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XIX. Exemples de quelques saints évêques

I. Tertullien remarque que l'bistoire des Apôtres nous apprend à célébrer les beures de tierce, sexte et none, parce que le Saint-Esprit descendit à Ibeure de tierce; saint Pierre faisait oraison à sexte, et il montait au temple à none. Ces heures sont même remarquables dans le cours des choses humaines. « Tamen très istas boras ut insigniores in rébus humanis, quae

diem distribuunt, quae negotia distinguunt, quo} publiée résonant : ita et solemniores fuisse in orationibus divinis (De jejuniis, c. x). »

Ce Père donne à ces prières le nom d'office. Voici ses paroles : « Sexta diei hora finiri offlcio huicpossit. » II semble aussi les comprendre sous le nom d'offices divins, « Officia Dei, » quoique ce terme comprenne aussi nos jeûnes et tous nos devoirs envers Dieu.

Il appelle aussi ces heures apostoliques, comme étant émanées de la tradition des Apôtres : a Horarum insigniorum, exinde apostolicarum, tertia^, sextae, nonœ (Ibid., c. ii). » Or, en tout cela, Tertullien ne fait point de réfiexion particulière sur les obligations du clergé. Ce qu'il dit embrasse tous les fidèles; mais il résulte de là même une obligation encore plus étroite pour le clergé. En effet, il est visible que les prières qui ne seraient que comme de bienséance pour les laïques peuvent être d'obligation pour ceux qui sont entièrement consacrés à l'autel.

III. Saint Cyprien fait voir que les heures de tierce, sexte et none étaient célébrées dans le Vieux Testament par les prières réglées des personnes pieuses; que celle de tierce a été honorée de la descente du Saint-Esprit; qu'à sexte J.-C. fut attaché à la croix; à none il expira.

Après cela, ce Père ajoute que les fidèles ont des obligations très-étroites de prier plus sou-

vent. « Sed nobis pni'ter Iloms antiquitus ob- pas de la réception des fruits du bénéfice ;

servatas orandi; nunc et spatia et sacrainenta mais au contraire les distributions ont été as-

creverunt (Cvprian. De orat. Doniinic.). » signées, afin ({u'on s'acquittât jtlus tidèlement

Qu'ainsi nous devons prier le malin, parce que et plus assidûment du devoir de prier, (jui est

c'est le temps de la résurrection du Fils de si naturel à la créature raisonnable, qui est

Dieu; et le soir, parce que le Soleil de justice encore plus naturel aux chrétiens, mais qui est

luit toujours et ne se couche jamais pour les sans comparaison encore plus essentiel au

fidèles. clergé et au sacerdoce.

Enfin il conclut que, J.-C. étant le Soleil de Rien n'est donc |)lus juste que de priver des

justice qui éclaire nos esprits et qui échauiîe fruits de leur bénéfice ceux qui ne satisfont

nos cœurs sans aucune interruption, nous de- pas à ce devoir, non qu'ils en soient quittes

vous l'adorer sans cesse et sans mettre aucune i)our cela : ils sont toujours très-coupables d'a-

dilïérence entre les jours et les nuits : « Quod voir manijué à une obligation si essentielle à

si in Scripturis sanctis sol verus, et dies verus leur état et si importante au salut des fidèles

est Christus, hora nulla a christianis excipitur, qui se reposent sur la piété et la médiation des

quominus fréquenter, ac semper Deus debeat ecclésiastiques; mais parce qu'il serait injuste

adorari, etc. Quia filiis lucis, et nocte dies que, ne priant pas, ils jouissent d'un avantage

est. » qui ne leur était accordé (jue pour leur facili-

Saint Cyprien ajoute au même endroit : ter la prière. « Nam et mane orandum est, ut resurrectio IV. Ce sont là les remarques que nous pour-

Domini matutina oratione celebretur, etc. Re- rons faire dans les attestations des autres Pères

cedente item sole ac die cessante, necessario cjue nous allons rapporter, rursum orandum est. Nam quia Christus sol Saint Ambroise donna commencement, dans

verus et dies verus est, sole ac die sœcuU rece- son Eglise de Milan, au chant alternatif des

dente, quando oramus et petinnis, ut super psaumes par le peuple. C'est ce que nous ap-

nos lux denuo veniat, Chrisli precamur adven- prenons de saint Augustin qui était alors à

tum, lucis œternai graliam prœbituruni. » Milan , et qui en fut le témoin oculaire, pour

III. Avant que de suivre la chaîne de la tra- faire passer jusqu'à nous le respect et l'admidition par le témoignage des autres Pères, il ration d'une institution si sainte. Il témoigne est nécessaire de faire les réflexions suivantes : que la douceur de cette céleste mélodie lui i" Que ces Pères proposent ces cinq heures ré- tira souvent les larmes des yeux. « Quantum glées pour la prière, non pas au clergé, mais flevi in hymnis et canticis tuis, suave sonantis à tous les fidèles; 2" Qu'on ne pouvait, durant Ecclesia3 tuaî vocibus commotus acriter (Coule temps des persécutions, célébrer ces heures fess., 1. ix, c. 7). »

canoniales qu'en particulier; 3° Qu'on ne les II en raconte l'occasion qui fut la persécupropose que comme une manière douce et ac- tion de l'impératrice Justine , mère du jeune commodante, pour obéir à la parole du Fils de Valentinien. séduite par les Ariens, et étrange- Dieu et de son Apôtre, qui nous oblige de le ment animée contre saint Ambroise. Tout le prier et de le prier sans cesse. Aussi, les heures i)euple passait les jours et les nuits dans l'Eglise canoniales sont comme des monuments publics pour empêcher qu'on ne surprît et qu'on n'ouet des effets de la prière continuelle de l'Eglise, trageàt le saint évêque. Ce fut dans cette ren-

Cette obligation de prier sans cesse, et de contre que, pour empêcher que le peuple ne

prier par intervalles réglés n'est point fondée tombât dans l'ennui et dans l'abattement, on

sur le droit de recevoir les distributions ou les commença à chanter les psaumes. Saint Au-

revenus d'un bénéfice , comme il est évident ; gustin remarque qu'en cela on imita l'Eglise

mais elle est fondée sur l'obligation indispen- orientale , et que les autres Eglises d'Occident

sable qu'ont tous les fidèles de prier, et les imitèrent bientôt celle de Milan, clercs incomparablement plus que les fidèles. « Non longe cœperat Mediolanensis Ecclesia

Si l'Eglise fournit aux clercs leur honnête genus hoc consolationis et exhorlationis cele-

entretien, afin qu'ils aient plus de loisir et plus brare , magno studio fratrum concinentium

de liberté pour s'appliquer au service des au- vocibus et cordibus. Nimirum annus erat, aut

tels et surtout à la prière, il est d'autant plus non multo amplius , cum Juslina Valentiniani

évident que l'obligation de prier ne provient régis pueri mater, horainem tuum Ambro-

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siiim perseqiieretur, haeresis su;r causa, qua iucUes contre les Ariens, ne déclare-t-il pas fuerat seducta ah Arianis. Excubabat pia plebs que le pen[)le apprenait et cliantait, non-seulein ecclesia, niori parata cum cj)iscopo suo, ment les psaumes . mais aussi des liymnes et servo tuo. Tune hymni et psalmi ut caneren- des chansons spirituelles? « Hymnorum quotur secundum morem orientalium partium, que meorum carminibus decoptuni populum ne populus mœroris ta>dio contabesceret, in- ferunt. Plane nec boc abnuo. Grande carmen'

slitulum est; et ex illa in bodiernum roten- istud est, et que nibil potentius. Quid enim tuni ; nuiltis jam ac pêne omnibus gregibus potentius , quam confessio Trinitatis. Facti

tuis, ac per c.Ttera orbis imitantibus. » sunt igiiur omnes magistri, qui vix poterant

V. On |)eut douter si ce qui fut institué par esse discipuli (Opusc. de Spiritu sancto. Et

saint Ambroise dans cette occasion fut ou le Epist. xxxii\ »

chant des psaumes, qu'on avait simplement Ce Père rei)résente ailleurs comme tous les

récités jusqu'alors, ou bien si ce fut le chant fidèles joignaient leur voix pour faire résonner

des psaumes à deux chœurs et par le peuple le chant des psaumes. « Bene mari plerumque

même , supposant que dès le commencement com{)aratur Ecclesia, etc. Responsoriis psal-

de l'Eglise on avait fait chanter les psaumes morum, cantu virorum, mulierum, virgi-

par un chantre destiné à cela ou par plusieurs num , parvulorum consonans undarum fragor

successivement les uns après les autres. Les résultat Hexam., 1. ni. c. 5). » 11 est vrai que

lettres de saint Augustin nous portent davan- ce mot de répons pourrait ne signifier que ces

tage à croire que ce fut le chant qu'on coin- extrémités que le peuple chantait à la fin des

mença d'instituer : « Institutum ut canerentur psaumes. Mais quelle apparence que saint Am-

hymni et psalmi. » broise fît chanter ses hymnes au peuple et ne

Il est d'autre part bien difficile de croire lui fît pas chanter les psaumes? qu'on n'eût fait que réciter les psaumes sans VI. Il paraît au moins fort clairement que ce

les chanter près de (]uatre cents ans durant fut pour le peuple qu'on donna cette nouvelle

dans l'Eglise latine , puisque saint Paul même forme aux offices de l'Eglise, aussi bien à Milan

parle si souvent de chanter des psaumes, et qu'à Antioche. Et qui pourrait se persuader

qu'enfin les psaumes sont des cantiques, que ces grands et saints évêques n'eussent pas

Quand saint Augustin ajoute qu'en cela saint encore plus de zèle à animer leur clergé à la

Ambroise imita les églises orientales , il sem- prière et à la psalmodie continuelle? ble avoir égard au chant alternatif des peu- Saint Ambroise a bien fait connaître, dans

pies mêmes que Diodore et Flavien avaient ses instructions aux vierges^ combien il dési-

établi quelques années auparavant dans An- rait que les vierges consacrées à Dieu, et par

Pioche. conséquent toutes les personnes que leur état

Le nombre d'années entre ces deux change- engage à une profession particulière de piété ,

ments faits à Antioche et à Milan n'est pas si eussent une application continuelle à la prière

grand (ju'on ne puisse croire tjue les deux et aux heures canoniales, églises ont pu différer en cela durant ce petit « Certe solemnes orationes cum gratiarum

espace de temps. Mais il ne serait nullement actione sunt defereudae , cum e somno suro-i-

croyable que les Orientaux eussent chanté les mus, cum prodimus, cum cibum paramus

psaumes durant quatre cents ans, et que les sumere, cum sumpserimus, et hora incensi

Latins n'eussent fait que les réciter; Paulin cum denique cubitum pergimus. Sed etiam in

marque expressément le chant alternatif établi ipso cubili volo psalmos cum oratione Domi-

par saint Ambroise. Le mot Afiliphonœ doni il nica frequenti contexas vice, vel cum evid-

se sert ne signifiait alors que cela parmi les laveris, vel antequam corpus sopor irrio^et

Grecs et les Latins. Et ce mot fait voir que (DeVirg., 1. m). »

l'usage en venait aussi de l'Orient. Voici les VII. Voilà la manière sainte et aisée de prier

termes de Paulin : « Hoc in tempore primo sans cesse, que ce Père proposait aux vierges ;

antiphonœ, hymni , ac vigilia- in Ecclesia Me- il n'en proposait pas une moins parfaite à ses

diolanensi celebrari cœperunt. » clercs. Au reste c'est cet entrelacement de

Quand saint Ambroise même avoue qu'il psaumes , et de l'Oraison Dominicale qui fait

composa des hymnes et qu'il les apprit au l'office divin. Saint Jérôme nous éclaircira un

peuple pour les munir de ces armes spiri- peu plus toutes ces matières, après que nous

aurons rapporté ce que nous avons encore à plus ponctuellement à tout l'office divin pen-

ajouter de saint Augustin, dant le temps du Carême ; « Ad vigilias matu-

Ce grand homme témoigne dans ses Confes- rius surgite,ad tertiam, ad sextam, ad nonam

sions ([ue l'harmonie du chant de l'Eglise lui ante omnia convenite. Nullus se a sancto opère

inspirait d'un côté des sentiments fort vifs et suhtrahat, nisi quem inlirmitas, aut puhlica

fort tendres de piété, mais que d'autre part utilitas, aut forte certa et grandis nécessitas

elle lui causait un plaisir qui était un piège tenuerit occupatum (Serm. 55. De tempore). »

dangereux en sa sensualité. Cela lui faisait Celui qui exhortait de cette sorte le peuple ,

quelquefois préférer la conduite sainte et judi- ne pouvait pas dispenser les ecclésiastiques

cieuse de saint Athanase, qui faisait chanter les d'une assistance encore plus exacte aux offices

psaumes d'une manière si simple, qu'elle dif- divins. Mais le peuple avait perdu la ferveur

ferait peu d'une lecture simple. ancienne de l'Eglise primitive, et n'assistait

Enfin saint Augustin s'aperçut que Thar- plus à toutes les heures canoniales de chaque

monie était utile pour faire goûter la suavité jour que pendant le Carême.

des vérités du ciel aux âmes qui ne sont pas Le même saint dit en un autre endroit qu'on

encore tout à fait élevées au-dessus des sens , a commencé l'office , c'était apparemment la

mais qu'il fallait se garder des surprises de la messe, parla lecture de saint Paul; qu'après

sensualité, qui se recherche pour elle-même, cela ils ont chanté tous ensemble le psaume

« Magis adducor, non quidem irretractabilem xciv, Yenite exidtemus; qu'ensuite on a lu

sententiam proferens, cantandi consuetudinem l'évangile; qu'il lâchera d'ajuster et de propor-

approhare in Ecclesia, ut per oblectamenta tionner son sermon à ces trois différents sujets.

aurium infirmus animus in affectum pietatis En un traité sur saint Jean il dit que le livre

assurgat(Confess., 1.x, c. 33).» des Actes des Apôtres se récite tous les ans

L'Eglise a pris le tempérament que saint dans l'église après Pâques (De verhis Apost.,

Augustin désirait, de ne point bannir le chant serm. 10; Tract. 0. in Joan.). Il parle encore ail-

des psaumes, mais d'en retrancher les excès- leurs des livres qu'on devait nécessairement

sives délicatesses. C'était à peu près le senti- lire en certains jours (Prœf. in Epist. Joan.).

ment de saint Athanase. Ce fut la pratique des IX. Le même saint Augustin témoigna une

Eglises d'Afrique, selon le même saint Au gus- extrême joie à son peuple de ce qu'il avait

tin, au moins de la plus grande partie, à qui enfin embrassé la même coutume de chanter

les Donatistes même reprochaient leur gravité les psaumes, qui s'était déjà répandue dans

et leur pesanteur au chant des psaumes : les villes voisines. « Psallendi consuetudinem,

« Varia consuetudo est ; et i)leraque in Africa quomodo in aliis vicinis civitalibus psallebatur

Ecclesise membra pigriora sunt ; ita ut Dona- (Appendice Syrmundi , serm. 5 ). »

tistœnosreprehendant, quod sobrie psallimus II dit ailleurs que les plus grossiers profi-

in Ecclesia divina cantica prophetarum (Epist. tent peu des autres Ecritures; mais ils sont si

cxix, c. 18).» vivement touchés de la psalmodie de l'Eghse,

Ce Père dit dans le même endroit que dans qu'ils ne peuvent s'empêcher de chanter les

les assemblées ecclésiastiques, le chant des mêmes psaumes dans leurs maisons, et dans

psaumes ne devait être interrompu que pour la ville même. « Psalmorum vero responsa,

écouter les lecteurs, ou les prédicateurs, ouïes et intra domum, interdum etiam in populo

prières hautes et solennelles des sacrificateurs publiée canunt ( Prœf. in Psal.). » Il dit au reste,

et des diacres. que cette union des voix pour le chant des psau-

Cela nous apprend que ni l'épître , ni l'é- mes porte les jjcuples à l'union des cœurs

vangile ne se chantaient point, ni tout le reste avec leurs ennemis mêmes. « Quis enim ul-

des prières que les prêtres et les diacres font à tra inimicum dicat eum, quo unam ad Deum

la messe. « Quando autem non est tempus, psalmi emiserit vocem, »

eum in ecclesia fratres congregantur, sancta II assure dans un autre endroit que la prière

cantandi, nisi eum legitur, aut disputatur, du peuple est pure et sainte, (luoiqu'il n'en-

aut antistites Clara voce deprecantur, aut com- tende pas ce qu'il chante, parce qu'il est

munis oratio voce diaconi indicitur. » bien persuadé que c'est le Saint-Esprit qui est

VIII. Entre les sermons de saint Augustin, l'auteur de ces divins canticiues. «Cantatpopu-

ily en a un où le peuple est invité d'assister lus credens, nec pulat se maie optare, quid

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dicitur a divina leclione ; et si parum intelligit, ordine tiio, in quo non dulccdo vocis, sed men-

credit aliquid boni esse ; quod cantat (Tract. 2-2. tis aU'eclus qua'rilur. »

in Joan.).» Ces dernières paroles font allusion à la ma-

X. Mais saint Augustin n'a pas oublié ni la nière de faire chanter les psaumes à un seul psalmodie des religieux et des religieuses, ni chantre, les autres écoutant et priant en silence, celle des ecclésiasticiues. 11 exhorte les reli- Ce Père prescrivit à la vierge Démctriade,. pieuses à observer ponctuellement les règles lorsqu'elle eut fait profession de virginité, de et les rubriques de leur office, mais à chan- réciter les six heures canoniales du jour et de ter encore plus du cœur que des lèvres. la nuit, et d'apprendre les Ecritures par cœur.

«In oratorio nemo aliudagat,nisiid ad quod « Prœter psalmorum et orationis ordinem,

factum est, unde et nomen accepit. Psalmis quod tibihoratertia, sexta, nona, ad vesperum,

et hymnis cum oratis Deum, hoc versetur in média nocte et mane semper est exercendum :

corde, quod profertur in voce : et nolile can- statue quot horis sanctam Scripturam discere

tare, nisi quod legitis esse cantandum : quod debeas. »

autem non ita scriptum est, ut cantetur , non On apprenait l'Ecriture par cœur, pour la

cantetur. » réciter avec le psautier, et ainsi s'acquitter de

Quant aux évéques et aux autres clercs, en- l'office divin, comme ce Père le remarque

fin à tous les amateurs de la perfection chré- encore dans la vie de saint Hilarion : « Scri-

tienne , il leur dit que la prière des désirs et des pturas sanctas memoriler tenens, post orationes

gémissements secrets d'un cœur animé de la et psalmos, quasi Deo praesente , recitabat. »

foi , de l'espérance et de la charité, ne doit ja- Il raconte ensuite comme saint Hilarion, étant à

mais être interrompue : mais que nous ne lais- la campagne un jour de dimanche, ne souffrit

sons pas de recourir à la prière vocale à des point qu'on prît aucune réfection qu'après avoir

heures réglées, pour nous exciter nous-mêmes, récité ï Office. C'est ainsi quïlVappelle. o Ore-

et pour nous enflammer encore davantage. mus , psallamus , reddamus Domino offîcium,

« Inipsaergo fide, et spe, et charitate, conti- et sic ad vineam properabitis. » Cela se faisait

nuato desiderio semper oramus. Sed ideo per aux champs, hors de l'église,

certa intervalla horarum et temporum etiani Saint Jérôme distingue toujours ces trois

verbis roganms Deum , ut illis rerum signis parties de l'office canonial , les oraisons , les

nos ipsos admoneamus et acrius excitemus , psaumes et la lecture des livres saints. A la

etc. Ideo ab aliis curis atque negotiis, quibus campagne, il ne parle point de la lecture, parce

ipsum desiderium quodammodo tepescit , cer- qu'on n'y pouvait pas alors si commodément

tis horis ad negotium orandi mentem revoca- porter des volumes de l'Ecriture,

mus, ne quod tepescere cœperat , omnino Ce Père, écrivant à Lccta sur l'éducation de

frigescat, et penitus extinguatur, nisi crebrius sa fille destinée à la religion, remarque toutes

inflammetur (Epist. cxxi). » les parties, et toutes les heures de l'office divin

Cela est écrit à une sainte veuve , mais saint qui faisait la principale et la plus sainte occu-

Augustin se renferme dans la même obligation pation des monastères. «Assuescatad orationes

sans doute avec tous les clercs, comme étant et psalmos nocte consurgere, mane hymnos

par leur état dévoués à la prière , pour eux- cancre, tertia, sexta , nona hora stare in acie ,

mêmes et pour les peuples. Les Apôtres, à qui quasi bellatricem Christi , accensaque lucerna

les ecclésiastiques succèdent , se déchargèrent reddere sacrificium vesperlinum.| Orationi le-

des autres soins, pour vaquer uniquement à la ctio, leclioni succédât oratio. »

prière et à la prédication. Quand ce Père fait la description du monas-

Ces heures réglées de la prière vocale , dont tère, et des religieuses que l'illustre Paul avait parle saint Augustin, sont évidemment les heu- fondé dans Jérusalem, il leur prescrit les mères canoniales. mes six heures canoniales, la même étude et la

XI. Saint Jérôme a tracé dans sa lettre à même lecture des Ecritures. «Mane, hora tertia. Rustique, l'image d'un religieux parfait. Il or- sexta , nona , vespere , noctis medio , per ordidonne à ce moine d'apprendre le psautier par nem psalteriumcantabant;neclicebatcuiquam cœur, et de s'occuper de la lecture. «Nunquam sororum ignorare psalmos ; et non de Scride manu et oculis tuis recédât liber ; discatur pturis sauctis quotidie aliquid discere. Die tanpsallerium ad verbum , etc. Dicas psalmum in lum Dominico ad Ecclesiam procedebant, ex

ciijus habitabant latere (In Epitaph. Paulfc). » tation des heures canoniales, sans aucun égard

11 n'y avait point encore d'église dans ces à leur bénéfice ; (juoique i)ar une police tres-

monaslères de vierges, elles n'allaient à l'église sage, l'Eglise ail jugé a propos en leur donnant

que le Dimanche, et cela leur était commun une honnête subsistance, de leur donner encore

avec beaucoup de religieux. plus de liberté de ne s'occuper que du service

Enfin, saint Jérôme témoigne que les reli- de Dieu, et que par une justice pleine de prugieux employaient le dimanche tout entier, et dence elle ait aussi jugé nécessaire de les en tout ce qui leur restait de temps lesautresjours priver, quand ils manqueraient à ce devoir, et après leur travail manuel , à la prière, et à la de ne pas donner à des clercs fainéants et irrélecturG. « Dominicis diebus orationi tantum et ligieux le patrimoine des pauvres. Icctionibus vacant ; quod quidem et omni tem- 4" Si ces Pères ont plus souvent parlé de l)ore completis opusculisfaciunt (Ad Eustoch., l'obligation des heures canoniales à ces perde custodia virginit.). » sonnes dont nous venons de parler, qu'aux

XII. Si les religieux, si les religieuses, si les ecclésiastiques, c'est parce qu'elles devaient révierges qui se consacraient à Dieu par le vœu citer ou chanter ces offices divins en parlicude virginité dans leurs maisons particulières , lier, ou dans des oratoires secrets, et il fallait si les veuves qui s'adonnaient à la piété, si les les instruire à cela, parce que ces institutions jeunes filles qu'on destinait dès leur tendre n'étaient que du même siècle; au lieu que les enfance à la profession religieuse ; si, dis-je, offices divins se chantaient solennellement dans toutes ces sortes de personnes récitaient leurs l'Eglise, et le clergé y assistait depuis quatre heures canoniales du jour et de la nuit, d'où cents ans, et par conséquent on n'avait pas provenait cette loi, où cet usage universel, besoin d'instructions nouvelles pour des exerattesté et soutenu par les saints Pères , si ce cices de piété si anciens, n'est, comme nous l'avons déjà dit, de l'an- 5° Et si toutes ces personnes, moins étroitecieune piété de tous les fidèles, qui se voyant ment obligées à la prière, récitaient leurs heuavertis par les divines Ecritures de s'appli- res canoniales en secret, pourra-t-on se perquer sans cesse à la prière, s'acquittaient eux- suader que les ecclésiastiques ne les récitaient mêmes dans les premiers siècles de ce pieux pas aussi en secret, quand la maladie et quelque devoir, autant que la nécessité de leurs affaires le affaire inévitable les empêchait d'y assistera leur permettait? Il s'ensuivait donc de là, 1" que l'église ?

tous ceux qui sedégagaient de la servitude des De là vient cette forme des offices qui était

affaires du monde, se trouvaient en même déjà presque aussi parfaite et aussi achevée

temps engagés à cette noble et aimable servi- qu'elle est à présent. Les mêmes heures cano-

tude, de prier sans cesse au moins par leurs niales étaient gardées, si ce n'est que les com-

désirs secrets vers la bienheureuse éternité, et plies n'étaient pas encore instituées , et les

de renouveler l'ardeur de ces désirs par les laudes n'étaient pas encore distinguées de

heures réglées de la prière vocale. prime. Les noms à' ordre et ai office étaient déjà

2° Ce n'était nullement le droit des distribu- en usage. On mêlait l'oraison mentale avec les

tions manuelles, ou des revenus d'un bénéfice psaumes, et on y entrelaçait la lecture des

qui faisait le juste fondement de Tobligation Ecritures. Enfin, les livres des Ecritures étaient

qu'on imposait de réciter les heures canoniales déjà affectés aux saisons qui leur étaient pro-

à la noble et illustre Démétriade, à Eustochie, près.

à la jeune fille de Lœta, aux religieuses que XIII. Saint Paulin fait aussi chanter les peusainte Paule avait dotées, et à tant de religieux pies dans les églises de France aussi bien que qui ne vivaient que du travail de leurs mains, les religieux dans les monastères, écrivant à

3" Il est visible qu'il faut raisonner de la Victricius, évêque de Rouen : « Ubi quotidiano

même manière des ecclésiastiques , et que leur sapienter psallcntium per fréquentes ecclesias,

état leur imposant une obligation infiniment et monasteria secrcta concentu , castissimis

plus étroite et plus indispensable de prier, et ovium tuarum et cordibus delectantur et vo-

de prier sans cesse; puisqu'enfln tous ceux qui cibus. »

ont quelque part au sacerdoce, sont les média- Saint Sidoine Apollinaire , évêque de Cler-

teurs entre Dieu et les autres hommes : ils ont mont , faisant l'éloge de Claudien , frère et

toujours été plus étroitement obligés à la réci- grand-vicaire de saint Mamert, évêque de

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Vienne , il lui fait exercer l'office de chantre, Carthage les eut toujours depuis en une véné-

pour commencer le chant des psaumes, distri- ration singulière. Ces jeunes enfants demeu-

buer les leçons et les accommoder au temps, rèrent depuis ensemble^ ils manfreaientensem-

« Psalmorum hic modulatoret phonascus, ante ble, ils chantaient ensemble les psaumes, et se

altaria fratre gratulante, instructas docuit so- glorifiaient ensemble au Seigneur. « Una de-

nare classes. Hic solemnibus annuis paravit, gunt, simul vescuntur, pariter psallunt, simul

quœ quo lempore lecta convenirent (L. iv, in Domino gloriantur (Lib. v).»

epist. 11). » Cette communauté de douze jeunes confes-

Ce même auteur nous donne ailleurs l'idée seurs^ qui chantaient les psaumes en particulier,

d'un chœur de chantres composé de clercs et de nous fait voir que le clergé commençait à se

moines: « Cultu peracto vigiliarum, quas aller- former en communautés et à prendre la psal-

nante mulcedine, monachi clericique psalmi- modie comme la plus ordinaire fonction,

cines concelebraverant ; quisque in diversa Le même Victor remarque encore ailleurs

secessimus , praesto ad tertiam futuri , cum sa- que le peuple chantait les psaumes aux veilles

cerdotibus res divina facienda (L. v, epist. 17). » solennelles dans l'église. « Jam ob celebritatem

Ce fut vraisemblablement à l'imitation des festivitatis hynminocturni per totamEcclesiam moines que les églises cathédrales commen- canentepopuloconcrepabant(Lib. u).» Etquoicèrentd'avoirdes ecclésiastiquesenassezgrand qu'il y eût déjtà quelques commencements de nombre pour chanter les offices à deux chœurs, ces communautés de chantres, ce n'étaient Aussi le même Sidoine écrivant à Fauste, qui effectivement encore que des commencements, d'abbé de Lérins était devenu évêque de Riez, Victor, dans ces dernières paroles, semble avoir il le loue d'avoir transporté dans cette église voulu imiter celles de saint Jérôme : « Tota l'office et le chant de Lérins. « Precum peritus ecclesia nocturnis vigiliis Christum Dominum insulanarum , quas de Pala?stra congregationis personabat (Epist. ad Sabinianum). » Eremitidis, et de senatu Lirinensium cellula- XV. Il faut passer des Pères aux conciles. Le norum, in urbem quoque, cujus Ecclesiœ sacra concile IV de Carthage^ qui a si exactement resuper inspicis, transtulisti, nihil ab abbate mu- présenté l'ordination et les fonctions de tous les tatus in sacerdotem (L. ix, epist. 3). » clercs, tant supérieurs qu'inférieurs, n'a pas

Ces deux lettres de Sidoine Apollinaire nous oublié les psalmistes, à qui le prêtre imposant

font voir : 1" Que si au commencement les l'office de chanter : « Offîciumcantandi,» disait

moines avaient imité la psalmodie de l'Eglise, ces paroles : « Vide, ut quod ore cantas, corde

ils la portèrent ensuite eux-mêmes à un plus credas : et quod corde credis, operibus com-

haut point de perfection; en sorte que les évê- probes. »

ques mêmes, surtout ceux qui avaient vécu Ainsi les chantres seuls étaient chargés de

dans la retraite des monastères avant l'épis- l'office de chanter, ou parce qu'ils chantaient

copat , firent gloire de conformer la psalmodie seuls, comme nous avons vu parmi les moines,

de leurs églises à celle des monastères. ou parce qu'ils commençaient les psaumes, et

2° Que ces prélats commencèrent à élever un modéraient pour ainsi dire les ondes du chant

grand nombre d'ecclésiastiques, dont l'occupa- de la multitude, soit du clergé, soit du peuple,

tion toute sainte était de réciter ou de chanter Ce même concile (Can. xlix) priva de leurs

tous les jours dans les églises l'office divin , le distributions les clercs qui manquaient aux

peuple ne s'y trouvant plus qu'en petit nombre, offices de la nuit. « Clericus qui absque corpu-

ou rarement. sculi sui inœqualitate vigiliis deest, stipendiis

3" Que quand l'usage n'en aurait pas été plus privetur. »

ancien, au moins ces évêques sortis des cloîtres Ce canon montre clairement : 1° Que ce n'é-

auraient encore introduit dans le clergé et tait pas seulement les chantres, mais aussi tous

parmi les bénéflciers la coutume et la loi de les autres clercs qui devaient assister aux of-

réciter l'office, soit en public, soit en secret. fices. 2° Que s'ils y manquaient, on les punis-

XIV. Victor, évêque de Vite, en Afrique, dans sait par la privation de leurs distributions et

le dernier livre delà persécution des Vandales, de tous les émoluments qu'ils tiraient de

raconte comment douze jeunes lecteurs souf- l'Eglise.

frirent toutes les cruautés de ces barbares avec Si l'on châtie de la sorte les clercs qui man-

une constance si admirable , que le peuple de quent aux offices de la nuit, il est certain que

202 DU SECOND OKDHE DES CLEKCS. — CIlAiniKE SOIXANTE-TREIZIÈME.

ceux qui s'absentaient de ceux du jour étaient majeurs, que devons-nous juger de l'assiduité encore plus punissables, parce que leur faute des clercs pour le même devoir de piété? se pouvait encore moins excuser. XVII. Eerrand Diacre, dans son abrégé des XVI. Le concile I" de Tolède, tenu en l'an canons, cite les conciles d'Afrique qui ordon- 400, ordonne que les prêtres, diacres, sous-dia- nèrent que les prières solennelles fussent cres, et absolument tous les clercs qui se trou- adressées au Père éternel ; ce qui s'observe vent dans les villes, villages ou châteaux, où il encore dans Fauguste sacrifice et dans la pluy a une église , assisleront tous les jours à la part des autres prières de l'Eglise (Ferrand, messe sous peine de déposition. « Si ad eccle- cap. ccxix, ccxx, ccxxvui, ccxxix). siam, ad sacrilicium quotidianum non accesse- 11 y fut encore ordonné qu'on garderait la rit, clericus non habealur. » même discipline pour tous les autres sacre- Cette peine paraît excessive, et on pourrait menls dans la province Byzacène; il en faut peut-être exi)liquer plus clairement ces paroles : croire autant des autres provinces. « Ut una sit clericus non habeatur, les prenant en même in sacramentisperomneByzaciumdisciplma;» sens que celles-ci du concile IV de Cartbage, qu'on ne lirait dans l'église que des Ecritures stipendiis privetur (Can. v). canoniques, et qu'on pourrait néanmoins y lire C'est la même peine que les lois des derniers aussi les actes des martyrs aux jours de leurs siècles ont imposée en obligeant les bénéficiers fêtes (Conc. Carthag. 111, c. xlvu). à restituer. En eflét, dès que les conciles les Cresconius cite aussi les canons de l'Eglise ont déclarés indignes et incapables de recevoir grecque et les conciles rapportés ci-dessus (Cresles fruits du bénéfice lorsqu'ils n'en célèbrent conius, cap. CLXvn,CLXvni, clxix, clxx, cxcui). pas l'office, il est constant que quand l'Eglise D'où on pourrait tirer quelque conjecture que ne redemanderait plus ces fruits, ils ne pour- les églises d'Afrique auraient emprunté les raient pas les garder. chantres de l'Eglise grecque, quoiqu'elles Un autre canon de ce concile (Can. ix) nous n'aient pu les emprunter qu'après la mort de fait voir que les vierges et les veuves vouées à saint Cyprien, qui n'en a point parlé du tout. Dieu, chantaient les psaumes dans leurs mai- n'ayant pas oublié dans un si grand nombre sons avec un serviteur ou un jeune clerc, qui de lettres les autres ordres inférieurs, est appelé confesseur; mais ce concile le défend XVIII. Le concile de Vannes, tenu en Bretaà l'avenir, si un prêtre ou un évêque n'y as- gne, l'an 4G5 (Can. xv), tâcha d'établir l'uniforsiste. Et pour l'office de vêpres, qu'on appelait mité des offices dans toutes les églises de la lucernarium, parce qu'on le célébrait lorsque province de Tours. « Unam officiorum regulam le jour finissant, faisait allumer les lampes, il teneamus. » Où il paraît que ce terme d'office ordonne qu'on ne le chantera que dans la était déjà affecté à cette signification. « Intra grande église de la ville; ou, si c'est dans des nostram provinciarum sacrorum ordo, et psalvillages, que ce soit en présence de l'évêque, lendi una sit consueludo. » ou d'un prêtre, ou d'un diacre. « Nulla pro- Cela était alors d'autant plus nécessaire, que fessa, vel vidua absente episcopo, vel presby- les clercs d'un diocèse, voyageant et passant par lero in domo sua antiphonas cum confessore, d'autres diocèses, y étaient reçus par le moyen vel servo faciat. Lucernarium vero nisi in des lettres canoniques, ou formées, dans le ecclesia non legatur; aut si legatur in villa, rang de leur ordre, parmi le clergé, et dans prœsenle episcopo, vel presbytère, vel diacono toutes les fonctions de l'autel et du chœur, legatur. » Ce n'est pas la récitation domestique Ainsi il importait que les offices du chœur et des heures canoniales qui est défendue, mais de l'autel fussent les mêmes, celle qui se faisait à deux chœurs et avec so- Le même concile (Can. xiv) punit d'une suslennité. Le concile veut qu'un des clercs supé- pension de se|)t jours les clercs qui, étant dans rieurs y soit toujours présent, comme c'est en- la ville, et n'étant point malades, manqueraient core l'usage. d'assister à l'office du malin, « Matutinis hym- Si les dames religieuses étaient si attachées nis. » La raison du concile est que c'est une à l'office canonial et si on ne voulait point leur faute qui n'est point pardonnable aux ministres permettre de le célébrer dans leurs maisons, de l'autel de manquer à un devoir si saint sans surtout l'office des vêpres, qui a toujours été le nécessité. « Quia ministrum sacrorum, ettemplus solennel, sans la i)résence d'un des clercs pore quo non polest abofficio suo uUa honesta

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