‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 265 sur 291 · DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE QUATORZIÈME

teté des cloîtres relevait la dignité de la cléri- giier encore d'autres, de cette omission des

catiire, il y avait ncaiiinoins une sainteté et ordres mineurs, [)Our ceux qui s'étaient exercés

une puieté dans les saints ordres qui ne i)OU- (luehjue temps dans les pénibles travaux de la

vait |)as être confiée a toutes sortes de reli- vie nioiiiisliiiiie. Si l'on ne juge pas à propos de

gieux. En efl'et, ceux qui entraient dans la dire (jue la vie religieuse tient lieu [)our (luel-

religion pour y expier par les larmes de la pé- (jues-uns des ordres mineurs, il laiulia dire

nitence les crimes de leur jeunesse, qui les (ju'elle tenait lieu au moins des interstices,

eussent rendus inca|)al)les des ordres, ne pou- qu'il eût fallu garder en exerçant les ordres

valent jamais y aspirer, (jnelque fervente et mineurs.

queUpie longue (|u'eùt été leur pénitence dans Enfin, ce pape ajoute que, si Opportunus se

les monastères. C'est ce que nous justifierons trouve avoir été autrefois souillé de (juclque

dans la suite. crime canonique, il ne doit plus penser (ju'à

Outre la sainteté du cloître, celle de l'inno- entrer dans un monastère pour y consacrer le cence était nécessaire pour les saints ordres, reste de ses jours à la pénitence. « Si qutC vero c'est-à-dire, rexem[)tion des crimes canoni(iues gravia obviant, multo magis admonendus est^ qui étaient soumis à la pénitence pul)li(|ue ut sœculum relincpiat, et liœc perfectius dedans les premiers siècles, et ([u'on conuutiiça fieat. »

vers le sixième siècle à expier par une péni- Il y avait donc deux sortes de personnes dans

tence secrète, quand ils étaient secrets, mais les monastères. Car ceux qui y avaient ap[)orté

au\(|ucls la même irrégularité était toujours l'innocence y ac(|uéraienl une perfection (jui

invari;il)lement attachée. les approchait infiniment du sacerdoce; mais

IV. Saint Grégoire le dit dans une lettre, où ceux qui y entraient pour y pleurer les crimes

il veut qu'avant que d'élire un nouuué 0[»por- qui les eussent rendus incapables du sacer-

tuims, on examine s'il n'a point autrefois com- doce n'y trouvaient non plus le remède de

mis de crime contre les canons. « Et si nulla leur irrégularité dans la |)énitence que ceux

ei crimina, quœ per legis sacrœ regulam morte qui faisaient la pénitence publique dans les

muictanda sunt, obviant, » et que l'en ayant églises.

reconnu innocent, on l'exhorte ou à se faire V. Ce n'est pas seulement pour arriver au moine, ou à recevoir le sous-diaconat, et de se sacerdoce , mais c'est au>si pour en exercer purifier encore (pielque temps dans les saints saintement le saint ministère que la profession exercices de cet ordre avant que de passer aux religieuse est un moyen très-propre et trèsordres sacrés, et enfin à l'épiscopat. « Tune excellent. Aussi, ce pape conjure un évêque de hortandus est, ut vel monacims, vel a vobis France de ne pas arracher de son monastère subdiaconus fiât. Et postaliquantum temporis, un religieux à qui il avait autrefois donné la si Deo placuerit, ipse ad pastoralem curam de- cléricature, et (ju'il avait depuis ordonné diacre beat promoveri (L. IX, ep. 13). » de ce monastère; parce que de le tirer du

Pour disposer un homme de bien à l'épisco- cloître pour le transférer dans son église ,

pat, on doit, suivant ce passage, l'exhorter ou c'était le retirer du port pour le jeter dans les

de se faire moine, ou de recevoir le sous-dia- vagues impétueuses des affaires de l'Eglise,

conat. Ainsi, l'état monastique est mis dans le «Ut quia turbulento sœcularium curarum

même rang des ordres mineurs et môme du tumuitu se segregans, quietis desiderio por-

sous-diaconat qui commençait à être un ordre tum monasterii appetiit, rursum in ecclesiasti-

majeur, en tant que ce sont comme deux carum curarum non debeat perturbationibus

diverses sortes de noviciat pour se préparer implicari ; sed in Dei laudibus permittatur

aux ordres majeurs et à la sainteté même de secure ab his omnibus remanere, ut postulat

l'épiscopat. (L. x, c. 39). « De là vient que le pouvoir des

Aussi, ce pape insinue par ces paroles que si évoques à retirer du cloître ceux qu'ils des-

Opportunus, dans le choix qu'on lui proposait, linaient aux ordres n'était pas sans limites,

préférait l'état monastique, cela lui tiendrait \T. Nous avons ci-dessus fait voir plusieurs

lieu du sous-diaconat, et on lui conférerait en- monastères où il n'y avait point de prêtres, et

suite le diaconat et les autres ordres sacrés. où l'évêque en envoyait un pour dire la messe

Nous avons touché ailleurs quehiues exem- quand l'abbé le demandait. Nous y en avons

pies, et nous pourrons dans la suite en allé- aussi vu d'autres où l'un des religieux élu par

ALLIANCE DE L'ÉTAT ECCLÉSLVSTIQIE, etc.

ses confrères était ordonné pnHre et y célébrait la messe, non pas tous les jours, mais quand il était ncce^saire, « ({uoties nuccsse fueril (L. x, ep. 51). »

Ce ne fut [)as seulement i)Our observer plus étroitement la solitude ([ue les religieux se résolurent enlîn d'avoir un prêtre de leur corps, mais aussi pour se délivrer de la tyrannie des clercs qui, sous le prétexte ap|>arent de la direction spirituelle des monastères, eu dissipaient le teni[)orel.

C'est de quoi le même saint Grégoire se plaint àrévèque de Ravenne : « Pervenerat ad nos monasteria in l{avenna> partil)usconsliUita onmino clericorum vestrorum dominio pra*gravari, ita ut occasione (piasi refiiininis, ea, quod dici grave est, velut in pro[)rietate possideant (L. vi, ep. 40). »

Ce pape fait ensuite une défense générale aux ecclésiastiques d'entrer dans les mona?;tères, si ce n'est ])our y prier, ou pour y dire la messe, quand ils en serunt priés par les religieux. « Nullam deinceps in eis clerici, vel hi (\m in sacro sunt ordine constituti, ob aliud habeant, nisi orandi tantummodo causa, licentiam accedendi, aut si forte ad peragenda sacra missarum fuerint invitati mysteria. »

Eului, ce pape défend à tous les religieux qui auront été tirés du cloître pour les ordres sacrésdeneplusjamais s'ingérer après cela dans les affaires du monastère.

\1I. Mais quelle alliance plus parfaite et plus magnifique de la cléricature et du cloître que celle qui se fît dans le palais de cet incomparable pape, qui y conserva toujours un nombre considérable d'excellents religieux, avec l'élite des plus pieux et des plus savants ecclésiastiques, et qui tira de ce monastère, que nous pouvons appeler épiscopal et apostolique, un grand nombre de saints évèques, et même d'apotres , pour les envoyer faire de nouvelles conquêtes sur l'empire du démon, et étendre au delà des mers le royaume de J.-C.

Nous avons déjcà parlé de ce séminaire de clercs et de moines dans le palais apostolique, et nous avons dit (jue c'est de là que ce pape envoya Augustin et les autres collègues de son ai)ostolat en Angleterre.

Ce saint pape voulut bien informer les orientaux mêmesde lamissionde ces religieux, dont le ciel avait confirmé l'apostolat par les mêmes miracles qui faisaient admirer les

apôtres. « Ut monasterii mei monacbiim ad pra'iiicationem evangelii transniittere debuissem, etc. Lt apostolorum virtutes in signis quœ exliibenl, imitari videanlur, etc. (L. vu, ep. 30). »

Il envoya de temps en temps de nouveaux renforts de moines en Angleterre, les tirant tous de son monastère apostolique, c'est-à-dire, ' de sa propre maison (L. ix, ep. 5^2). C'est ce qu'en dit Jean Diacre : « Augustinumcum aliis domus su;r monasterii monacliis in liritan- " niam evangelizandi gratia destinavit (L. n, c. :{:3). »

Cet auteur rcmaniuc dans un autre endroit que ce pa|)C reganla le sacré collège de ses cardinaux et son monastère connue deux séminaires d'évê(jues, et qu'il en tira ellèctivement de l'un et de l'autre un grand nombre d'excellents prélats, qu'il envoya en diverses églises pour y exercer le ministère apostoliciue avec la même sainteté qu'ils avaient vu éclater dans le trône aposloliciue de Pierre. « Et si quando nécessitas ordin.indi sacerdotesobrepsit, neque cardinales ecclesia^ sua-, neque monachos monasterii sui penitus excusavit, quo minus illis ecclesiam regendam connnitteret, (jui exemplis et verbis pariter illam irdificare melius potuissent (L. ui, c. 7). »

Après avoir nommé ceux d'entre les cardinaux à qui ce pape donna des évêcbés, il vient aux moines de son monastère : « At vero ex monaebis monasterii sui iMarinianuniBavenmc, Maximiauum Syracusis, et Sabinum Callipoli pra?sules ordinavit. Sed et Auguslinum pênes Anglos a Galliarum episcopis ordinari prœcepit ; per quem ad episcopatum in eadem gente monacbi ejusdem patris tem[)ore div^rso provecti sunt, Mellitus , Justus , Laurentius et Paulinus. »

VlU. 11 est bien probable que ces saints religieux ne firent pas leur apprentissage dans la conversion d'un nouveau monde, et qu'ils avaient fait leurs premiers essais aux environs de Rome, en prêchant dans les villages et à la campagne.

Le célèbre Equilius, dont il semble que saint Grégoire ait été ou le disciple , ou l'imitateur dans la fondation et dans la police de ses monastères, joignait les pénibles travaux de la prédication avec les austérités de la vie reli-

gieuse.

vSaint Grégoire, témoin de ce fait, tâcha d'augmenter le zèle d'Equitius , et porta sa

DES CONGRÉGATIONS. — CHAI»lTltK QUATORZIÈMK.

charité à courir par toutes les villes, bourgs, NJUaf-os, cliàleaux et maisons, i)Our y répandre le sacré feu dont il était entlannné et dont il avait pi heureusonient embrasé ses monastères.

(( Tantus illuni i'ervor ad collif!endas Deo animas accenderat, ut sic nionasteriis pncesset, ijuatcnus per ecclesias, per castra, per vicos, per sinjj;ulorum quoque fidelium donios circuuKiuaque discurrerot, et corda audienlium ad aniorem patriiu cœlestis excitaret (Dialog., 1, I, c. i, et 1. Il, c. 8, 19). »

Oui peut douter que l'exemple de ce grand saint n'animât ses religieux du même zèle, et que saint Grégoire, qui rapporte dans ses dialogues la mission que ce saint reçut du ciel et les miracles qu'il fit pour justifier sa conduite, qui paraissait extraordinaire , n'ait été convié lui-même parde si mémorables exemples à employer ses moines aux fonctions des apôtres, dont ils imitaient de si près les vertus.

IX. Saint Grégoire raconte, dans le même ouvrage, les victoires que saint Benoît remporta par ses prédications sur les restes de l'idolâtrie : « Gommoiautem eircimuiuaque multitudiuem pnedicatione continua ad lidem vocabat. » Et ailleurs : « Vicus erat, in quo non minima multitudo hominum ab idolorum cultu, Benedicti fuerat exhortatione conversa. » Saint Colomban convertit aussi à la foi beaucoup de païens, selon l'auteur de sa vie.

X. Boniface IV, qui fut le quatrième pape après saint (Grégoire, déclara, dans un concile romain, que c'était avec plus d'animosité que de science que quelques-uns avaient douté si l'on pouvait commettre à des religieux les fonctions sacerdotales. « Neque pœnitentiam, neque chrislianitatem largiri, neque absolvere posse per sacerdotali olficio injunctam potestatem. »

Ce pape réfute celte erreur, dont la jalousie était plutôt la mère que l'ignorance, par les exemples de saint Grégoire pape, d'Augustin d'xVngleterre , de Martin de Pannonie , qui n'eussent {)as épousé des églises si la profession

monastique leur en eût donné l'exclusion. « Qui ncijuaciuam annulo i)ontificali subarrarentur, si quia monachi fuerunt, pra-dictis uli prohiberenlur (Collectio Romana Ilolstenii). »

Entln ce pape conclut que si les prêtres, soit d'entre les moines, soit d'entre les chanoines, « Sacerdotes monachi, at(jue canonici, » sont les anges du Seigneur , les religieux étant montés à un plus haut point de contemplation, semblent composer un ordre su[)érieur d'anges et mériter le rang des chérubins, dont les six ailes que l'Ecriture leur donne semblent être représentées par la disposition de l'habit monastique.

Cette comparaison de l'habit religieux avec les ailes des chérubins était fort au goût des écrivains de ce siècle-là, surtout des Grecs.

XI. Nous avons déjà dit ci-dessus que le pape Zacharie donna la cléricature et en môme temps l'habit de moine à Hachis, roi des Lombards, pénitent. « Glericusque efl'ectus monachico inductus est habitu. » Nous avons rapporté un grand nombre d'exemples de cette nature, oîi il semble tju'on confondait en quebiue manière la cléricature avec le monachisme.

XII. Ce que nous avons dit suffit pour l'Angleterre, où il paraît que la vie monastique fut introduite par Augustin dans tous les évêchés et dans les chapitres. Mais il ne faut pas oublier ce que Bède raconte du monastère de saint Colomban , a|)ôtre des Irlandais , dont l'abbé était prêtre et avait la surintendance, non-seulement des autres monastères, mais aussi de toute la province, et, ce qui est plus surprenant, des évoques mêmes qui avaient bien voulu avoir cette déférence pour les successeurs de l'apôtre de leur nation.

« Habere solet ipsa insula rectorem scmper abbatem presbyterum , cujus juri , et omnis provincia, et ipsi etiam episcopi ordine inusitato debeant esse subjecti ; juxta exemplum primi doctoris illius qui non episcopus, sed presbyter extititetmonachus (Beda, 1. m, ci; Baron., an. 165, n. 32). »

ALLIANCE DE L'ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE, etc

fc.' »j "j

Page 1