SI LES PÈRES GRECS OU LATINS ONT ÉRIGÉ QUELQUE SÉMINAIRE
villes étaient vraisemblableinent ces laïques episcoi)osjejunantes, nonbihentes vinum, etc.»
qui vivaient religieusement et en coiumiinaiilé, Enfin, il l'assure que pour faire celte adnii-
dont saint Augustin a rendu un si illustre té- rable alliance des vertus religieuses avec les
moignage. (lar saint Kpipliane les distingue travaux de l'épiscopat, il n'a cpi'à se pro|)Oser
des moines (jui habitaient dans les monastères, la vie de saint Paul et des autres apôtres, dont
En effet, les monastères n'étaient point encore les évèques sont les successeurs,
communs dans les villes. Il paraît encore, par cette lettre de saint
3° Que saint Epiphanc n'eût pas passé sous Athanase, qu'on arrachait des monastères un
silence les communautés des simi)lesecclésias- grand nombre de saints évèques, mais ([u'il
ti(iues, s'il y en eût eu de son temps, pui3(|u'il n'y avait point en Orient de congrégations
n'a rien oublié de ce (jui pouvait rehausser la ecclésiasti(iues où les évèques et leur clergé
gloire de l'Eglise, et surtout du clergé. imitassent de près la vie commune et les autres
L'auteur de la vie de saint Epiphane assure points inn)ortants de la disci[»line monasti(|ue.
(jue ce saint prélat vivait, dans son évèclié, dans Car, saint Athanase n'eût |)u s'en taire dans
la compagnie de quatre-vingts moines, il se une occasion si propre et si favorable,
met lui-même du nombre : « Eramus in epi- Vil. Saint Jérôme, qui était parfaitement ins-
scopatu omnes monachi octoginta (Cap. lv). » truit de l'état de l'une et de l'autre église, fai-
Si ce récit est véritable, c'était donc une sant à Népotien une peinture achevée d'un communauté de moines, dans l'évcclié, et peut- excellent ecclésiasti(iue, n'avance pas un seul être même dans les fonctions ecclésiastiques ; mot de l'obligation, ou de la coutume, ou de la c'était un de ces exemples de l'Eglise orientale bienséance de vivre en communauté avec (jue saint Eusèbe, évè(|ue de Verceil, aura |)U d'autres clercs. H lui donne au contraire divers imiter : mais ce n'était nullement une société préceptes qui supposent une vie retirée et parpurement ecclésiastique. ticulière dans sa maison; par exemple, d'avoir
Sozomène apprend bien, dans le livre vi, toujours à sa table des pauvres et des passants,
chap. 20, que dans la ville de Rhinocorure, de ne recevoir point de femme dans sa maison,
après que plusieurs saints religieux en eurent et autres semblables.
été évèques, les clercs vécurent aussi en commu- L'épitaphe que saint Jérôme fit du même nauté, ayant une même maison et une même Népotien, après sa mort, apprend qu'étant entable, et ne possédant rien qu'en commun. Kotvr, core jeune il avait désiré avec passion d'aller ^è è<jTi ToTc aùTo6i x.AT.pi«cU owaiç te, xa'i t.-At.-z,i., v.x: t' visitcr Ics mouastères dc l'Egypte et de la àxxa lïâvT*. Mais cet exemple est singulier et |)eut- Mésopotamie; mais (jue le respect qu'il avait être uni(|ue dans l'Orient, comme il paraît par pour son oncle l'avait retenu, et qu'il avait les saints Pères de ces |)remiers siècles, et i)ar trouvé en sa personne la sainteté d'un évê(iue les autres historiens qui ne disent rien de sem- rehaussée par les vertueux exercices d'un blable. moine. « Cumque arderet aut ad ^Egypti mo-
VI. Saint Athanase écrivant au moine Dra- nasteria pergere, aut Mesôpotamiœ invisere
contins, pour l'exhorter à accepter l'épiscopat, choros, vel certe insularum Dalmatiœ solitu-
lui représente im grand nombre de ceux qui dines occupare, avunculum pontificem dese-
ontconservé dans cette dignité éminente toutes rere non audebat, etc. In uno atque eodem et
les vertus et les austérités même les i)lus imitabatur monachum, et pontificem venera-
grandes de la vie religieuse, à laquelle ils batur. »
s'étaient dévoués dès leur jeunesse. Son oncle l'ayant fait prêtre, malgré toute
« Neque enim tu solus ex monachis es con- sa résistance, il exerçait au dehors les fonc-
slitutus , neque solus monasterio pra'fuisti. lions du sacerdoce, et dans l'évêché il prati-
Nosti Sera|)ionem monachum esse, et quot <juait toutes les austérités des solitaires: « Re-
monachorum |)nvrectum? Necjue a te ignora- licto foris cierico, post((uam dominu se contu-
tur, quot monachorum pater fuerit Apollonius, lerat, duritia^setradiderat monachorum, creber
Nosti Agathonem , et Aristonem. Memor es in orationibus , vigilans in precando , etc.
Ammonii, cum Serapione. Audisti de Cue, de Mens;c avunculi intererat, etc. »
Paulo, et aliis mullis. » Et plus bas : « Licebit Cela montre qu'il n'y avait encore nulle
tibi in episcopatu esurire, silire, vinum non com|)agnie d'ecclésiastiques vivant en com-
habere, jejunare fréquenter, etc. Novimus et mun, et que les monastères mêmes ne faisaient
i8u DES con(;uk(;ations. — chaimtue quatrième.
(|no coininoncer de paraître dans rOccidenl. siimus ; cum ali(|uando(;liam Imnusmonaclius
Mil. l'iiiissons j)ar quelques preuves qui \i.\ bununi clerieuiu taeial (Episl. lAXvij. »
fassent connaître avec encore plus de clarté et Les moines mêmes reconnaissaient que toute
plus d'évidence que la congrégation instituée la famille de saint Augustin était composée de
par saint Augustin a été purement ecclésias- clercs : « Omnes lilios a|)Ostolatus tui dominos
ticjue, et que ce saint évoque n'a jamais été en- nostros clericos, digneris officio nostro salu-
gagé dans l'état monasticiue, ni avant son tare (Epist. ccLvn). » C'est le salut d'un moine
ordination, ni après , ni dans le monastère qui à son clergé. Saint Augustin s'est ajjpelé lui-
était dans les jardins de l'église, ni dans le même confrère, non-seulement des prêtres et
monastère des clercs qui était dans l'évèché des diacres, en les nommant a compresbyteros,
même. condiaconos (Epist, xlix, lxxvui) ; » mais aussi
Ce saint et incomparable docteur a fait voir des clercs, en leur écrivant « conclericis (Epist.
tous les états de sa vie en distinguant ses livres lxu, ep. lxvui, cxxxvhi^. » Il n'a jamais écrit
selon les divers états où il les avait écrits. Or, de la même manière aux moines. Enfin, ni
il assure qu'il a écrit les uns avant le baptême, dans le livre De Opéra Monachorum, ni dans
«Nondum bapti/atus, adhuc catechumenus ; » aucun autre, saint Augustin ne s'est jamais
les autres après son baptême, « Baptizatus, mis au nombre des moines, ni aucun Père
adhuc in Italia, etc. in Africa constitutus, etc.;» ou écrivain ancien ne lui a jamais donné cette
les autres étant prêtre, « Apud Ilipi)onem Ke- qualité.
gium presbyter; « enfin les autres étant déjà Toutes ces choses ne sont ici déduites que
évêque, « Episcopus ^Retract., lib. i et u). » pour rendre plus indubitable la proposition que
Il n'aurait pas omis son état de religieux et les nous avons tâché d'établir/'que la congrégation
livres qu'il aurait composés durant cette sainte instituée par saint Augustin était purement
profession s'il était véritable qu'il l'eût une fois ecclésiastique,
embrassée. IX. Nous n'avons pu apercevoir, dans tout
Possidius confirme cette preuve lorsqu'il dit ce qui a été dit, aucun vestige d'une commu-
que saint Augustin, peu de jours avant sa der- nauté d'ecclésiastiques simples, sans vœux,
nière maladie, fit cette censure très-exacte de c'est-à-dire sans le vœu de désappropriation.
tous ses ouvrages, qu'il avait publiés lorsqu'il Caria chasteté et l'obéissance étaient des enga-
était ou laïque, ou prêtre, ou évêque. « Recen- gements inséparables des ordres, au moins des
suit libros, quos primo tempore conversionis ordres supérieurs. Il faut néanmoins avouer
suœ adhuc laicus , sive quos presbyter, sive qu'il y en avait aussi de cette sorte,
quos episcopus dictaverat (Cap. xxvui). » Ainsi Julien Pomère en parle clairement lorsqu'il
saint Augustin n'était que laïque quand il blâme l'avarice de ceux qui semblaient n'être
reçut les ordres sacrés. entrés dans ces communautés que pour épar-
II dit ensuite que saint Augustin vécut gner leur patrimoine; « Propter hoc fortassis
soixante-seize ans, dont il en avait passé près in congregatione viventes, ne aliquos pauperes
de quarante dans la cléricature ou dans l'épis- pascant, ne advenientes suscipiant, aut ne
copat. « In clericatu, vel episcopatu ferme suum censum expensis quotidianis imminuant
quadraginta. » (De vita Contempl., 1. xi, c. 10). »
Enfin , Possidius dit clairement que saint 11 parle encore de ces communautés ecclé-
Augustin était encore laï(iue quand on l'enleva siastiques simples et sans vœux , quand il
de force pour le faire prêtre. « Solebat laicus, réprime la vanité de ceux qui prenaient occa-
ut nobis dicebat, ab eis tantum Ecclesiis, quœ sion de s'élever au-dessus des autres , de ce
non habebant episcopos, suam abstinere prœ- qu'ils payaient à la communauté une pension
sentiam. » proportionnée à la nourriture qu'ils en reti-
Saint Augustin, étant encore prêtre, se dis- raient. « Quod si aliquid de fructibus suis Ec-
tingue des moines et se met au rang des clercs, clesiœ, velut pro ipsa expensa sua contulerint,
disant qu'à peine d'un moine vertueux on en non se prœferant inani jactantia illis , quos
peut faire un bon ecclésiastique. « Nimis do- nihil habentes, pascit et vestit Ecclesia, etc.
lendum si ad tam ruinosam superbiam mona- (Ibidem). »
chos surrigamus , et tam gravi contumelia La lecture de ce même chapitre fait con-
clericos dignos putemus, in quorum numéro naître que ces communautés étaient composées