NOTICE. XIX
détouraa ce prince de passer la Somme à la Blanque- Taque et qui décida de la bataille d' Azincourt, ce n'est donc pas par Tavis de Saint-Remy que le roi rebroussa chemin, comme Wavrin parait Tinsinuer ci-dessus: comment croire, d'ailleurs, qu'il ait eu Tintention de mettre un fait si grave par ses résultats sur le compte de SainVRemy, lorsque immédiatement il fait suivre son paragraphe de la copie exacte du récit de ce dernier? N'est-il pas plus présumable qu'il y a erreur de copiste dans ce passage, et qu'après ce mot ches^aulcié il devait y avoir a et mesmes quelle fut la grant cause de destourner au roy Henry, » etc.?Dans tous les cas celte intercalation, prise comme article de foi, ne devait que fausser l'histoire. Voilà un premier exemple de retiseignements donnés par l'un de nos deux chroniqueurs à l'autre. En voici un second. C'est à l'occasion de ce qui se passait dans Tarmée française en présence de l'ennemi , avant la bataille. « Et, dit Saint-Remy, jà soit ce que les Franchois fussent bien cinquante mille hommes , et grant nombre de charriots et charrettes , canons et serpentines, et aultres habillements de guerre , tel qu'en tel cas debvoit appartenir , néanmoins , si y avoit-il peu de instruments de musique pour eulx resjouir , et à peine , celle nuict , de tout l'ost des Franchois, on n'eust ouy un cheval hennir. Je le sai^ pour stérile ^ par mess ire Jean^ le bâtard de JVoAfrin^ seigneur du Forestel; car en celle journée estoit du costé des Franchois, et j'estois de l'àultre costé des Anglois'\ y»
XX NOTICE
Wavrin, qui copie mot pour mot ce passage, dit à son tour : ce Moy, acteur de ceste euvre, en scay la vérité, car en icelle assemblée estoie du costé des François, et de la part des Anglois certiffia Toison d'Or, dessus allégué, aussi la chose pareille. »
Ainsi tous deux s'appuient mutuellement de leur témoignage pour constater la vérité de ce fait, et ce fait avait été raconté par Honstrelet", et dans les mêmes termes, longtemps avant eux! Revenons à Saint -Remy. Après avoir désigné par leurs noms un grand nombre des victimes tuées à Azincourt, parmi lesquelles se trouvent le seigneur de IVaorin etsonfib^ il ajoute qu'il ne dira pas tous les noms et surnoms de ceux qui moururent à cette journée, c car tant de nobles escuyers y morurent et aultres vaillants hommes , que c*estoit une pitié à veoir et ouyr raconter aux officiers d armes qui furent à ladite journée, tant de la partie des Franchois que des Anglois. Car, durant la bataille, tous officiers dH armes ^ tant d'un party que d*autre,se tinrent ensemble; et, après la bataille , ceulx de France s'en allèrent où bon leur sembla, et ceulx d'Angleterre demourèrent avec leurs maistres qui avoient gaigné la bataille. Mais quant à moi, je demourai avec les Anglois ; et, depuis, j'ay ouy parler pluiseurs notables chevalliers de la partie de France, et par especial à messire Hue et à messire Guillebert de Lannoy, frères, qui feurent à ladite bataille, qui eu racomptoient bien au long^. »
Après avoir exactement cité les noms des morts indiqués par Saint-Remy , notre chroniqueur termine
NOnCE. XXI
ain» : « Tant de nobles hommes et gentilz escuyers y morurent que pidë estoit , comme je^ acteur de ceste etwre , vey à mes yeulz , avec ce que j'en ay enquis auz officiers d'armes et autres estans es deux ostz, que j'ay bien esté adverty de la vérité de tout ce quy là fut fait tant du party des Ânglois comme des François : et mesmement en fus largement infourmé par messire Hues de Lannoy et Guilbert, son frère, lequel messire Hues y futprins prisonnier, mais il eschappa la nuytié. Et fut le nombre des mors X», dont on y esperoit environ XYI*" varies : tout le résidu estoient nobles hommes, la pluspart desquelz les parens et amis d'iceulz firent emporter les corps du champ, et enterrer où bon leur sambla". »
De ce qu'on vient de lire, peut-on inférer que Wavrin fît partie du corps des officiers d'armes? Quand il dit que Wavrin était du côté des Français et hii du c6té des Anglais, Saint-Reray ne donne-t-il pas à souseotendre qu'ils remplissaient tous deux les mêmes fonctions à l'armée? et lorsqu'il ajoute que, durant la bataille , tous les officiers d'armes , tant d'un parti que de l'autre, se tinrent ensemble, n'est -il pas à pré^ sumer que ce fut là que Wavrin et lui se rencontrèrent et purent se renseigner mutuellement sur ce qu'il leur importait de savoir? Nous tenons pour vraies toutes ces hypothèses, mais nous ne les donnons que comme de simples conjectures; car la facilité qu'un historien avait à cette époque de s'approprier le travail d'un confrère et souvent, même, de se substituer .en son lieu et^lace , rend très-difficile la découverte de la vérité.