‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 73 sur 291 · IX. Dispenses · texte numérisé non relu

IX. Dispenses

X. Ces dispenses ne se donnaient qu'à ceux qui fuyaient et l'ordre et la dispense.

XI. Comment on donnait alors des bénélices à de jeunes enfants.

I. La continence était autrefois d'autant ])lus facile à observer qu'on faisait entrer dans l'état ecclésiastique les enfants dès leur âge le plus tendre, avant que l'air empesté du siècle eût pu corronipre leur première innocence. Cela nous engage à parler de l'âge nécessaire pour les ordres ou pour les bénéfices , puisque c'étaient deux noms différents d'une même chose, ou au moins de deux choses inséparables dans la police de l'ancienne Eglise.

Or, que l'on tcàchàt de prévenir le venin de la corruption du siècle, en faisant entrer les plus jeunes enfants dans les ordres , c'est ce que nous apprend le pape Sirice. « Quicumque itaque se Ecclesiae vovit obsequiis, a sua infantia ante pubertatis annos baptizari, et lectorum débet ministerio sociari (Epist. i, c. 9). » 11 est clair que le pape donne l'office de lecteur à des enfants aussitôt après le baptême.

Il est vrai qu'il leur permet après cela de se marier, et quoiqu'ils le fussent, il les fait passer jusqu'à l'âge de trente ans dans l'ordre et les exercices des acolytes et des sous-diacres; à l'âge de trente ans, ils monteront au diaconat, où i!s s'obligeront au célibat, et ciini ans après ils recevront la prêtrise, laquelle ayant exercée durant dix ans avec une piété qui ait édifié l'Eglise, ils pourront être élevés à l'épiscopat.

Il est sans doute que ceux qui avaient reçu dès leur enfance une éducation toute sainte et toute ecclésiastique, étaient bien plus disposés à consacrer leur corps à la continence quand ils recevaient l'ordre de diacre a. l'âge de trente ans.

La prêtrise ne leur était donnée qu'à trentecinq ans, et l'épiscopat à quarante-cinq. Ce sont les termes formels de cette décrétale qui expriment cet Age. « Usque ad Iricesimum œtatis annum acolythus et subdiaconus esse debebit. Post quœ ad diaconii gradum accédât. Ubi si ultra quinque annos ministrarit, presbyterium consequatur. Exinde post decennium episcopalem cathedram poterit adipisci. »

II. Quant à ceux qui dans un âge plus avancé désiraient se consacrer à l'Eglise, ce même pape déclare que dès leur enfance spirituelle , c'est-à-dire , dès qu'ils auront reçu une nouvelle naissance parle baptême, ils entreront dans la cléricature , en recevant l'ordre de lecteur, ou d'exorciste ; deux ans après on les fera acolytes, puis sous-diacres: cinq ans après on les ordonnera diacres , si leur vertu répond à un rang si élevé : enfin leur piété croissant à proportion de leur âge, ils pourront être élus pour la prêtrise ou pour l'épiscopat, par le consentement unanime du clergé et du peuple.

Cela nous apprend que si l'enfance était propre à cette bienheureuse servitude qui nous fait porter le joug du Seigneur, l'innocence du baptême y était encore plus propre et plus nécessaire. « Qui a'tate jam grandcTvus , ex laico ad sacram militiam pervenire festinat , melioris propositi conversatione provocatus, desiderii sui fructum non aliter obtinebit, nisi eo que bai)tizatur tempore , statiiu lectorum aut exorcistarum numéro socielur (Ibid., c. x).»

Ce pape ne met aucun intervalle entre le baptême et l'ordination, pour ne pas donner le loisir aux vanités et aux illusions du monde de se glisser dans le cœur, et de souiller l'inno-

ccnce baptismale si désirable à l'étal ecdésiasti(iue.

Ajoutons encore celte réflexion en passant sur les paroles rapportées de Sirice : « Qui Ecclesiœ se vovit obsequiis , et qui ex laico ad sacram niilitiani pervenire l'estinal, etc.,» que ce n'était pas seulement le choix des prélats, ou l'élection faite par le clergé elle peuple, qui ouvrait la porle de la clcricature , mais que plusieurs personnes s'y dévouaient elles-mêmes ou pour y mieux conserver l'innocence, si c'étaient des enfants, ou pour y laver les taches de leur vie passée , si c'étaient des personnes plus âgées : « Melioris propositi conversatione provocati. » Ainsi ([uoique ces derniers apportassent aux ordres l'innocence du baptême, ils ne laissaient pas, après cela, d'expier par une longue pénitence leurs dérèglements passés.

Mais nous ferons ci-après une plus longue dissertation sur le zèle des fidèles à s'engager volonlairemenl dans l'état ecclésiastique, et dans le même endroit nous remarquerons une chose, dont on ne peut pas douter avec raison, qui est que l'on ne pouvait contracter aucun engagement, sans la volonté et l'autorité de l'évêque ; en sorte que les vœux faits sans sa participation étaient nuls el n'obligeaient en aucune manière.

Il n'y avait pour lors qu'une porte pour entrer dans l'état ecclésiastique , savoir, l'un des ordres que l'on appelle mineurs; el il n'y avait alors que l'évêque qui eût droit de conférer quelqu'ordre ecclésiastique, même les inférieurs. Mais l'évêque ne refusait pas facilement ceux qui, lors de la régénération spirituelle, demandaient avec ferveur et une mûre délibération d'entrer dans l'étal ecclésiastique.

III. Le pape Zozime exprime d'une manière encore plus pressante cette nécessité d'entrer dans la cléricalure et dans les moindres ordres dès l'âge de l'enfance, ou au moins dès le moment qu'on a reçu le baptême, afin que l'innocence ne puisse encore avoir été ternie par l'air contagieux du siècle.

« Hœc in singulis gradibus observanda sunl tempera : si ab infanlia ecclesiasticis ministeriis nomen dederit : inler lectores usque ad vicesimum œlatis annum continuata observatione perdurel. Si major jam et grandœvus accesserit, ita tamen ut post baplismum , stalim se divinœ mililiœ desiderel mancipari, sive inler lectores, sive inler exorcistas, quinquennio tenealur: exindeacolythusvel subdiaconus

quatuor annis; et sic ad benedictionem diaconatus si meretur accédât : in quo ordine quinque annis hœrere debcbit ; exindc presbylerii sacerdotium poteril promereri (Episl. i, c. 3, 2.). »

Ce sont là les intervalles (jue ce pape veut qu'on observe entre les ordres , el ainsi on ne parvenait au sous-diaconat qu'à vingt ans , au diaconat (|u'à trente, à la prêtrise qu'à trentecinci-Enelfel, le nom de prêtre, îrpr.ooÛTcfc;, étant le même que celui d'Ancien, l'âge devait répondre à la signification du nom. « Jam vcro ad presbylerii fastigium talis accédai, ut el nomen œtas im[)leat, et meritum probilalis stipendia anteacta lestentur. »

IV. Le concile ill de Carthage (Can. iv) avait défendu l'ordination des diacres avant l'âge de vingt-cinq ans. 11 ne fiml pas omettre un autre règlement de ce concile (Can. xix) qui commande aux jeunes clercs, dès qu'ils auront atteint l'âge de puberté , ou de se marier, ou de faire vœu de continence. « Placuit ut lectores cum ad annospubertatisvenerinl, cogantur auluxores ducere, autcontinentiam profileri.»

Celte sage assemblée jugeait que la chasteté conjugale pourrait préserver ces jeunes ecclésiastiques d'une incontinence criminelle. Mais après tout, quoique ce mariage ne les privât pas ni des fonctions de leur ordre, ni des avantages de leur bénéfice , il est néanmoins bien vraisemblable que la plupart de ces jeunes lecteurs prenait le meilleur parti, el renonçait pour jamais au mariage.

V. En voici une preuve assez apparente. Victor, évêque de Vite , raconte le triomphe que douze lecteurs ou psalmisles encore enfants : « Clericos, duodcchn infantulos, vocales, strenuos, atque aplos modulis cantilena^ ( L. v, vel. 3), » remportèrent de la cruauté détestable des Vandales dans l'Afrique, et de tous les tourments qu'on put leur faire soutîrir. On éleva ensuite ces douze enfants dans une sainte communauté qui n'était composée que d'eux seuls, et on les regardait comme douze jeunes apôtres : « Quos nu ne Carthago miro colit affectu, et (juasi duodecim apostolorum , chorum conspicitpuerorum. »

Si une si sainte éducation dans les exercices des ordres inférieurs, leur donnait celte force invincible capable de souffrir el de surmonter les tourments , elle leur faisait aussi, à plus forte raison, mépriser pour l'ordinaire les voluptés des sens.

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