‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 210 sur 291 · SAINT AUGUSTIN VÉCUT EN COMMUNAUTÉ DE UAIQUES · texte numérisé non relu

SAINT AUGUSTIN VÉCUT EN COMMUNAUTÉ DE UAIQUES

jour à son peuple, pour l'informer (le l'établis- III. On [tourrait, avec (piel(|iie apparence,

sèment et (le la discipline (lu uionastère de ses conclure de cet endroit de saint An|;iislin ,

clercs , ou de son stJniinaire. Bèdc et le concile (ju'il n'institua son séminaire de clercs qu'a-

d'Aix-Ia-Cliapelle , sous rem|)ereur Louis le près (ju'il eut été évè(|ue, afin d'y pouvoir

Débonnaire , ne i)ermellent [)as de douter (pie exercer l'iiospitalité, qui n'eût pas été conve-

ce sermon (ju'ils ont cité , soit de saint Augus- nable au premier monastère (ju'il avait fondé

tin. étant pr(Hre , dans le jardin (pie Valère lui

« Vobiscum hic vivimus et propter vos vi- avait donné. Ainsi il y aurait eu deux monas- . vimus, » dit d'abord saint Augustin (De diver- feras, l'un dans le jardin, l'autre dans la maisis, serm. 40), ce qui est le caracfère propre son de l'évèque : l'un bâti par saint Augustin, des ecclésiastiques, de vivre [)arnn les lidèles, encore i>r(Hrc, l'autre lUabli dans la maison et de s'appliquer entièrement à les servir : au épiscopale, après qu'il eut été fait évc'que. Enlieu que les moines font profession de fuir le fin, l'im consacré à une retraite plus exacte, et monde, et ne s'occuper que de Dieu, et de leur l'autre plus proportionné à la vie des ecclépropre salut, siasti(|ues et à Ibospitalité môme que saint

Il continue de représenter la vie commune Paul leur ordonne d'exercer,

qu'il mène avec les siens dans la maison épis- Ce n'est nullement mon dessein de m'oppo-

copale, et la loi indis|)ensable (|u'il y fait ob- ser à ce sentiment, pourvu que cette vérité

server de ne rien posséder en propre : « Nostis demeure constante, (jue la connnunauté nou-

sic nos vivere in ea domo, qute dicilur domus velle que saint Augustin a établie, dont il a

episcopi, ut quantum possumus, imitemur eos été le père et le premier instituteur, dans la-

sanctos, de quibus loquitur liber Actuum Apo- quelle il a toujours vécu, au moins depuis son

stolorum : Nemo dicebat aliquid proprium, sed épiscopat, de laquelle il a tiré tous ces admi-

erant illis onmia communia. » râbles évèques, et ces vertueux ecclésiasti(|ues

Valère, en le faisant prêtre, lui avait donné qu'il a distribués aux autres églises; que cette

le jardin de l'évèclié pour y bâtir un monas- communauté, dis-je, a été composée d'ecclé-

tère : (( Dédit mihi Valerius hortum illum, in siastiques qui n'y étaient reçus qu'en renon-

quo nunc est monasterium. » çant à tout ce qu'ils avaient pu posséder dans

Saint Augustin, étant fait évéque, crut être le monde,

obligé d'exercer l'hospitalité, et reconnaissant IV. En effet, depuis l'établissement de ce

que la retraite et le silence d'un monastère séminaire, saint Augustin ne donna plus les

ne s'accorde pas bien avec le concours et la ordres à personne qui ne renonçât à tout ce

compagnie du monde, il établit un monastère qu'il avait en propre, en le donnant aux pau-

de clercs dans la maison épiscopale. « Perveni vres, ou en le rendant commun au séminaire.

ad episcopatum, vidi necesse liabere episco- « Noverit charitas vestradixisse mefratribus

pum exhibere humanitatem assiduam quibus- meis, qui mecum manent, ut quicumque ha-

que venientibus sive transeuntibus; quod si bet aliquid, vendat et eroget : aut donet et

non fecissem, episcopus inhumanus dicerer. commune illud faciat. Ecclesiam habet; per

Si autem consuetudo ista in monasterio per- quam Deus non pascit (Ibidem). » Et un peu

missa esset, indecens esset. Et ideo volui ha- plus bas: cCerte ego sum, qui statueram, sicut

bere in ista domo episcopi mecum monaste- nostis , nuUum ordinare clericum , nisi qui

rium clericorum. » mecum vellet manere : ut si vellet discedere

Voilà évidemment un Monastère de clercs, a proposito, recte illi tollerem dericatum, quia

Monasterium clericorum. Ce qui suffit pour desereret sancta^ societatis promissum , cœ-

justifier tout ce qui a été tiré de Possidius ptumque consortium. »

dans le chapitre précédent. Saint Augustin Ce saint évéque ne reçut donc plus personne

rapporte aussitôt de quelle manière on vivait dans l'état ecclésiastique qui ne s'obligeât de

dans ce monastère de clercs, ou dans ce sémi- renoncer à tout et de vivre en commun avec

naire qui était renfermé dans \di Maison épis- lui dans son séminaire; et il dégrada des or-

copale, In domo episcopi. On n'y possédait dres qu'ils avaient reçus , et de la cléricature,

rien en propre. « Ecce quomodo \ivimus. tous ceux qui ne voulaient pas persévérer dans

Nulli licet in societate nostra habere alitiuid un si saint engagement,

proprium. » La crainte d'une dégradation si honteuse en

DES CONC.KÉCATIONS. — CHAIMTIIE TROISIÈME,

faisait loinher (luuliiiies-uns dans une hypocrisie encore plus périlleuse ; de sorte qu'ils possédaient secrètement leur patrimoine, et ne laissaient pas de vivre dans la communauté ; saint Augustin ne pouvant soutlrir une dissimulation si criminelle , changea de conduite, et se contenta de retrancher de sa conununauté ces misérables esclaves de leurs cujjidités, sans les priver de la cléricature , et sans les empêcher de l'exercer dans les autres diocèses.

« Ecce in conspectu Dei et vestro, muto consilium. Qui volunt liabere aliquid proprium, quibus non sul'licit Deus et Ecclesia sua, nianeant ubi volunt, etubi possunt, non eis aufero clericatum. Nolo habere hypocritas , etc. Noio quis liabeat necessitatem simulandi. Scio quomodo homines arnent clericatum. Nemini euni tollo, nolenti mecum communiter vivere. »

V. Saint Augustin ne fit ce changement dans sa conduite qu'en sa vieillesse. Il le témoigne lui-même dans ce discours : « Date veniam loquaci senectuti , etc. Ego sicut videtis , per œtatem jam senui, sed per infirmitatem corporis olim senex fui (Ibidem). » Ainsi jusqu'à son extrême vieillesse, non -seulement il n'avait reçu personne dans son clergé qui ne renonçât à toute propriété , mais il avait aussi dépouillé de la cléricature tous ceux qui ne voulaient pas être fidèles à ce qu'ils avaient voué.

Quelque adoucissement que ce divin pasteur eût apporté à sa conduite, il persista avec une fermeté inébranlable dans la résolution de ne laisser exercer la cléricature dans son église à aucun de ceux qui n'avaient pas renoncé aux biens de ce monde, ou qui l'ayant fait, avaient ensuite succombé à leur inconstance et à leur cupidité.

Cette résolution inviolable de saint Augustin paraît dans la protestation publique qu'il fit dans un second discours à son peuple sur le même sujet : qu'on avait beau armer contre lui les conciles et les autorités les pluséminentes des églises d'outre-mer, qu'il ne souffrirait jamais que les fonctions ecclésiastiques fussent exercées dans son église par ceux qui n'auraient pas été fidèles à la promesse qu'ils avaient faite de renoncer à tout.

« Modo quia placuit illis socialis bœc vita, quisquis cum hypocrisi vixerit, quisquis inventus fuerit habens proprium , non illi permitto ut inde faciat testamentum, sed delebo eum de tabula clericorum. Interpellet contra

me mille concilia, naviget contra rne qua voluerit, sit certe ubi potuerit, adjuvabit me Deus, ut ubi ego e[)iscopus sum , illic clericus esse non possit (De diversis. serm. 50). »

VI. Il faut détromper ceux (jui se sont faussement persuadé (|ue ces ecclésiastiques vivant en communauté ne s'étaient engages i)ar aucun vœu à cette vie connnune et à cette désapproprialion. C'est une erreur qu'il est aisé de convaincre par saint Augustin môme.

Les termes dont il se sert [lour exprimer l'avarice criminelle et l'apostasie de ceux qui retenaient secrètement (}uelque chose en propre ou qui se séparaient ouvertement de cette société sainte le prouvent assez. Il les traite comme des gens qui manquent à leur vœu et à leur profession, faisant en cela ce qui ne se peut faire sans une damnable perfidie et sans renoncer à l'espérance du salut.

« Malum est cadere a proposito, sed pejus est simulare propositum. Ecce dico, audite : Qui societatem communis vitœjam susceptam, qufc laudatur in Aclibus Apostolorum deserit, ac voto suo cadit, et a professione sancta cadit, etc. Ego scio quantum mali sit, profiteri sanctum aliquid, nec implere : Vovete, inquit, et reddite Domino Deo vestro. Et, Melms est non vovere, quam vovere et non reddere. » Et un peu plus bas : « Professus est sanctitatem , professus est communiter vivendi societatem ; si ab hoc proposito ceciderit, et extra manens clericus fucerit, dimidius etipse cecidit(Serm. 49, ibid.). »

Toutes ces expressions ne laissent aucun doute que ce ne fussent de véritables vœux.

VII. Quoique saint Augustin parle des clercs en général dans tous ces discours, et qu'il semble les comprendre tous dans son monastère de clercs ; il y a néanmoins quelque sujet de croire qu'il n'y recevait que des prêtres , des diacres et des sous-diacres, et que tous les autres clercs inférieurs n'y étaient que rarement, ou point du tout admis. En voici les preuves.

Saint Augustin semble le dire nettement, en faisant le dénombrement de tous ceux de son séminaire qui avaient renoncé à toute propriété : « Nuntio ergo vobis , unde gaudeatis ; quia omnesfratresetclericosmeos,qui mecum habitant, presbyleros, diaconos, subdiaconos, et Palricium nepotem meum , taies inveni, qnales desideravi (Ibid, serm. TiO). »

Il ne dit pas une seule parole des autres clercs, ni dans cet endroit, ni dans toute la

SAINT AUGUSTIN VÉCUT EN COMMUNAUTÉ DE LAÏQUES. i73

suite de ce long discours, où il rend compte comme l'a dit Possidius dans le chapitre préau peujjle de tous ses prêtres , diacres et sous- cèdent, et conuue nous l'avons prouvé fort au diacres en général et eu particulier , pour jus- long ci-dessus, en parlant des habits des ecclétitier leur conduite et leur fidéliti; constante siasti(jues; et (lu'ainsi saint Augustin n'a jamais au vœu de pauvreté auquel ils s'étaient enga- porté l'habit des moines, gés, sans dire un seul mot des lecteurs ou des IX. De ce que nous avons dit on peut tirer autres clercs inférieurs. un éclaircissement suflisant contre les deux

Entin, ces clercs inférieurs étant, comme ils extrémités oii quelques-uns se sont précipités :

étaient, en liberté de se marier . il était inipos- les uns veulent que saint Augustin ait été

sible de les faire vivre en communauté, et de moine, et ait institué des moines; d'autres ne

leur faire praticjuer celte désappropriation. peuvent souffrir qu'il y ait eu aucune profes-

Cela nous porte à croire que les sous-diacres sion ou aucun engagement par des vœux dans

mêmes dans l'Afrique gardaient déjà la conti- sa congrégation,

nence, aussi bien que les diacres et les prêtres. Les premiers ont été assez fortement réfutés

A moins de cela il eût fallu leur faire promet- par tout ce qui a été avancé dans ces deux

tre la continence eu les recevant dans cette chapitres, où saint Augustin a toujours affecté

société, et c'est de quoi saint Augustin n'eût le nom de clercs à sa personne et à ceux de sa

pu se dispenser de nous informer. compagnie ; au lieu que les moines qu'on ho-

VIII. Ajoutons une réflexion tirée de ces norait de quelque ordre sacré ne quittaient

mêmes discours de saint Augustin à son peu- pas pour cela le nom de moine, qui manjuait

pie. 11 y proteste que les habillements dont il une yirofession si sainte et si honorable aux

use lui-même ne sont autres, ni plus précieux yeux des vrais lideles.

que ceux de ses prêtres, de ses diacres et sous- Ecrivant à Aurèle, évèque de Carthage,. et

diacres : et que si on lui en donne en présent lui remontrant qu'il ne fallait pas élever les

qui soient de plus grand prix, il les fait vendre, moines au-dessus du clergé, il le prie de con-

afin que l'argent de la vente soit employé aux sidérer qu'ils sont tous deux du corps du

besoins communs du séminaire. clergé: « Nimis dolendum, si ad tam ruino-

« Nemo det byrrum, vel lineam tunicam, sam superbiam monachos surriganuis, et tam

seu aliquid, nisi in commune ; de communi gravi contumelia clericos dignes putemus,in

accipiam mihi ipsi; cum sciam commune me quorum numéro sumus, etc. (Epist. lxxvi). »

liabere velle, quidquid habeo. Nemo talia of- Enfin, saint Augustin déclare lui-même,

ferai, quibus quasi ego solus decentius utar. dans ses Confessions, qu'il avait conçu le des-

OCferatur mihi verbi gratia byrrum prctiosum, sein d'aller expier ses pécliés dans quelque

forte decet episcopum, quamvis non deceat solitude, mais que Dieu lui a\ ait fait connaitre

Augustinum, id est, hominem pauperem, de qu'il voulait le purifier par les emj)lois ecclé-

pauperibus natum, etc. Qualem vestem potest siasliques, et lui faire faire son salut en tra-

habere presbyter, qualem ])otest habere decen- vaillant à celui de son prochain. «Conterritus

ter diaconus et subdiaconus, talem volo acci- peccatis meis agitaveram in corde, meditatus-

pere. (|uia in commune accipio. Si (juis melio- que fueram fugam in soliludinem : sed prohi-

lem dederit , vende : ut quando non potest buisti me ; et confortasti me, Domine, dicens :

\estis esse communis, pretium vestis sit com- Ideo Christus pro omnibus mortuus est, ut qui

mune (Ibid., Serm. l). » vovunt, jam non sibi vivant, sed ei qui pro

Ces paroles apprennent que le monastère de ipsis mortuus est (Confess., 1. x, c. idt.). » saint Augustin n'était composé que de clercs En un autre endroit il dit bien qu'il avait et de clercs supérieurs, en y comprenant les commencé à observer la continence avant que sous-diacres : qu'ils étaient tous velus de la d'être fait dispensateur des sacrements. « Famême manière, sans en excepter même leur ctum est et antequam dispensator sacramenti saint prélat; que leur habit ordinaire était une lui fierem ; » mais il ne dit nullement qu'il tuni(pie de lin, et ce qu'il appelle Bynvs , l'eût fait par l'engagement à la profession modont nous avons parlé ci-devant ; que tel était naslique. C'était effectivement en la compagnie Ihabit des prêtres ; (jue tel avait été l'habit de de quelques séculiers qu'il avait couunencé saint Augustin lorsqu'il fut fait prêtre ; que cette vie chaste et retirée en son pays, et il la c'était l'habit ordinaire des ecclésiastiques , continua avec les mêmes amis à Ilippone, lors-

DES CON(;UÉ(JATI()NS. — aiAlMTi;K IIIOIMEMK.

qu'il y lïil lait |>i(Mie, connue Possidiiis l'insiiiiie : étant l'ail evèque, il dressa un séminaire lie clercs.

\. Qnanl à Pétrus Aurélius (Aurel., pari, n, pag. 11)1), Mirée (Mira'us, in nolis ad llegulam Canonic.), Clément iienier, et antres, (|ui estiment (|ne les clercs du séminaire de saint Augustin vivaient sans vieux et sans liens, comme les pères de l'Oratoire, dit Uenier, et tant d'autres comnnmautés modernes; la lecture simple des deux discours de saint Augustin, dont nous avons tissu tout ce clia|)ilre, devait les avoir détrompés : puisipie ce saint docteur a exprimé en termes très-formels la profession et le vœu de pauvreté ({u'il exigeait de tous ceux qui entraient dans son séminaire et dans son clergé.

S'il n'y a point parlé des vœux de continence, d'obéissance et de stabilité, c'est (jue ce clergé domesti(]ue et associé au saint n'était com|)osé que de prêtres, de diacres et de sousdiacres à qui leurs propres ordres étaient un engagement nécessaire au célibat et étaient en même temps, aussi bien que les ordres inférieurs, comme autant de liens indissolubles qui les soumettaient à l'empire de leurévèiiue et les attacbaient à son église.

Nous ferons voir dans la suite que l'ordination et la cléricature attachaient et soumettaient généralement tous les ecclésiastiques à leur évèque et à son Eglise; ainsi il ne fallait point d'autre vœu d'obéissance et de stabilité.

Les ordres supérieurs dans l'Eglise latine étaient inséparables de la loi du célibat, et le sous -diaconat connnencait à s'élever en ce rang au temps de saint Augustin. 11 ne restait donc que la pauvreté volontaire, dont saint Augustin pût faire une règle et une sainte singularité dans son clergé, et c'est ce qu'il fit.

XI. L'exemple d'un prélat aussi saint et aussi illustre que saint Augustin anima les autres évêques à se faire à eux-mêmes, et à leur clergé, de semblables lieux de retraite. Nous avons déjà vu que Possidius vivait aussi en communauté avec son clergé.

Saint Augustin le dit évidemment dans les lettres qu'il lui écrit, aussi bien que dans celles qu'il écrivit à Evodius, à Bénénatus, à Sévère, à Novat, auxquels il écrit conjointement avec leurconnriunauté et sans se sé|)arer lui-même de la sienne : « Novato, et qui tecum sunt fratribus, Augustinus, et qui mccum sunt fratres

(August., e|»isl. Lxxin, ci,ccxxiv, ccxxxni,

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