‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 5)Chapitre 8 sur 146 · XXIV NOTICE · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE

aux Anglais, firent en commun la guerre contre Char» les VIL Wavrin y prit une part active jusqu'en 143B. il assistait, en 1423, à la b::taille de Gravant"; servit ensuite dans la compagnie du comte de SuiTock, lorsque ce seigneur réduisit à Fobéissance du roi d'Angleterre plusieurs forteresses du Maçonnais. « En laquelle chevaulchié, dii-Hj moy, acteur de cesteeuvre^ fuch tout au long''. » En 1424, il figurait à la reddition du château d'Ivry, où se trouvait le duc de Bedfort, régent de France. Ce prince, dit-il, o estoit vestu d'une robe de drap de veloux asur, et par dessus avoit une grande croix blance par deseure laquele avoit une croix vermeille : et mo/y acteur de ceste euure^ quy lors estoie audit voyage en la compaignie du conte de Salisbery, demanday à aulcuns Anglois à quele cause ledit duc de Bethfort portoit la croix blance ; et il me Fut respondu que c'estoît à cause des deux royauhnes, et que au duc de Bethfort, régent, apartenoit les porter et à nul autre, pour ce qu'il estoit celluy qui representoit la personne du roy de France et d'Eogleterre; et ces deux croix estoient la sigoifiance desdis deilx roy animes*^. »

Après la reddition d'Ivry, notre chroniqueur suivit les Anglaisa Verneuil, où se donna la célèbre bataille de ce nom. Rendant hommage à l'ordre et à la belle tenue de l'armée française, composée d'une brillante noblesse, il dit : a Toute la puissance des François rengiés et mis en ordonnance de bataille... estoit moult belle chose à veoir; car, sans faulte, mojr, acteur de ceste eupre, n'avoie jamais veu plus belle

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eoœpaigniey ne où il eust autant de noblesse comme il aToit là^ ne mieulz ordonnée, ou monstrant greigneur sàmbiant ou vouUenté de soy combattre. Je vey rassemblée d'Azincourt, où beaucop avoit plus de princes et de gens, et aussi celle de Crèvent, quy fut une très belle besongne; mais, pour certain, celle de Vemeul fut dutout plus à redoubter et la mieulz combatue.... Droit à ceste heure, la batlaille estoit moult felle et cruelle : si n'y avoît celluy quy n'esprouvast totalement sa vertu et sa force ; et je^ acteur^ scay véritablement que cellui jour le conte de Salsebery soustint le plus grant faix, nonobstant qu'il bransla grandement, et eubt moult fort à faire de soy entretenir. Et certainement, se n*eust esté le sens et grant vaillance, et conduite de sa seulle personne, emmy les vaillans hommes quy se combatoient (lesoubz sa baniere, à son exemple, mouh vigoureusement, il n'est pas doubte que la chose qui estoit en grant bransle ne feust très mal allée pour les Anglois; car oncques François, en toute ceste guerre, ne se combatirent plus vaillamment. D'autre part, le duc de Betbfort, comme je oys raconter, car je ne poifois tout ifeajrr ne comprendre^ comme pour moy mesmes deffefidre je feusse assez empescié^ fist ce jour tant d armes que merveilles". »

L'année suivante, Wavrin accompagnait le duc de Bourgogne en Hollande, lorsque ce prince entreprit la guerre contre la duchesse Jacqueline de Bavière. U abrège le récit de cette expédition que Monstrelet fait en détail, et dit seulement : « Ne vous ay mye tous

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déclarez, ne les courses, escarmuches , assaulz et bolleuvers quy se fyrent entre la Haye et la Gaude, combien que à tous yceulx, ^^Xj ^^^^^ ^ ceste eupre^ estoie en la compaignie monseigneur le Borgne Thou^ longonj pour lors Marissal de Bourguoigne". m

La paix ayant été conclue entre le duc de Bourgogne et la duchesse de Bavière, vers la fin de 1 427, Wavrin vint se remettre sous les baimières des Anglais, et entra définitivement, en 1429, au service du roi d'Angleterre, Henri VI. Mandé par le duc de Bedford, régent , pour aller au siège de Beaugency , il s'exprime en ces termes : c< Et movy acteur dessus dît (y vins), qny pour ce temps estoie nouyellement retournez avec Philippe d'Âîgreville des Marches d'Orlyennois, où, par le commandement du régent, estions allez adfin de destourner vivres à ceulz d'Orlyens, que le duc de Bourbon et le seigneur de la Fayette leur voulloient mener durant le siège que les Aoglois y tenoient: ou quel voyage feismes assez petit exploit, par les communaultez du pays qui s'esleverent contre nous pour nous destourner les passages. Si nous convint retourner sans rien faire, et alasmes, moy et le seigneur d'Aigreville, à Nemours, dont il estoit capittaine, et de là m'en vins à Paris devers le régent, atout environ Vr* combatans ; lequel me retint lors de tous peins au service du roy Henry, desoubz messire Jehan Fastre, grant maistre d'hostel dudit régent, auquel il ordonna aller ou pays de Beausse pour baillier secours aux dessusdis assegiés dedens Baugensy.

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a EtpartîsmesenlacompaigiiieduditFastre, àceste foisy environ V** combatans, aussibien prins que j'eusse oncques veu ou pays de France. En laquelle brigade estoient messire Thomas de Rameston, Anglois, et pluiseurs autres chevalliers et escuiers natifz du royaulme d'Engleterre, qui tous ensamble partismes de Paris et allasmes gésir à Estampes, où nous feusmes trois jours; puis partismes au IIIP jour, et cheminasmes parmy la Beausse , tant que nous vinsmes à Jenvilie, qui est assez bonne petite ville, où, par dedens, a une grosse tour à manière de donjon; laquelle tour, D'avoit gueres de tempz, avoit esté prinse par le conte de Salisbery. Dedens laquele ville feusmes quatre jours, atendans eqcore plus grant puissance quy par le duc de Bethfort nous devoit estre envoiee." »

La ville de Beaugency s'étant rendue à Charles Vil, les Anglais subirent encore une aâtre défaite, celle de Patay, où le seigneur de Fastoff fut engagé à fuir. <r Adont , dit Wavrin , messire Jehan Fastre, voiant le dangier de la fuite, cognoissant tout très mal aller, eut conseil de soy sauver. Et luy fut dit, mo/^ acteur ^ estant présent, qu'il prensist garde à sa personne, car la battaille estoit perdue pour eulz. Lequel à toutes fins voulloit rentrer en la bataille, et illec actendre Tadvenlure tele que Nostre Seigneur luy volroit envoier; disant que mieulx amoit estre mors ou prins que honteusement fuyr et ainsi ses gens habandonner. . . Ainsi, comme vous oez, alla ceste besongne. Laquelle chose voiant messire Jehan Fastre, s'en party moult envis, à moult petite compaignie, démenant le plus

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grant duel que jamais veisse faire à homme. Et, pour vérité y se feust reboutté eu la battaille, se n'eussent esté ceulz quy avec luy estoient, especialement messire Jehan, bastard de Thian, et autres, quy Ten des* tourberent. Si prinst son chemin vers Estampes, et mofj je le siei^is comme mon capittainej auquel le duc de Bethfort m'avoit commandé obeyr et mesmes servir sa personne. Si venismes, environ heure de myenuit, à Estampes, où nous geusmes, et Tendemain à Corboeil *. i>

U est probable que Wavrin continua de servir dans Tarmée des Anglais jusqu'à la paix d'Arras (septembre 1435).

Cette paix qui, désormais, réunissait sous le même drapeau les Français et les Bourguignons, si longtemps divisés, fut le commencement, aussi, de la décadence des Anglais dans leurs conquêtes en France. Mécontents de cette réconciliation, ils ne tardèrent pas à rompre avec le duc de Bourgogne; et, dès lors, tous les seigneurs qui avaient servi dans cette funeste lutte contre Qiarles VII abandonnèrent le parti des Anglais et tournèrent leurs armes contre eux. Notre chroniqueur suivit cet exemple, mais peut-être à regret, car on voit percer chez lui, lorsque l'occasion se présente, une certaine prédilection en leur faveur. Ainsi, lorsqu'en racontant l'arrivée du duc de Glocester à Calais (1436), au moment où Philippe le Bon venait de lever le siège de cette ville, il dit : « Ce gentil duc. . . . se mist à chemin vers Gravelinghes : de quoy les seigneurs de laians estoient en garnison de par le duc de

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Boorgoignet cuidans que ycelluy duc de Glocestre les deust assegier ou assaillir, se ordonnèrent à deflence : • • . mais de les envahir ne firent Anglois quelque sain* bianty ains se logèrent là entour, pour celle nuit, jusques à Tendemain bien matin, qu'ilz s'en partirent et s'acheminèrent vers le pays de Flandres. . . Durant lequel tempz les seigneurs de Crequy et de Wavrin, avec eulz pluiseurs hommes de Flandres, se partirent de Gravelinghes, où ilz estoient en garnison; et moy^ eœteur de cesie hUtore^ estoie avec la compaignie. Et cbevaulchasmes jusques à Drinkara, où nous lo» gasmes celle nuit dedens le chattel, lequel nous trouvasmes sans garde^ ouquel Iç seigneur de Crequy, à nostre partement, laissa de ses gens pour le garder ; et, ce fait, cbevaulchasmes après les Anglois, cuidans trouver aulcune adventure en la queue de Tost. Mais le duc de Qocestre et ses capittaines cheminèrent par si bonne ordonnance, que nul dommage ne lui peusmes porter : pour quoy nous, voians ceste manière de faire, retoumasmes en nostre dite garnison de Gravelingues dont estiemes partis, sans autre chose faire dont on doie tenir compte. » Il ajoute, que le doc de Glocester alla loger devant Saint Omer, « en l'abayede Blendecque, et son ost tout au long de celle petite rivierette quy là court ; car moy^ acteur de cesie presenie euvre^ qui lors m'estoie partis de Gravelingues la nuit Nostre Dame septembre, et venu à Saint Omer, vey le logement , et trouvai le seigneur de Saveuses qui, celluy jour, estoit sailly hors de Saint Omer pour escarmuchier les Anglois ; • . • mais

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ledit duc de Cloèestre et ses capittatnes se gouyemerent et cooduirent si sagement j qu'on ne les scavoit par quel moyen souprendre, ainchois se gardoient si diiligamment de tous perilz que ilz en acquéraient honneur et loenge^, »

Ici se termine la série des faits concernant la vie militaire de Jean de Wavrin. Nous allons maintenant aborder le rëcit des actes de sa vie privée d'après le peu de documents qu il nous a été possible de réunir. L'extrême difficulté de lier entre eux des rensmgnements de nature si diverse nous a décidée à les présenter dans Tordre chronologique des faits auxquels ils se rattachent.

(4437) Wavrin reçoit du duc Boui^ogne, en consisidération des bons services qu'il lui a renduSj la somme de 50 francs ''.

(1A37) Un document de cette année nous apprend que Wavrin était marié à Marguerite Hangouart, veuve de William de Tenremonde, bourgeois de Lille**.

(1442) Il reçoit encore du duc de Bourgogne une autre récompense de 50 salus d'or. Nous remarquons que le mandement qui lui accorde cette faveur le qualifie chevalier^ seigneur du Fores tel et de Fontaine^.

(1447) Il obtint du roi Charles VU, au mois d'octobre de cette année , des lettres de naturalisation".

(1453) (cMons. de Forestel vient en Halle {à lillé)^ pour ordonner des veughelaires*^. »

NQTIGE. zftxi

( 1458) En cette année , donation est faite à Jean de Wavrin et à Marguerite de Hangouart , sa femme, de deux fiefs situes à Frelingbem*.

(1462) Wavrin est cité au nombre des chevaliers qui,

en cette année, vinrent à Lille, pour renouveller la loi^ c'est-à-dire la magistrature civile. Il est qualifié chambellan du duc de Bourgogne" .

(1 463) A son retour de Rome, où il avait été envoyé

en ambassade par le duc de Bourgogne, Wavrin reçut de la ville de Lille XII los de

vin".

(1465) Wavrin, conseiller et chambellan du duc de

Bourgogne, reçoit huit salusi^OMT avoir, au

nom de ce prince, renouvelle la k>i de

Lille»

A ce peu de faits se bornent les renseignements que

nous avons pu recueillir sur notre chroniqueur. Nous

n'avons plus, à présent, qu'à nous occuper de son

œuvre.

Vers la fin de Tannée 1445, Waleran, seigneur de Wavrin, neveu de notre chroniqueur, revenait d'une expédition en Morée* où l'avait envoyé le duc de Bourgogne, en qualité de capitaine général de ses ^allées et naulres. L'oncle et le neveu devisant, un jour, sur les diverses histoires anciennes, notamment sur celle de laGrande-Bretagne, le seigneur de Wavrin témoignait son étonnement qu'aucun clerc n'eût encore fait une histoire de ce royaume, sinon celle de chaque roi en particulier. 11 engagea son oncle à en-

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treprendre ce grand travail, lui promettant son aide^ ei ses conseils. Jean de Wavrin se mit dès lors à l'œuvre, recueillit des matériaux et parvint enfin à en composer quatre volumes^', divisés chacun eu six livres; le premier commençant aux temps Fabuleux de Tile d'Albion , et le quatrième finissant à la mort de Henri lY (1A13). Dix ans après Fachèvement de ce premier travail, vers 1455, il entreprit de le continuer, a Sentant , dit-il, que fort aprouchoye de viellesse, et que plus ne povoye sievir ne fréquenter les armes, ne faire longz voyages, comme aultresfois ay fait avec vous (Waleran) , et aussy en la compaignie d*aultres pluiseurs princes et chevaliers, dont, par plaisir de Dieu, Nostre Seigneur, suis party sans affolure ou villaine reproche..,., me ingeray de voloir emprendre et acheifer ceste euvre jusques au couronnement du roy Edouard IV (1 461 ). » Cette reprise de ses Chroniques comprend tout le cinquième volume et les trois premiers livres du sixième : c'est arrive à ce point qu'il parait avoir livré à Waleran son ouvrage, précédé du Prologue à lui adressé.

Wavrin passa en Angleterre, en 1467, à la suite d'Antoine, bâtard de Bourgogne, qui allait faire des armes avec le seigneur d'Escalle, frère de la reine. On peut d'autant plus s'étonner de ne trouver dans sa chronique aucun détail sur ce combat, qu'il fut un des seigneurs présidant au conseil du bâtard de Bourgogne pour régler les conditions de ce fait d'armes**. Il s'en abstient, dit-il, « pour briefté : et eust esté, ajoute-t-il, la feste plus pleuiete, se ne feussent les

NOTICE. xxxiii

nouvelles quy sourvinrent de la mort du noble duc Phelippe de Bourgoigne, desqueles feusmes grandement troublez; car je^ acteur ^ y estoie avec les autres**. >i

Le comte de Warwick étant venu à Saint-Omer, en 1 469 vers le duc de Bourgogne, Charles-le-Témérairey Wavrin raconte que, u après tous festoiemens et bonnes chiers faites au conte, il prinst congié du duc et de la ducesse, si s'en retyra à Calaix; et, d'autre part, le duc se desloga de Saint Orner, et s'en alla à Ypre. Aussi fist la ducesse sa feoune, lesquelz ne pensoient gueres aux aflaires du roy Edouard d'Engleterre, qui luy venoient au pourchas et enhortement dudit conte de Warewic, en ce tempore. »

« Et moy acteur de ces Croniques^ désirant scoifoir et avoir matières véritables pour le parfait de mon euvrcy prins congié au duc de Bourgoigne, adfin de aller jusques à Callaix ; lequel il me ottroia, pour ce qu'il estoit bien adverty que ledit conte deA^arewic m'avoit promis, se je le venoie veoir à Callaix, qu'il me feroit bonne cbiere, et me bailleroit homme qui m'adrescheroit à tout ce que je voldroie demander touchant ces matières. Si fus vers lui, où il me tint ix jours en me faisant grant chiere et honneur ; mais de ce que je queroie me fist bien peu d'adresse, combien qu'il me promist que, se au bout de deux mois je retoumoie vers luy, il me furnisoit partie de ce que je resqueroie ; et, au congié prendre de luy, il me defTrea de tous poins, et me donna une belle haquenee. Je veoie bien qu'il estoit embesongnié d'aulcunes grosses matières,

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