LIVRE IV
1213. Cy commence le quatriesme livre de ce présent volume, lequel contient en soy xxxim cliapittres parciaulz, au premier desquelz il fait mencion du couronnement au roy Edouard. ^ Chapittre I.
Endementiers, doncques, qu’on se preparoit pour tenir le Parlement dessus dit , le roy Edouard faisoit grant chiere en allant cliassier et voiler parmy le pays d’entour Lo-ndres, où il estoit grandement festoie de la bourgeoisie et noblesse.
Or aprocha le jour assigné au Parlement tenir1, où journelement venoient princes , barons et seigneurs avec les trois estas du royaulme; et puis, quant tous furent illec venus et arrivez, ilz se tyrerent, au jour nommé, vers le pallaix , où ilz trouvèrent le jenne roy, vestu et paré de royal habit, réservé de couronne, apuyé sur la chayere de saint Edouard, quy estoit en une chambre. Et là s’assamblerent tous les seigneurs, gens d’estas et députez , où ilz veyrent voullentiers leur nouvel prince (car, aussi, il estoit beau personnage et plaisant à regarder, voire le plus adreschié de tous
1. Le parlement ne se tint que le 4 novembre 1461. (Carte, II, 763.)
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ses membres qu’on eust à l’heure sceu trouver en toute la circuylé du royaulme d’ Angleterre, en l’eage de xxu ans1), aiujuel chascun faisoit reverence honnourable, en disant : u Dieu nous voeille saulver nostre roy! » et, à mesure, leur rendoit humblement sa! u et remercyement.
Adont vint avant Parchevesque d’Yorc, lequel se mist devant le roy : et là fist une moult belle proposition , où il recita plusieurs belles parolles devant tous les assistens, en remonstrant, principalement, les grans enormitez , extorcions et pertes que on avoit eu ou présent royalme par le piteux gouvernement du roy Henry , de la royne sa femme, et de ceulz quy lois avoient la conduite et gouvernance d’eulz. Puis, aprez ce que Parchevesque eut illec remous! ré, les adversitez que ceulz du pays avoient souffert et enduré, il remonstra aussi l’estât du roy Edouard et comment la couronne d’Engleterre, par droit et raison, luy apartenoit, et que c’estoit vray héritage à luy et à ses hoirs, comme tout au long il leur en fist enseignement et remonstrance.
Aprez la proposition et harengue dudit archevesque finee, les assistens se trayrent tous à part : si demoura le roy comme seul, pour une espace. Maistantost se revindrent mettre devant luy; puis parla l’evesque deWincestre pour tous les estas du royaulme d’Engleterre, disant qu’il estoit ordonné, conclud et arres é par tous les prelatz , barons , nobles et communes d’Engleterre qu’ilz recepvroient Edouard, conte de la Marche, pour roy, souverain seigneur et gou-
1. Il avait alors vingt ans, étant né à Rouen le 11 avril 1441.
CRONICQUES D’ENGLETERRE. [1461]
verneur general de toutes les dependences du royaulme d’Engleterre. Lesquelesparolles propherees par la bouche dudit evesque, commencèrent tous les assistens, generalement, à cryer tous ensamble, à haulte voix :
« Vive le roy Edouard, nostre souverain seigneur ! » Puis, ce fait , fut conclu entreulz que au le huitième jour ensievant, feste de saint Jehan Baptiste1, il serroit
1. Cette fête, en 1 4 G 1 , tombait un mercredi, 24 juin. Édouard IV fut couronné le 29 de ce même mois. Le jour assigné pour cette cérémonie varia trois fois, et la date indiquée par Wavrin pourrait bien être la première. Fixée ensuite au dimanche après la Saint-Jean-Baptiste (28 juin), elle fut enfin définitivement remise au lundi 29. Voici les causes de ces changements si multipliés. « The king, mandait Th. Playster à J. Paston, because of the Siégé of Carliste, changée! his day of Coronation to be upon the Sunday next after saint John Baptist, to the intent to speed him Nortliward in hall haste. And liow be it, blessed be God, lhat the hath now good tidings, that Lord Montagu hath broken the Siégé, and slain of Scotts six tliousand, and tow Knights, wliereof Lord Clifford’s hrother is one ; y et notwithstanding lie will be croevned the said Sunday. » Cette lettre est de mai ou juin 1-461. ( Fenn s original letters, I, 231.) Fenn ajoute, en note, qu’il paraîtrait que le lord Montagu fit, aussitôt après la bataille de Tovvton, le siège de Carlisle, dont aucun historien ne parle. Dans une autre lettre (Id., ib., 233), écrite de Londres, le 21 juin 1461, James Gresliam informe John Paston que « As for the day of the Coronation of the King, it shall be certainly the Monday after next Midsummer.... Master Brakle shall prcach at Paul’s on Sunday next eoming, as lie told me, and lie told me, that for cause Çhildermas day fall on the Sunday , the Coronation shall (be) on the Monday . Wntten in haste at London, the Sunday next tofore Midsummer. »
La fête des Saints-Innocents, remarque Fenn (I, 234, note; III, 151, note 1), qui a lieu le 2S décembre, est considérée comme un jour si néfaste, que, pendant toute l’année suivante, beaucoup de personnes, assurément au-dessus du vulgaire, ne veulent pas commencer un nouveau travail le jour de la semaine sur lequel est tombée cette fête. En 1460, ce jour néfaste eut lieu un dimanche; donc, en 1461, on était obligé de regarder comme fête des Saints-Innocents de chaque semaine le dimanche, jour où il était tombé l’année précédente. Nous voyons ici cette superstition appuyee par un prêtre, célèbre prédicateur; car nous
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enoingt et portèrent couronne. Lequel jour venu , et les préparations du couronnement dilligamment faites, furent les nobles, ecclesiastiques, et seculliers prestz à servir et adeompaignier le roy, cliascun selon l’efficace de son office et dignité de sa personne. Si fut couronnez et vestus en habit royal, selon toutes les seri-
devons supposer tel frère Brakle, pour qu’il ait été chargé de prêcher à Saint-Paul un jour si solennel que la veille d’un sacre.
Louis XI, sur l’esprit duquel les croyances populaires avaient un grand crédit, pratiquait aussi, scrupuleusement, cette commémoration hebdomadaire des Innocents, et consacrait à la prière le jour de chaque semaine où cette fête avait été précédemment célébrée. Philippe de Commynes, son véridique historien, raconte à ce sujet (I, 365) que lors de l’entrevue de Louis XI et d’Edouard IV, en 1475, les Anglais étant dans la ville d’Amiens, « ung soir monseigneur de Torcy vint dire au Roy qu’il y en avoit largement, et que c’estoit très grant dangier. Le Roy s’en courrouça à luy : ainsi cliascun s’en teut. Le matin (mercredi, 23 août) estoit le jour semblable , celle année , que avoit esté les lnnocens ; et à tel jour le Roy ne parloit nv ne vouloit ouyr parler de nulle de ces matières; et tenoit à grant malheur quant on luy en parloit, et s’en courroucoil fort à ceulx qui l’avoient acoustumé de hanter, et qui congnoissoient sa condition : toutesfois, ce matin dont je parle, comme le Roy se levoit et dLoit ses heures, quelcun me vint dire qu’il y avoit bien neuf mil Anglois en la ville. Je me deliberay prendre l’adventure de luy dire; et entray en son retraict, et luy dis : « Sire, nonobstant qu’il soit le jour « des lnnocens, si est il nécessité que je vous die ce que l’on m’a dict ; » et luy comptay au long le nombre qui y estoit, et tousjours en venoit, et tous armez ... Le dict seigneur ne fut point obstiné, mais tost laissa ses heures ; et me dict qu’il ne falloit jaoint tenir la cerymonie des lnnocens ce jour. »
La reddition de Montdidier offre encore un exemple de cette commémoration : cc Le lendemain, tiers jour de may 1475, le roy Louis XI, qui estoit logié à Trinquet près Tronquoy, ne chemina point parce qu’il estoit les lnnocens en tel jour (mercredi); et le lendemain, qui fut jour de l’Ascension de Nostre Seigneur, ne se meust, ny son armée, pour la solempnité du jour, mais feist sommer la ville de Mondidier. t ( Mém . de Philippe de Commyne , I, 325, note 3.) Il est présumable que Louis XI n’était pas le seul, en France, qui pratiquât cet acte de dévotion, si répandu, à la même époque, en Angleterre.
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monies ad ce requises, et porta en son cliief la couronne saint Edouard, avec le sceptre en la main. Si furent , ce jour, fais ducz les deux freres du roy : à scavoir l’aisné aprezle roy, duc de Clarence1, et l’autre , duc de Clocestre 2; parquoy le dit roy fut grandement adcompaignié de archevesques , evesques et abbez, ducz, contes et barons. Et fist aussi, ce jour, plusieurs nouveaulz chevalliers.
Ainsi doncques , comme vous oez , fut le roy Edouard, couronné roy d’Engleterre, moulthonnourablement, en l’an mil imc et lxi, le jour saint Jehan Baptiste, ou fut la leste moult noble, laquele dura trois jours entiers : et y eut plusieurs presens, dons et entremetz venans de par la cité de Londres.
Le premier jour de la feste, le roy estant a table, voiant tous les princes assistens, vint illec ung chevallier, monte et arme de toutes pieches, la lance sur la cuisse, devant la table du roy, disant en tele maniéré, ques il y avoit personne d homme, illec présent, voullant dire ne maintenir que Edouard de la Marche ne feust vray hoir et heritier de la couronne d’Engleterre, il offroit son corpz pour combattre alencontre d’ycellui ou ceulz qui le contraire volroient soustenir.
Puis aprez vint le Maire de Londres3, qui aporta l’espee de justice, laquele il présenta au roy quy la
1. George d’Yorck, duc de Clarence, mort le 18 février 1478. (Dugdalk, II, 162-164.)
2. Richard d’Yorck , créé duc de Glocester le 1er novembre 1461 (Rymer, V, partie II, 105) , depuis roi d’Angleterre, sous le nom de Richard III. Tué à la bataille de JBosworth, le 22 août 1483. (Dugdale, II, 163-167 )