‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 216 sur 291 · I. Du séminaire épiscopal des jeunes clercs, en Espagne · texte numérisé non relu

I. Du séminaire épiscopal des jeunes clercs, en Espagne

II. Conformité de la conduite de ces séminaires avec la vie religieuse des moines.

III. Description admirable de ce même séminaire et d'un autre, où Tévèque vivait eu communauté avec tous ses prêtres et ses diacres.

IV. En France, ces deux séminaires étaient réunis en un dans la maison épiscopale.

V. VI. Exemples tirés de Grégoire de Tours, des séminaires où les cliauoines vivaient en communauté.

Vil. Vlil. En Angleterre, la vie de communauté fut établie par Augustin et par un grand nombre d'évèques qui furent ses imitateurs.

IX. Peinture merveilleuse du séminaire de saint Grégoire le Grand dans son palais pontiDcal, composé de clercs et de moines très-savants et très-vertueux.

X. Ce grand pape était lui-même le supérieur, le directeur et le théologien de cet incomparable séminaire.

XI. Les évèques d'Afrique avaient leurs séminaires, même dans leur exil. Celui de saint Fulgence était composé d'évèques, de clercs et de moines. Le mariage a banni les séminaires du clergé oriental.

I. Les séminaires et les congrégations ecclésiastiques étaient, comme nous venons de voir,

la retraite et l'école des clercs qu'on ordonnait dès leur première enfance.

Le concile II de Tolède (Can. i), commande expressément que ces jeunes enfants qui auront été tonsurés et ordonnés lecteurs, soient élevés dans un séminaire, en la présence de l'évéque, sous la conduite d'un sage directeur, et que si, à l'âge de dix-huit ans, ils prennent une sainte résolution de consacrer toute leur vie à la continence, on les éprouve encore deux ans avant que de les faire sous-diacres.

« De Iiis quos voluntas parentum a primis infantiîi" annis in clericatus officio, vel monacliali posuit. pariter statuimus observandum, ut mox cum detonsi, vel ministerio lectorum contraditi fucrint, in domoecclesiœsubcpiscopali pra^sentia a pra}posito sibi debeant erudiri. At ubi octavum decimum aplatis suœ annum compleverint, si gratia eis castitatis Deo inspi-

Th. — Tome IL

.i82 DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE CINQUIÈME.

rante placiierit, hi lanquam appetitores arctis- in condavi episcopi manere non sinit , ut et

simaî vitœ levissimo bomini jiigo subdantur; iidein in cellulis suis testes vittc habcant, vi-

ac primo siibdiaconatus ministerium, proba- tanique suam sicut nomine , ita et meritis

tione liabita professionis suie a vi^^esinio anno teneant. » suscipiant. » Entre les prêtres et les diacres, il n'y avait

II. Ce canon fait remarquer les merveilleux donc que ceux que leur vieillesse ou leur infirrapports (ju'il y avait alors entre la profession mité excusait qui pussent se dispenser de desainte de ces jeunes clercs et celle des moines, meurer et de vivre en communauté avec leur

Il dit que les parents consacraient leurs en- évoque, « quos forte infirmitas, aut aetalisgra-

fants à Dieu, en les dévouant dès leurs |)re- vitas, in conclavi episco[)i manere non sinit. »

mières années à la cléricature ou au cloître. Encore étaient-ils eux-mêmes obligés de se faire

Que les jeunes clercs étaient nourris dans un im petit séminaire dans leur propre maison, et

séminaire comme dans un cloître. Que s'ils d'y vivre en commun avec un ou plusieurs

embrassaient la continence à l'âge de dix-huit ecclésiastiques.

ans, on éprouvait encore durant deux ans la Quant au séminaire des moindresclercs voici

fermeté de cette résolution sainte. Enfin, qu'a- ce que le même concile en ordonne. « Prona

près cela ils devaient se considérer comme des est omnis œtas ab adolescentia in malum. Ob

personnes engagées à mener une vie austère, hoc constituendum oportuit, ut si qui in clero

à marcher par le chemin étroit des vertus pubères, aut adolescentes existunt, omnes in

évangéliques, et à porter le joug du Seigneur, uno conclavi atrii commorentur, ut lubricae

que la seule charité rend doux et léger. «Tan- œtatis annos non in luxuria, sed in disciplinis

quam appetitores arctissimœ vitœ levissimo ecclesiasticis agant, deputati probatissimo se-

Domini jugo subduntur. » niori, quem et magistrum disciplinse, et te-

III. Le concile IV de Tolède (Can. xxi, xxn, stem vitœ habeant. Quod si qui ex his pupilli xxui), fait voir comment un double séminaire, existunt, sacerdotalitutela faveantur, ut et vita l'un dans la maison épiscopaIemême,oùrévê- eorum a criminibus intacta sit, et res ab injuque, accomi)agné de ses prêtres et de ses dia- ria improborum. »

ères, répand sur eux et avec eux, sur tout son Si entre ces jeunes clercs il y en avait d'in-

diocèse , une odeur de vertu et de piété qui dociles, on ne les renvoyait pas, pour ne pas

ferme la bouche à la plus noire médisance, les exposer au torrent de l'iniquité du siècle.

L'autre dans une autre maison près de l'église, ou même à devenir des apostats de la profes-

où tous les jeunes clercs vivent sous la direc- sion cléricale , mais on les domptait en les

tion d'un saint vieillard qui ne les perd jamais enfermant dans des monastères. « Qui autem

de vue, et qui ne veille pas seulement sur leur his prœceptis resultaverint, monasteriis depu-

personne et sur leur vie , mais aussi sur les tentur, ut vagantes animi et superbi severiori

affaires temporelles, s'il en est besoin. Enfin, régula distringantur. »

s'il y a des prêtres ou des diacres à qui leur IV. L'Eglise de France n'était pas moins

infirmité ou leur grand âge ne permette pas zélée pour la régularité de ses séminaires,

de vivre en communauté avec l'évêque, ce mais je ne sais s'il y en avait de deux sortes,

concile leur permet de vivre en particulier, comme nous venons de voir qu'il y en avait en

pourvu qu'ils soient accompagnés et éclairés Espagne.

de quelque autre ecclésiastique qui puisse être, Le concile II de Tours (Can xn), rassemble

ou le témoin de leurs vertus, ou le censeur de les prêtres, les diacres et les plus jeunes clercs

leurs vices. dans la maison de l'évêque, comme une troupe

« Ut excludatur deinceps omnis nefandœ d'anges (jui doivent le garder, et qui ne doi-

suspicionis occasio, et ne detur ultra sœcula- vent pas souffrir qu'il y demeure aucune

ribus locus obtrectandi, oportetepiscopostesli- femme, afin que cette compagnie toute céleste

monium probabilium personorum conversa- d'ecclésiastiques ne rencontre rien qui puisse

sionis et vitœ in conclavi suc habere, ut et Deo le moins du monde souiller sa pureté, placeant per conversationem bonam , et eccle- « Licet episcopus Deo propitio clericorum

siœ per optimam famam. Similiter placuit, ut suorum testimonio castus vivat, quia cum illo

quemadmodum antistites, ita presbyteri atque tam in cella, quam ubicumque fuerit, sui

levitœ quos forte infirmitas aut œtatis gravitas habitent; eumque presbyteri, et diaconi vel

DES SÉMINAIRES AUX SIXIÈME ET SEPTIÈME SIÈCLES. 4t«3

(leinceps clericorum turba jiiniorum Dco au- Il est vrai que ce saint ne se rendit pas à ces

tore conservent : sic tanien propter zelotem remontrances, mais c'est parce qu'il aspirait

Deum nostrum tam lonj^e absint episcopus et et s'exoryait déjcà pour la vie des solitaires,

conjux, mansionis propinquitate divisi, ut nec « Ita vacabat jejuniis, ut nec ad convivium

hi qui ad spem recuperandam clericorum ser- mensae canonica^ cum reliquis accederet cleri-

vitnte nutriuntur, famularum propinqua con- cis. Quod audiens arcbidiaconus , frendens

tagione poliuantur. » contra eum, ait : aut cum reliquis fratribus

Je doute si ces paroles, « Hi qui ad spem cibum sume, aut certe discede a nobis. Non

recuperandam clericorum servitute nutriun- enini rectum videtur, ut dissimules cum bis

tur,» se doivent entendre des clercs mêmes qui habere victum, cum quibus ecclesiasticum

sont dans un séminaire, comme une seconde implere putaris oftîcium. »

pépinière de ces divines plantes qui doivent VI. Il y avait donc et en Espagne et en France

un jour peupler et enricbir tout le champ de des séminaires et des communautés, où tout le

l'Eglise : ou des esclaves qui les servaient, et clergé d'une ville vivait avec l'évêque dans une

qui en même temps étaient si saintement ins- même maison, mangeait dans le même réfec-

truils, qu'on en faisait souvent de très-bons toire, et apparemment, parce que c'est une

ecclésiastiques. suite comme nécessaire , possédait tout en

Quoi qu'il en soit, ce concile (Can. xiii) veut commun, sans qu'aucun de ces bénéficiers reçût

que l'évêque ne soit servi et gardé que par ses aucun revenu ecclésiastique, ou aucune distri-

ecclésiastiques, auxquels il donne le pouvoir de bution en particulier.

bannir toutes sortes de femmes de la maison En effet, cette table des chanoines, « Mensa

épiscopale, qui est aussi la leur. « Habeant mi- canonica, mensa canonicorum, » dont Grégoire

nistri Ecclesiae, utique clerici, qui episcopo de Tours vient de parler, n'était entretenue

serviunt, et eum custodire debent, licentiam que des revenus de l'Eglise, et tous les ecclé-

extraneas mulieres de frequentia cohabitationis siastiques étant obligés d'y prendre leur réfec-

ejicere. » tion, comme l'archidiacre de Bourges vient de

y. Néanmoins ce canon ne dit pas aussi for- nous assurer, pourquoi leur eût-on encore

mellement que celui de Tolède que tous les ec- donné une portion des revenus de l'Eglise,

clésiastiques sont obligés de se joindre au sémi- dont tout le superflu, après l'entretien des

naire de l'évêque. Je ne sais même si l'on peut clercs et des églises, est dû aux pauvres ?

rapporter à cela ce qu'a écrit Grégoire de VII. Si ce raisonnement ne paraît pas con-

Tours, de l'un de ses prédécesseurs, nommé vaincant, on sera peut-être persuadé par

Baudin, entre lequel et lui il n'y a eu que Con- l'exemple de l'Eglise anglicane, lorsqu'Augus-

thaire et Euphronius qui aient occupé ce siège, tin, envoyé par le grand saint Grégoire, lui vint

« Hic instituit mensam canonicorum. » donner une seconde naissance.

H y a beaucoup d'apparence que ce fut la vie Ce grand pape prescrivant à Augustin les commune que ce bon évêque institua entre ses divines règles sur lesquelles il devait former ecclésiastiques, car il les faut tous comprendre cette nouvelle Eglise, lui ordonna de ne pas sous ce nom de chanoines (Hist. 1. x). Nous faire quatre parts des revenus et des ofTrandeS serons peut-être persuadés de ces deux propo- de l'Eglise, comme on faisait ailleurs, mais d'v sitions, que tous les ecclésiastiques d'un évè- vivre en communauté avec tous les ecclésiasque étaient appelés chanoines, et qu'à Tours, tiques que leur ordre ou leur piété avait enaussi bien qu'ailleurs, ils vivaient en commu- gagés à la continence, selon sa première pratinauté, si nous faisons réflexion sur ce que le que dans le monastère où il avait été élevé et même Grégoire de Tours dit dans un autre en. selon la pratique sainte de l'Eglise naissante, droit du saint abbé Patrocle, qu'ayant reçu la Quant aux autres clercs d'entre les mineurs tonsure de l'évêque de Bourges Arcadius , et qui ne voudront pas se lier à une perpétuelle quelque temps après le diaconat, il s'adonna à continence, il leur donnera leurs distriljutions une si étroite abstinence, qu'il ne se trouvait les laissera marier, et ne laisseiapas après cela jamais au réfectoire avec les autres clercs; ce de veiller sur eux pour les faire vivre saintedont l'archidiacre lui fit une sévère réprimande ment, dans l'observation des règles ecclésiaslui remontrant que la singularité était toujours tiques, dans le chant des psaumes, et dans la vicieuse dans les communautés (Vitse Patrum). fuite de tous les dérèglements du siècle.

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