‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 211 sur 291 · CCXI., CC.XL, C.CXI · texte numérisé non relu

CCXI., CC.XL, C.CXI

Saint i*aulin assure la même chose d'Alipe, l(tis(|u'il lui écrit en ces termes : « Nostris inviceni salutenlur obsecpiiis et in clero sanctitatis tua.> conntes, et in monasteriis fidei et virtutis turc aMUulatores. Nam etsi in |)opulis ac super |iopuluin agas, tamen abdicalione s;eculi, ac repuisa carnis et sanguinis, desertum tibi ipse fecisti, secretus a multis, vocatus in paucis. »

Voilà les séminaires du clergé distingués fort évidemment des monastères. H fait encore une fois la même distinction vers la lin de la même lettre : « lienedictos sanctitatis tua3 comités et a'inulatores, in Domino fratres nostros, tam in ecclesiis, (juam in monasteriis, Carthagini, Tagastae, Ili|)pone regio et totis parochiis tuis at(|ue onmibus cognitis tibi [)er Africam locis, nuiito ailéctu rogamus, etc. »

Il paraît de la, et de ce que Possidius a déjà dit, que ces monastères de clercs se multiplièrent beaucoup dans l'Afrique.

XII. C'est encore de ces communautés ecclésia;ti(iues que parle Julianus Pomérius (De vita Contempl., 1. u, c. vui), quand il dit que Paulin , évèque de Noie , liilaire , évê(jue d'Arles, et tant d'autres saints prélats, après avoir vendu et distribué aux pauvres tous leurs fonds et leurs patrimoines, ont pu, sans rien diminuer de cette haute perfection, ])osséder les biens et les revenus de l'Eglise pour assembler et entretenir de saintes congrégations : « Congregandis fratribus alendis , expedit facultates Ecclesi;c possidere , ut uno sollicitudines omnium in sua societate viventium sustinente , omnes qui sub eo sunt, fructuosa vocatione potiantur spiritualiter et quiète. »

En elîet, l'auteur de la vie de saint Hilaire dit que ce saint prélat apprit à son séminaire, par ses admirables exemples, comment il fallait renoncer au monde, vivre de son travail, jeûner, prier. « Cum primum speculatoris suscepit officium in seipso prinmm monstravit, quemadmodum congregatio mundum contemneret, manuum operibusconlinuis vesceretur, sanctis paginis inhœreret, jejuniis, vigiliis, etc. (Surius, die 5 Maii), »

XIII. On pourrait douter si le clergé était assez nombreux pour former ime congrégation dans chaque église cathédrale. Cette difficulté a beaucoup plus de poids pour les trois i)re-

SAINT AU(;i'STIN VIXLT LN COMMUNAUTÉ DE LAÏQUES. 175

niiors siècles. Au tonips de saint Augustin et duito de |)lusicurs séminaires de jeunes cardans les siècles suivants, le nombre du clergé çons et de jeunes lilles qu'on élevait séparéétait tort grand dans toutes les villes considé- nieid, dans des maisons séparées, dans tous les râbles. Saint Augustin vient de dire qu'on exercices de la |)iété chrétienne, et on les y avait une ardente passion pour entrer et pour admettait des leur enfance afin de les disposer, se maintenir dans l'état ecciésiastiijue. « Scio |>^i'' une éducation si sainte, à embrasser dans quomodo liomines aiuent clericatum. » un âge plus n)ùr la vie religieuse.

Victor, évèque de Vite, dit (jue le roi des C'étaient donc comme des séminaires (|ui

Vandales exila en une seule fois près de cinq servaient à peupler les monastères, comme les

mille personnes, tant évéques, prêtres et dia- monastères étaient les écoles ordinaires, en

cres, qu'autres membres de l'Eglise : « Quibus Orient, dont on tirait les évé(|ues. autem prosequar fluminibus lacrymarum , Socrate dit qu'Alexandre, évéque d'Alexan-

quando e|)iscopos, presbytères, diaconos, et drie, vit un jour saint Allianase encore enfant,

alia Ecclesia) membra, id est quatuor millia avec d'autres enfants, contrefaire les divers

quadringentos sexaginta unum ad exilium ordres et les cérémonies de l'Eglise; qu'il com-

eremi destinavit? (L. ii de persecutione Afri- manda ensuite qn'on les élevât et qu'on les

cana.) » instruisît dans l'Eglise : et Atbauase étant dc-

On pourrait douter si tous ceux que Victor venu grand, il le fit diacre (Socrate, l. i,c. II),

appelle membres de l'Eglise étaient ecclésiasti- Il y avait donc dès lors des séminaires déjeunes

ques ou simples fidèles (Ibid., l. v). Mais il n'y enfants dans les églises. a pas lieu d'hésiter en ce qu'il dit ailleurs que XV. Saint Ambroise avait fondé un monas-

le clergé seul de Carthage montait à cinq cents tère dans les faubourgs de Milan, témoin saint

personnes ou plus. « Universusclerus Ecclesiae Augustin même. «EratmonasteriumMediolani,

Carthaginis cœde inediaque maceratur, fere plénum bonis fratribus, extra urbis mienia sub

quingenti, vel amplius. » Ambrosio nutritore (Conf.. l. vui, c. (j). » Mais

On lut dans le concile de Calcédoine un acte la seule situation de ce monastère hors la ville

authentique oii Ibas, évèque d'Edesse, dit que montre bien que ce n'était que pour des moines

son clergé était d'environ deux cents ecclésias- qu'il avait été établi ; au lieu que saint Augus-

tiquesou davantage. 'EoTiv i x-«2&; r,u.wv Wxcaîovôvo- tin institua le monastère de ses clercs, non-

L».iT«v,[iiy.p(d-pbî,T;x3tl-X£iovtov(Act. x,conc.Calc.).En seulement dans la ville, mais aussi dans sa

effet, dans les souscriptions du clergé de cette maison.

ville, on voit les noms d'un fort grand nombre Saint Martin bâtit aussi un monastère à deux

de prêtres, de diacres et de sous-diacres. milles de la ville de Tours, dont il était évèque;

XIV. Cet exemple du chapitre ou du clergé mais ce ne fut non plus que pour des religieux d'Ibas n'a pas été rapporté pour faire croire qui habitaient la jjlupart dans des cavernes que tous ces ecclésiastiques vécussent en com- creusées dans la montagne. « Duobus fere munauté. Je ne crois pas qu'en tout l'Orient on extra civitatem millibus monasterium sibi ait jamais vu ces congrégations purement slatuit, etc. Discipuli erant octoginta, etc. pieecclésiastiques. Les prêtres et les ecclésiasti- rique saxo superjecti montis cavato, receptaques inférieurs y étant ordinairement mariés, cula sibi fecerant (Severus Sulpicius, L de vita et le nombre de ceux qui consacraient leur Martini, c. vu). »

corps à la continence étant très-petit, parce Ainsi, ni saint Ambroise, ni saint Martin ne

que les canons qui la prescrivaient aux clercs firent cette admirable alliance de la vie ecclé-

majeurs y étaient très-mal gardés, il n'y avait siastique avec les vertus de la profession mo-

ni apparence ni espérance d'y établir jamais naslique. Cet avantage était réservé à saint

ces saintes sociétés d'ecclésiasti(|ues. Ce défaut Augustin, non pas de fonder des monastères,

était en quelque façon compensé par un prodi- mais de faire vivre son clergé dans les exercices

gieux nombre de monastères. des mêmes vertus et des mêmes austérités

Saint Basile fut comme l'Augustin de l'O- qu'on pratiquait dans les monastères, rient, mais il ne put assembler que des congre- Il est vrai que toutes les églises s'elïorcèrent

gâtions monastiques (Basilius, in Regulis fus. à l'euvi d'avoir des évêquesqui eussent été for-

disput,, c. xv; et in Regul. brev., c. ccxcii). mes de la main de saint Martin, et qui eussent

11 est vrai qu'il donnait à ses religieux la con- passé par toutes les épreuves de son monastère :

i7(» DES CONGBÉGATIONS. — CHAPITRE TROISIÈME.

« Plures ex his postea episcopos vidiniiis. Qunc distin{j:uàt des autres ecclésiastiques, si ce onim esset civitas, aut ecclesia, (ju;ii non se de n'est la sinjfularité de leur modestie. On ne Martini nionasterio cuperet liahere saeerdotes? servait à leur table (jne des lé},aimes ; et si on y (Ibidem.) » Mais on ne peut nier (jue le sémi- voyait quelcjuefois de la viande, ce n'était que nairc de saint Au^^ustin ne lût encore plus pour les hôtes ou pour les infirmes, propre k cultiver de saints ecclésiastiques, et à On y servait du vin ; et en cela ils étaient former d'excellents évoques, ({u'un monastère dilVérents des moines à qui l'usage du vin et où l'on ne fait nullement profession des fotic- de la viande était entièrement inconnu (Postions sacerdotales, et où l'on fait plutôt [)rofes- sidius , c. xxu). 11 faut encore ajouter à cela sion de les éviter que de les apprendre. (|ue le clergé de saint Augustin n'était autre

XVI. Saint Augustin dit lui-même (jue c'é- (|ue le clergé propre de l'église cathédrale vitait de son séminaire que les évoques étaient vaut en communauté avec l'évêque. Ils ne tirés pour aller prendre le gouvernement des vouaient la continence qu'en recevant un églises. ordre sacré : ils ne ])rometlaient l'obéissance

Ayant ramené à l'unité de l'Eglise un grand qu'cà leur évêque, qui était leur supérieur

nombre de douatistcs dans la ville de Fussale, unique et immédiat, et ils la promettaient

qui était de son diocèse, il voulut y faire ériger aussi dans leur ordination. Ainsi, quant à la

un évêché nouveau et y consacrer un évêque. continence et à l'obéissance, ils n'avaient rien

Il y fit venir pour cela le primat de Numidie. qui ne leur fût commun avec tous les autres

Le prêtre qu'il croyait avoir disposé à accepter ecclésiastiques. Le seul point qui leur était

cette importante charge refusa absolument de proj>re étaitla désappropriation et le vœu qu'ils

s'y soumettre. « Omnimodo resistendo frustra- en faisaient en consentant à cette condi-

vit (Epist. ccLXi), » Saint Augustin ne put se tion, sans laquelle saint Augustin ne les eût

résoudre à renvoyer le primat, qui était un pas ordonnés. Voilà à mon avis les diffé-

vénérable vieillard, sans rien faire, et n'ayant rences.

avec lui qu'un lecteur de son monastère, XVllI. J'ai dit qu'ils vouaient la pauvreté

nommé Antoine, « In monasterio a nobis par- évangélique en recevant l'ordre sacré qui ne

vula quidem œtate nutritum, sed prœter le- leur était donné qu'avec cette condition. Ce

ctionis officium nullis clericatus gradibus et n'était qu'un vœu implicite et une profession

laboribus notum, » il le présenta et le fit or- tacite, semblable à celle par laquelle aujour-

donner évêque. d'Iiui les sous-diacres s'obligent au célibat par

Saint Augustin blâme lui-même sa précipi- leur ordination. C'est peut-être ce qui a trompé

tation dans ce dernier choix. Aussi les suites ceux (jui ont cru que l'on ne faisait point de

en furent funestes et lui causèrent bien du dé- vœux dans ce monastère ecclésiastique de saint

plaisir. Mais cela est hors de notre sujet. Il Augustin.

suffit de remarquer que c'est de son séminaire Ce saint évêque dit que les clercs qui ont fait

que saint Augustin tirait les évêques; et si ce profession de cette perfection particulière :

lecteur n'était pas digne d'une si éminente « Professus est sanctitatem, professus est cpm-

dignité, le prêtre témoigna assez combien il muuiter vivendi societatem, » ne peuvent s'en

en était digne par sa fermeté à la refuser. retirer qu'en tombant à demi, car ils ne tom-

XVII. xVjoutons ici un mot sur la conformité bent pas tout à fait, puisqu'ils persévèrent dans de ce séminaire de saint Augustin avec les les autres obligations de l'état ecclésiastique : chanoines réguliers qui portent le nom, mais « Si ab hoc proposilo ceciderit, et extra maqui font encore i)lus de gloire d'imiter les nens, clericus fuerit, dimidius et ipse cecidit vertus de ce saint Père. (De diversis serm. U), 50). »

La ressemblance en est fort grande : de part De même qu'une vierge qui s'est consacrée

et d'autre ce ne sont que des clercs et des ec- à Dieu peut ne pas s'enfermer dans un monas-

clésiastiques liés par les trois vœux et vivant tère ; mais si elle s'y est une fois retirée , elle

en commun; au reste, appliqués à toutes les n'en peut sortir sans tomber à demi, (piehiuc

fonctions j)ropres au clergé. Mais on ne peut soin qu'elle prenne de sa pureté : « Virgo sacra

nier qu'il n'y ait aussi quelque différence entre etsi nuncpiam fuit in monasterio, et virgo sacra

ces deux sociétés. Les ecclésiastiques de saint est, illi nubere non licet : quamvisesse in mo-

Augustin n'avaient rien en leur habits qui le nasterio non conq)ellitur. Si autem cœpit esse

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