DES LÉGATS PENDANT LES CINQ PREMIERS SIÈCLES
d'Ephèse, saint Léon envoya un ('-vèquc et un pietatis exegit, ut pro solliciludinc, quani uniprêtre à Constantinople, et leur donna pour \ersir Ecclesia) ex divina institulione iinpendiadjoint Anatolius, évoque de Constantinople, mus ; rerum fidem studcremus agnoscere : pour être tous trois conjointement les exécu- vicem cune nostra* proficiscenli a nobis fratri teurs de ses ordres dans le rétablissement de et consacerdoU nostro Potenlio delegantes, la foi ébranlée dans ce faux concile, et pour qui secundum scripta qux pcr ipsum ad vos les dispenses charitables dont il voulait <|u'on direximus, de episcopis , ([uoruni culpabilis usât envers ceux qui s'étaient laissé entraîner ferobatur electio , (|uid veritas habeat, inquià ce torrent d'iniquités; se réservant néan- reret , nobisque onmia fidelitcr iudicaret moins la disposition suprême du traitement (Epist. lxxxvu). »
qu'il faudrait faire à Dioscore, qui avait présidé V. Ce pape prétend qu'il était de son pou-
à ce faux concile, s'il reconnaissait sa faute. voir et de son devoir, sur les simples bruits
Ce pape en écrivit ainsi à Anatolius, évêque qui étaient venus jusqu'à lui des ordinations
de Constantinople : « Congruum fuit, fratres irrégulières de quelques évêques d'Afriipie,
meos Lucentium episcopum et Basilium pre- d'y envoyer faire des enquêtes par des évêques
sbyterum destinare, quibus dilectio tua socie- délégués pour cela. L'état déplorable où la
tur, ut niliil in hisquœ ad universalis Ecclesiœ barbarie des Vandales avait réduit les églises
statum pertinent, aut dubie agatur, aut segni- d'Afrique , rendait cette vigilance du pape
ter; cum residentibus vobis, quibus execu- encore plus nécessaire.
tionem noslra» dispositionis injunximus, ea Ce légat , quoiqu'évèque , n'avait nulle jiiri-
possint agi cuncta moderatione, ut nec bene- diction, il était seulement chargé de s'instruire
volentiœ partes, nec justiliœ negligantur des choses qui s'étaient passées, et d'en ins-
(Epist. XLvi). » truire le pape. Les légats des trois espèces
Une partie de ces affaires regardait l'Eglise précédentes avaient une juridiction déléguée
et le diocèse même de Constantinople. Le pape du Saint-Siège ; ceux de la première espèce et
ordonne particulièrement que quand Dioscore de la troisième avaient encore la leur propre,
rentrerait dans son devoir avec tous les auteurs ^'L En voici une cinquième espèce, dépouil-
de tant d'attentats scandaleux , leurs noms ne lée aussi de juridiction , et néanmoins d'une
soient point récités dans les diptyques sacrées autre nature, parce qu'elle en avait quelques
de l'Eglise de Constantinople, sans un nouvel apparences. Le même pape Léon, voyant
ordre de sa sainteté. « Neque prius in ecclesia, qu'Anatolius, évêque de Constantinople, n'était
cui te Dominus voluit prœsidere , cujusquam pas embrasé de ce zèle ardent qui sied si bien
talium nomen ad altare recitetur , quam quid à un évêque, et qui était alors si nécessaire à
de eis constitui debeat, rerum processus osten- un successeur de l'illustre martyr Flavien ,
dat. » chargea Julien, évêque de Cos, qui est une île
IV. Tous ces légats étaient exécuteurs des de l'Archipel, d'une légation limitée à ce seul ordres du pape ; mais en voici d'une quatrième point, de veiller à ce que les hérésies nouvelespèce, qui sont de simples inspecteurs pour les de Nestorius et d'Eutychès, ne fissent point s'informer de l'état d'une église, et en donner de progrès dans TOrient. Il lui en écrit en avis au Siège Apostolique, qui concertera et ces termes : « Hac speciali cura, vice mea funcdéclarera les moyens les plus propres pour tus , utaris , ne haîresis Nestoriana , vel Eutys'opposer à la décadence de la discipline des chiaua in aliqua parte revirescant ; quia in Ecriiscs. episcopo Constantiuopolitano catholicus vigor
Tel fut révêque Potentius, que ce pape délé- non est, etc. (Epist. lvi, lvu). »
gua en Afrique, pour lui en rapporter un II écrivit aussi une lettre à l'empereur Marcien
fidèle récit de l'état de cette Eglise , et des dé- pour lui faire agréer que l'évèque Julien suivît
sordres qui y régnaient le plus impunément, toujours la cour , comme délégué du Saint-
Après quoi le pape envoya une lettre décrétale Siège contre les nouvelles hérésies , et comme
pour arrêter le cours de ces dérèglements. son nonce auprès de sa majesté. «Vicem ipsi
Voici comme il écrit aux évêques de Mauri- meam contra temporis nostri hœreticos de-
tanie. « Cum de ordinationibus sacerdotum legavi, atque propter Ecclesiarum pacisque
quœdam apud vos illicite usurpata , crebrior custodiam, ut a vestro comitatu non abesset,
ad nos commeantium sermo conferret : ratio exegi ; cujus suggestiones , pro concordia ca-
tiS DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE CENT-DIX-SEPTIÈME.
tholicîc unilalis, tanquam meas, audire digne-, pertinere probaverit, nuo nomine voslrnc fidu-
inini. » ciajiter sufjfgeral pietali, (|uoniain cerhis siim
La principale foncUoii de ce délégué était vos ad liiec oniiiia, vel eniendanda, \l'1 delon-
d'ini'onner le pape et l'empereur de leurs incli- denda, Deo auxiliante sulïicere (Epist. lix). »
nations, de leurs demandes et de leurs répon- Ainsi (|uel(|ue autorité qu'eût le pa|)e sur les
ses mutuelles, et surtout tie poursuivre auprès patriarches et les évèciues de TOrient; (juehiue
de renii)ereur l'exécution des ordres du Saint- droit qu'il eût de l'aire réparer les outrages
Siège, comme il paraît i)ar une autre lettre de qu'on avait faits à la foi coimnune de l'Eglise
ce pape, où il parle à cet évéque comme à un dans le faux concile d'Ephése, saint Léon ne
membre de son corj)s, ou comme à un de ces crut pas pouvoir réussir, si l'empereur ne vou-
légats, qu'on appelle a latcre, pour la même lait lui-même se rendre comme l'exécuteur
raison. des résolutions du Sainl-Siége. Le même Julien,
« Cum in te (juanulam mei Constantinopoli- en vertu d'un ordre du pape, fut comme
lani Iial)eant portionem, dignum procommuni adjoint aux légats du même pape dans le
amicitia est, et pro totius Ecclesi;r dilectione, concile de Calcédoine (Epist. lxxi, inter recens
incessabili te vigore pros{)icere, ne quid possit éditas). »
de statu tidei me latere. Quic ergo vel ad glo- VllI. Le pape Libère avait autrefois envoyé
riosissimum principem , vel ad tuani dile- deux évêques légats ou ambassadeurs à l'em-
ctionem scripsi, ut celerrime tradantur elle- percur Constance, savoir, Vincent, évê(iue de
ctui opportunis suggestionibus élabora (Epist. Capoue, et Marcel, évéque en Campanie, pour la
Lxvii). » cause de la foi et d'Atlianase. L'empereur ayant
C'était donc un exécuteur des ordres du pape violenté ces légats, et les ayant fait souscrire à
dans l'Orient, mais ce n'était que par ses ins- Arles à la condamnation d'Athanase, ce pape
tances auprès des empereurs qu'il s'acquittait envoya Lucifer, évéque deCagliari, et Eusèbe,
de cette fonction. évoque de Verceil, pour lui demander un
VIL II est inutile de demander si ce nonce, concile libre. L'empereur accorda le concile ou ce légat avait été envoyé par le pape à de Milan, où ces deux généreux prélats ayant Conslantinople, du gré et du consentement de refusé de consentir à l'injuste condamnation l'empereur. N'ayant autre commission du pape, d'Athanase, l'empereur les exila en Orient, que de faire toutes les instances possibles au- Leur légation n'étant point encore finie, ils en près de l'empereur, afin qu'il employât toute firent éclater quelques rayons de juridiction l'autorité souveraine pour faire exécuter les dans les régions les plus éloignées. Lucifer ordécrets du Saint-Siège; comment eût-il pu donna Paulin évéque d'Anlioche, et le donna seulement espérer, ou même penser, de pou- |)our chef aux catholiques, qui ne pouvaient se voir contre la volonté de l'empereur, rendre résoudre de communier avec l'évéque Mélèce. l'empereur même exécuteur des volontés du Eusèbe de Verceil fut comme l'adjoint de saint pape ? Athanase dans la convocation et la tenue du
Ce pape témoigne clairement à l'empereur célèbre concile d'Alexandrie. Il y secondait
en quoi doit consister toute la charge de son seulement saint Athanase , parce qu'il n'avait
nonce : « Vicem ipsi meam delegavi, ut ab ea pas une pleine autorité de légat. Mais ni l'un ni
quae vobis debetur observantia non recedens, l'autre de ces deux prélats n'eût pu exercer
pietali me vestrte pra^sentare non desinat, exe- cette juridiction dans l'Orient sans la légation
quens in custodia fidei, et in ecclesiasticis dis- du pai)e (Marca, (>oncord., 1. v, c. xv, n. 3, 4).
ciplinisperomniasoUicitudinem, et opportunis IX. Cette légation était donc accompagnée
suggestionibus, quoduniversali Ecclesite prosit, d'autorité et de juridiction, aussi bien que celle
insinuans, ut in ipso, nec catholicis vestrum que saint Basile désirait que le pape envoyât
praesidium, quibus volumus subvcnire, nec dans tout l'Orient , pour y rétablir la foi et la
vobis meum desit obsequium (Epist. Lvm). » discipline, après le renversement effroyable qui
11 expli(iue encore bien plus clairement les semblait en avoir été fait dans le concile de
fonctions de cette charge dans une autre lettre Rimini. Ce fut à saint Athanase mémcque saint
adressée au même empereur : « Juliano e\n- Rasile s'expliqua de ce dessein,
scopo : Noverit vestra clemenliahocme proprie « Visum est mihi consentancum, ut scriba-
delegasse, ut quidquid illic ad custodiam fidei tur episcopo Roma), ut quœ hic gerunturcon-