‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 174 sur 291 · DES AHCHICHAPELAINS OU GRANDS CHAPELAINS · texte numérisé non relu

DES AHCHICHAPELAINS OU GRANDS CHAPELAINS

Enfiilramnus pra}tlccossor istiiis, summus ca- pouvoir de la faire, après que l'empereur cul pellanus ejus et apocrisiarius Apostolicœ Sedis cassé leur preuiière élection. « Alleram nobis in istis regionihus ali(|uandiu fieret. Et postea electioncin iuipetrare ac concedere studuideprecationc sanctai recordalionis Pii Augusti slis, etc. Persona qnam diciuins sufficere ad domni et (ienitoris nostri , excollenti genio a hoc onus ferenduni, dignationis veslra;jiidicio, Sede Aposlolica in pnefato patruo nostro Dro- aut susci[)iatur, aut reprobetur. » Ils écrivirent gone venerando episcopo fuerat lionorata, ut sur le même sujet à Eginliard,qui est aussi apuna cum prœdiclo ministerio et imperatoris et pelé archichapelain dans la chronique de La'u- Apostolicœ Sedis, etiam usu pallii potirctur. resham, « Einhardus archicapellanus et nota- Ces deux prélats furent donc en même rius imperatoris Caroli (Du Cliesne, tom. iir, temps , et archichapelains des empereurs , p. 490, 399). »

et apocrisiaires ou légats du Saint-Siège en L'auteur de la vie de saint Anscharius

France. montre l'estime et la vénération qu'on avait

VI. Les anciennes chroniques ne donnent pour cet office, en parlant de Drogon, a Summaî

que le nom de chapelain du roi à Fulrad et à sanctœque palatinte dignitatisarcliica[)ellanus.»

quebjues autres, mais les suivantes donnent D'où l'on peut conclure que c'était la première

celui d'archichapelain du sacré jjalais à l'abbé de toutes les charges et de toutes les di"nités

de Saint-Denis Ililduin, à Drogon, évoque de du palais. C'est peut-être encore pour cela

Metz, et aux autres qui possédèrent la même qu'Angilbert est appelé par Alcuin, a Primice-

charge (Du Chesne, tom. i, p. 25, 28, 70, 281, rius palatii Pipini régis, » et Angilram, évê({ue

319, 304). de Metz, « archiepiscopus et sacrœ capellœ pri-

La qualité d'archiprêtre ne convenait pas micerius (Alcuini ep. xlii, lxxix). »

aux évoques, celle d'archevêque convenait en- Loup, abbé de Ferrières, fait encore voir la

core moins aux abbés qui étaient pourvus de prééminence de cette dignité par-dessus toutes

cet office, et ne pouvait même convenir à tous les autres, par les titres qu'il donne k l'abbé

les évêques. Celle d'archichapelain fut estimée Hilduin, « Nobilitatis, dignitatis et moderatio-

la plus convenable aux uns et aux autres. Mais nis apice conspicuo Hilduino, ecclesiasticorum

lors même que les abbés étaient chargés de magistro (Lupus, cpist. cxx, xcvii). » Quant à

cet office, l'élévation de leur dignité et leur l'autre lettre, où il l'entretient de l'incertitude

crédit auprès du prince leur faisait bien don- du temps qu'il jouira de cette suprême puis-

ner d'autres éloges par les évoques mêmes qui sance, elle ne regarde que la mort, qui est la

recouraient à leur protection. fin certaine de toutes les grandeurs de la

Frotharius, évêque de Toul, donnait à Hil- terre, et dont l'heure est toujours incertaine,

duin, abbé de Saint-Denis, la qualité de père On n'a d'ailleurs guère d'exemples que le

et de maître , patri et magistro, en le priant prince destituât ceux qu'il avait honorés de

de le faire décharger de quelque service que de cet offlce. Les conciles mêmes recherchaient

le roi exigeait de lui dans les bâtiments de son l'appui et le secours de l'archichapelain comme

palais royal : et protestant qu'à moins de cela il paraît {)ar la lettre du concile de Crécy au

il viendrait lui-même conjurer le prince de même abbé Hilduin, où Hincmar et les autres

souffrir qu'il se démît de son évêclié, qu'il ne évêques le prient de consentir h. l'élection

croyait pas pouvoir retenir s'il n'y résidait, qu'ils avaient faite d'un de ses disciples pour

« Hœc perpendere dignemini, et a prœdicto évêque de Langres, et d'y faire consentir le roi

servitio nos liberare ne pigeatis. Alioquin per « Obsecrantes hujus in hoc Hilduini consen-

meipsum ad praesenliam Domini imperatoris sum, et deprecationem ipsius pro eo ad re"-em

et vestram prœsentiam suppliciter obsecrabo, (Flodoard., 1. m, c. 2i). »

ut hoc onus curie pastoralis a me submoveatis Agobard, archevêque de Lyon écrivant à "

(Ibid., p. 712, 716, 718). » Hilduin, prélat du sacré palais, « Sacri palatii

Le chapitre de Sens écrivit au môme abbé antistiti , » et à Vala, abbé de Corbie, qui rési-

Hilduin, avec ce titre : « Vere sanctissimo, sa- dait aussi quelquefois avec lui, qui était tou-

cris negotiis a Dco prœlato, » pour le conjurer jours résident dans le palais de l'empereur

de faire confirmer la seconde élection qu'ils Louis le Débonnaire, assure (ju'ils étaient eux

avaient faite d'un évêque, puisque c'était aussi deux les aides, les conseillers et les ministres

par son entremise qu'ils avaient obtenu le de cet empereur pour les œuvres de piété.

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a Absque ambiguo vos novi prœcipuos, ac pêne solos in via Dei esse adjutores christianissinii imperatoris; ac proi>terea in palatio esse uniim semper, et altenini fréquenter, ut in operibus |>ietati?, quai abscjue ouiui errore qu;rrenda, invenienda, tenenda sunt, vos illi prudentissiniis vestris suggestionibus sitis exhortatores, et ut dixi, adjutores. »

Cela manjue (jne ces deux abl)és étaient dans le conseil de conscience et dans le ministère pour toutes les afl'aires ecclésiastiques. Aussi, Agobard s'adresse à eux, afin qu'ils fassent révoquer un édit trop favorable aux Juifs, qu'on avait surpris à cet empereur.

Vil. Ce ne furent i)as seulement les rois de France qui eurent leurs arcbicbapelains, mais aussi tous les autres rois ou empereurs de la maison de Cbarlemagne. Nous avons déjà vu un arclievèque qui était aussi arcbicbapelain de Lotbaire, roi de Lorraine. Dans les conciles de Rome, en 853, et de Pavie, en 855, sous Léon IV, il est fait mention de Josepb, arcbicbapelain de Louis, empereur, petit-fils du Débonnaire.

Hincmar , arclievèque de Reims , faisant diverses remontrances à Louis, roi de Germanie, et lui donnant toutes les instructions nécessaires pour saintement régner, n'omit pas celle-ci : d'avoir dans son palais un prélat sur le(|uel il se reposât du soin des affaires ecclésiasti(|ues, en la même manière qu'il se déchargeait des affaires civiles sur le compte du palais. « Ut si episcopus pro quacumque necessitate ecclesiastica, ad vos direxerit, ad quem suus missus veniat, per quem qua3 ralionabiliter petierit, obtineat, in palatio vestro, sicut cornes palatii est in causis reipublicœ, ministerio congruum constitutum habete (Hincmar., tom. II, p. 131). »

Ainsi , l'archichapelain était alors comme l'agent de tous les évêques du royaume au[)rès de la personne du prince. Et c'est peut-être pour cela qu'il fut quelquefois appelé évèque ou archevêque du palais, quand d'ailleurs il était évèque : « Archipalalinus pra?sul (Spicilegii, tom. vu, p. 175). »

Agobard écrit que le crédit qu'on a auprès du prince est un des plus grands talents, et dont on rendra à Dieu un compte rigoureux : « Quoniam ut ipsi non ambigitis, tanta familiaritas, ([uam apud dominum imperatorem obtinere vos Deus fecit, pro magno vobis talento spiritali ab ipso onmipotenti Domino

compulabitur (Epist. ad Manfredum, comitem Palatii). »

On peut aussi dire (jue la direction et la surintendance de toutes les allaires ecclésiastiques (jui se traitent dans le palais du prince, est une charge, dont l'étendue est la même que celle du royaume, et dont l'importance est tout autre que celle des autres dignités. Mais, tous les arcbicbapelains n'ont pas possédé ou n'ont pas toujours possédé cette grande puissance, et d'autres (ju'eux l'ont (juelquefois possédée. Louis le Débonnaire destitua Ililduin, et l'envoya en exil en Saxe.

VIII. Revenons k Hincmar, qui a conservé les extraits du livre que le sage Adélard, abbé de Corbie, avait composé de l'ordre et du gouvernement du palais, « De ordine palatii ; » lui qui en était très-parfaitement instruit, comme tenant la première place dans le conseil de Cbarlemagne. « Inter primes consiliarios primum. »

11 assure que le gouvernement général étant partagé d'abord entre celui du palais royal, et celui du royaume : dans le gouvernement du palais, après les personnes sacrées du roi, de la reine, et de leurs enfants, la première dignité est celle de l'apocrisiaire ou de l'arcbichapelain.

« Anteposito ergo rege et regina cum nobilissima proie sua, tam in spiritualibus, quam et in siecularibus, at([ue corporalibus rébus per hos ministros omni tempore régis palatium gubernabatur. Videlicet per apocrisiarium , id est responsalem negotiorum ecclesiasticorum (Hincmar., tom n, p. 20G). »

L'archichapelain était donc le premier ministre, et le premier officier du palais, où il avait rang au-dessus de tous les princes, hors le roi, la reine et leurs augustes enfants.

L'origine de cette charge se doit prendre dans le transport que fit Constantin du siège impérial à Constantinople. Car il fut nécessaire après cela que tous les grands évêques du monde eussent leurs agents auprès de la personne de l'empereur. « Et sic responsales tam Romanœ sedis, (juamet aliarum pnecipuarum sedium, in palatio pro ecclesiaslicis negotiis excubabanl. »

Clovis étant baptisé, durant son règne et celui de ses descendants, les évêques venaient au palais successivement les uns après les autres, et faisaient la même fonction, o Per successiones regum sancti cpiscopi ex suis sedibus et

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tcmpore compelcnli palatium visitantes, vi- empereurs leur remettaient le jugement et la

cissini liane administralionem disposuerunt. » décision de la plus grande partie des affaires

IX. Cette pensée d'IIincmar ou d'Adélard a ecclésiastiques, et tous les évèques s'adrespeut-ètre plus de vraisemblance que de vérité, salent à eux comme aux ministres et aux L'histoire ne nous apprend pas que dès le médiateurs universels auprès des emj)ereurs. temps de Constantin les grands évèques eussent 11 est vrai que le patriarche même avait un des apocrisiaires ou des agents ordinaires et référendaire au tem|)S du concile VIII, (pii était continuels dans le palais de Conslantinople. comme son agent vers l'empereur, et à qui le Les évoques y faisaient eux-mêmes de trop palais était toujours ouvert.

fréquents voyages, que le concile de Sardique Voici ce qu'en a remarcjué Anastase Biblio-

tàcha de réprimer; et ce concile même, pour thécaire , dans une note sur l'action 8 de

retrancher ces fréquentations de la cour aux ce concile, où ce diacre référendaire parut,

évèques, rechercha bien divers expédients, mais « Patriarcba Constantinopolitanus rcferenda-

il ne s'avisa nullement de celui d'un apocri- rium quempiam semper habet, qui ejus impe-

siaire commun à tous les évèques, ou d'apocri- ratori omnem denuntiat voluntatem , qui

siairesparticuliersde chaque évoque, (lui fissent aditum in palatio semper habet ad référendum

un séjour ordinaire à Conslantinople. Au con- imperatori, quœcumque sunt patriarchœ ac

traire, ce concile ordonna aux évèques d'en- EcclesiiTnecessaria, perquemetiamimperator,

voyer leurs diacres en cour seulement dans les quod placet, patriarchîc transmittit. »

besoins extraordinaires de leurs Eglises, ou d'y Mais ce référendaire était un officier du

aller eux-mêmes, en observant les précautions patriarche, et non pas de l'empereur. Ainsi on

très-rigoureuses qu'il leur prescrivit, et qu'il ne peut le comparer à notre archichapelain.

opposa comme autant de barrières contre les XI. La gloire de cette institution est due

attaques de l'ambition. tout entière à la piété de Pépin et de Charle-

Enfin, quand les évèques auraient eu des magne, qui donnèrent cette charge, comme

apocrisiaires auprèsde Constantin et de ses suc- Hincmar assure, tantôt à des évèques, tantôt à

cesseurs, il y aurait toujours une extrême des prêtres, et tantôt à des diacres, mais plus

différence entre ces apocrisiaires et les archi- souvent à des prêtres ou à des diacres qu'à des

chapelains de nos rois. Ces apocrisiaires étaient évèques qui doivent résider dans leurs diocèses,

choisis et envoyés par les évèques, qui les et à qui les canons défendent le séjour de la

rappelaient h leur gré ; au lieu que les archi- cour.

chapelains étaient choisis par les rois, qui se « A tempore vero Pipini et Caroli interdum

reposaient sur eux de l'administration des per presbyteros, interdum per episcopos, regia

affaires ecclésiastiques, et les laissaient jouir voluntate, atque episcopali consensu ; per dia-

de cet office, comme d'un office, et non pas conos vel presbyteros niagis quam per episco-

comme d'une commission pour un temps. poshocoflicium executumextitit. Quia episcopi

X. Nous avons rapporté ailleurs les règle- continuas vigihas supra gregem suum debent ments que fit Justinien, pour empêcher les assidue exemplo et verbo vigilare, et non diuévêques de venir trop souvent en cour, et pour tius secundum sacros canones a suis abesse les obhger, dans les occasions indispensables parochiis. Nequejuxta décréta ex sacris canod'y venir, de s'adresser premièrement au pa- nibus promulgata B. Gregorii, prœtoria, quœ triarche de Conslantinople, et de lui exposer nunc regia, et usitatius palatia nominantur, leurs affaires, avant que de se présenter devant debent inutiliter observare, ne incurrant judisa majesté impériale. C'est encore une preuve cium, ut contra placita canonum sibi in ordique, quoique le pape et les patriarches eussent natione sua tradita facientes, ipsi se honore leurs apocrisiaires en cour, les autres évèques privent ecclesiastico. »

n'en avaient aucun ; et si l'on veut appliquer XII. Ce qu'Hincmar dit des diacres, ne se

par avance la charge d'archichapelain à quel- peut rapporter qu'à ce que nous venons de

que officier de Constantinople qui en fît la raconter du concile de Sardique, ou aux diacres

fonction, il faut s'arrêter au patriarche de que h s papes envoyaient pour leurs apocri-

Constantinople. C'était le patriarche même qui siaires, ou nonces dans le palais de Constanli-

était comme l'agent et le médiateur de tous les noplc. 11 n'y a aucun exemple d'un diacre fait

évèques de l'empire auprès des empereurs. Les archichapelain. Le rang qu'il avait au-dessus

des évc'(|iies, la première place entre les officiers celle audience secrète. Tous les différends des

du palais, le souverain pouvoir sur les allai res ecclésiastiques et des moines lui étaient com-

ecclésia^tiques, la grande déférence (jue tous mis, « de canonicœ vel monastica' religionis

les évètjues lui témoignaient, ne sied nullement alternatione. » Tout ce qu'il pouvait décider

à un diacre. lui-même n'était point rai>porté au roi : « Et

Aussi Hincmar nomme ensuite tous les ea tanlummodo deexlernisregcmadirent, (juœ

archichapelains qui avaient rempli ce poste, et sine illo pleuius deliniri non potuisseut. » Il

il n'en comitlc que six, trois évcques, et trois était le directeur et le père spirituel de tous

prêtres. 11 prétend bien que la nomination des ceux qui demeuraient dans le palais du prince,

évèques à cette charge était contre les canons, ou qui y abordaient : « Omnem consolationem

« de inliciteusurpatis;» mais comme l'obstacle spiritualem, sive consilium totius palatii qui-

à la résidence était un fâcheux inconvénient cumque qua-reret, apud eum, ut necesse erat?

pour les évèques, on peut dire aussi qu'on tideliler inveniret. »

offensait les lois de l'Eglise et les règles de la Enfin, il assistait toujours au conseil du

bienséance, en mettant un prêtre au-dessus de prince, et c'est pour cela qu'on n'élevait à cette

tant d'évôques, et tant d'évêcjues dans la dépen- dignité que ceux qui avaient toutes les qualités

dance d'un prêtre. proportionnées à un emi)loi si important.

Xlll. Le grand chapelain, (ju'on appelait aussi a Apocrisiarius, id est capellanus, vel palatii

le garde du palais, avait sous sa conduite tout custos et camerarius semper intererant ; et

le clergé du palais. « Apocrisiarius, quem no- idcirco cum summo studio taies eligebantur,

strates capellanum, vel palatii custodem appel- aut electi instruebantur, qui merito interesse

lant, omnem clerum palatii sub cura et dispo- possent. »

sitione sua regebat (Ibid., p. 207, 308). » Ilincmar dit que les conseillers qui compo-

II terminait toutes les affaires ecclésiastiques saient ce conseil, étaient en partie clercs, et en

qu'on portait au palais, et les parties n'avaient partie laïques, et qu'on en substituait toujours

audience des rois que de son consentement, de nouveaux en la place de ceux qui mouraient,

quand il le jugeait nécessaire : « Ut nec prius Ainsi le grand chapelain présidait à un conseil

dominum regem absque eorum consultu in- composé d'évêques, d'abbés et de seigneurs

quietare necesse haberent, (juousque illi prai- laïques où se terminaient toutes les grandes

vidèrent, si nécessitas esset, ut causa ante causes de l'Eglise, comme nous avons vu dans

regom merito venire deberet. » l'élection d'un évêque de Sens, qui fut rappor-

Si c'étaient des affaires qu'il fallût ne com- tée à l'abbé Hilduin, archichapelain. muniquer qu'au roi, c'était à lui de procurer

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