DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE ONZIÈME
nonce à tous les bénéfices (|ii'il avait accjuis sans leur consentement : « Prudenti ac salubri consilio duclus, obedientias Ecclesia.' c;eteraque bénéficia, quœ sine conniiuni consensu fratrum acquisiverat, in manus nostras sponle renuntiavit, et se uUerius non intromissurum promisit (L. VI, ep. 30). »
Voilà un exemple de cette première division, pour ne pas dire dissipation, qui se fit des fonds de l'Ej^^ise entre les chanoines, quelquefois par violence et sans le consentement du chapitre, quelquefois avec un consentement acheté à prix d'argent, comme il est dit dans la même lettre : « Tam bis qui furto subduxerunt, quam bis qui obedientias, vel Ecclesiœ dispensationes pretii pactione adepti sunt. »
Enfin ce pape ajoute que, pour prévenir ces usurpations, on avait quelquefois fait entendre le tonnerre de l'excommunication, mais que l'avarice avait été sourde et impénétrable à toutes ces terreurs.
La simonie n'avait pas moins honteusement ni moins impunément inondé toute la face de l'Eglise que l'incontinence. Ce second désordre donna occasion à un grand nombre de saints ecclésiastiques de renoncer aux bénéfices que leurs parents leur avaient acquis, même à leur insu, par un commerce infâme, et à se ranger dans le port tranquille et assuré des communautés régulières.
Tel fut le célèbre Matthieu, qui fut depuis cardinal évèque d'Albano , qui , dans cette appréhension si juste, résigna tous ses bénéfices entre les mains de son évêque et se jeta dans l'ordre de Cluny, ne croyant pas son salut assez assuré dans l'état des chanoines, où il ne voyait pas encore reluire la pureté et le désintéressement si nécessaires à l'état ecclésiastique (Bibl. Cluniac, p. 1303).
« Videbat institutis illis clericorum nihil prope religionis inesse, multa ibi simulari , pauca in veritate geri , ambitione , cupiditate , aemulationecunctainterturbari, et subtonsura vel habilu clericali, rectius mercenarios, quam canonicos posse vocari. » Voilà comme en parle Pierre le Vénérable, abbé de Cluny.
VII. Ces reproches n'étaient alors que trop véritables , 3t il est à croire que ce furent autant de piquants aiguillons qui poussèrent les chapitres à la réformation parfaite et à la vie commune. Un si grand changement ne pouvait néanmoins se faire qu'avec beaucoup de peine et en beaucoup de temps.
Aussi, Yves, évêque de Chartres, déplore avec beaucoup de raison que la vie commune à laquelle universellement tous les clercs devaient se porter par tant d'obligations, fut encore si rare et si peu commune qu'il semblait qu'elle eût été généralement proscrite de toute la terre.
« Hœ sententiœ apostolicœ nullum clericum a vita communi excipiunt, nec civilis, nec suburbanœ ecclesiœ presbyterum. Quod vero communis vita in omnibus ecclesiis pêne defecit, tam civilibus, quam diœcesanis, non autoritali, sed desuetudini etdefectuiadscribendum est ; refrigcscente charitate, qua? omnia, vult habere communia ; et régente cupiditate, quœ non quœrit ea, quœ Dei sunt et proximi, sed tantum quaî sunt propria (Epist. ccxv). »
Ce saint évêque ne se contenta pas de donner des larmes à ce relâchement, il donna tous ses soins à rétablir la vie commune et régulière entre les chanoines. Il réforma lui-même le monastère de Saint-Quentin de Beauvais, dont il était prévôt ; il en fit comme une pépinière, dont il tira un grand nombre de chanoines réguliers, qu'il envoya à divers évêques, pour y fonder d'autres semblables colonies de la vie
régulière.
C'est ce qui l'a fait passer pour le restaurateur des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Vincent de Beauvais, saint Antonin etOnuphre lui donnent cette gloire en l'an 1078. « Sub ipso cœpit reflorere canonicus ordo primum ab Apostolis, postea ab Augustino regulariter institutus. »
VIII. Ces auteurs pourraient bien s'être trompés s'ils ont prétendu que les chanoines réguliers d'Yves de Chartres s'autorisèrent du nom glorieux, ou d'une règle de saint Augustin. Il n'en paraît pas le moindre vestige dans toutes ses lettres. La lettre 286 des dernières éditions ne se trouve pas dans les anciennes ; et elle donne sujet de douter qu'une main étrangère ne l'ait fabriquée.
En 1090, Gérard, évêque de Cahors, mit des chanoines réguliers dans sa cathédrale et les fonda, mais ce fut sans parler de la règle de saint Augustin. Il avoue lui-même que la chose était très-nouvelle. « Cujus rei cum nulla, vel rara in partibus nostris invenirem vestigia, etc. »
Aussi Sigebert dit simplement que l'ordre des chanoines institué par les apôtres, et réduit à la vie régulière par saint Augustin , commença à refleurir sous Yves de Chartres. « Ca-
DES CHAPITRKS DES É(;LTSES COLLÉGIALES, etc.
nonicus ordo prirnum ab Apostolis, postea a B. Au^nistino episcopo regulariter institutus, sub Yvoiie cœpit retlorere (S[)icileg. viii , p. 161). » Encore cela se doit entendre de la France. Car nous avons déjà vu que saint Romuald et puis le concile romain sous Alexandre 11, avaient renouvelé la ferveur ancienne de la vie régulière ; mais ce fut toujours sans parler de saint Augustin.
11 n'y a pas de réplique à la preuve qu'on peut tirer de l'établissement des chanoines réguliers d'Yves de Chartres, alors prévôt de Saint-Quentin de Beauvais, dans l'église de Saint-George à Troyes.
Philippe, évèque de Troye?, lit cet établissement en 108o avec le consentement de son chapitre, ayant fait venir Yves môme, avec quelques-uns de ses chanoines , et ayant reçu de lui la règle, non pas de saint Augustin, mais de l'église de Saint-Quentin deBeauvais.j Domno itaque Y'vone abbate Trecis in capitulo B. Pétri résidente, hœc ratio approbata est ex utraque parte, ut fratres sancti Georgii a sancto Petro sua teneant , a beato autem Quintino regulam (Spicilegii, t. xi, p. 302). «C'est-à-dire que ce nouveau collège de chanoines réguliers dépendrait pour le temporel de la cathédrale de Troyes, et pour les règlements spirituels de Saint-Quentin de Beauvais.
Si , dans l'acte d'association qui fut fait en 1228 , entre les abbés de Saint-Jean-en-Vallée de Chartreset Saint-Quentin de Beauvais, il est dit quY'ves de Chartres avait fait fleurir l'église de Saint-Quentin sous la règle de saintAugustin, c'est qu'on parlait alors selon le langage du temps, et on le faisait avec d'autant plus de justice, qu'Yves de Chartres avait fait pratiquer les mêmes observances de la règle de saint Augustin (Ibidem., p. 307).
Le prêtre Bertold dit, qu'en 1095, Lutolf, doyen de Tout, institua près de cette ville une abbaye de chanoines réguliers sous la règle de saint Augustin, ce qui fut confirmé par le pape Urbain II. « Clericos secundum regulam B. Auguslini vivere professes congregavit , etc. Dominus Urbanus papa tirmissime decrevit, ut clerici illius loci regulam sancti Augustini in perpetuum custodiant. »
Il est aussi vrai que peu de temps après l'auteur contemporain de la vie desaintGebehard, archevêque de Salzbourg, assure que Conrad, archevêque de la même ville, avait réduit à la régularité les chanoines de saint Augustin.
a Majoris Ecclesitp clericorum vitam in melius informavit, et communem vitam canonicoruni sancti Augustini illi initiavit (liaronius, an. 1111, n. 25). »
Avant cela, Urbain 11 écrivant à l'évèque ou à l'abbé Boger, de Soissons , suppose qu'il y avait des chanoines de saint Augustin. « Proposai vestri ordinem secundum regulam B:
Auguslini, etc. (Epist. xvin, Append.). »
Voici encore la règle de saint Augustin dans la lettre du pape Innocent II, à l'abbé de Saint- Menge, à Chàlons. « Nullus ibi nisi regularis canonicus , et secundum B. Augustini regulam subrogetur (Epist. xii).»
Le concile de Reims en ll31(Can.vi, ix)oùle même Innocent II présida, distingua tous les réguliers en deux règles, celle de saint Benoît pour les moines , et celle de saint Augustin pour les chanoines , défendant également aux uns et aux autres d'étudier aux lois ou à la médecine. « Spreta beatorum magislrorum Benedicti et Augustini régula. »
Le concile II de Latran^ sous le même pape, employa les mêmes termes. Le pape Anastase IV parle en mêmes termes des chanoines réguliers de Saint-Jean de Latran à Rome. « Ordo canonicoruni ibi secundum B. Augustini regulam noscilur institutus (Epist. xi). »
On rapporte des privilèges et des lettres d'Urbain 11 et de Pascal 11 pour les abbés et l'abbaye des chanoines réguliers, qui ont pris leur nom de l'église de Saint-Buff , dans le diocèse d'Avignon, quoique l'abbaye de Saint-Ruff, qui est le chef d'ordre, soit à Valence, en Dauphiné,
Anselme, évêque d'Havelberg, parle dans ses dialogues de ces chanoines , et les met sous la règle de saint Augustin.
« Augustinus Hipponensis episcopus, collectis non falsis fralribus vita apostolica praeelegit vivere, quibus etiam régulas vivendi in communi pra}scripsit. Cujus vestigia sequens quidam religiosissimus N. de sancto Ruffo in Burgundia tempore Lrbani papœ surrexit, qui collectis in eadem canonica professione fratribus totam illam provinciam primo illuminavit (L. i, c. 10; Spicileg., tom. xni, p. 111, 93). »
Il parle ensuite de la congrégation de saint Norbert. « Surrexit in eadem professione Norbertus tempore Gelasii papœ. »
Cet évêque renferme ailleurs tous les moines sous la règle de saint Benoît , et tous les cha-