DE L'HABIT CLÉRICAL DANS LA VIE CIVILE
1° Que la pourpre doit servir aux laïques mêmes, non pas pour orner leur personne, mais pour faire respecter leur dignité, et la portion de l'autorité royale, dont ils sont dépositaires pour le bien public.
2" Que la dignité des ecclésiastiques doit se distinguer et se faire honorer plutôt par la modestie que par la pompe des habits, parce que la vertu de leur àme , et l'amour qu'ils ont pour l'humilité et pour la pauvreté, doit rejaillir jusque sur leur corps. « Ut sicut est devotio in mente, ita et ostendatur incorpore.»
IlL Le concile de Liptines tenu en 7i3 (C.7) défendit encore les habits courts aux prêtres et aux diacres, sans y comprendre les moindres clercs, à cause des désordres effroyables du huitième siècle, auxquels on ne pouvait pas entièrement remédier. « Ut presbyteri , vel diaconi, non sagis laicorum more , sed casulis utantur, ritu servorum Dei. » C'est le même sens du canon III du concile de Soissons tenu en 744. « Nec laicorum habitum portent omnes clerici. »
Le concile tenu par l'apôtre d'Allemagne Boniface , joignit ces trois défenses , des habits courts, des babils militaires, et des habits pompeux. « Interdiximus servis Dei, ne pompatico habitu, vel sagis, vel armis utantur ( Bonifat., epist. 105.) »
IV. Le pape Zacharie répondant aux consultations de Pépin , encore maire du palais, ordonne à l'évêque d'user d'habits proportionnés à sa dignité et que les prêtres ou les curés relèvent aussi leur fonction par un ornement plus riche, lorsqu'ils prêcheront la parole de Dieu, mais qu'en particulier ils fassent voir sur leur corps que la modestie règne dans leur cœur.
« Et nos ab apostolica autoritate subjungimus, ut episcopus juxta dignitatem suam indumentis utatur, simili modo et presbyteri cardinales, plebi quidem sibi subjectae praeclariori veste induti, debitum prsedicationis persolvant : et in secreto propositum servent sui cordis , ut qui videt in abscondito Deus, reddat illis in palam. Non enim nos honor commendat vestium, sed splendor animarum. (Conc. Gall., tom. i, p. 503). »
Quant aux moines, ce pape ne leur permet que des habits de laine, selon leur règle, soit dans le particulier, soit dans les oftices de l'Eglise. « Monachi vero lanea indumcnta, juxta normam et regulam monasticœ disciplinœ , atque tradiliouem sanctoruni proba-
bilium Patrum, sine intermissione utantur.
Ce pape ajoute, que le Fils de Dieu figurant les vertus mona<ti(jues dans ses Apôtres , leur défendit d'avoir deux sortes de tuniques, et partant ne leur laissa qu'une tunique de laine, et non de lin. « Apostolis quippe divinum datum est mandatum, duas tunicas non habendi. Tunicas dixit Christus, ulique laneas, non lineas. » 11 semble donc que ce pape défend aux moines les tuniques de lin, ou les aubes, et les accorde aux prêtres pendant qu'ils prêchent, au lieu qu'il les laisse aux évêques, sans les en jamais dépouiller.
V. Grégoire de Tours rapporte que Clovis se revêtit dans l'église de saint iMartin de Tours d'une tunique de pourpre, d'une robe et d'une couronne impériale que l'empereur Anastase lui avait envoyées avec les patentes du consulat. « Ab imperatore Anastasio codicilles de consulatu accepit, et in basilica B. Martini tunica blattea indutus est et chlamyde, imponens vertici diadema, etc. Tanquam consul et Augustus (L. H, c. 38). »
Les empereurs firent donc part aux rois chrétiens aussi bien qu'aux évêques de leurs ornements impériaux, et la pourpre n'était alors accordée que comme une participation de la dignité impériale. Mais ce même auteur dit plus nettement ailleurs (ju'il y avait un habit tout propre et particulier aux clercs, et qui les distinguait aussi bien que leur tonsure : « Meroveus tsnsuratus est, mutataque veste, qua clericis uti mos est , presbyter ordinatur (L. V, c. 14). »
Tl. Saint Grégoire fait voir avec la même évidence la diversité d'habits entre les ecclésiastiques et les laïques : « Paulum clericum, qui despecto habitu suo,ad laicam reversus vitam, ad Africam fugerat, praevidimus pœnitentiam dari (L. ni, epist, 24). » Et ailleurs, « Dum ad ecclesiasticum habitum veniunt, etc. Dum in ecclesiastico habitu, non dissimiliter quam vixerant, vivunt, nequaquam student saeculura fugere, sed mutare (L. vu, epist. 11). »
Les femmes même, ou les veuves des prêtres avaient un habit particulier : « Abbatissa monachica veste indui noluerat, sed in vestibus, quibus loci illius utuntur presbyterœ, permanserat(L. vu, epist. 1, G7, 111, 115). »
Les évêques doivent châtier les clercs qui sont en faute, sans épargner leur habit : «Quos apud vos habitus sui magis offlcium commendet, quam excuset. »
II dit ailleurs, « Neophytus nunc est, (|ui re- « Dumadlmcesseinjii\'enculus,atquein sœcu-
penle in religionis habita plantains, ad ain- lari habitu constilutus, etc. (Dial.,1. iv, c. 40).»
biendos sacros honores irrepserit. » Et ailleurs Ces expressions n'étaient nullement en usage
encore, « Quidam inslinctu inanis gloria) il- dans les siècles précédents, et étant devenus si
lecti, ex laico repente habitusacerdotiilionorem ordinaires dans les vi, vu et vni siècles, c'est
arripiunt. » une marque que c'est aussi en ce temps que
Jean diacre, dans la vie de ce saint Pape, dit lesecclésiasticiuessesontdistinguésdes laïques, qu'entrant dans l'état monasti(iue il laissa l'or non-seulement par la modestie de leurs habits et la soie, « relictis sericis, auro gemmisque connue auparavant, ou par une pieuse affectaradianlibus togis, etc. (L. i, c. G, 25). » 11 en tion de s'approcher de Ihabit des moines, eût l'ait autant pour Fétat ecclésiastique où le mais principalement par les habits longs, qui pape Benoist l'éleva (jnelque temps après en le leur sont demeurés, les laïques en ayant pris de faisant diacre, et où il approcha encore plus de courts, lors de Tinondation des nations barla sainteté des anges par la pureté de ses mœurs, bares.
que par la blancheur de ses habits. « Ut in La sainteté de la vie des religieux ayant enfin
ecclesiasticœ hierarchiœ ministerio videretur surmonté le torrent de l'iniquité du siècle, et
divinis angelis non solum nitore habitus, ayant rendu vénérables les marques mômes
verum etiam claritate morura probabilium qu'ils avaient affectées pour s'attirer le mépris
quodam modo coœquari. » et les humiliations, le clergé qui navait pas
VII. Mais rien n'est plus beau ni plus formel encore pu suivre tout à fait la même route que ce que le inème Jean, diacre, dit de toute pour ne devenir pas inutile aux laïques, s'apla maison de ce saint pontife, d'où il bannit procha de plus en plus de ces saintes pratiques tous les laïques, et où il n'admit que des clercs, des moines, et dans la tonsure et dans les tous vêtus à la romaine et tous parlant la langue habits.
de Rome. En eflet, les habits courts des laïques C'est peut-être pour cela que l'habit ecclésias-
tiraient leur origine des nations étrangères, tique a été appelé par les conciles un habit de
aussi bien que la barbarie de la langue. « Nullus religion . « Religionis habitus, vestimenta quae
pontifici famulanlium a minimo usque ad religionem deceant, etc. »
maximum, barbarum quidlibet in sermone vel Le saint religieux et évêque Cubert aima
habitu prœferebat. Sed togata, Quiritum more, cette louable simplicité dans les habits, qui
seu trabeala latinitas suuni Latium in ipso imite de plus près la nature, et laisse les laines
Latiali palatio singulariter obtinebat (L. ii, dans la couleur que le Créateur leur a donnée.
(^ j3\ ), « Vestimenlis utebatur communibus, ita tem-
II ne pouvait rien dire, ni de plus vrai, ni de peranter agens, ut horum neque munditiis,
plus juste ; puisqu'il est certain que c'est la neque sordibus esset notabilis. Unde usque
seule Eolise romaine ([ui a résisté avec une hodie in eodem monasterio ejus exemplo ob-
fermeté invincible au torrent de la barbarie, servatur, ne quis varii aut pretiosi coloris
qui a conservé la langue latine dans sa pureté, habeat indumentura, sed ea maxime vestium
qui a gardé l'habit long des Romains, et qui speciesintcontenti,quam naturalis ovium lana
peut encore porter avec vérité ce titre, « Gen- ministrat (Beda in ejus vita. c. 16). »
temque too-atam. » Martin, archevêque de Drague, dans sa fa-
VIII. Le^même saint Grégoire parlant aux meuse compilation, exprime nettement l'obligaséculiers, les désigne par leur habit, « Vos tion des clercsà porter un habitlong. «Et secunquos sœcularis haijitus tenet (Hom. iv, in dum xVaron talarem vestem induere, ut sint in Evang.). » 11 se plaint que la vie des clercs ne habitu ordinato (Cap. lxvi). »
répond pas à leur habit : « In sancto habitu IX. Disons un mot de l'Orient, où les clercs
constituti, dum exteriora sunt quae exhibent, avaient aussi cala campagne et à la ville un ha-
quasi sanctuarii lapides forisjacent, etc. Mundi bit qui leur était propre, avec défense de se
hujus opéra peragunt, et tamen de religioso servir de l'habilde séculier. «Nulluseorum, qui
habitu culmen honoris quirrunt (Hom. xvu). » in cleri catalogum relati sunt, vestem sibi non
Et au contraire, « Nonnulli et sœcularem habi- convenienteminduat, neque in civitatedegens,
tum gerunt,etsœcularemanimum nonhabent neque iter ingrediens, sed utatur vestibus,
(Honi'. LVi).'» Et ailleurs parlant de lui-même, quie iis qui in clerum relati sunt, attributic