A 11 millet de Londres, dans le Heitfordihîre
[4474] SIXIÈME PARTIE, LIVRE VI, xx?n-xxTin. 125
estoit à demye lieue prez de là, soubz la costierre d'une haye , prest et reugié en arroy de battaille.
Le Roy, doneques, venu en ladite ville de Barnet, entendant ces nouvelles par ses ditz avantcoureurs , ne voult souffrir que nulz sejournast en la dite ville ; ains commanda que chascun tyrast auz champz en sa compaignie; mais, pour cequelanuitaprochoitetqu'ilne povoitnuUement veoir sesannemis, qui, comme dit est, estoient rengiës en battaille, il se loga et tout son ost plus prez d'eulz beaucop qu'il ne cuidoit, où il mist ses gens en bonne ordonnance, commandant que, celle nuit, nul ne menast bruit ou noise.
Les deux ostz estoient moult bien garnis de tous engiensà pouldre; mais le conte, sans comparoison, en avoit plus que le Roy : et pour ce, toute la nuit, cuidaut faire recuUer le Roy et son ost par le trait de ses engiens, commanda que toute la nuit on ne cessast de tyrer. Mais le trait passoit tout oultre Tarmee sans les grever, et la cause fut pour ce qu'ilz estoient plus prez des annemis beaucop qu'ilz ne cuidoient. Et là, le Roy et tout son peuple se tindrent celle nuit tous coys, sans noise faire, ne nulz engiens gecter. Par quoy ses annemis ne peurent plainement congnoistre la place où il estoit logié : ce quy fut à luy et aux siens moult proufH table.
Le demain au matin, le Roy, voiant le jour crever et poindre, chevaulcUa parmy son ost donnant corage à ses gens, en leur remoustrant que, comme il avoit bon droit et vraye querelle, proposoit, au Dieu plaisir, combattre ses annemis. Puis, quant ce vint entre chincq et vi heures, non obstant la grande bruyne que pour lors il faisoit, recommanda et mist sa que-
126 GROmCQUES D'ENGLETERBE. [1471]
relie en la voullenté de Dieu tout puissant , soy advanchant, desploiant ses bannières et faisant sonner ses trompettes. Là commencèrent les archiers de la battaille du roy à tyrer saiettes puissamment, puis tantost se joindirent main à main , où leurs aonemis les recheurent corageusement. Si fîit la battaille moult cruele et mortele, où furent maint vaillant homme mort et navré; car, de commencement, se defTendoient vaillamment les Warewic^^ telement que sur Tun des boutz de la battaille du roy firent grant destourse et occision. Par quoy aulcuns de cest endroit prindrent la fuite, dont les aulcuns fuyrent jusques à Londres. Si en fut la cité fort esmeute. Mais neantmoins lé résidu de la battaille, où le vaillant roy estoit, qui riens n'avoient aparcheu de la dite malle adventure par Pempeschement de la dite bruyne, se maintindrent moult hardiement. Par la descomfiture devant déclarée s'espardirent nouvelles par tout le pays d'environ , que le roy Edouard et tout son ost estoient descomfis ; mais, comme il pleut à Dieu, il en fut tout autrement, comme vous orez. Là furent faites de grans apartises d^armes de la partie du roy , especialement de sa personne; car, comme vaillant, corageux et hardy, se mist au millieu et au plus fort de la meslee, où nul n'arrestoit devant luy qu'il ne feust abattu à terre. Moult* cbevalleureusement aussi s'i portèrent les ducz de Clarenceet de Clocestre, frères du roy : si firent le conte de Rivières, le seigneur de Hastingues et plusieurs autres vaillans hommes, serviteurs et bons amis du roy Edouard.
f . Tout ce qui soit, jusqu'à tourna tous Ui rebelles en ftdte^ manque dans Fanglais.
[1474] SIXIËME PARTIE, LIVB£ VI, xxYm. i27
De Tadverse partie, faisoit aussi merveilles le seigneur de Hontagu, marquis, frère au conte de Warewic y en detrenchant testes et bracz , et tout ce qu'il encontroit. Mais, non obstant son chevallereuz corage et grant hardiesse, il fut, en la fin, abattu par terre et navre à mort. De laquéle chose le conte de Warewic, son frère, adcertené, fut moult courouchië et effraé, comme cellui qui nul courage en lu y n'avoit , voire presques confus et descomfy ; mais, en fin, de la battaille cruele demoura la victore au roy Edouard quy tourna tous les rebelles en fuite, où fut occis ledit conte de Ware\?ic^ Aussi furent plusieurs chevalliers et nobles hommes de sa partie , desquelz je ne scai les noms ; aussi fut abattu par terre le duc d'Excestre , tenant le parti de Warewic, moult fort navré et tenu pour mort, avec les occis qui en grant nombre estoient, non congnoissant que ce feust il. Le conte de Oxemfort, en fuiant, enchey en la compaignie d'aulcuns (ugitifzdu North, avec lesquelz il tyravers Escoce. Cesle battaille dont la victore, par la voullenté de Dieu, le mérite des glorieuz Sains et moiennant la vraye querelle, demoura au roy Edouard, dura par l'espace de quatre heures', et y estoient ses annemis plus de xxx"", comme il fut sceu de vray , contre ix*" : non plus n'en avoit. Aprez laqueie battaille ainsi finee, le roy haultement remercya Nostre Seigneur de la belle grâce que fait lui avoit en ceste journée. Puis s'en retourna à la ville de Bamet, où il se rafreschy , et rassambla tout
I . Voir aux PUees justtficatipes^ n» IX, une lettre de Mai^erite d*York à la docbeife donaîrière de Bourgogne, où il est renda compte de cette bataille. — c Ther was also «layne the marques Montagwe. »