‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 164 sur 291 · DES APOCRISIAIKES OU NONCES DU SAINT-SIEGE · texte numérisé non relu

DES APOCRISIAIKES OU NONCES DU SAINT-SIEGE

per ncglif^cnliam non perçant, et servonim luédécessenr de saint (Iréj^oire lui avait faites,

Del mentes ad opus Doniinicuin libcriores de persécuter celui qui n'était coupal)lo (|ue

existant, a parce qu'il voulait l'enipêclier de mal faire, et

VII. Quelques défenseur? ou notaires de l'E- d'appuivrir son é^^lise pour enrichir ses parents,

glise romaine se faisaient défrayer par les évè- Saint (ircgoin; envoya \v sous-diacre Antonin

ques des lieux, dans les courses et les voyages à Salone, pour faire rétablir rancien anlii-

qu'ils faisaient en Sicile. Ce pape qui employait diacre, pour déposer le nouvel usurpateur et

le patrimoine de son Eglise à entretenir ou à obliger l'évéque d'envoyer ses apocrisiaires à

soulager les pauvres de toutes les provinces de Rome, pour sa justification. « Cum resi»onsalés

l'Eglise, défendit aux évèques de Sicile de ne vestri advenerint (L. u, ep. IG, 37). »

plus contribuer en rien à l'entretien de ces XI. 11 écrivit à Colombe, évêque de Numidie,

officiers, s'ils n'apportaient des lettres expressé- d'assembler un concile dès qu'Hilaire, son car-

ment pour cela, ou du pape même, ou du tulaire, serait arrivé en Afrique, d'y déposer et

nonce, qui était chargé du patrimoine de saint mettre à la pénitence l'évéque Maximien, s'il

Pierre. avait vendu sa faveur pour la création d'un

« Quisquis ille est, si rêvera sedisnostrfrfue- nouvel évoque donatiste, comme il en était

rit notarius, vel defensor, nisi nostra ad vos accusé, et de terminer en particulier avec le

specialiter, velrectorisnostripatrimoniiscripta même cartulaire tous les autres différends qui

detulerit, nullis per nomen Ecclesiœ nostrœ seraient survenus entre les évèques et les

potiatur angariis; nec aliqua vobis ab eo gra- clercs. « Si qua autem inter eos extra crimen

vamina imponi permittatis, sedsuisuiilitatibus hoc damnorum quorumdam, vel privatorum

iter suum, propriis,utnovit, disponatexpensis. negotiorum versalur intentio, banc tua frater-

Nec quemquam ab eo in locis istis patiamini nitas, cum prfedicto cartulario nostro, privata

molestari (L. i, ep. lxviii). » cognitione perquirat. »

YIII. Ce pape chargeait ses nonces de la pro- XII. L'archevêque de Larasse ayant usé de

tection des personnes particulières, qui implo- son autorité sur Adrien, évêque de Thèbes, son

raient le pouvoir de l'Eglise contre ceux qui snffragant, avec plus d'aigreur et d'animosité

les opprimaient. En leur commettant le patri- que de justice, ce saint pape se crut obligé de

moine de l'Eglise, il leur faisait promettre une soustraire cet évêque à la juridiction de son

incorruptible lidélité devant le corps de saint métropolitain, et d'ordonner que s'il survenait

Pierre là Rome : « Memor quod ante sacratissi- à l'avenir quelque différend entre eux soit

muni B. Pétri apostoli corpus , potestatem pour la foi, soit en cause criminelle ou pécu-

patrimonii rjus acceperis (Epist. lxix, lxx). » niaire, il serait vidé ou par l'apocrisiaire, c'est-

IX. Il ordonna une semblable délégation à à-dire par le nonce du pape résidant à Connu religieux d'Afrique, pour y faire faire le stantinople, ou par le pape même, si la chose procèsàun évêque atteint d'un crime effroyable, était d'une grande importance.

et même d'avoir rempli de donatistes son cler- « Fraternitas tua ab eo ecclesiaque ejus, om-

gé; il lui donna pouvoir d'assembler pour cela nem antehabitœ suœ potestatem jurisdictionis

un synode, et d'exécuter incessamment ce qui absliueat, et secundum decessoris nostri scri-

y aurait été résolu. pta, si qua causa vel fidei, vel criminis, vel

« Quatenus prœfatum episcopum idoneœ pecuniaria , adversus prœfatum Hadrianum

satisfactioni committere non omittas , tuatiue consacerdotem nostrum i)otuerit evenire, vel

instantia in locis illis fiât ex more concilium, per eos qui nostri sunt, vel fuerint in urbe

omnia subtili indagatione perquirantur , et n-gia responsales si mediocris est, questio,

quœcumque eorum judicio fuerint terminata, cognoscatur, vel hue ad Aposlolicam Sedem,

te exequente modis omnibus comi)leantur. Ita si ardua est, deducatur. (juatenus nostrae au-

crgo te cum omni vivacitate luiic causœ volu- dienti;r sententia dedicatur (L. n, ep. 7,

mus prtrbere instanliain, ut nuUa possit sub- ind. ii). »

nccti dilatio, etc. (L. i, epist. xxviii). » Entre tous les apocrisiaires ou nonces du

X. L'évéque de Salone avait dégradé son ar- pape, celui qui résidait ordinairement à Conchidiacre en le faisant prêtre, et lui en avait stantinople, ou qui suivait la cour de l'empesubstitué un autre, donnant plus à une injuste reur, était certainement le plus considérable; animosité qu'aux justes défenses que le pape saint Grégoire même en avait fait la fonction

avant son pontificat;, et il paraît bien quelle dict. 1 1, epist. xxxvi); » d'y amener aussi les

estime il en faisait par la commission ([u'il femmes perdues, avec (jui un prêtre s'était

donnait à son nonce de Constantinople , de perdu de conscience et de réputation. « Ihec

vider les difl'érends entre cet archevêque et cet omnia ita efficaciter curabitis adimplere, ut

évêque , en quebjue matière qu'il en pût nulla vos de neglectu culpa respicial (Epist.

naître. wxvui).»

XIII. Il commit le sous-diacre Antonin, pour L'évêque Adrien, dans la province de Cofaire revoir dans un concile, conjointement rinthe, s'étant parfaitement réconcilié avec son avec l'évêque de Salone, le procès de l'évêque accusateur, ce pape envoya un diacre de son de Raguse, injustement déposé. « Executio- Eglise pour reconnaître si cetteconcorde venait nem antefati negotii Antonino subdiacono de l'innocence de l'accusé, ou de la prévaricanostro ex nostra prœceptione mandavimus , tion de l'accusateur. 11 commit Hilaire, moine quatenus ejus inslantia, et qufe sunt legibus, d'Afrique, pour y faire tenir un concile contre canonibusque placita decernantur, et décréta les donatistes (L. i, ep. 82).

juvante Domino mancipentur effectui (L. ii, XVI. L'évêque de Ravenne avait aussi son Ind. 11, ep. vin, ix). » nonce auprès du pape, et il était diacre aussi L'évêque de Salone étant mort, ce même bien que celui du pape à Constantinople. Lors- Antonin, intendant du patrimoine a[)ostoliqu(i que le pape célébrait, ce nonce avait une place en Dalmalie, « rector patrimonii in Dalmatia, » honorable, et saint Grégoire lui en avait donné fut commis par ce pape pour faire élire un une encore plus honorable que celle dont il nouvel évêque, pour prévenir toutes les intri- avait joui jusqu'alors. « Recordare in missagues simoniaques, pour envoyer l'élu à Rome, rum romanarum. solemnibus, ubi Ravennas où il devait être ordonné, pour faire faire l'in- diaconus stabat, etrequire, ubi hodie stat, et ventaire de tous les biens de l'Eglise de Salone cognosces, quia Ecclesiam Ravennatem honoet pour empêcher qu'on n'en dissipât rien peu- rare desidero (L. iv, ep. 15). » Mais comme dant l'interrègne (Epist. xxu). Au contraire les l'évêque de Ravenne n'était pas satisfait des Milanais ayant élu un nouvel évêque et en limitations que le pape avait mises pour l'usage ayant donné avis à ce pape, à qui en apparte- qu'il devait faire du palhum, ce pape écrivit h nait la confirmation, il envoya à Milan le sous- son nonce à Constantinople pour savoir si les diacre Jean pour examiner sur les lieux si métropolitains d'Orient en usaient autrement, l'élection avait été canonique et ensuite y faire « Tamen bac de re jam diacono nostro Consacrer le nouveau prélat par les évêques de la stantinopolin scripsi, ut inquirere debeat per province, selon la coutume (Epist. xxix, xxx). omnes, etc. »

XIV. Un évêque de Campanie étant tombé XVII. Il commanda au diacre Castorius de dans le mépris de son clergé et de son peuple, faire des informations exactes de l'évêque de le pape écrivit à Pierre, sous-diacre, d'aller Pesaro, et s'il le trouvait atteint des crimes calmer ces dissensions et de faire respecter dont on le chargeait, de le faire conduire à l'évêque en le faisant aimer (Epist. xxxiv). Rome avec les mémoires dressés contre lui; de

Le peuple de Naples différant trop d'élire un veiller sur la vie des autres évêcjues et de l'a-

évêque, saint Grégoire manda au même sous- vertir des crimes qu'il aura découverts,

diacre de le contraindre par les censures de « Experientiœ tuœ prœcipimus, ut de vita

l'Eglise, ou d'en élire un au plus tôt, ou d'en- et actibus ipsius subtili indagatione studeat

voyer à Rome des députés pour y faire l'élec- perscrutari, et si quid fortasse repereril quod

tion comme chargés de leur compromis. « Si sacerdotii integritatem valeat maculare, ad nos

fortasse admonitionem tuam quolibet modo eum cum scriptis tuis sub competenti cautela

dilterre tentaverint, ecclesiasticum in eos vigo- transmitte, etc. Non solum autem de eo, sed et

rem exerce (Epist. xxxv). » de aliorum quoque sacerdotum vita te conve-

XV. .Ce pape avait commis la nonciature de nit esse sollicitum. Et si de quolibet sinistrum

Sardaigne cà un sous-diacre et à un défenseur ; quidpiam sentire potueris, nobis renunliare

il leur mande d'amener à Rome l'archevêque festina, ut actuum pravitas salubriter, cum

Januarius pour y être examiné sur les accusa- Dei solatio, debeat emendari (L. iv, ep. 2i). »

fions formées contre lui : « Januarium sunima Les nonces de ce pape étaient donc comme

hue exhibere instantia non omittas (L. u, in- les yeux clairvoyants de sou infatigable vigi-

DES APUCUiSlAllŒS OL JNO.NCtS DU SAliNT-SILGE.

lance, et comme les inspecteurs universels de la vie et de la conduite des évèques, des désordres du clergé, des irrégularités des moines, des oppressions des laïques; non pas pour acquérir à Rome une domination universelle, dont le soupçon même ne peut pas tomber sur un pape si saint, si humble et si désintéressé; mais pour faire régner partout la sainteté des lois ecclésiastiques et en punir les violations.

Aussi ce pape écrit à l'évèque de Naples que, s'il difTére d'exécuter ce qu'il vient de lui prescrire, son nonce est chargé de ne lui point donner de trêves, « Porro si tu, quod non opinamur, dissinnilandum putaveris, rectori patrimonii ecclesiœ nostr;T> quiilhc est, vel fueril constitutus , noveris esse licentiam , ut quid sponte postponis, ejus facere instantia modis omnibus urgearis (L. v, ep. il). »

Ce même pape manda à huit de ses nonces en même temps, qui étaient ou défenseurs, ou sous-diacres, ou notaires, d'empêcher absolument les évêques d'avoir dans leur palais épiscopal d'autres femmes que celles qui leur sont permises par les canons. «Si qui episcoporum, quos commissi tibi patrimonii finis includit, cum mulieribus degunt, hoc omnino compescas, et de cœtero cas illic habitare, nullo modo patiaris, exceptis eis, quas sacrorum canonum censura permittit(L. vu, ep. 39). »

XVIII. L'évèque de Reggio étant accusé par ses propres ecclésiastiques, saint Grégoire commit le diacre Sabin pour examiner cette cause avec cinq évêques, avec ordre de lui en envoyer le résultat.

Il manda au sous-diacre Sabin de s'informer de la vie d'un prêtre infâme et de l'emprisonner jusqu'à ce qu'il lui eut envoyé ses informations (L. vu, ep. i6, -4") ; de tenir la main à l'exécution d'un testament en faveur de l'Eglise et de quelques personnes misérables (L. vni, ep. 5, 6). Il ordonna à son défenseur en Sicile d'empêcher un évêque de s'arrêter plus longtemps à la poursuite de ses procès, et de le renvoyer dans son diocèse en moins de cinq jours (L. VHi, ep. 11).

Le sous-diacre de Campanie, Anthémius, eut ordre de mettre sous la protection de l'Eglise des personnes injustement persécutées, d'en délivrer d'autres de la persécution de quelques officiers de l'Eglise même, de faire exécuter au nouvel évêque de Naples ce que son prédécesseur avait marqué de faire, en ne distribuant pas à sou clergé et aux pauvres la portion qui

Tu. — Tome 11.

leur était due des biens de l'Eglise (L. ix, ep. 1-2, 13, ^2»)).

XIX. Si ce pape était zélé pour maintenir une autorité qui n'avait pour but que l'observance religieuse des plus saintes lois de l'Eglise, il ne l'était pas moins pour soutenir l'autorité des évêques, et pour arrêter les excès où pouvaient s'emporter ses officiers.

C'est ce qui lui fit écrire à Romain, défenseur de Sicile, qu'il n'avait pu rétablir les clercs que leur évêque avait mis à la pénitence, et qu'il devait les y envoyer; qu'il n'avait f)u se rendre juge des différends survenus contre les ecclésiastiques qui ne peuvent être jugés que parleur évêque ou par son délégué, ou, si leur évêque leur est suspect, par les arbitres qu'il fera lui-même choisir aux parties; enfin, que ce n'est que dans les procès des clercs, ou des laïques contre leur évêque, qu'il pouvait se porter pour juge, ou les obliger de part et. d'autre d'élire eux-mêmes des juges, parce qu'il n'y a point de plus injurieuse violation des canons que d'affaiblir la juridiction des évêques, sous le vain prétexte de faire garder les canons. « Nam si sua unicuique episcopo jurisdictio non servatur, quid aliud agitur, nisi ut per nos, per quos ecclesiasticus custodiri debuit ordo, confundatur (L. ix, ep. 32) ? »

Il dit ailleurs que ce n'est pas l'honorer que de déshonorer ses frères; son honneur est de faire honorer les évêques. « Nec honorem esse deputo, in quo fratres meos honorem suum perdere cognosco. Tune vere honoratus sum, cum singulis quibusque honor debitus non negatur (L. II, ep. 21). »

Les entreprises que les évêques faisaient les uns sur les autres, étaient encore de ces causes que le pape jugeait et faisait réparer par ses nonces, qui ne devaient avertir le pape de ces désordres qu'après avoir inutilement pressé les évêques d'y remédier eux-mêmes. « Si qua de episcopis inordinate acta cognoverit, prius quidem sécréta ac modesta adhortatione corripiat cartularius noster : quœ si ita emendata non fuerint, nobis celeriter innotescat (L. ii, ep. 22, 30). »

L'évèque Paschase s'occupant à toute autre chose qu'a ce qui était de son devoir, ce pape fait une réprimande à Anthème, sous-diacre de Campanie, de ne lui avoir pas fait des corrections aussi sévères qu'il devait. « Ut nihil habere episcopalis vel genii vel reverentiœ judicetur. Quod si ita est, non sine culpa tua esse

380 DU SECOND UUUIŒ DES CLEKCS. — CHAIMTKE CENT-HUITIÈME.

cognoscas, qui eiim objiirgarc, atquc coerccrc, Il est aisé néanmoins de remaniiier quelque

ut (ligiuuu est. ilistulisti (L. ii, ep. 31). » dilîérence dans celte foule d'exemples qui ont

X\. Nous avons déjà parlé de la commission été confusément entassés les luis sur les autres,

donnée par ce pape au défenseur Jean, d'aller (]ar ces nonces étaient bien [dus fréquents et

en Espagne revoir le procès d'un prêtre, et plus a[)pliqués à veiller sur toute la conduite

faire revoir celui d'un évèque déposé dans un des évè(jues, des clercs et des moines dans

nouveau concile; et si l'un et l'autre se trou- l'Italie, dans la Sicile et la Sardaigne, (jui

valent innocents, non-seulement les rétablir avaient apparennnent été autrefois de la mélro-

en leur première dignité, mais faire empri- pôle de Rome, et qui étaient encore de sa i>ri-

sonner révoque intrus, et mettre pour six matie, que dans l'Africiue, l'Espagne, rillyrique

mois en pénitence, dans des monastères, les et les autres provinces plus écartées, où l'Eglise

évèques qui avaient été les auteurs de l'intru- romaine n'avait point de patrimoine, et où il

sion d'un ambitieux, et de l'injuste déposition n'envoyait ses nonces que dans les besoins ex-

d'un innocent (L. n, ep. 5-2). Ce défenseur pré- traordinaires.

sida effectivement à ce second jugement, et XXll. Nous n'avons rien dit de la France,

prononça selon ses instructions comme délégué parce que nous avons jugé à propos d'en parler

du pape: « Dum ex deputatione, et jussione séparément, et de considérer de quelle manière

apostolici Domni mei papte Gregorii, ego Joan- ce pape en usait envers nos rois et nos prélats,

nesdefensorcognitorresedissem. etc. (Ep. Lv).» ce que nous réserverons à un autre chapitre,

XXI. Voilà quels étaient les pouvoirs des qui suivra celui où nous allons traiter en partinonces, soit ordinaires, soit extraordinaires de culier, et un peu plus au long , tout ce qui ce saint pape, dans l'Italie, la Sicile, la Sar- regarde les apocrisiaires ou les nonces des papes daigne , l'Afrique , la Dalmatie , l'IUyrique à Constantinople auprès des empereurs, oriental, et dans Constantinople même.

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