note
2. Liclifield, dans le Straffordshire, à 119 milles de Londres. Lisisfil , telle est la leçon du ms. n° -432, fonds Sorbonne ; le ms. n° 6758, ancien fonds français, porte seulement Fil.
3. Richard Welles, lord Willoughby, décapité en 14-70. (Dugdale,
4-, Bristol, dans le comté de Glocester, à 120 milles de Londres.
240 CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1460]
en Galles, adfin de venir descendre à Chyrosbury 1 et, de là, à la court du roy. Lequel conte adverty de la venue du duc, il se parly de Lislefd et s’en vint à Chirosbury, pour estre à la descente dudit duc d’Yorc , et la contesse sa femme se tyra à Warewic. Quant le conte descendy audit lieu de Chirosbury, il trouva que le duc y estoit ja arrivé. Si firent moult grant feste l’un à l’autre. Et là furent ensamble quatre jours entiers , eulz devisans de leurs affaires ; aprez lesqueles choses, et d’yceulz conclusion prinse, ilz parlèrent de leur partement pour tyrer vers Londres ; car le Parlement aprochoit , où tyroient desja fort toutes maniérés de seigneurs, prelatz et barons. Si prindrent leur chemin : à scavoir le duc par Ludelo, et le conte par Warewic, où ilz furent, cliascun selon leur vocation , honnourablement et joyeusement recheus, comme tous loyaulz subgetz doivent faire à leur seigneur naturel. Sy furent fais de beaulz dons au dit duc d’Yorc et au conte de Roteland, son filz; car c’estoit leur seigneur, à qui le duc son pere les avoit donnez. Lequel duc voyant que les seigneurs et peuple du pays faisoienl bonne chiere à lui et à son filz , les en remercya grandement, disant qu’il estoit moult à eufz tenu de l’honneur et recoeillote que fait lui avoient à sa venue : puis les appella tous ensamble, requérant que conseillier le voulsissent sur ses affaires, touchant les fortunes qu’ilz avoient eues ou royaulme d’Engleterre.
Quant, doncques, les seigneurs et le peuple du pays furent assamblez , oyans que le duc leur seigneur de-
1. Tewksbury, dans le même comté, à 107 milles £ de Londres, près de la jonction de l’Avon et de la Severn.
[1460] SIXIÈME PARTIE, LIVRE III, xxxi.
mandoit d’avoir à eulz advis et conseil de ce qu’il avoit à faire, l’un des plus anchiens, par l’advis et adveu de de tous les autres, luy dist : « Monseigneur, par l’election de tous mes seigneurs cy presens, je vous dy que nous sommes grandement esmerveilliés comment vostre droit héritage vous laissiés ainsi aller , car il nous samble à tous que la couronne d’Engleterre vous apartient comme à vray et droit heritier ; car vous estes issu de Faisné frere aprez Edouard , jadis prince de Galles, ja soit ce que, par le don du roy Edouard de Windesore, eust esté fait roy Richard de Bordeaulz, filz audit prince de Galles; lequel roy Richard fut murdry au commandement de Henry de Lanclastre, conte Dherby, lequel prinst et usurpa le royaulme d’Engleterre , quy en riens ne devoit à lui apartenir ; car, son pere vivant ne aprez , ne le devoit avoir devant Lyonnel, duc de Clarence, quy estoit aisné de Jehan, duc de Lanclastre, lequel avoit deux filles, dont l’une fut nommee madame Phelippe, dont vous estes partis; et, en ce royaulme d’Engleterre, les femmes adheritent quant il n’y a hoir masle. Et aussi ycelluy conte Henry Dherby, pvendez qu’il feust heritier de la couronne d’Engleterre, si l’avoit il fourfaite, comme celluy qui, inhumainement, avoit fait murdrir, au cliastel de Pontfret, le roy Richard, son souverain seigneur ; parquoy loy ne droit ne povoient souffrir que par tel vyolence on eust la possession d’un si noble royaulme : pourveu ancores , qui pis estoit, que ledit roy Richard estoit son cousin germain. Parquoy nous vous disons tous que estes le vray hoir d’Engleterre, et avez, vous et vos ancestres, trop atendu de quérir vostre droit de la couronne. »
242 CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1460]
Quant le duc d’Yorc eut entendu la responce et conseil de ceulz de son pays d’entour Ludelo , il les remercya du bon conseil qu’ilz lui donnoient en l’augmentacion de son bien et honneur. A quoy il pensa moult depuis; et, aprez qu’il eut par diverses ymaginations pensé à ses besongnes , il fist escripre lettres qu’il envoia auz seigneurs du pays de Galles , leur priant qu’ilz venissent devers luy, à Ludelo ; auquel lieu vindrent , en grant nombre , barons et chevalliers. Si leur raconta le duc , tout au long, l’advis et conseil que ceulz de Ludelo lui bailloient ; lesquelz seigneurs de Galles, quy estoient en grand nombre , s’acorderent à ce conseil, et lui loerent, disant que piecha le deust avoir fait, luy prometant que à ce faire l’aideroient , quant son plaisir serroit de 1 entreprendre. Et le duc, oyant samblablement leur responce , mettant la main à son chapel , les remercya doulcement de leur bon voulloir. Sy conclurent illec de venir avec le duc jusques à Londres , avec eulz bien dix mille bons combatans.
1194. Du Parlement qui se tint à Londres avant la venue du duc d’Yorc. XXXII.
Cependant que le duc d’Yorc faisoit son armee en Galles pour venir à Londres, le conte de Warewic estoit en son pays , où il faisoit ses preparatores pour venir à Londres , devers le roi , adfin d estre au commencement du Parlement , et aussi nunchoit auz seigneurs la venue du duc d’Aorc ; mais nulz ne scavoit la pensee ou voullenté dudit duc, fors seullement ceulz de son privé conseil.
Ainsi, doncques, vint le conte de Warewic à la court,
[1460] SIXIÈME PARTIE, LIVRE III, xxxi-xxxrr.
où il dist au roy, présent tous les assistens, que le duc d’Yorc estoit à Ludelo et qu’il serroit brief devers lui, à Londres; mais riens ne parloit de la dite armee qu’il arnenoit contre le roy; car, à la vérité, il n’en scavoit ancores riens. Si fut chascun joyeulz de sa venue , esperans tous que ce ne serroit que pour le bien publicque. Aprez que le conte de Warewic eut fait sa salutacion au roy et auz seigneurs , et que chascun fut adverti de la venue du duc d’Yorc , les contes de la Marche, de Warewic, de Salsebery et de Faucquembergue,l’archevesque de Canthorbie, etplusieurs autres grans seigneurs et prelatz illec assamblez, adfin du lundy prochain encommenchier le Parlement , quy estoit le premier aprez la Saint Micliiel , auquel jour fut le roy Henry mis en estât royal et assis en chayere, comme il est de coustume en tel cas ou royaulme d’Engleterre. Et entour lui seyrent prelatz, ducz , contes , barons et chevalliers en ordre , chascun selon son estât. Et là l’archevesque d’Yorc estoit devant le roy qui proposoit les instructions du parlement, présent tous les assistens, remonstrant comment le royaulme avoit esté mal gouverné , les grans pertes que nouvellement avoient fait en France et autres imparfections , disant que le roy et son conseil voulloient à tout remedier. Et avoit ce Parlement duré vin jours 1 avant la venue du duc d’Yorc.
1 . Le Parlement s’assembla le 1 octobre ; t rois jours après, le duc d’York arriva à Westminster. (Carte, II, 755.)
244 CROMCQUES D’ENGLETERRE. [1460]
1195. Comment le duc d’Yorc vint ou pallaix de Westmonstre, où il s’assist comme la personne du roy 5 et des grandes parolles que luy et le conte de Warewic eurent ensamble. XXXIII.
Quant le duc d’Yorc vev ses besongnes prestes, il se party de Ludelo pour venir à Londres, adcompaignié de très grant noblesse dupays de Galles. Si s’advancherent telement qu’ilz aprocherent la cité , et vindrent en une ville nommee Bernay \ à x milles prez , ou les seigneurs se logèrent en atendant leurs gens 1 puis , quant ilz Furent tous assamblez , le lendemain se deslogerent et cbevaulcberent tant que ilz vindrent a Londres, et s’en alla le duc droit au pallaix ; de quoy le peuple Fut moult esbahy. Puis, quant il Fut descendu de son cheval , il s’en [ala] amont logier en la chambre royal , et fut le roy baillie en garde a vi hommes des gens au duc d’Yorc. Desqueles choses le conte de Salsebery voyant la maniéré, sans mot dire se party : si s’en alla à Londres devers son filz, le conte de YVa— rewic , auquel il raconta toute l’ordonnance et gouvernement du duc d’Yorc , et comment le roy estoit mis hors de sa chambre. Quant le conte de Warewic entendy son pere parler, il devint moult courouchiés ; car il scavoit desja que le peuple de Londres en estoit mal content. Si manda le conte, prestement, illec venir l’archevesque de Cantorbie: si lui prya que, pour tout bien faire , il voulsit aller devers le duc d’Yorc et luy remonstrer le grant mal qu’il faisoit , et qu il regardast bien les grans promesses par luy faites au roy et aulx seigneurs du pays.
i. Bar net, à 11 railles de Londres.
[1460] SIXIÈME PARTIE, LIVRE III, xxxm. 245
Quant l’arclievesque entendy qu’on luy voulloit baillier ceste charge, qui assez luy sambloit dangereuse, il respondy que il n’y voulloit pas aller ; car il scavoit le duc estre grandement adcompaignié , si doubtoit qu’il ne luy feist aulcun desplaisir. Et, lors, le conte de Warewic, voiant que l’archevesque n’y voulloit point aller, il dist que lui mesmesyroit. Si appela [son frere], messire Thomas de Neufville b et autres de ses gens , puis entra en sa barge sur la Thamise, alla au pallaix, lequel il trouva plain de gens d’armes. Et quant il vey ceste ordonnance, il se doubta bien que le duc avoit intencion de parvenir à son entente , non obstant laquele chose ledit conte ne s’arresta de son emprinse ; ains entra en la chambre du duc, qu'il trouva apuyé à ung dreschoir : et quant le duc le parcheut, il marcha avant, si saluèrent l’un l’autre. Et la y eut grosses parolles entr’eulz deux; car le conte remonstra au duc comment les seigneurs et le peuple estoient mal eontentz contre lui, de ce qu’il voulloit ainsi deboutter le roy de la couronne. Entre lesqueles parolles vint le conte de Rotelland, frere au conte de la Marche : si dist au conte de Warewic : « Beau cousin, ne vous courouchiés pas ; car vous scavez que c’est nostre droit d’avoir la couronne, et quelle apartient à monseigneur mon pere, qui cv est, et le aura, quiconcques le voeille voir. » A laquele parolle respondy le conte de la Marche, illec présent, et dist au conte de Rotelland : « Mon frere, ne despitez nulluy ; tout se fera bien. »
1. Thomas Nevill, frère du comte de Warwick, tué à la bataille de Wakefield, en U60. (Dugdale, I, 303.)
246 CRONICQUES D’EN GLETERRE . [1460]
1196. De la grant murmure qui estoit à Londres pour ce
que le duc d’Yorc se voulloit faire couronner à roy
d’Engleterre , et de ce qu’il en advint. XXXIIII.
Aprez ces parolles dites , et que le conte de Warewic eut bien entendu la voullenté du duc d’Yorc, il se party de là, très mal content, sans prendre congié à personne, sinon au conte de la Marche, auquel il prya très affectueusement que le lendemain il se voulsist trouver à Londres , auz Jacopins, où se tendroit ung conseil, lequel respondy qu’il n’y fauldroit pas. Et ce fait, ledit de Warewic s’en retourna à Londres moult pensif et courouchié ; mais, lendemain au matin, il manda à tous les prelatz et barons nobles du pays , qui en la cité estoient, que tous venissent auz Freres prescheurs, où serroit le conte de la Marche pour apointier sur le fait du duc son pere : ouquel lieu comparurent et s’assamblerent tous. Si y furent aussi mandez le Maisre de Londres, avec lui les marclians et tout le conseil de la ville.
Quant le conte de la Marche fut venu à Londres, le conte de Warewic et tous les seigneurs du conseil vindrent vers luy : si eurent maintes ouvertures ensamhle , adfin de mettre aulcun bon acord entre le duc d’Yorc et le roy Henry ; auquel lieu ordonnèrent qu’ilz envoieroient devers le duc pour lui remonstrer comment le pays avoit esté troublé touchant ses affaires , et aussi que les contes de la Marche et de Warewic , et tous ceulz de son sang, avoient promis de garder le roy tant qu’il viveroit, car jamais autrement ne feussent venus au dessus de leurs besongnes; et aussi que le peuple de Londres n’estoit pas content, lequel , pour riens , ne souffriroient le roy Henry
[1460] SIXIÈME PARTIE, LIVRE III, xxxiv. 247
estre déposé. Puis, quant ilz eurent tout conclu, esleurent deux evesques et ung chevallier de par les nobles et bourgois de Londres , dont l’un estoit l’evesque de Rocestre , l’autre cellui d’Ely , et le baron d’Ondelay *, avec eulz un bon bourgois , nommé maistre Gruy , lesquelz, aians ceste ambaxade , se misrent en une barge sur la Tliamise et s’en allèrent au pallaix de Westmonstre, oii ilz trouvèrent le duc d’Yorc qui tenoit conseil avec ses gens, pour ce qu’il scavoit bien que les seigneurs estoient aussi en concistore à Londres, où ils conseilloient au contraire de son emprinse.
Quant les ambaxadeurs dessus dis furent arrivez devers le duc d’Yorc , ilz le saluèrent de par les seigneurs du conseil , et le duc les bienviengna, leur demandant quel chose les amenoit là; à quoy ilz respondirent qu’ilz estoient là envoiez de par le general conseil du roy : si lui dirent ce qu’ilz avoient de charge et lui remonstrerent de point en point, présent les nobles de sa court , tout ce qu’on leur avoit enjoinct au partyr, comme oy avez cy dessus. Et quant le duc eut tout oy et bien entendu ce qu’ilz avoient proposé, il se tyra à part : si appela son conseil, adfîn d’avoir advis pour respondre à chascun point par ordre. Puis, eulz bien conseilliés , revindrent devers les dis ambaxadeurs, ausquelz le duc mesmes respondy que, non obstant tout ce qu’ilz avoient dit, son intention estoit de soy faire couronner le jour Saint Edouard, qui devoit estre le lundy prochain, à l’ayde de Dieu et de tous ses bons amis. Quant les ambaxadeurs eurent entendu la respondue du duc d’Yorc,