‹ Anchiennes cronicques d'EngleterreChapitre 14 sur 128 · ICI · texte numérisé non relu

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34 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1470]

troussez sur la mer, comme j'ay dit cy dessus : pour laquele perte de lew*s biens furent les marchans de France moult troublez. Si pryerent instamment au roy qu'il y Youlsist remédier le plutost qu'il porroit, feust par voie de guerre ou autrement. Et tost aprez le roy fist defTendre.' par cry publicque , en son roiaulme^ sur confiscation de corpz et de biens, que uulz, quelz qu'il feust, ne menast marchandises quelzconcques es pays du duc de Bburguoigne jusques à ce que le roy aroit rapellé celle, deffence. Depuis lequel edit ainsi fait toutes marchandises cessèrent leurs cours de Tun pays en l'autre, et lors aulcuns Bourguignons qui cuiderent amener des \ins en Pycardie , furent par les François prins et détenus, tonneaulz, charriotz et charrettes, chevaulz et vins'.

1 306 . Comment le conte de Warewic se party de ce fort lieu , où il s'estoit longuement tenu ; et comment les Bourguignons le cuiderent combattre, mais il s'enfuy : puis parle d'une battaiile que le seigneur de Scalles guaigna. XII.

Ou mois de juUet, le conte de Warewic, désirant retourner en Engleterre , fist desancrer son navire de ce fort lieu où il estoit et avoit esté longue espace, delez Homfleu, sur la coste de Northmandie; maissitost qu'il fut aparceu par ceulz des navires du duc de

1 . L*ordonnance par laquelle Louis XI défend de faire le commerce sur les terres du duc de Bourgogne porte la date du 8 octobre 1470. (Salazaro, IV, Preupes, gglxxxix.)

2. Ce chapitre, dans le Ms. n» 432, Fonds Sorbonney finit ainsi: c On dit an, courant une Toix par tout le royalme de France que la royne de Franche estoit aoouchyé d'un filz le derrenier jour de juing ou dit an, lequel avoit esté baptisié et nommé Charles, par Tarchevesque de Lyon qui fu son principal parin aTcuoq le prinche de Gales, nommé Edouard , filz du roy Henry d'Angleterre, duquel son dit père estoit tenu prisonnier

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BourguoigDe, ilz singlerent celle part à grant exploit pour le combattre ; ce que vouUentiers eussent fait, comme gens d'emprinse qu*ilz estoient; mais Warewic, accoustumë de fuyr et tousjours partyr de bonne heure, se retraist hastivement et remist son navire en si fort lieu que ses annemis ne le povoient aprochier sans trop grant péril. Toutesvoies, aulcuns du navire Bourguignon descendirent celle part à terre par ardeur de grever les Anglois; mais les François sourvindrent illec en si grant nombre au secours des \nglois, qu'il convint Bourguignons retraire aprez qu'ilz eurent occis XVIII ou XX des gens [de] Warewic.

Ancores en cest an, ou mois d'aoust, ung puissant conte* d'Englelerre, quy avoit espousé la seur de la contesse de Warewic, avoit assamblé une puissante armée, atendant la venue de son beau frère en Englelerre, selon qu'ilz Tavoient conclu eusamble, pour combattre le roy Edouard; mais Warewic ne polt passer cesle fois pour estre à la journée entr'eulz assignée, tant pour le vent contraire, comme par Tempeschement que luy firent les Bourguignons : et avoit lors Warewic eslevë grant plenté de François pour les mener en Englelerre àFencontre du roy. El, pour tant, sitost que le roy Edouard fut de ceste assamblee ad-

en Engleterre, et le filz estoit exilliez du pays. La marine fu la seur du roy, femme du duc de Bourbon. Pour laquelle nativité furent faittes grans festes et grans feus par tout le royalrae. Je ne scay encoirez se l'enfant xit ou s^ilest mort; et. pourtant, je m'en taiz et n*en scauroie dire plus avant. » i , Dugdale ne fait aucune mention d'un beau-frère de Warwick qui ait encouru la peine capitale pour avoir servi contre Edouard. Les historiens se taisent aussi sur ce sujet. Lingard (II, 579) parle bien d'une ruse de guerre employée par lord Fitzhugb pour attirer le roi dans le Northumberland, mais, à Tapprocbe de ce prince, il se retira au delà des frontières d'Ecosse : il n'est point question de sa mort.

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vertiy il mist sus une grosse puissance qu'il bailla au seigneur de Scalles pour les aller combattre, comme il fist : et là desconBst ses annemis, desquelz furent occis de m à un™, et plusieurs prisonniers , entre lesquelz fut le dit conte, prins et menez au roy Edouard qui prestement lui fist la teste trenchier.

Ancores en cest an lxx , ou mois de septembre, vindrent nouvelles au duc de Bourguoigne que les Turcz avoient prins Nygrepont, une moult noble cité apartenant auz Vénitiens, devant laquele le Turcq avoit sis de v à vi mois, adcompaignié de bien trois cens mille payens, ou plus. Et ainsi la tint assegié par mer et par terre, telement que oncques le roy de Hongrie, ne les Vénitiens n'y peurent remédier qu elle ne feust concquise ; qui fut moult grant perte pour la crestienneté, et fait bien à doubter qu'il n'en concquere beaucop [d'aultresj, se Dieu, par sa miséricorde, n'y pourvoit, mettant bonne paix en la crestienneté, et donnant auz princes d'ycelle vouUenté de eulz dreschier contre ledit Turc et tous les infidèles \

1306. Gomment le conte de Warewic et le duc de Clarence allèrent devers le roy Loys de France, et des alyances qu*ilz firent ensamble. XIII.

Nous avons dit cy dessus comment le conte de

1 . Ce chapitre setermine ainsi dans le maniucrit no 432 , Fonds Sorbonne : c Le xn* jour dudit mois de leptembre, ou dit an, que le duc defioorgongne sejoumoit à Hesdin, et que une ambassade de Bretaigne estoit iUec venue dcTersluy^ iceiluy duc de Bourgongne, preseus ceulx de celle ambassade, et quetous ceulx de son conseil et de son hostel , fist une grande proposition et declaira illec,en audience, les causes et les raisons pourquoy le seigneur d'Argnel s*estoit mal contenté de luy , pour nng procès * jugié contre

* Voir à ce sujet ChaiteUaiA, p. 838 et suir.

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Warewic et le duc de Clarence, atout leurs navires, furent rebouttez des Bourguignons : pour quoy ycellui conte , voiant qu'il n'estoit pas fort assez à soy retourner en Engleterre sans autre puissance, il délaissa son navire au port de Harfleu. Si se tyra, avec luy son gendre de Clarence, devers le roy de France*, duquel ilz (iirent grandement conjouis et bienviengniës". Sy trouvèrent illec la royneMargueritte, femme

Inj : lequel procès avoit etté yen et yiseté par pluiseurs conseilliers et grans clercs , et finablement jugié au prouffit du seigneur de La Rocheguyon, filz du prince d'Orenges. Duquel prince, icelluy seigneur d'Arguel, alez bors de Tostel dudit duc mol content, faignant qu'il alast Toler ; et s'en ala retraire devers le duc de Bretaigne, quy estoit son oncle : et pour ce qu'il s'en estoit ainsy alez estrangement, le duc, quy en fu mal content, le dénonça et declaira banny de tous ses pays, et tous ses biens à luy conficquiez : disans, oultre, qu'il ne luy avait pas gardé la fidélité et la leaulté qn*il devoit à luy, quy estoit son seigneur. Et, touttes Toiês, il ne entendoit luy ayoir fait synon raison et justice, et par meure et longue délibération de tous cenlx de son conseil et des conseilliers d'Amiens, de Monstreul et de pluiseurs auhres villes. Gestuy seigneur d'Arguel avoit espousee une des filles de Bourbon, cousine germaine au duc de Bourgongne : laquelle bonne dame fut moult désolée de teoir ainsy son mary en la maie graoe d'ycelluy duc ; mais amender ne le povoit. i

1 . « Au mois de may 1470, le conte de Warwicb et le duc de Clarence, avec leurs femmes, qui dechassez avoient esté par le roy Edouard d'Angleterre s'en vinrent prendre terre en Normandie Illec ilz trouvèrent M. l'admirai, qui les recueillit Ledit de Warwicb séjourna et

demeura depuis certain temps, c'est assavoir durant le dit mois de juin, au dit Honnefleur. » (Chronique scandaleuse. Voy. Lbhglet, II, 84.)

2 On va voir, par les lettres qui suivent, que Louis XI ne fut pas très-content de cette arrivée et qu'il n'épargna rien pour renvoyer au plus vite Warwick et son gendre.

f Monsieur de Gongressaut, et vous, monsieur Du Plesseys, j'ay receu vos lettres et veu bien à plain le contenu en icelles, aussi en la petite ame* qui estoit dedens, [en laquele?] m'advertissez très bien de Ik venue de

* Aux, billet inclus dans une lettre. Kons retroarons, cent ans pins tard, le mot ame employé a^ec cette signification, c Je suis en un traitté qui m'est commandé du roi, que tous entendrés par ce qui sera en chiffre en Vame incluse en cette lettre. > {Mémoires de Ph, de Morne^y ; à La Forest, 1625, in-4% tomeli^ p. 9.)

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du roy Henry d'Engleterre, et son filz Edouard, qu'on appeloit Prince de Galles : et là firent ensamble plusieurs convenances et alyances au préjudice de qui que bon leur sarobla, en especial du roy Edouard

messieurs de Qerence et de Warovych, et [comme] , sur toutes choses, ilz désirent parler à moy ; mais toos ne me respondez point [au quare] , c'est au parlement des navires, et savez bien que c'est la chose [dont vous] ay expresseement chargez et dont me peut plus venir d'inconvénient.

Et pour ce, avant que conclurre leur venue, faites que tout leur navire soient [partjrs], car je ne les verray point tant qu*ilz aient leur navire par délia : et s'ilz vouloient laisser les navires pour leurs personnes à Honnefleu ne le souffrez pas, car jamais ne seray à mon ayse tant.que je sache au certain que tous leurs navires soient partiz et qu'il n'en soit demouré ung tout seul ; et leur dites qu'ilz pourront mettre les dits navires de leurs corps dedens les hables de Harfleu, Grantville, Qiierbourg on ailleurs, ou bas pais, et qu*ilz y soient menez en manière que les bourgnignoDs ne puitsent savoir qu'ilz sont devenuz.

Et s'ilz disoient que, après qu'ilz auront parlé à moy, ilz ne pourroient pas recouvrer leurs navires, vous leur direz, et aussi la vérité est telle, que de Vaujoux ilz seront plus près de leurs dits navires, quant ilz seront au bas pais, qu'ilz ne seroient s'ilz estoient à Honnefleu : et, d'autre part, que s'ilz ont afaire de navire pour leurs personnes quant ilz auront parlé à moy, que je leur feray bailler la grant nef de monsieur l'admirai, ou de l'autre navire tout ce qu'ilz en vouldront; mais gardez, sur tout ce que me voulez servir, que faciez incontinent partir tout leur dit navire, et le m'escripvez à toute diligence incontinent qu'il sera party.

Aussi, monsieur Du Plesseys, je vous baille charge d'envoyer incontinent devers les gens de monsieur de Bourgongne, et leur mandez que je vous ay envoyé par délia pour recouvrer tout ce que vous pourrez trouver de» Jïiens des subgectz de mondit sieur de Bourgongne. Et, pour ce, que s'ilz veulent envoier devers vous, que vous leur ferez rendre tout ce que vous en pourrez trouver : et s'il y en a aucune chose, faictes le faire, et je le feray incontinent paier à mon dit sieur de Warovych.

Je vous ay mandé tout l'expédition des vitailles par maistre Guillaume Picart.

Et incontinent que tout leur dit navire sera party, mandez moy le jour que je me rcndray à Vaujoux *. et je m'y rendray pour parler à eulx, et m'escripvez chacun jour de voz nouvelles.

Vous me faites enrager de mettre et laisser les dames si près de Seyne et do-ces marches : et, pour ce, je vous prie, faites qu'elles aillent plus bas

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d'Ëngleterre, et de son serouge le duc de Bourguoigne; car le roy de France traicta lors le mariage de son cousin Edouard , prince de Galles , filz du roy Henry prisonnier et de ceUe royne Margueritte , sa femme,

et me denst il couster le double des despens ; car je les paieniy très youlentiers.

Et dites franchement à monsieur de Warovych que je ne les puis aider en ces marches que monsieur de Bourgongne ne le sache incontinent par les gens de monsieur le connestable, pour ce qu'il est gou- ▼emeor du pais et que ses gens sont logez tout à Tenviron. Aussi il pourra recouvrer plus aiseement les dites dames, elles estans ou bas pais, et en plus grant seurté qu'il ne feroit de nulle des abbayes où il les Tcult mettre : aussi, attendu que les dites abbayes ne sont point fortes, l'on pourroit faire d'une nuyt desplaisir à ceulx qui seroient avecques eUes, qui me seroit le plus grant desplaisir du monde ; et, pour ce, je tous prie que le remonstrez si bien à mon dit sieur de Warovych qu'il les mette ou bas pais et qu'il ne les laisse point esdites abbayes.

Je ne seray jamais à mon ayse tant que je sache que tout le navire de mon dit seigneur de Warrovych soit hors de Seyne, et quant il sera ou bas pais, je pourré dire que c'est monsieur l'admirai qui les soustient et qui les a mis en ses hables et non pas moy : et s'ilz estoient en Seyne, je ne le pourroye faire, pour ce que, comme savez, monsieur de Bourgongne le sauroit tous les jours par les gens de monsieur le connestable.

Escript à Amboyse, le xix« jour de may. Lots, de Cerisaf» > (Bibi, imp.^ Mss., Fonds Gaignières^ no 303, fol. 44.)

€ Monsieur du Plesseiz, vous sa^ez assez le désir que j*ay et doy avoir du retour de monsieur de Warvvk en Angleterre, tant pour le bien que ce me seroit de le voir audessus de ses querelles, ou, k tout le moins, que par son moien le royaume d'Angleterre fîist en brouilliz ; comme pour éviter les questions qui pour sa demeure par deçà pourroient avenir, dont vous en avez oongneu des commencemens. Pour quoy vous pry que metez peine, tant de vous mesme comme en sollicitant monsieur Fadmiral, monsieur de Concressault et autres de par delà, de tellement besongner avec ledit monsieur de Warvyk que il parte pour aller audit pais d'Angleterre le plus prestement que faire se pourra, et, pour ce faire, luy dire toutes les causes et raisons dont vous et eulx vous saurez ad viser ; mais j'entens que ce soit par toutes les plus douces voyes que pourrez et en manière qu'il n'aparcoive que ce soit pour autres fins que pour son avantage : et aussy ferez aprester de mes navires pour le conduire, si sans conduicte

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qui estoient germains dudit roy Loys^ : c'est à scavoir le dit roy Henry filz de dame Katherine de France, belle ante dudit roy Loys, et la dite dame Marguerite fille du roy Régnier de Sezille , oncle de par la mère

De Touloit partir, car tous savez que ces Bretons et Bonrgongnons ne tendent à autres fins que de trouver moyen de rompre la paix sur couleur de la demeure du dit de Warrik par deçà, et par tant com* mencer la guerre ; laquelle je ne youldroye point yeoir commencée sur ceste couleur. Et pour ce que vous congnoissez mes affaires plus que autre, et que j'ay toute ma fiance en vous, je n'escripz à présent à nul que à TOUS de ceste matière. Si vous prie, monsieur de Plesseys, que vous y besongnez en manière que je congnoisse le vouloir que avez à me bien servir an grant besoing.

Donné à Amboyse, le xxnfi jour de juing. Lots. Le Clerc. > (Id., i^., fol. 98.) Cette lettre est imprimée dans V Histoire de Louis X/, par Dodos (HI, 353.)

€ Monsieur du Plessis, j'ay recen voz lettres faisant mention des causes pourquoy vous semble que monsieur de Warovyc n*est pas si prrst d'aller en Angleterre comme je l'entenz, pourquoy demandez comme vous avez à vous gouverner touchant l'argent. Vous avez jà soeu comme la royne d'Angleterre et le dit de Warvyc se doivent assembler au Mans, là où ilz auront tost fait ou failly : pour quoy le dit de Warvic n'aura cause de faire plus long séjour par de ca ; mais, an regard de Targent, je croy que vostre adviz est bon, si non que veissiez que autrement faire feust cause de abregier la matière, et que congneussiez qu'il en feust nécessité. Je res> ponz k monsieur Padmiral de tout le surplus.

Donné à Tours, le m* jour de juillet. Lots. Le Clerc, » (Id., i^., fol. 99.) Imprimée dans Duclos, (III , 355.)

a Monsieur du Plessiz, baillez et délivrez de Pargent que vous avez entre mains, à monsieur de Warvyk, la somme de trois mil livres tournois, pour départir à ses gens et autrement, ainsi qu'il advisera.

Donné an pont de See,]e xvi* jour de juillet. Lots. Flameng, » (lo., ih,y fol. 97.)

1. c Par cette manière doncques, dit Ghastellain (501), fut fait ce mariage. Dieu sut quel, et par l'invention de deux personnages, chacun béant à son prétendre ; le roy, pour renvoyer Warrryc en Angleterre, soubz nouveau tiltre, encontre Eduard, et Warwyc, pour retourner en Angleterre, soubz le confort de France, pour soi vengier de sa honte ; et finablement les deux appetis du roy Loys et de Warwyc tendirent à une

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au dit roy Loys de France; car la roine Marie, mère du roy Loys, estoit seur audit roy Régnier, duc d'Anjou. Lequel mariage dudit Edouard fut fait à la fille du conte de Warewic, moiennant et par condition que Warewic restitueroit le roy Henry, son père, en la couronne et dignité royalle d'Engleterre : ouquel traitié faisant furent acordees plusieurs promesses et grosses convenances, déclarées à plain en la lettre sur ce faite, dont la teneur s'ensieult.

1307. Coppie des convenances et alyances faites entre le roy de France et le conte de Warewic*. XUII.

Loys, par la grâce de Dieu, roy de France , à tous

commune un principale, qui ettoi^ de deffaire la maison de Bourgogne, ce qui faire ne se pooit, si non par deffaire, premier, le roy Eduard. t

Le 25 juillet, le roi écrivoit au seigneur du Plessiz : c M. du Plessiz, ii*a guieres ay enToyé messire Yvon du Fou par delà pour mettre le fait de monsieur de Warryk en seureté : et, présentement, luy mande qu*il mette telle proyision et ordre que les gens dudit monsieur de Waryyk n'aient point de nécessité jusques à ce qu'il soit par de là. Jujourd'huy apons fait le mariage * de la roy ne tP Angleterre et de lui, et demain espère l'avoir du tout depesché, prest à s^en partir, eto (Bibl, imp., Msè., Fonds Gaignières, n» 303, fol. 96. Imprimée dans Duclos, III, 355.) C'est le ▼icaire de fiayeux qui fit ce .mariage, comme on le voit dans un coitapte de dépenses de la cour de Louis XI : « A maistre Jehan Le Marchant, prebtre, la somme de XXYIIfX* t., pour vingt escuz d'or à luy donnée par le roy.... pour le restituer de semblable somme que, par l'ordonnance d'icellui seigneur, il avoit baillée du sien au vicaire de Bajreux^ auquel icellni seigneur en a fait don en faveur de ce qu*il est venu espouser U prince de Galles à la fille du conte de Warwick. > (Id., ibid,. Supplément fran^ faU, no 1866*, fol. i44 verso.)

i. Le 13 de novembre 1470, le roi Louis XI envoyoit comme ambas-

* Ce sont, sans doute, les fiançailles qui se firent ce jour-là; car il est dit dans on état des dépenses du Roi qu'il accorde « à Bernard Bureau la somme de...., pour ung voyage par lui fait, partant d* Angers le Wjour d^aoust 4470, à Rennes et Laon , derers les arcberesques et evesqnes des dits lieux, leur porter lettre de par icellui seigneur, pour savoir d'eulx s*iU avoient pouvoir de dispenser d'espouser le prince de Galles a la fille du conte de PTarvick, * (Id., ihid,^ SuppL français, n« 44»9, ^ 67 verso.)

42 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1470]

ceulz quy ces présentes lettres verront ou orront, salut. Comme nostre très chieret amë cousin Edouard, par la grâce de Dieu prince de Galles , duc de Cornuaille et conte d'Excestre, nous ait baillié ses lettres patentes seellees de son seel, par lesqueles, et [)our les causes contenues en ycelles, il ait juré et promis par Dieu nostre Créateur, par la foy et serment de son corpz, sur son honneur , et en paroUe de prince , et s*est déclare qu'il fera et fera faire guerre ouverte à tousjours, par tous ceulz quy voldront faire pour luy, à Tencontre du duc de Bourguoigne et de ses adherens, sans aulcune chose y espargnier , et que jamais il ne fera ou souffrira faire traictié, paix , accord, ne apointement, trêves, ne abstinences de guerre avec ledit duc de Bourguoigne , ne n'en tendra parolle, pour quele chose quy puist estre ou advenir, sans nous, nostre sceu et exprès voulloir et consentement ; mais poursieuvra tout oultre, conduira et continuera la guerre jusques à la fin de la concquested'ycellui duc de Bourguoigne et de tous ses payS; terres et signouries , et que celluy quy aura premiers achevé de son costé pour tant ne laissera il la guerre, ains sera tenu d'aller à toute sa puissance, aidier et secourir à l'autre jusques à ce que la dite concqueste soit parachevée : et, en oultre, il a

sadeur en Angleterre « Loys de Harecourt, patriarche de Jérusalem, fresque de Baieux ; Tanguy du Ghastel, viconte de La Belliere, gouverneur de Rouxillon et de Sardaigne; Guillatiine de Menypeny, seigneur de Congressaut ; Yves, seigneur du Fou ; Nicholle Michel, docteur en théologie, penitancier et chanoine de» églises de Baieux et de Constances j et Guillaume de Cerisay, greflier de la court de Parlement, » avec pleins pouvoirs de traiter avec le roi d'Angleterre. (Rtmxr, V, partie II, page 179.) Voir aux Pièces justificatives y*oP VIII, quelles étaient les propositions de Louis XI.

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promis de bonne foy faire son leal debvoir envers très hault et très puissant prince nostre très chier et très amë cousin le roy Henry d'Engleterre, son père, que samblablement il se déclarera comme luy à faire guerre ouverte par lui, ses subgectz et alyez à l'en- • contre dudit duc de Bourguoigne; et pour ce que ycellui duc s'est aiyë de piecha à Edouard de La Marche, qui, contre Dieu et raison, s'est eflbrchié de usurper ledit royaulme d'Engleterre, et avoir mis en servage et captivité nostre dit cousin le roy Henry, lequel il detenoit en la tour de Londres, avoit aussi enchassié nostre dit cousin le prince de Galles et nostre très chiere et très amee cousine la royne Margueritte , sa mère , du dit royaulme d'Engleterre, prétendant, par le moyen de ce duc de Botirguoigne, et par son ayde et faveur, de tous poins destruire nds dis cousins et cousines , et nous aussi , qui tousjours les aurions favorisiez, secourus et aydez se faire l'eussions peu ; mais Nostre Créateur, qui e^t droiturier, y a pourveu en tele manière que nostre dit cousin le roy Henry a esté mis au délivre*, et fait paisible de son

1. Henry étoit déjà libre dès le 8 octobre 1470, ainsi qu'on le peut voir par la lettre qui buit, adressée à Louis XI par le comte de W^arwick :

t Sire, je me recommande à vosire bonne grâce le plus humblement que je pms, à laquelle plaise savoir que, à Taide de Dieu et de la vostre, dont je ne vous sauroie assez remercier, tout cestuy royaume est à prêtent mis en Tobeissance du roy mon souyerain seigneur, et le usurpant Edward chassé hors, et mon dit souverain seigneur relevé du grant dangieren quy il a long temps esté, et mis en son estât royal, et ne y a, de ceste heure, nulle personne qui ne soit en sa droitte obéissance, comme plus à plain ce porteur vous en fera relacion, s'il vous plaist ; auquel je vous supplie de adjouster créance et de ne estre desplaisant de ce qu*il a tant deinouré ; car ce a esté à mon désir, pour ce que mieulx il eust la congnoissance de toutes choses jusques à présent, et qu'il veist et congneust depuis le comencement jusques à nostre entrée en ceste cité de

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dit royaulme, et ledit Edouard de La Marche dechassié et expulsé d'ycellui, non obstant les faveurs à lui données par ledit duc de Bourguoigne, lequel recoeilly et reytere pour veoir se il porroit trouver manière de povoîr ancores guerroier le roy Henry, nostre dit cousin et Nous , ce que Dieu ne voeille : à laquele cause et adfin que, à Tayde de Nostre Créateur, Nous, et nostre cousin le roy Henry , puissons résister à la maulvaistië et dampnable emprinse des dis duc de Bourguoigne et Edouard de La Marche, jurons et promettons à nostre dit cousin le prince de Galles, par Dieu Nostre Créateur, et par la foy et serment de nostre corpz, sur nostre honneur et en paroUe de roy, et dès maintenant Nous déclarons par ces présentes que Nous ferons et ferons faire guerre ouverte, par Nous et par tous nos subgectz^ à Tencontre dudit duc de Bourguoigne et de ses adherens, sans aulcune

Londres, et de lay ootroîer yostre fayoarable grâce ; car en toutes choset il 8*est incliné d'acomplir Tostre commandement et mes désirs. Sire, monseigneur de Clarence et moy ayons entendu que n'estes pas bien content de monsieur l'admirai, pour ce que on tous a donné à entendre qu'il ayoit entreprins de nous delirrer au duc de Bourgoigne, quelle chose nous tient fort au cuer; car nous congnoissons sans faulte que ceulx qui tous ont ainsi enformé n'ont pas bien fait, et, sauf yostre grâce, tous ont dit le contraire de la Terité. Et pour ce, le plus humblement que je puis, je TOUS supplie ou nom de mon dit seigneur de Clarence et de moy de ne estre mal content de luy, ne de croire telle informacion, mais tousdis continuer Tostre bonne grâce euTcrs lui et de mieulx en mieulx pour l'amour de nous, s'il tous plaist; car, sans faulte, nous sommes fort atenu à luy pour l'onneur et bien qu'il nous a £ût par delà en congnoissant TOstre commandement : ce sceit le Tout Puissant à qui, Sire, je supplie de TOUS octroier les mieulx amez de toz désirs.

Ëscript à Londres, leTin« jour d'octobre (1470.)Wabwtch. t (Bibl. imp.^ Mss., Fonds Gcignières, no 304, fol. 19.) Dugdale (II, 163) se trompe donc en datant du 25 octobre ceue mise en liberté.

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chose espargnier : et que jamais nous ne ferons ne faire ferons traitié ) accord, paix^ ne apointement^ trêves oe abstinences de guerre avec ycellui duc de Bourguoigne, ne n'en tendrons paroUe, pour quelque chose quy puist advenir, sans nostre dit cousin le prince de Galles, et sans son sceu et exprès vouUoir, et consentement; mais serons tenus de poursievir tout oultre, conduire et continuer la guerre jusques à la fin de la concqueste dudit duc de Bourguoigne et de tous ses pays, terres et seigneuries, et que cellui qui aura premiers achevé de son costé pour riens ne laisse la dite guerre , ains soit tenu d'aller avec sa puissance ayder et secourir Pun Tautre , jusques à ce que la dite concqueste soit achevée. En tesmoig de ce, Nous avons signé ces présentes de nostre main, et fait sceller de nostre seel de secret. A Âml^oise, le xxviii" jour de novembre^ Tan de grâce mil quatre cens lxx, et de nostre rengne le x*. Jinsi signé : Lots*.

l308. Comment le conte de Warewic et le duc de Glarence retom'nerent en Engleterre ; et comment le roy Edouard passa la mer et vint en Hollande. XV .

Ou mois de septembre, an LXX, se trouvèrent les

1. Le 43 décembre tuiTant, LoauXIécriToitancointedeDampmartiii: c Mon frère de Guienne s'en ala hyer bien content ; aasf i la reyne d'An* gleterre et madame de Warvic s'en yront demain, j {Bibl, imp,, Mss., Fond* Béthune, n* 8453, fol. 51.) — c A madame la royne d'Angleterre, pour ses dépens» da prince de Galles, son fils, madame Anne, fille de monsieur de Warwicb, femme du dit prince, es mois d'aoust, septembre et octobre 1470, 2550 £; pour le mois de novembre et décembre, pour le fait de leur argenterie, 2830 £ et 1000 pour ses plaisirs. > (4« compte de Jeban Briçonnet. lo., ibid,^ Fonds Gaignières, n^ 772*, fol. 500 verso.)

2. Cette lettre se trouve dans Salazabd. (IV, Preupes^ coxcii) et au mannscrit 8448<, fol. 113 [BibL imp.)

46 CRONICQUES D'ENGLETERRE. [1470]

dis Warewio et Clarence, et leur compaignie, en Engleterre*: lesquelz, illec arrivez, descendirent à Bristo*, où ilz recouvrèrent vu ou viu™ hommes en leur ayde, puis se misrent auz champz , tyrant droit vers le roy Edouard ; et tousjours leur croissoient gens de toutes pars. Mesmement, passant parmy la duchié de Sombresset^ se vindrent joindre à eulz le seigneur de Chyrosbiiry, filz du seigneur de Thalboth% etle sire Scanlay *, lesquelz seigneurs avoient avec [eulz] v "" hommes.

Alors estoient le roy Edouard et les siens en la ducié d'Yorc, en une ville nommée Dancastre*, avec luy le conte de Rivière , seigneur de Scalles , le seigneur de Hastinghes, le conte de Ourxestre* et le marquis de Montagu, auquel le roy avoit donné grant terre et seignourie, et sy estoit Farchevesque d'Yorc; les gens desquelz archevesque et Montagu prindrent débat à ceulz du roy Edouard. Si n'estoit, adont, pas plus loingz que à une journée de eulz : et avoient lesdis archevesque et Montagu bien quatre mille

1. c Donné à Richard de Neuyille, conte de Warwich en Angleterre, pour s'en retourner au dit royaume, 467 000 £ et 34 000 escuz. (4* compte de Jeban Briçonnet pour l'année finie en septembre 1470. (Bihl. imp,^ M«s., Fonds Gaignières, n» 772*, fol. 499.)

2. Brixton? près la rivière dTealm, dans le Devonshire, ou Burion Bradstock, sur la rivière de Bridy, dans le Donetihire, Les historiens s'accordent à dire que le comte prit terre à Darmouth, dans le Devonshire, à 204 milles de Londres. M. John Bruce dans son introduction (page x) à V Histoire de tarrivée d^ Edouard IV en Angleterre^ met JVejrmouthj dans le Dorsetshire, à 135 milles de Londres.

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