XII. Des légats envoves en Angleterre. i - ^ , . i - i i i i
XIil. Le pape -Martin nomme un légat en Orient avec des les eveques du royaume, les déplorables abus
pouvoirs fort amples. qui s'y étaient glissés.
DES LÉGATS DEPUIS CLON IS, ktc. 451
Les évoques de France étaient dans une ope juvare dignemini (Epist. cxnr, cxv). » obligation indispensable de réfonuer ces déré- il écrivit la même ciiose aux rois Tliéodoric glements scandaleux : mais, ou leur zèle n'é- et Théodebert, aux évèques de France et à l'était pas assez ardent, ou leur crédit , n'était pas \èt|U(' d'Autuu en i)articulier. assez appuyé |)()ur en venir à bout. L'autorité III. Cette délégdtioyi de Syagrius , évêque du pape, comme souverain pasteur et exécu- d'Autun, et de Tabbé Cyria([ue, demeura sans teur universel des canons, était donc néces- ellét. Ce saint i)ape ne s'en rebuta pas, et il saire ; encore le succès eût été fort douteux pria la reine de lui demander elle-même un s'il n'eût été soutenu du consentement des Jégat, qui vînt suppléer à la négligence des évé{[ues du royaume, et de la protection toute- évèipies du royaume, avec l'appui de l'autorité puissante des rois, comme conservateurs des royale : « Quoniam eos, ({uorum est locus ba3c canons et défenseurs de l'Eglise. Le pape, (jui insequi, nec sollicitudo ad requisitionem , nec était plus jaloux de la gloire de J.-C. et de la zelus excitât ad vindictam, scripta ad nos vepuretc de la discipline ecclésiastique que des stra discurrant, ut personam si prœcipitis, cum prétentions précises des droits du Saint-Siège, vestne autorilalis assensu transmittamus, qu;c laissant à part toutes les disputes pointilleuses una cum aliis sacerdotibus, liœc et subtiliter qu'on eût pu faire sur cette matière, et ne quœrere, et secundum Deum debeat emenfondant l'espérance de réformer l'Eglise de dare (L. ix, ep. lxiv). »
France (jue sur la concorde de l'Eglise avec La reine lUunebaut Ut effectivement demanl'cmpire, et sur la bonne intelligence du Saint- der par les seigneurs fran(,'ais un légat au pape. Siège avec les évèques du royaume, prit une pour venir mettre la main à la réforme avec conduite également pleine de sagesse, de jus- les évê(iues de France : « Pra-fati viri magnifiée et de charité. fici fdii nostri dato capitulari inter cœlera pe-
11. Il avait auparavant prié les rois et les tierunt, quod sibi et vestraprobibuere jussione
évèques de France d'assembler un concile, et mandatum, ut talis debeat a nobis in Galbas
d'y conspirer avec l'abbé Cyriaque, envoyé de persona transmitti, quœ facta synodo cuncta
sa part, pour bannir la simonie du clergé de qufe contra sacratissimos canones perpetran-
France, et arrêter les irruptions audacieuses tur, omni|)otenti Deo autore, possit corri-
que les laïques faisaient dans les plus hautes gère. In qua re gloriœ vestrœ curam cognovi-
dignités de l'Eglise. mus, etc. (L. n, epist. vui; Baronius, au. 005,
Voici ce qu'il avait écrit à la reine Brune- n. lO). »
haut : « Petimus ut de hujus pravitalis emen- IV. Quoique les guerres qui s'allumèrent
datione Deum vobis placabilem faciatis, et ut dans toute la France aient empêché l'ellèt
nulla deinceps valeat occasione conunitti, sy- qu'on devait attendre d'un projet si saint et si
nodum fieri jussio vestra prœcipiat, ubi prœ- bien concerté , ce que nous venons de dire de
sente dilectissimo fdio nostro Cyriaco abbate, la conduite de saint Grégoire suffit pour per-
sub districta anathematis interpositione debeat suader que ce pape n'eût jamais envoyé des
intcrdici, etc. (L. vu, ep. cxiv). » légats en France, et ne leur eût jamais donné
Cet abbé Cyriaque pourrait passer pour un aucun pouvoir, qu'il ne l'eût auparavant fait de ces apocrisiaires ou nonces, que les papes agréer aux rois, de la volonté desquels dépend envoyaient dans les provinces pour la réforme l'exécution et le succès, du clergé, dont nous avons déjà donné tant Je sais que le cardinal Baronius semble avoir d'exemples. Comme si ce pape se fût défié du jugé que cette demande que les Français firent peu de créance qu'il trouverait en France, il d'un légat n'était qu'une artificieuse politique lui avait joint l'évêque d'Autun, qu'il savait pour gagner ce bon pape et le rendre plus arbien avoir le plus de faveur à la cour, pour dent à faire la paix entre les empereurs et nos presser la tenue de ce concile et en appuyer rois; mais qui ne sait que la plus parfaite imites résolutions. tatrice de la charité est la cupidité ?
« Curam vero et sollicitudinem ejusdem sy- V. Ce saint et sage pontife pouvait encore
nodi, quam fiendam decrevimus, fratri nostro considérer que l'archevêque d'Arles, ayant été
Syagrio, quam vestrum proprium novimus , établi légat ou vicaire apostolique dans la
specialiter delegare curavimus ; quem peti- France par ses prédécesseurs, et maintenu par
mus, ut et supplicantem libenter audire , et lui-même dans cette autorité , nos rois ayant
eux-mêmes demandé et confirmé rétablisse- Apostolicœ legalione fun^ri debeant, et quaî in
ment de celte légation ordinaire dans leur nostro concilio peracla sont, cum synodalibus
royaume; ni la bienséance ni la justice ne apicibus vestris, ad clementissimuni |)rincipem
permettaient [)as qu'on envoyât extraordinai- nostrum, sine dubio asporlare (Concil. Call.,
rement un nouveau léjîat, sans Tagrémcnt des tom. i, p. iSS). »
mêmes rois, et sans que rarchevêciue d'Arles 11 ne s'agissait pas d'envoyer des légats en
et les autres évèqnes le demandassent. France, mais d'envoyer des évoques français
Saint Grégoire fit bien voir que c'étaient ses légats à Constanlinople , cbargés de la légation
projires sentiments, (piand il répondit aux con- apostolique, avec les évêques italiens que le
sultalions d'Augustin, légat et apôtre d'Angle- pa[)e y destinait. En cela le pape n'use que de
terre, (lu'il ne pouvait exercer aucune juridic- prières.
tion sur les évêques de France, parce qu'elle Vlil. Nivard, évêque de Reims, célébra un
avait été entièrement commise à l'archevêque concile à Nantes, par ordre du pape, dit Flo-
d'Arles. doard : « Romani jussione Pontificis (Concil.
« In Galliarum episcopos nnllam tibi auto- Call., tom. i, p, iO."), 1. ii, c. vu).» Bonit'acefut
ritalem tribuimus, quiaab antiquis pr.Tdeces- envoyé par les pajjes Grégoire II et III, légat
sorum meorinn temporibus palliuni Arelaten- en Allemagne, qui était alors sous l'empire de
sis episco[)US accepit, quem nos ]»rivare auto- nos rois; Grégoire lll lui conmianda de tenir
ritate percei)ta minime debenuis. Si igitur un concile sur les rives du Danube, et le re-
contingat ut fraternitas tua ad Galliarum pro- vêtit pour cela de l'autorité apostolique : « De
vincias transeat, cum eodem Arelatensi epi- concilio ut juxta ripam Danubii debeas cele-
scopo débet agere , qualiter si qua sunt in epi- brare nostra vice, pra^cipimus autoritate a()0-
sco|)is vitia corrigantur IL. xn, ep. xxxi). » stolica (Concil. Gall., tom. i, p. .^28).»
VI. L'archevêque d'Arles était donc comme Nous avons montré ailleurs que nos rois le nonce et le légat perpétuel du pape en avaient eux-mêmes souhaité cette légation, et France; et s'il ne résidait pas continuellement Boniface témoigna comment nos souverains dans la cour de nos rois, son crédit ne laissait prévenaient le pape, et conjuraient ses légats pas d'y être fort grand, puisque cette dii^nité de venir dans leur Etat tenir des conciles et ne lui avait été accordée par les papes qu'à la remédier aux désordres. Voici ce qu'il écrivit demande des rois, connue nous l'avons justifié au pa|)e Zacharie : « Notum sit paternitati veci-devant par les lettres de Vigile et de Pelage, strœquod Carlomannusdux Francorum, me ac- II y a plus, c'est que la surintendance gêné- cersilum ad se , rogavit in parte regni Francoraie sur tous les évêques de France ne pouvait rum , quœ in sua est potestate , synoduni incis'exercer sans une assistance particulière des père congregare, et promisit se de ecclesiaslica rois et sans une communication fré(juenteavec religione aliquid corrigere, et emendare velle leurs ministres. Cette légation était comme at- (Concil. Gall., tom. i, p. 530). » tachée à l'Eglise d'Arles. Au contraire, celle Ce pape accorda cette demande du prince que saint Grégoire donna à Maximien, évêque Carloman et du légat Boniface : «Hoc libenter de Syracuse, sur toute la Sicile, était purement concedimus, et fieri prœcipimus (Pag. 533). » personnelle : « Quas vices non loco, sed per- H écrivit dans ce même sens au clergé et aux sonae tribuimus. » seigneurs de France et des Gaules : « Dum sy- VJI. Martin I" employa les prières d'un saint nodus aggregata esset in provinciavestra juxta évoque français, nommé Araand, pour con- nostram commonitionem, mediantibus princijurer le roi Sigebert de lui envoyer quelques j>ibus vestris Pipino etCarlomanno, peragente évêques de son royaume, atin de les joindre aux etiam vicem nostram Bonifacio (Pag. 552). » légats qu'il voulait envoyer à Constantinople On lut dans ce synode romain la lettre de Bopour la défense de la foi contre les iMonotlié- niface au pape Zacharie, où il rend témoignage lites. que les évècjuesde France l'avaient eux-mêmes « Et Sigebertum prœcellentissimum fllium [)rié d'assister, et de présider à leur concile : nostrum regem Francorum, pro suœ christia- « Notum sit paternitati vestrœ quia postquam niUitis remédie consultissime admone atque indigno mihi mandastis in provincia Francoprecare, dirigere nobis , ex corpore fratrum rum, sicutetipsi rogaverunt sacerdoles, concinostrorum dilectissimos episcopos, qui Sedis liosynodali, etconventuiprœesse, etc. (P.573.)»
DES LÉGATS DEPUIS CLOVIS, etc. 453
Saint Bonifacc demanda nu papo Zaclia- tions des évoques, cl dans tous les autres points rie (]u'il envoyât en France un Icjrat pour de la discipline de l'Eiflise. faire assembler les conciles; ce pape ne voulut Voici les ternies de la lettre de ce pape aux point en envoyer d'autre pendant la vie de évècpies de Mauritanie : « Ualio pietatis exegiti Koniface, qui était légat ordinaire : « Petisli, ut pro solliciludine quam universai Ecclesiai ut sacerdoles a nobis dirigantur, in partibus ex divina institutione im[)endimus , rerurn Franciaî et Galli.c ad concilia celebranda, Sed fîdem studeremus agnoscere. Viceiu cura; nodum tua sanctitas superetes existit, quic Sedis stnr proficiscenti a nobis fratri, et consacerdoti Apostoiica^ et nostram illic pnrscntat viccin, Potentio injungenles, c|ui secundum scri|»ta^ alium illic dirigere necessarium non est. (^on- (pue per ipsum ad vos direxiinus, de episcopis, cilia vero aggregatis episcopis provincialibus, (piorum culpabilis ferebatur electio, quid veut tibi et ubi rectum videtur, celebranda pro- ritas liaberet, inquireret, nobisque omnia fidecura. » liter indicaret. Unde quia idem plenissime no- L'état de l'Eglise de France était alors le titi;c nostrœ cuncta reseravit , etc. ( Epistoi. plus déplorable (|ui fût jamais : les papes néan- lxxxvu). »
moins n'y envoyèrent leurs légats, et les légats Ai)rès le retour de Potenlius à Rome, le pape
n'y assend)lérent de conciles , ne résolurent envoya l'évèquc David en Afri(iuc, avec une
et n'exécutèrent rien qu'avec l'agrément des leltre décrétale qui contenait la décision et la
princes et le consentement des évoques. Tant juste modération qu'il fallait garder, à punir
on était persuadé que les contestations sur les avec douceur les coupables et à rétablir l'ordre
limites de la juridiction ecclésiasti(]ue et sécu- avec sagesse. Ces évèques furent envoyés i)ar
lière, pontiticale et épiscopale, étaient et inu- le pape, sans avoir été demandés par les pré-
tiles et interminables, et qu'on ne pouvait es- lats de la Mauritanie; mais aussi ils n'avaient
pérer de faire réussir les desseins de réformer d'autre pouvoir que de s'informer de l'état de
l'Eglise autrement que par une parfaite con- l'Eglise, en rendre compte au pape, et rappor-
corde du sacerdoce et de l'empire, et par une ter aux évèques d'Afrique les rescrils du pape,
entière correspondance entre le siège de Pierre Le crédit que ce pape avait auprès des empe-
et les évoques du royaume. Entîn, lorsque ce rcurs ne nous permet pas de douter (jue si
pape refuse d'envoyer d'autres légats et d'au- cette partie de l'Afrique était encore demeurée
très nonces, durant la vie de Boniface, il mon- sous leur obéissance, il n'y eût été aussi se-
Ire que ses prédécesseurs pouvaient avoir eu la condé de l'autorité impériale,
même considération pour l'archevêque d'Arles, XI. Les évèques d'Afrique avaient toujours
qui était aussi légat ordinaire du Saint-Siège été fort jaloux des libertés de leur Eglise. La
dans les Gaules. lettre du concile d'Afrique au pape Célestin,
IX. Je ne m'arrêterai pas k examiner si les après que l'infâme Apiarius eût confessé tous papes avaient toujours pressenti la volonté des les crimes dont on l'avait chargé entre autres einpereurs, avant que de leur envoyer leurs plaintes, contenait aussi celle qui regardait les légats ; il suffit de remarquer que les eiupe- légats ou les nonces du pape. L'évèque Faustin reurs les ont très-souvent demandés, et que y avait été envoyé, pour y porter les canons do leur légation eût toujours été fort inutile, si Nicée, ou plutôt de Sardique, qui permettaient l'empire se fût opposé à leurs desseins. les appels au pape, et pour y assister aux con •
Saint Léon, écrivant à l'empereur de môme ciles qui se tiendraient pour la cause d'Apiarius,
nom, et lui envoyant les légats qu'il avait de- qui avait appelé. Les prélats d'Afrique s'en
mandés, nous fait croire que ses prédécesseurs plaignirent, comme si ces légations eussent été
ont ordinairement agi dans le même esprit : contraires aux canons. Voyez le numéro 11 du
« Prœceptioni vestra} in eo adnitar obedire, ut chapitre précédent.
aliquos de fratribus meis dirigam, qui apud On sait que toutes ces plaintes ne prove-
vos prœsentiœ meœ instar exhibeant (Epist. naient que de ce que les canons du concile de
Lxxvm). » Sardique n'étaient pas connus dans l'Afrique.
X. Le même pape envoya l'évèque Poten- En elTet, ce concile avait déclaré le pouvoir du tins en Afrique, pour s'informer sur les lieux, pape à recevoir les appels, et à envoyer des et lui faire ensuite sou rapport de tous les abus légats dans les provinces pour y former un énormes qui s'étaient introduits dans les élec- second jugement avec les évèques provinciaux.
451 DU SECOND OliDUE DES CLERCS. — CIIAPITUE CENT-DIX-IIUITIEME.
C'est donc mal à pro[)OS que les novateurs sants de l'Ej^lise, connue on peut voir dans les
ont pris de là occasion de s'élever contre les Annales de Haroniu?.
souverains pontifes, comme si par l'usiiriia- Ils y ont aussi qucl(|ucfois conmiis la légation d'une puissance immodérée, ils eussent tion du Saint-Siège, et le vicariat a|>(istt>li(|uea donné lieu aux évèques d'AIVique de se soute- des évèipies et des arclievèquos orientaux avec nir contre le Saint-Siège, (lertainement la cun- des pouvoirs très-amples. Telle fut la légation duite de ces évè(|ues, et la résistance qu'ils pa- dont le saint [lape Martin 1" chargea premièreraissent avoir faite au pape fut moins l'ellét ment P^liiume, évèque de Dorylèe, puis Jean, d'une vraiecorruplionetd'un esprit de révolte, archevêque de Philadelphie, .uiquel il enjoignit que rellét d'une profonde ignorance de l'his- de consacrer des évè(iues, des prèlres et des toire ecclésiasliiiue, des conciles et des canons, diacies dans toutes les Eglises que la barhare Ignorance qu'on peut trouver en quelque ma- domination des Sarrasins auraient privées de nière excusable dans ceux qui sont au delà des leurs |)asteurs, ou (jue la faction pernicieuse mers, et à (|ui, pour raison de la dislance des des monothélites aurait rem[)lies de faux paslieux et des circonstances, on n'avait pu jus- leurs.
qu'alors transmettre les monuments de ce qui « l't constituas |)er omnem civitatem, earum
s'était passé dans les autres pays. quœ sedi tum llierosolymitanœ, tum Aulio-
On ne peut donc pas tirer de ces plaintes des chenœ subsunt, episcopos, |)resbyteros et dia-
évèques d'Afii(|ue un juste fondement de don- conos, hoc libi prcecipientibus nobis ex aposto-
ner atteinte à l'autorité des souverains pontifes lica autoritate, quac data est nobis a Domino
puis(|u'il est probable (|ue dans la suite les perPetrum |irincipeni Apostolorum (Baronius,
évè(iues (l'Afrique ont appris d'eux ce (ju'ils an. (iiU, n. 0(»j. »
ignoraient alors, et qu'ils leur sont redeval)les XIV. Si j'ai dit que les apocrisiaires du pape à
des canons du concile de Sardicjue qu'ils ont Constantinople étaient comme des légats ordi-
adoptes depuis dans leurs collections. naires, j'ai suivi au moins l'intention de l'em-
Nous avons ra|)portè ci-dessus ce qui se pereur Constantin Pogonat, qui pria le pape
trouve dans les lettres de saint Grégoire, de Léon II d'y en envoyer un (jui put reprè-
lEglise d'Afrique, et de ceux que ce pa[)e senter sa jiersonne et son autorité dans toutes
y délégua , pour la réformalion de la disci- les aflaires de doctrine ou de discipline. « L't
pline. in emergentibus, sive dogmaticis, sive cano-
XII. Pour ce qui est de l'Angleterre, nous nicis, ac prorsus in omnibus ecclesiasticis neavons ailleurs exposé ce qui concernait la lega- gotiis, vestrëe sanctitatis exiu imat ac gerat pertion d'Augustin. Bède nous apprend que le sonam (Synodi vu, act. 18). »
pape Agathon y envoya Jean, archichantre de XV. Les plus importantes de toutes ces léga-
i'èglise de Saint-Pierre, et abbé du monastère tiens étaient celles qui se donnaient à l'occasion
de Saint-Martin à Rome, pour y enseigner le des conciles œcuméniques dans l'Orient, et
chant, et Tordre des offices selon l'usage de entre celles-ci, il semble que la plus mémora-
Rome, et pour s'y informer de tout l'état de la ble ait été celle qui fut envoyée au concile VI
foi et de la discipline, ce qu'il fît dans un sy- général pour la condamnation des monothé-
node où il assista. lites. Comme le Siège romain s'était déjà
« Ipse excepto cantandi vel legendi munere, extrêmement déclaré contre les erreurs et les
et aliud in mandatis ab aposlolico papa acce- j)ersonnes des patriarches d'Orient, l'empereur
perat, ut cujus esset fidei Anglorum Ecclesia Constantin Pogonat désira que l'on députât à ce
diligenter edisceret, Romamque rediens refer- concile général, non-seulement des légats de la
ret. Quamobrem collecta pro hoc in Biitannia part du pape, mais aussi de la part de toutes
synodo, inventa est in omnil)Usfides catholica, les autres Eglises de d'Occident, afin que leur
datumque illi exemplum ejus Romam perlé- unanime consentement eût plus de poids pour
rendum (L. iv, c. 18). » faire rentrer dans le chemin de la vérité ceux
XIII. Quant à l'Orient, outre ce qui a été dit qui s'en étaient égarés.
des apocrisiaires, qui étaient comme des légats Le pape Agathon ayant assemblé un concile
ou des nonces ordinaires dans le palais de de tout l'Occident à Rome, députa lui-même
Constantinople, les papes y ont envoyé des lé- deux prêtres et un diacre, qu'il chargea de sa
gats extraordinaires dans les besoins près- légation, et fit députer par le reste du concile
DES LÉGATS DEI>UIS CLOYIS, etc. 455
trois évc(nies , pour assister au concile au (}u a rien décider. Les papes craignaient avec
nom de tous les Occidentaux. Les légats du raison que la présence d'un légat à Constanti-
pape souscrivirent les [)reniiers au concile, no|)le n'y autorisât beaucoup de choses |)eii
et les légats du concile occidental ne sous- avantageuses an Saint-Siège; connue en ellét,
crivirent qu'après les patriarches , ou leins lorsque le concile in Trullo fit celte foule de
vicaires, et même après quelques autres nié- canons, dont il y en a quehiues-uns qui sont
tropolitains. diamétralement o|)posés à la discipline de TOc-
XVI. Cette préséance incontestahle des légats cident, les Grecs se vantèrent d'y avoir fait du pape au-dessus des autres légats de tout consentir les légats du pa|)e ; mais ce n'était rOccident , fait voir une grande différence que l'apocrisiaire du pape qui y avait assisté, et entre eux et les apocrisiaires du pape. Pelage, Hasile, métropolitain de Gortyneen Candie, (jui apocrisiaire du Saint-Siège, ne souscrivit au était légat ordinaire du pape en Orient, et qui concile de Constantinople, sous Menas, qu'après avait déjà assisté, avec cette (jualité, au contons les évoques. Si le mémo Pelage [)résida à cile VI. Or cette légation ordinaire ne donnait l'assemblée, ou au concile de Gaza, où Paul, jias plus de pouvoir que la nonciature des apopatriarchc d'Alexandrie, fut déposé, et où se crisiaires.
trouvèrent avec lui les patriarches d'Anlioche XIX. Il résulte de tout ce qui a été dit : 1" Que
et de Jérusalem, et l'évèque d'Ephèse, ce fut les légats qu'on envoyait en Orient n'avaient
par une commission extraordinaire qui lui d'autre juridiction que celle qu'il fallait néces-
avait été donnée pour cela par le pape Vigile. sairement exercer dans le concile, et avec le
Libéral ne fait mention que de la commis- concile, ou dans l'alfaire particulière pour la-
sion que l'empereur Juslinien donna à Pelage, quelle ils étaient envoyés; connue il a paru
pour aller déjioser Paul : « Misit imperator dans la légation de l'archevêque de Philadel-
Pelagiuni et apocrisiarium Sedis llomae, etc. » phie par le pape Martin.
Mais Procope dit nettement dans ses anecdotes 2° Les apocrisiaires n'avaient de juridiction
que Pelage était revêtu de la personne de 17- (|ue pour les affaires peu im[)ortantes.
gile. Aussi quand Juslinien voulut rétablir ;{° Les légats ordinaires, comme celui de
l'aul. Vigile s'y opposa, comme ne pouvant ré- Gortyne, n'avaient pas plus d'autorité que les
tracter son propre jugement. apocrisiaires.
XVII. La déposition d'un patriarche eût été i" Les légats que saint Grégoire désirait end'une trop grande conséquence pour être voyer en France pour remédier aux dérégiecomprise dans la commission générale des ments du clergé, y auraient sans doute exercé a|)0crisiaires ou des nonces. Il fallait une corn- une fort grande autorité. Mais la lettre (juc mission toute particulière, ou une légation nous avons ra{)portée de ce pape, nous découvre spéciale pour cela. Saint Grégoire nous apprend que ce n'était que par mie espèce de dévoluque les apocrisiaires du Saint-Siège à Constanli- tion que le pape désirait s'appliquer lui-même nople ne pouvaient prononcer que sur les à corriger nos désordres, parce que les évèaffaires d'une médiocre conséquence, et quant qucs français négligeaient de le faire, et qu'en à celles qui étaient fort importantes, ils de- ce cas même il ne voulait pas l'entreprendre valent les remettre au jugement du pape, sans l'agrément de nos rois.
« Per eos, qui nostri sunt, vel fuerint in urbe 5" Quant aux pouvoirs des vicaires apostoli-
regia responsales, si mediocris est qua?stio, co- ques, (jui étaient archevêques des plus grandes
gnoscatur; vel hue ad Apostolicam Sedem , si villes de l'Occident, nous avons assez fait con-
ardua est, deducatur, qualenus nostrai audien- naître ailleurs quels étaient leurs pouvoirs, et
tiœ sententia decidatur (L. n, ep. vu). » combien ils étaient peu préjudiciables aux
XVIII. Il est vrai que Constantin Pogonat droits des évoques et des métropolitains, avait demandé, comme nous avons remarqué Concluons enfin que les pouvoirs des légats ci-dessus, que le pape envoyât un apocrisiaire à ont été fort resserrés dans les six ou sept pre- Constantinople avec des pouvoirs très-amples; miers siècles en comparaison des siècles suimais le pape Léon II, dans sa réponse, insinua vants.
assez à l'empereur qu'il n'avait donné à son A l'égard du pouvoir des légats sous Charle-
apocrisiaire que des pouvoirs ordinaires, qui magne et ses descendants, nous en avons tou-
consistaienl plutôt à proposer ou à rapporter, ché en passant quelque chose au chapitre cxvi,
n. 9, et nous ne nous arrêterons pas ;i en dire le Saint-Siéf,'e et l'empire doit snffire pour davanta};e, (luoiqii'une infinité de faits mémo- persuader (|ue toutes choses se passaient dans ral)les et de canons pussent nous donner lieu ces temps-là de concert entre le souverain ponde nous étendre beaucoup sur ce sujet; mais tife et l'empereur. la parfaite intelligence qu'il y avait alors entre