XI. Du roi Richard d'Angleterre
XII. Distribution merveilleuse du temps d'Alfred, roi d'Angleterre.
I. Il y a si peu lieu de douter que la récitation de l'office canonial n'ait été d'obligation
pour les clercs , qu'on ne peut même nier que les laïques ne se soient acquittés de ce devoir.
Comme la France a toujours été la plus religieuse de toutes les parties de la chrétienté, je commencerai par elle à montrer combien c'a été une dévotion commune entre les séculiers mêmes, ou d'assister aux offices communs de l'Eglise, ou de les réciter en particulier.
Glaber, parlant des temps du roi Robert, montre que c'était encore la coutume que le peuple accourait avant le jour à l'église pour assister à matines. « Cum una noctium custo-
DE L'ASSISTANCE AU CHOfJR. 279
des majoris Ecclesifc ex more exurrexis- tinfïcrt'f, niliilomiims cas iiiler se et capella-
sent, atque ipsius ecelesiac portas, (piibiiscuie num siiuin lam de die, (piani de beala Virgine
ad matutinales landes pro[)erantil)US apeniis- subniisse dicebat. Insuper oflicium Mortiio-
sent, etc. (L. ii, c. S). » rum (luotidio ciim iiovem lectionibus , etiam
II. Le grand et admirable saint Louis, roi in fostis quantumcunique solcnmibus dicebat
de France, obtint permission de faire porter cuni capellano suo. Haro accidebat, quin qiio-
l'Eucharistie dans son vaisseau sur mer, où tidie duas missas audiret, et fréquenter très,
il faisait cbanter ks heures canoniales, avec vel quatuor (Ibid., p. 369). »
la messe même, excepté le canon, parles Un autre moine de Saint-Denis ajoute qu'al-
prètre? et les ministres, vêtus en habits de lant en voyage il disait secrètement avec son
cérémonie. « Ubi (juotidie divinum officium chapelain les heures canoniales en leur temps
solenmiter audiebat , videlicet omnes horas ])ropre ; que pendant ses maladies il faisait
canonicas, et prœter canonem, qurc perline- réciter l'office du jour et de la Vierge par
bant ad missam, sacerdote et ministris sacris deux religieux auprès de son lit, disant lui-
vestibus indutis, secundum quod congruebat même alternativement son verset, ou substi-
diei (Du Chesne, tom. v, p. 3(îO, 207). » tuant un clerc à sa place, si la violence du
Ce saint roi faisait assister les princes, ses mal lui ôtait la liberté de la voix ; enfin qu'il
enfants, dès leur jeunesse, à toutes les heures faisait chanter ses matines fort matin, et s'y
canoniales, surtout à compiles, avec lui tous trouvait avant tous les autres. « Quantumcum-
les soirs après son souper, où il faisait chanter que infirmusaliquando : horas solemniter can-
l'antienne de la Vierge, qui eut depuis cours tari faciens, in capella habebat duos religiosos,
dans le reste de l'Eglise, et ensuite on donnait vel alios , qui horas juxta lectum suum de
l'eau bénite. Enfin il obligeait ses fils à réciter beata Maria dicebant, dicens cum eis versus
en particulier l'office de la Vierge. sibi contingentes, etc. (Ibid., p. 400). »
« Volebat etiam quod pueri , jam adullœ Nangis et cet autre moine de Saint-Denis
aelati propincjui, (|uotidie non solum missam, ont tiré mot à mot ce que nous avons rapporté
sed et matutinas ac horas canonicas cum d'eux, de l'écrit de Geoffroy de Beaulieu, do-
cantu audirent, et quod ad audiendum ser- minicain et confesseur de ce saint roi : d'où il
mones secum adessent. Volebat etiam quod paraît (jue les jeunes enfants apprenaient à
singuli lilteras addiscerent, et horas beatœVir- lire dans les livres de l'office de la sainte
ginis decantarent, ac ut essent semper cum Vierge, et n'apprenaient à lire que pour s'ac-
ipso ad completorium, quod post cœnam suam quitter de ce glorieux tribut de la piété chré-
quolidie solemniter decantari faciebat. In fine tienne. Car c'est le sens véritable des paroles
cujus specialis antiphona B. Marine alta voce de cet auteur.
cantabatur. Dicto vero completorio cum pue- Il paraît encore que les enfants des princes
ris in caméra revertebatur , et aqua benedi- et des souverains mêmes , quelque jeunes
cta a sacerdote circa lectum suum et per qu'ils fussent, assistaient aux offices de l'é-
cameram aspersa , residebant pueri circa glise , et disaient en particulier celui de la
ipsum, etc. » C'est ce qu'en dit Nangis. Vierge. Ce même auteur raconte (Ibid., p. 448,
Le palais de l'empereur Théodose le Jeune, ioO), que ce saint roi s'accoutuma durant quel-
qui passait en son temps pour un sanctuaire que temps à se lever à minuit, à chanter ses
de piété , et presque pour un monastère , matines avec ses chapelains dans sa chapelle,
cédera sans doute à celui de saint Louis , et à prier ensuite autant de temps que les
si nous y ajoutons encore ce que raconte le matines duraient dans l'église cathédrale,
même Guillaume de Nangis, qu'il entendait « Aliciuanto temporc in consuetudinem duxit,
tous les jours chanter tout l'office canonial circa mediam noctem surgere ad matutinas a
et celui de la Sainte Vierge, ou qu'il le récitait capellanis suis et clericis in capella cantandas,
en particulier avec son chapelain, aussi bien ut post matutinas rediens, etc., tamdiu in ora-
que loffice des Morts, outre deux ou trois tione permanere volebat, quantum dura verant
messes qu'il entendait tous les jours. in Ecclesia matutina^. »
« Onmes horas canonicas, etiam de beata Mais comme ce grand roi se levait aussi
Virgine cum cantu quotidie audire volebat : fort matin , pour s'appliquer aux affaires de
etiamsi eas in itinere equitando audire con- son Etat : « Sed cum ipsum nihiloniinus opor-
280 DU SECOND OUDIiK DES CLERCS. — (:il\}>Hi;i: niATIUvVINC.T SEPTIÈME.
leret [nopler iiistantia negotia atl priinam sur- « Evanj^iles, et des autres vies fies saints, car
gère satis inaiie, elc, » ces veilles furent si « elle entendait moult bien le latin, et si bien
préjudiciables à sa santé , (juil tut enliu «l'entendait, que quand les chapelains l'y
obligé de céder au.v sages avis de ceux (jui lui « avaient écrites ses lettres, (ju'elle taisait faire
conseillèrent de se lever pour matines , eu « en latin, elle les amendait, (juand il y avait
sorte (jue, peu après les avoir achevées, ce fût c aucun faux mot (Du Cange, après la vie de
le temps d'entendre prime, la messe et les « saint Louis). »
autres heures. « Discrelorum consilio et pre- IV. C'était à mon avis cette intelligence de la
cibus adquievit, videlicet quod ad matulinas langue latine, qui était encore alors très-com-
surgeret lali hora, quod post modicum s|)a- mune, (jui faisait (|u'iui fort grand nombre de
tium [)riniam et missas et horas capteras conti- laïques assistaient aux oflicesde l'Eglise, ouïes
nue posset audire. » récitait en i)articulier.
Nous apprenons de là: 1" Quel fut le but des Aussi le concile de Toulouse, en l'an 1229
saintes chapelles, dans le palais des souverains (Can. xiv) , voulant remédier aux désordres où
et des grands princes. Car c'était uniquement les hérétiques de ce temps-là avaient précipité
pour y chanter les heures canoniales, où les un grand nombre de fidèles, par la lecture trop
princes etleur famille assistaient ordinairement, licencieuse des livres de l'Ecriture, et des
2" On y chantait encore l'office de la nuit vers versions nouvelles qu'ils faisaient débiter, il
minuit au temps de saint Louis. 3" L'office y excepta de sa défense le psautier, le bréviaire et
était plutôt achevé que dans les églises cathé- les heures de la Vierge,
drales. 4° Il y a apparence qu'on y changeait « Prohibemus ne libros veteris Testamenti,
le temps des heures du jour, pour s'accom- aut novi , laici permittantur liabere, nisi forte
moder au loisir du prince. psalterium, vel breviarium pro divinis officiis,
GuillaumedeChartres, jacobin (Ibid., p. i08), aut horas beatér Maria? aliquis ex devotione
qui a aussi écrit la vie de ce saint roi, dont il habere velit. Sed ne pra}missos libros habeant
fut chapelain, raconte que durant sa captivité in vulgari translates, arctissime inhibemus. »
môme, et dans la prison, il disait tous les jours Ce même concile (Can. xxv) ordonna aux
le grand office, selon l'usage de Paris, et celui fidèles d'assister à tout l'office les Dimanches
de la Vierge aux heures propres, outre la et les fêtes. « Ex integro praHlicationeni et
messe sans canon, étant assisté d'un prêtre divinum officium audiant ; » et aux vêpres
jacobin, et d'un clerc, qui était lui-même. même du samedi.
« Quantumcumque in illo gravis ergaslulo V. Le pieux et invincible Simon de Monlfort,
carceris arctaretur, divinum tamen officium si fameux par ses victoires sur les hérétiques
secundum morem Parisiensis Ecclesiœ, mata- albigeois de Toulouse, assistait tous les jours à
tinas scilicet et horas canonicas tam de die, la messe et à toutes les heures canoniales, per-
quam de beata Virgine, et totum officium suadé qu'il était que c'était par ses prières
missœ, absquesacramenti consecratione, exsol- qu'il engageait le Dieu des victoires à le favo-
vebat horis competentibus (Anno 1250). » riser. « Cum esset in bellis strenuissimus, omni
III. Isabelle, sœur de saint Louis, suivait de tamen die missam et horas canonicas omnes
bien près son frère. « Elle se levait pour dire audiebat, semper sub armis, semi)er in peri-
« ses matines, grand pièce devant le jour, et ne culo (Anno 1213; Rigord. in Philip. Aug.). »
« se recouchait point, et était continûment en C'est ce ([u'en dit Rigord. Guillaume de
« oraisons jusques à haut midi, etc. Elle ne Tyr assure que l'illustre chef de nos croisés
« parlait point (juand elle disait ses heures, ni Codefroy de Bouillon, avait emmené avec lui
a devant prime, ni puis qu'elle avait dit com- dans son expédition sacrée une troupe de reli-
« plie, s'y elle n'était malade. » gieux, pour lui réciter les offices divins aux
Ce sont les propres termes de celle (jui a heures du jour et de la nuit. « De clauslris
écrit sa vie, qui fut sa demoiselle suivante, et bene disciplinatis mouachos insignes adduxe-
depuis troisième abbesse de l'abbaye de Long- rat, qui toto itinere horis diurnis et nocturnis
chanips, que cette sainte princesse avait fondée, ecclesiastico more divina illi ininistrabant offi-
II en faut encore ajouter ces paroles : « Elle cia (Vuill. Tyr., 1. ix, c. 9). » Mais cela re-
« était jusqu'à noue en étude des saintes Ecri- garde l'Orient.
« tures, si comme de la Bible et des saints VI. Il paraît par les apologies même de
DE L'ASSISTANCK AU CHOKl'K. 281
Guillautne de Saint-Amour, que non-seule- le pouvoir de marcher, il récila tous les jours
ment les ^ens de cour, mais (juehjues ecclé- son (ttlico avec ses clercs, au mciue temps «lu'on
siasliques et quelques docteurs aussi ne par- le diaulail dans l'éf^Mise, ce qu'il continua le
laieut pas avec assez de respect de l'assiduité jour même (ju'il mourut. « Jussit ut noctur-
admirable de saint Louis aux ol'tices de l'efilise, nale coram se ca|)el[ani pere^issent, e|)iscopo
même aux jours fériaux. « Melius est rc^ihus cuin suis in ecclesia illum célébrante. Cum
et principibus facere judicium et justitiani, ad psallentibus autem etipse psallebat, donec |»osl
quae tenentur, eliam omissis solenmitatibus matulinale oi'ticium omnes quocjue horas dici
divinorum officiorum in diebus profeslis, qyuv conq)leret. Tum vero completorium liniens,
ipsos a pncdictis impediunt, etc. ^Vuillelmus, etc. »
de sancto Amore, p. UO). » VllI. Le comte Elzéar de Provence ne lut
Mais ce grand roi faisait voir par son applica- pas moins fidèle à réciter tous les jours les
tion infatigable aux alïaires qu'il ne donnait à heures canoniales du bréviaire romain. « Quo-
la prière que le temps que les autres donnaient tidie preces canonicas pro Uomanai Ecclesite
au jeu et au divertissement. Aussi se plaignait- ritu et consuetudine persolvit (Surius, die 27
il agréablement qu'on trouvât mauvais de lui Sept.,c. xx) (t).
voir donner à la prière le temps dont on eût L'abbé (iuibert rend ce témoignage à sa
trouvé bon qu'il eût donné le double à lâchasse pieuse mère, qu'elle ne manquait presque
et au jeu. « Si in duplo tempore poneret in lu- point aux offices de la nuit, ([u'elle assistait
dendo ad aléas et currendo per silvas pro ve- toujours à ceux du jour, et qu'elle s'occu|>ait
nationibus et aucupiis, nemosemperhis loque- sans cesse avec ses chapelains aux divins can-
retur. » tiques. « Nocturnis officiis, vix aut nun(|uam
VII. Saint Gérald, comte d'Orillac, dont saint deerat, cum diurnis temporibus conununia
Odillon, abbé de Cluny a écrit la vie, alliait Dei populo freiiuentaret. Sic equidem utcapel-
aussi fort saintement les affaires à la prière. Il lanorum studium indesinens nunquam pêne
assistait tous les jours à matines et ensuite à la apud ipsam a Del laudis celebritate vacaret (De
messe. « Post nocturnas laudes si quolibet pro- vita sua, 1. i, c. 12). »
ficiscendum erat, missarum subsequebatur IX. C'était pour assister tous les jours aux
solemnitas. » Il disait presque tous les jours le divins offices, que Philippe, duc de Bour-
l)sautier. « Consuetudinem statuit, ut psalte- gogne, fonda sa sainte chapelle, et y entretint
rium penequotidie recitaret. » 11 avait toujours « une musique ordinaire, qui égalait celle des
une troupe d'ecclésiasli(jues à sa suite, avec « rois, et qui chantait tous les jours en sa mai-
lesquels il chantait les psaumes : «Copia de- «son tout le service d'une église cathédrale,
ricorum semper eum comitabatur, cuni(|uibus « Il y avait vingt et un chapelains, etc. (Labou-
in divino opère jugiter insudabat (Bibl. Clun., « reur, dans sa vie). » Le duc d'Orléans, qui
p. 73, 95, 98, t06). » fut tué à Paris par le duc de Bourgogne, en-
11 aimait à s'écarter de la compagnie pour tendait la messe et « et disait tous les jours le
vaquer plus librement à la divine psalmodie, bréviaire. »
« Mos illi erat, ut cooperto capite solus equi- Son apologiste tâcha de repousser la médi-
taret, ((uo psalmodiœ liberius vacaret.» Ses sance de ceux qui l'accusaient d'hypocrisie. 11
maladies ordinaires ne l'empêchaient pas de se nous suffit de dire que l'hypocrisie même ren-
rendre aux offices du jour et de la nuit dans drait un fidèle témoignage que les seigneurs
réglise. « Per onuie sui languoris tempus, ita et les |»rinces pieux s'acquittaient ordinaire-
fatiscentes ad divinum obsequium impellebat ment de ce devoir (Histoire de Charles Vil ,
artus, ut nec unum quidem nocturnale officium 1. xxvm, c. 10).
nisi in ecclesia pateretur celebrare. » L'ancien éloge de Charles VII, roi de France,
Enfin, (|uand la violence du mal lui eut ôté composé par un auteur anonyme , témoigne
(1) On croirait qu'il s'agit ici d'un comte de Provence du nom tiqua la virginité dans le œariape, et sa pieuse compagne, sainte
d'Elzéar. Ce serait une erreur. Il s'agit de saint Elzéar de Sabran, né Delphine , fut également accordée à la vénération des fidèles |.ar
à Anscuis, en Provence, mort en 1325, et canonisé par Urbain V Urbain V. Il existe, dans la bibliothèque publique de la ville d'Albi,
environ cinquante ans après son décès. Il mourut à Paris, tandis qu'il une vie manuscrite de saint Elzéar de Sabran et de sainte Delphine,
était ambassadeur de Robert II, roi de Naples et comte de Provence. écrite en provençal pendant le xive siècle, quelques années après
Son corps fut transporté dans l'église des Frères-Mineurs de la ville leur trépas.
d'Apt eu Provence, où se trouvait le tombeau de ses a'ieux. 11 pra- (Dr Andke.)
282 DU SECOND ORDRE DES Cr.ERCS. — CHAPITRE Ql^ATRE-VlNGT-SEPTIÈME.
« (jn'il oyait tous les jours trois messes, c'est « à soavoir une grande messe courte et deux « basses messes, et disait ses heures chaque «jour sans y faiUir (Histoire de Charles VH, « i)ar Ciodefroi). »
\. Si de France nous passons en Angleterre, nous trouverons d'abord que la même |)iété y passa aussi autrefois avec le roi Guillaume le Conquérant. Ce valeureux prince entendait tous les jours la messe et l'office canonial tout entier. « Diebus singulis missa* assistebat, matutinos hymnos et vespertinos diligenter cum horis regularis (An no 1086). »
Guillaume de Malmesbury rend le même témoignage à la piété de ce prince. « Religionem Christianam quantum sœcularis poterat, ita frequentabat, ut quotidie missfe assisteret^ vespertinos et matutinos hymnos audiret (Malmes., 1. ni, reg. Angl.). »
Ce même historien, exposant les désordres étranges de l'Angleterre, qui lui avaient enfin attiré la colère du ciel et l'avaient fait tomber sous la puissance des princes normands, n'a pas omis l'oubli et le mépris des offices divins. « Optimates gulœ et veneri dedili, Ecclesiam more christiano mane non adibant, sed in cubiculo et inter uxorios amplexus, matutinarum solemnia et missarum a festinante presbytère auribus tantum libabant. »
Matthieu Pans dit la même chose, et semble avoir emprunté les termes propres de Guillaume de Malmesbury. Ce furent là les armes invincibles de Guillaume le Conquérant pour subjuguer l'Angleterre et la tenir ensuite assujétie à ses lois. Ce furent là aussi les véritables causes qui firent déclarer le ciel pour un prince religieux contre des princes et des peuples irréhgieux et efféminés.
Le saint évêque de Worcester Wolstan, qui vivait en même temps, ne se contentait pas de l'éternelle psalmodie qui occupait son cœur et sa bouche ; il punissait sévèrement ses domestiques s'ils avaient manqué même aux offices de la nuit, et exhortait tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens à garder l'ancienne coutume
de réciter Iv. bréviaire, leur faisant lui-même quehiuefois l'office de chapelam, et leur récitant matines. « Si quis ministrorum, vcl iemulentia, vei somnolentia victus, matutinis non afiuisset, acri ferulae ictu in illum ulcisci. Postremo personas honestiores per se excitando, ipse matutinas eis cantare (Malmesb., de gestis pontificum, p. 280). »
Il n'envoyait nulle part le moindre de ses officiers laïques qu'il ne lui prescrivît de faire sept fois la prière par jour, pour répondre aux sept heures canoniales, où il les faisait assister dans la ville, « Laicuni nuUum de suis quo- ()uam misit, cui non preces septies in die dicendas injungeret : hoc asserens, ut sicut clerici septem horas, ita laici septem orationes Deo libarent (Surius, die 9 Januar., c. x). »
XI. Le valeureux Richard, roi d'Angleterre, qui remplit l'Orient et l'Occident de la frayeur de son nom, était toujours le premier levé pour se rendre à l'église , dont il ne sortait point qu'il n'eût entendu tout l'office canonial et la messe. « Ipse enim mane consurgens quotidie, primum quacrebat regnum Dei, et juslitiam ejus, et ab ecclesia non discedebat, donec more ecclesiastico omne divinum perageretur officium. Gloriosum siquidem est in principe, quotidianos actus suos, et ab eo incipere, et finire in eo qui est principium sine principio, et judicat fines terrae (Roger., p. 733). »
Henri 111, roi d'Angleterre, entendait tous les jours trois messes à note, outre les messes basses où il assistait (Valsing., t. i, p. 1 ; t. 2, p. 67). Saint Louis l'exhortait quelquefois à employer une partie de ce temps à entendre la prédication, à quoi il répondait qu'il aimait mieux voir plus souvent son ami que d'entendre parler de lui.
XII. Ces rois, qui étaient originaires de France, avaient aussi emprunté de la cour de France cet air de piété. Mais après tout, ils eussent trouvé un modèle achevé de la piété royale dans l'ancien roi d'Angleterre Alfred, dont nous avons parlé ci-dessus au chapitre Lxxxm, num. 4 (1).
(1) A tous ces exemples, nous pouvons ajouter celui de Stanislas, roi de Pologne, pèie de la reine de France, Marie Leczinska. Dn sait qu'il était souverain de la Lorraine et qu'il résidait à Lunéville. Voiri donc ce que nous lisons dans un récit de 1742, publié dans la Revue des Sociétés savantes, t. m, p. 257 : « Le roi entend tous les <i jours une grand'messe sans musique, et immédiatement après une " petite en musique. Sa Majesté se prosterne par terre, se tenant les 0 bras teodus une partie de la messe. >■ Notre siècle a vu quelque chose de plus beau encore. Charles-Emmanuel IV, roi de Sardaigne, après avoir vécu sur le trône en vrai religieux, abdiqua, après la mort de Clotilde de France, son épouse, arrivée le 8 mars 1802, la
couronne royale en faveur de son frère, Victor-Emmanuel 1er, continua de mener une vie toute céleste, et le 11 janvier 1815, entra comme novice de la compagnie de Jésus, au noviciat de Saint-André, sur le mont Quirinal, à Home, au moment où Pie VII venait de rétablir cette société religieuse. Il mourut le 7 octobre 1819, dans sa petite cellule de simple jésuite, comme meurent les saints. Nous sommes convaincus que Victor-Emmanuel H, en se remémorant ce magnifique exemple de l'un de ses prédécesseurs, se dira plus d'une fois : 11 Quid prodest homini si mundum universum lucretur, animic vero SUT dttrimentum patiatur? n
{Dr André.)