XXII NOTICE
On a peine à concevoir que Wavrin assistant, pour son début, à une bataille si mémorable et si sanglante, ait emprunté la plume d'un autre pour rendre compte de ce qui se passa dans cette déplorable journée, où périt , avec son père et son frère , toute l'élite de la noblesse française. Comment le vieux chroniqueur, copiant fidèlement du récit d'un autre les noms des victimes parmi lesquelles figuraient son père et son frère, ne relrouva-t-il pas au fond de son cœur quelques-unes des sensations douloureuses que dut éprouver autrefois le jeune poursuivant d'armes !
Parmi le grand nombre de prisonniers faits, se trouva le duc d'Orléans, ennemi irréconciliable de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, qui avait fait as» sassiner son père. De leur division surgirent deux factions qui, ravageant, tour à tour, et ensanglantant leur pays, amenèrent les Anglais en France, et, plus tard, leur livrèrent le trône de Charles VI. Le parti d'Orléans, privé de son chef, se rallia sous les bannières du comte d'Armagnac, et celui-ci, devenu connétable de France , s'empara bientôt de la puis* sance souveraine que convoitait aussi l'ambitieux duc de Bourgogne. Les plaines d'Azincourt fumaient encore du sang français, que, déjà, le glaive brillait entre les mains des deux factions rivales, combattant également au nom du roi : l'une, sous le prétexte d'arracher ce faible monarque à la servitude où le retenait le connétable; Tautre pour empêcher que ce malheureux prince ne tombât sous le joug du duc de Bourgogne. A cet effet , ce dernier convoqua tous les sei-
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gneurs de son parti , afin de le servir « ou voyage qu il fait présentemeut en sod pays de Flandres vers Paris, pour le bien du roy, de son royaume et de la chose publicque d'yceUuy**. » Pour répondre à cet appel , Philippe de Saveuses se rendit à Beauvais, où il fît sa montre {revue) le 31 août 1417. Au nombre des écuyers de sa compagnie figurait le bastard de fVecuirairu^^ . Wavrin avait donc, dès celte époque, abandonné la profession d'officier d'armes*^. Cest la seule mention de lui que nous ayons pu trouver dans les cadres des montres , et ce n'est que sept ans plus lard que nous le retrouvons sur la scène. Ainsi dans la copie qu'il continue de faire de l'histoire de ce temps bien remarquable, ni la prise de Paris par le diic de Bourgogne (1418), ni l'assassinat de ce prince sur le pont de Montereau en présence du Dauphin (1419), ni le trop célèbre traité de Troyes (1420) par lequel Charles VI déshérita ce même Dauphin (depuis Charles VII), et donna, avec sa fille Catherine, le trône de France à Henri V, nî, enfin, la mort de ces deux monarques, rien de tout cela ne réveilla chez notre chroiiiqueur le moindre souvenir d'un fait personnel ni d'un sentiment pénible. Il intercale seulement la phrase suivante dans la transcription littérale du récit de Saint-Remy relatif à une croisade contre les hussiles (1420) : « Et moy^ acteur de ceste euvre, estoie en cesle armée, avec les Savoiens**. » Ce n'est que quatre ans plus tard qu'il commence à raconter quelques événements dont il a été le témoin oculaire. Après le traité de Troyes, les Bourguignons, alliés