‹ Anchiennes cronicques d'EngleterreChapitre 95 sur 128 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Gomment le doc Charles mist le siège derant Nuz. Du trespas do seigneur d*Auxi. Et comment le duc de Lorraine envoya deffier le doc Clmrles estant deirant [Nuz].

Environ le mois de juing, an Lxxtiii,le duc s'en alla mettre le siège à Nuz*, là où il (ut ung an acompli, ou myeulx. En

1 . Philippe de Poictîers, seigneur de la Frète, chambellan de Guries, duc de Bourgogne, dès U7â. {Bibl. imp., Mss., n9 6430*, fol. 10, recto.) Créé cheralier de TOrdrede la Toison-d'Or en 1473. (RnPFsinBSBG, p. 87.J Assistait au siège de Neuss en 1474, conduisant deux cens lances des ordonnances et trois cens archers. Était c un très-chevalereux et expert conducteur. » (Moloibt, I, 34.)

2. Ferry de Qissance, seigneur de Beauvoir, assistait au siège de Neuss, ayant, ainsi que Philippe de Poictîers, la conduite de deux œni lances des ordonnances et trois cens archers. (Mouvst, I, 34.)

3. Le duc campa deyant cette ville le 30 juillet 1474. (LnGLxr, 11, 314.)

ce pendant, l'empereur Federic vint iilec pour lever le siège, oii,il y eut par diyerses fois plusélirs escarmuches ; et ceulx de la ville se deffendirent aussy à toutte dilligence. Et y eyst audit siège moult de gens mors d'un costé et d'aultre : ceulx de la ville grevèrent merveilleusement fort ceulx du siège de traict à pouldre, dont ils estoient fort usitez, et tant que c'est pitié de recorder ceulx qui y morurent de dedens et de dehors^ sans les blechez et navrez, dont il y en eust sans nombre, qui eschapperent de mort. Et estoient logez si prez les ungz des aultres, qu'ilz povoient combatre main à main. Et le dit an, environ la Sainct Jehan, se partirent les deux cens lances de Bourguignons, qui estoient et avoient este depuis le mois de janvier jusques audit jour à Abbeville, à Sainct Ricquier et à Rue, et tirèrent audit siège de Nuz ; et le seigneur Desquerdes, cappitaine gênerai de Picardie, remist aultres garnisons esdictes villes.

Audit an, à la my aoust, fina de vie par [trespas] le seigneur et Ber d'Auxi*, nommé Jehan, qui en son temps fut le plus renommé chevallier qui fut en la maison de Bourgongne, de son estât. Il eut en gouvernement le duc Charles de Bourgongne, en son enfance, dez qu'il fut osté de ses nourrices, et son premier chambellan tant qu'il vesquist : il obtint de belles offices du duc Philippes de Bourgongne, en son vivant, et aprez le trespas dudit duc Philippes, le duc Charles les luy conferma. Il fiit premièrement, et dez sa jonesse, cappitaine de Sainct Ricquier, et devant qu'il eut ledit

1. Le Ber d'Auxy, gouverneur du comte de Charolais. «Et condulsoit le dict comte de CharoloU un moult honneste et sage cheyalier, nommé messire Jehan, seigneur et Ber d^Auxy. Gestui cheyalier estoit bel homme, bien renommé, de bon âge (1443), beau parleur; et voulentiers recitoit choses et matières d'honneur et de haut affaire. Il estoit chaceur et voleur, duict à tous exercises et à tous jeux ; et n*ay pas congnu un che'valier plus idoine pour avoir le gouvernement d*un jeune prince, que luy ; et moult bien luy seoit la conduite de son maistre. J (OuviKa DB LA Marche, 406.)

m 306 CRONICQUES D'ENGLETERRE.

duc Charles en son gouveruement^: puis fut 3|eneschal de Ponthieu , cappitaine d'Xbbevilie , matstre des eaue» et des forestz de Picardie, cappitaine de Courtray, de Tenremonde, àe Rippemonde en Flandres, qui tint jusqq^s à sa mort, et si tenoit, tant de par luy comme de par madame sa femme, de noeuf à dix. mille (rans de rente heritable. Dieu, par sa grâce, luy face mercy à l'ame, et à tous les trespassés!

Oudit an , le duc de Bourgongne estant pudit siège de Nuz, luy vindrent nouvelles que ceulx de la conté de Ferrette avoient mis à mort, inhumainement, cent lances que le duc avoit laissé en laditt# conté, poiur la sceureté dudit pais. Mirent à mort, tout premièrement, le cappitaine^ de«ditz gens de guerre, par ce que, selon commune renommée, qu'il avoit prins à force , oultre son gré, une grande dame du pais, qui estoit de grant lignage ; qui fut cause de la mort dudit cappitaine et de ses gens, dont le duc de Bourgongne fut fort desplaisant; mais pour lors ne le povoit amender. Oudit an, ledit duc estant audit siège, le duc Régnier de Lorraine luy renvoya les alliances qu'ilz aToienl ensamble, en soy declairant son ennemy. Le duc fist semblant de faire pou de compte, et fist festoier le herault qui luy avoit apporté les nouvelles : si luy donna la robbe qu'il avoit vestu, moult riche, et aultres dons; et puis ledit herault s'en retourna vers le duc de Lorraine, son maistre.

• I. Pierre Archainbaultd*Hagenbacb, gouverneur du comté de Ferrrttc pour le duc de Bourgogne.

* CHAPITRE XLYII.

Gomment le roy print Boye, le Tronquoy, Corbie et Dourlens; et comment le conte de Rous^y fut descooA et prins par les François, et d'aultres choses touchant Sainct Ricquier,et des trefvesde noenf ans,

En cedit an, le roy fist venir et descendre, es pais engagez, une grosse armée, là où il es toit en personne : et estoient les trafves faillies entre luy et le duc. Fist amener si grosse artillerie, et, de prime face, vint à Roye, en Vermendois, qu*il fist abbatre et ardoir, ville et chastel, et miu's. De là, s'en alla devant ung chastel nommé Tronquoy, ouquel avoit de trente à quarante compaignons qui se disoient au seigneur de Creve<^eur, bailly d'Amittis, qui faisoient tous les maulx du mçnde aux François d'Amiens et d'aiHeurs, et à tout le pais d'environ ; mais le roy y fist asseoir ses gros engins, et le fist abbatre et trébucher en terre, et pendre et estrangler tous ceulx deleens, réserve le cappitaine qui eschappa par finance. De là, s*en vint le roy devant Corbie, laquelle il fist assaillir par pltiseurs fois, et battre de ses engins merveilleusement fort, et abbktirent grant foison de murs. Et lors le seigneur de Contay, le seigneur de Gappanes, et aultres du parti du duc, se rendirent, sauf leurs corps et leurs biens, et s'en allèrent à Arras ; et lors les François entrèrent en la ville, laquelle ilz pillèrent, et puis y boutterent le feu et abbatirent les murs auprez des terres. De là, s'en vint ladicte armée du roy devant Dourlens, laquelle luy fut rendue : puis pareillement fist bruller, démolir et abatre les murs jusques aux fondemens.

Ce pendant, oudit an, le conte de Roussy*, filz du

i. Antoine de Ijnxembourg, comte de Brienne, de Ligny et de Roussy, etc., conseiller et chambellan du roi, fils du connétable de Saint-Paul (AnsBUO, III, 729.), fut d*abord atuché à la maison de Charles le Téméraire, et reçut, le 48 février 1472, les provisions de lieu-

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conte de Saincl Pol, conuestable de France, estoit en Boutgongne, cappitaine gênerai commis de par le'duc de Bo«rgongne, à tout une grosse armée de Picardz qu'il avoit amené avec luy des nobles de Bourgongne : furent mis en desroy, ruez jus et moft, et ledit conte de Roussy prins prisonnier, et pluseurs aultres avec luy.

En cest an , ou mois de niay, le seigneur de Picquigny, vidame d'Amiens, vint à Sainct Ricquier, laquelle luy fat rendue par Jps gens de guerre ^i se partirent leurs corps et biens saufz : et ceulx de la ville deb voient demourer avec leurs biens dedens ladicte ville, et tous ceulx des villages qui y estoient, en faisant le serment au roy, ce quUlz firent. Mais, incontinent quHlz furent leens, ilz commencèrent à pillier en aulcuns lieux : et, au partir, le seigneur qui estoit logiez dedens T abbaye fist chargior tous le» biens moeubles dudit abbé, lictz, coffres, bancz, buffetz et aultre maisnage^

tenant général de Bourgogne. (Salazabd, IV, 405.) Un compte de Jean de Yarry, cité par La Barre (II, 270, note B), et finissant le 80 septembre 1-475, le qualifie c lieutenant-général de M. le dut, gouTemeur et maréchal du comté de Bourgogne, etc. i Fait prisonnier à la bataille de Guipy, près Chàteau-Giinon, le 20 juin 1475 , il fut enfermé dans U grosse tour de Bourges, d*où on l'amena au Plessis-du-Parc. Louis XI lui reprocha rudement ses torts et ses perfidies, et ne consentit à loi laisser la vie sauve qu'à la condition par lui de payer, dans deux mois, une rançon de quarante mille écus d'or. (Linglet, II, 117, 123, 201.) Cette condition fut probablement remplie, car Antoine de Luxembourg, alors comte de Brienne, figurait, le 12 juin 1493, au nombre des seigneurs que le roi de France chargea de reconduire Marguerite d'Autriche, et dé la remettre entre les mains de l'empereur Maximilien. (Abssuis, loc. cit.; Le Glat, Correspondance de C empereur Mcucimilien y II, 425.) Scohier, cité par Anselme, place la mort du comte de Ronss^ en 1515. Nous croyons ce renseignement exact. Deux sentences rendues aux requêtes du palais, à Paris, prouvent, du moins, qu'Antoine de Luxembourg vivait encore le 30 mai 1512 , et qu'il n'existait plus le 31 mars 1516. lï n'y a donc aucun compte à tenir de ce que rapporte La Barre {tac, cU,), d'après le même Jean de Varry, de la mort d'Antoine de Luxembourg avant le 30 septembre 1476. Au mot que nous imprimons en caractère italique, il faut sans doute substituer celui de prise.

tant qu'il n'y laissa jusques à ung seul passet' ne scabelle, et tout emmena par charroy, à Amiens, où bon luy sambla. Et, au partir, non obstant le serment fait, tout le bestiail qu'ilz trouvèrent hors de la ville ilz l'emmenèrent, et ijniismes, dedens la ville, prindrent pluseurs biens, disant que c'estoit à gens qui n'avoient point faict le serment, ou qui estoient du parti contraire. Et y furent lesditz François depuis le Iqnd^ de Penthecouste , qu'ilz y entrèrent environ douze heures, jusques à la nuict du Sacrement, aprez vespres , qu'ilz partirent hastivement : ainsy y furent dix jours entiers. Et l'endemain, jour du Sacrement, le seigneur vydame d'Amiens renvoya sa trompette audit Sainct Riquier signifier aux bonnes gens qu'il estoit desplaisant de ce que on leur avoit osté , et qu'il leur feroit tout rendre et renvoyer, et qu'ilz fussent tousjours bons et loyaulx au roy.

Cy est à noter ce que j'avoie obmis : ce pendant que les FiCncois estoient en la ville de Dourlens, et aincois que les murs fussent démolis, ilz allèrent courre devant An*as, et estoit leur cappitaine le bastard de Bourbon^, admirai de France. Quant* ceulx de la garnison d'Arras en furent advertis, dont estoit chef le conte de Romont', frère de la roy ne de France, messire Jacques de Luxembourg*, frère du connestable, issirent dehors, là où il y eust grant rencontre et occisionde gens; mais, finablement, le conte de Romont s*en retourna en la ville, et messire Jacques de Luxembourg,

1. Petit tabouret. « Ne luy bailler carreaux, ou troncbet, oS passet à mettre sonbs les piedz. > (Les Arrêts d* amours y p. 69.)

2. Louis, bAtard de Bourbon, fils naturel de Charles W, duc de Bourbon, et de Jeanne de Bouman, légitimé au mois de septembre 1463; marina Jeanne, fille naturelle de Louis XI. Mort le 10 janvier 1486. (AVSRLBIB, I, 308.)

3. Jacques de Savoie, comte de Romont, mort le 30 janvier 1486 (GcicHBVoii, II, 101-102.)

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